Il est jeune, il est beau, il est solidement diplômé. Il a pris son poste en début de semaine mais semble avoir déjà trouvé sa place. Quatre jours seulement qu'il est là et déjà je sens chez ce nouveau "Responsable administratif et financier" le calme et la maîtrise que confèrent la confiance en soi. Cet homme donne l'impression d'avoir une belle assurance : il s'exprime clairement, affirme sans imposer, clarifie les décisions à prendre, permet de trancher. En peu de mots il va droit au but. Efficace et pragmatique. Avec lui on avance.

Face à lui la personne décisionnaire, notre supérieure hiérarchique, habituellement terriblement hésitante et confuse, capable de rendre la problématique plus floue à l'issue d'une réunion qu'en y entrant, semble boire ses paroles : elle lui fait confiance. C'est lui qui sait. Il n'y a même pas de tergiversations : il dit et elle suit. C'est impressionnant...

Je viens de prendre une grande leçon : moi qui déplore souvent de n'être pas entendu je constate qu'en étant à la fois réceptif et sûr de lui cet homme rafle la mise. En peu de mots il a su convaincre de l'importance du travail préparatoire que j'avais fait depuis des années alors que je ne parvenais que très difficilement à me faire entendre sur ce point. C'est comme si mes mots avaient été dits à une personne malentendante. Ou plutôt : comme si ladite personne ne m'accordait pas crédit hors des critères qui m'ont valu ce poste.

Je dois dire que ma supérieure est notoirement ignare dans les missions dont je suis chargé. De ce fait elle n'a jamais vraiment compris l'utilité de ce que j'ai patiemment mis en place depuis que j'ai pris mes fonctions. Et il aura fallu que ce fringant trentenaire, dont elle reconnaît les compétences, approuve en quelques mots ma démarche pour que celle-ci paraisse soudainement tout à fait pertinente !

Est-ce moi qui n'ai pas du être suffisamment convaincant, ou bien est-ce que ma directrice n'a pas pu reconnaître ma compétence dans un domaine qu'elle-même ignore ? N'ai-je pas su être suffisamment persuasif ou bien n'importe quelle attitude serait-elle restée inopérante parce que je ne suis pas reconnu comme étant "la bonne personne" dès lors qu'il est question de coûts et de chiffres ? Même si je ne peux exclure que mon manque d'assurance ait joué un rôle défavorable, je crois que l'incompétence de ma supérieure est largement la cause de l'étroitesse de son point de vue. Ne maîtrisant pas certains sujets, elle en a peur et a besoin d'être rassurée.

Certes j'ai été recruté a mon poste de responsable pour des compétences essentiellement techniques et humaines, mais face à la nécessité j'ai mobilisé des ressources issues de mon expérience antérieure en gestion d'entreprise et je crois que je me suis plutôt bien débrouillé. Sauf que ça n'a jamais vraiment été entendu par ma supérieure. C'est un peu agaçant de constater qu'en peu de mots, autorisés par la possession d'un diplôme, tout a pu basculer...

Mais bon, l'essentiel est que les choses avancent.