Le plaisir ne se trouvant pas que dans la solitude, ce week-end j'ai joué la partition inverse du précédent : j'ai vu du monde. C'est même moi qui ai invité, et deux fois plutôt qu'une ! A l'occasion du retour du fiston libanais pour deux semaines de vacances j'ai d'abord proposé à la cellule familiale originelle de se retrouver chez moi. Le vaste jardin est en effet propice à ce genre de retrouvailles. Tous avaient répondu présent, y compris Charlotte et son compagnon, ainsi que la dernière recrue, en la personne de la toute petite fille au prénom fruité qui a fait de moi un grand-père il y a quelques semaines.

Égayée par la fantaisie de nos grands enfants la fin d'après-midi s'est étirée jusqu'à la nuit, tandis qu'au loin les feux d'artifices résonnaient entre les collines. D'ailleurs, sous l'arbre de la terrasse, l'ambiance avait un côté bal du 14 juillet, avec l'éclairage bariolé d'une guirlande d'ampoules colorées suspendue entre les branches.

 

Tôt ce matin, tandis que ceux qui étaient restés dormaient dans les chambres habituellement inoccupées, je me suis promené dans l'herbe humide de rosée et fait quelques clichés au soleil levant. Tout était calme et silencieux, hormis le pépiement des oiseaux. Pour ne pas rompre ce charme je me suis finalement installé avec un livre sous l'arbre, exactement à la limite qui séparait son ombre du soleil. Mes fils m'ont ensuite rejoint et, inspirés par le spectaculaire paysage, parlant de voyages, nous avons dégusté ensemble quelques pancakes au sirop d'érable...

En fin de matinée débuta la deuxième édition des festivités, avec la venue de quelques membres de la famille élargie. Quatre générations étaient réunies pour la première fois. Nouveau repas sous l'arbre, témoin privilégié des conversations. Elles furent sereines, à peine troublées par quelques remarques faites au sujet de mon organisation quelque peu désarmante pour les anxieux (les consignes étaient des plus réduites...). Après le café, passation de bras en bras pour la petite dernière que tous voulaient tenir, ne serait-ce que quelques instants. Tentatives de prédictions sur la future couleur des yeux de la belle, photos dans les bras des uns et des autres. Puis sortie des albums photo en vue de repérer quelques ressemblances avec la génération précédente. Je m'amusais, en mon fort intérieur, à observer ce cérémonial d'intégration. Il est sans doute rassurant pour certains...

Plus tard eût lieu la rituelle promenade parmi les arbres de ma forêt, histoire d'en observer l'évolution, pendant que d'autres avaient opté pour une sieste sous l'ombre tutélaire de l'érable. Et puis, le soleil baissant vers son couchant, tout le monde est parti peu à peu. Le fiston libanais avec sa mère, la petite fille au prénom fruité avec ses parents, et les miens, de parents, avec ma soeur.

Le calme habituel est revenu et j'ai retrouvé ma solitude.