Dans le parc de la petite ville où je travaille, je m'étais assis sur un banc pour ma pause de midi. Le paysage était splendide et lumineux. Le ciel d'azur était ponctué de dodus cumulus et la brise légère avait la saveur de septembre [chère à Célestine]. Il n'en fallait pas plus pour que, par analogie d'ambiances, des souvenirs affluent et se conjuguent avec le présent. Béatement un sourire de plaisir s'est dessiné sur mes lèvres. Heureux, j'étais à la fois ici et ailleurs, visité par la réminiscence de moments d'émerveillement. Je pensais alors à quelques voyages solitaires dans les immensités lointaines mais aussi, par la date anniversaire, à un des moments les plus intenses qu'il m'ait été donné de vivre [dix ans, n'était-ce pas hier ?]

Longtemps j'ai porté avec amertume le souvenirs des moments d'heureuse convivialité, dès lors que je savais ne plus pouvoir en partager l'évocation. Comme s'ils la solitude les tuait ! C'était parfaitement idiot : comment la joie d'autrefois pouvait-elle me rendre triste ? Peut-être aimais-je alors sentir la morsure de la nostalgie, préférant déplorer ce que je n'avais plus que me réjouir de ce que j'avais eu...

Quelle morbide satisfaction espérais-je en retirer ? Me sentir victime de je ne sais quelle cruelle destinée ? Entretenir une auto-compassion ? Me complaire dans la lamentation ? L'esthétique de la nostalgie est parfois d'un goût douteux...

Je ne sais plus vraiment ce qui m'a fait changer de point de vue. Peut-être un dégoût croissant devant cet étalage d'enfantillages ? Ou alors la pleine acceptation de l'état de solitude ? Toujours est-il qu'assez soudainement ma perception de la nostalgie a changé : elle pouvait être heureuse ! Le voile gris qui, parce que je les croyais orphelins, recouvrait les plus beaux souvenirs a glissé et leur à rendu leur éclat intemporel. Les moments de bonheurs partagés, dont auparavant la fin m'attristait, sont devenus réjouissants d'avoir été. Tout d'un coup je percevais la chance que j'avais eu de vivre chacun de ces instants dont le souvenir heureux s'est un jour gravé dans ma mémoire. Le bonheur est une force; il était absurde d'en faire une faiblesse.

Bien sûr je peux ressentir un petit pincement vis à vis de ce qui n'est plus, mais la tristesse n'est pas de mise. Ou alors une tristesse joyeuse. Celle qui pourrait faire couler des larmes de bonheur et esquisser un sourire. Si la nostalgie s'invite, au moins qu'elle soit heureuse !

Aujourd'hui mes heureux souvenirs me portent. Par la connaissance qu'ils m'appportent sur ce qui un jour m'a touché, ému, transporté, fait vibrer, bouleversé, ils sont ma force. Ils sont des alliés qui, comme l'enfant qui m'habite encore, ont tous les âges. À travers eux je voyage dans le temps.

 

 

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Charlevoix - Québec - en septembre (2009 mais intemporel)

 

 

et puis... 10 ans :)