Dimanche j'étais été invité dans deux lieux différents. D'un côté un rassemblement de cousins, à la campagne, autour d'un repas convivial et d'une piscine. De l'autre, la proposition d'un ami-voisin pour un pique-nique collectif sur la colline, avec participation d'une association a but humanitaire. Le week-end étant annoncé chaud et ensoleillé, la réussite était assurée des deux côtés.

Deux occasions de partager, de discuter, de voir du monde. De rire, peut-être... Choisir aurait pu m'être difficile si une troisième solution n'avait eu ma préférence, sans hésitations ni scrupules : rester seul.

Une quatrième hypothèse, consistant à accueillir ma partenaire du moment, ne fut même pas soulevée : ce week-end j'avais envie de le passer avec moi-même, tranquillement, dans mon coin de nature.

« Je me demande vraiment comment tu fais pour trouver du plaisir dans la solitude », me demanda celle qui, souvent, traverse cet état dans l'angoisse. Je lui répondis que j'y trouvais du calme, et que j'aimais ça. J'aurais pu ajouter que ce calme m'apportait une sérénité et, par là-même, un certain bonheur. J'ai la joie modeste...

*

Le soir, un peu par hasard, j'ai regardé les dernières minutes du film "Into the wild". On y voyait écrire, par celui qui allait mourir après avoir été au bout de sa quête de solitude, ces quelques mots : « Happiness only real when shared » (Le bonheur n'est réel que s'il est partagé). La formule m'a fait réfléchir quelques instants.

Songeant aux grands bonheurs que je garde en mémoire, je reconnais que beaucoup ont été vécus dans le partage. Mais étais-je heureux par ce qui se vivait ou du fait de le partager ? Le partage est-il un surcroît de plaisir à ce qui serait déjà réjouissant ou alors l'essence-même du plaisir ? Difficile de le dire...

Il m'arrive de penser qu'être privé d'un certain type de partage est un des inconvénients majeurs de la vie en solo. Mais si je songe à tous les moments où j'ai ressenti, en solitaire, le bonheur paisible d'une sérénité toute simple, une sérénité de l'instant, je me rends compte que si j'avais voulu les partager au moment où je les vivais je me serais privé d'en jouir.

Si j'attendais de pouvoir partager mon bonheur pour le vivre... je ne serais pas heureux très souvent :)

 

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Triple plaisir solitaire : le voyage, la photo, et la sensation de solitude (Fjord du Saguenay, Québec)