C'est dans une belle bâtisse provençale que nous avons retrouvé, le temps d'une parenthèse, la configuration de la cellule familiale originelle. Sous l'ombre tutélaire de deux grands platanes la maison, en offrant sa vaste terrasse, nous invita au farniente. Le ciel était limpide et l'ombre des feuillages dessinait sur la façade un indescriptible patchwork. L'intérieur fleurait bon l'authentique, la patine et les meubles anciens. C'est presque une maison de famille idéale que nous trouvions dans ces chambres d'hôtes...

 

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Le cadre a certainement ajouté une qualité à nos retrouvailles, mais l'essentiel se trouvait bien sûr dans ce qui s'est vécu. Il y eut d'abord une promenade dans les environs, vers un prieuré surplombant la Durance. Une lente déambulation sous les oliviers et les chênes-verts, des propos inspirés par la situation. Puis un détour, au moment où le soleil rejoignait l'horizon, dans les vallonnements striés de culture de lavande. De retour à la maison d'hotes, à la nuit tombée, les conversations autour du repas furent à la fois légères et nourricières. Mon frère, toujours très volubile, en racontant abondamment ses derniers exploits fut fidèle à son rôle. Tout comme le furent les plus discrets en l'écoutant. Sur ce plan, rien n'a vraiment changé...

Une fois les parents couchés, les quatre enfants, réunis dans une seule chambre, résistèrent à l'idée d'une bataille de polochons et entreprirent une discussion sérieuse. Jusqu'à ce que le sommeil emporte la moitié des effectifs.

Au matin la pluie n'entama pas la bonne humeur de la veille et nous donna l'occasion de profiter pleinement de l'abondant petit-déjeuner proposé. La matinée se poursuivit dans la chambre des enfants, un ancien grenier aménagé de façon rustique. Nos parents nous y rejoignirent pour un temps d'échange et de réflexion autour d'un bien immobilier commun qui les préoccupe. Chacun put s'exprimer sereinement, écouté par les autres, sur un mélange de considérations financières et affectives. La hantise de nos parents, depuis notre plus jeune âge, est que nous nous déchirions un jour pour des questions d'argent. Jusque-là rien ne l'a laissé présager...

La météo défavorable ne nous laissant guère de possibilités de visites, c'est finalement un restaurant qui eut nos faveurs. Mon frère reprit le fil de ses exploits, et notamment celui de ses conquêtes féminines récentes, photos à l'appui. Je m'amusais de voir ma mère, un peu effarée mais sans rien en dire, tressaillir en entendant ce qu'elle n'aurait sans doute jamais imaginé de son fils. S'ensuivirent des délcrations assez touchantes de mon frère, en plein chemin d'humilité et de remise en question. Tandis que plusieurs d'entre nous firent part de ce que pouvait signifier le terme "aimer", et le rapport que chacun avait avec l'expression de ce sentiment, notre père écoutait attentivement dans un total mutisme...

J'ai parfois pris la parole mais le lieu, trop "ouvert" à mon goût, et le trop grand nombre de participants, on fait que je suis resté fort discret. Je n'aime pas trop m'exposer sur ce terrain-là. Je me suis contenté de suivre les échanges en souriant, savourant ces moments où chacun montre de lui quelque chose, soit dans l'expression, soit dans le silence. J'ai quand même glissé que ce que racontait mon frère correspondait assez largement à ce que j'ai vécu il y a quelques années. À la différence notable que je n'en ai quasiment rien dit en famille.

En fin de journée chacun est reparti de son côté, visiblement satisfait de cette parenthèse. Et puisqu'il avait été question de la difficulté de certain(e)s à le dire, il y eut quelques "je t'aime". Pourquoi est-ce si diffficile à dire ?

 

 

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Sur la route du retour, seul avec ma soeur, nous avons bavardé sans interruption deux heures durant. Et là nous avons pu aller un peu plus loin dans l'expression de ce qui nous touche intimement.