Une de mes plus proches amies me confiait récemment se voir face à un avenir morose et angoissant. Pas de projets à court terme, aucun projet de vie. Nulle autre perspective lointaine que le vieillissement, la solitude, la mort. D'ami elle n'a que moi qui, avec ses relations professionnelles, partage le privilège de lui apporter quelques satisfactions et la soustraire ainsi, toujours temporairement, à son sentiment de solitude. Lorsque son mal-être s'exprime ainsi (c'est récurrent) je ne peux que constater mon impuissance à l'en extraire. Je ne vis pas du tout les choses de la même façon et le regard que je porte sur l'existence ne correspond pas au sien. Alors, quand elle ne parvient pas à éviter de s'enfoncer dans la sombre spirale du défaitisme, il m'arrive de m'éloigner pour ne pas me laisser emporter par cette masse de tristesse. Je me préserve.

Complètement à opposé du sien, le regard que je porte sur l'existence est teinté d'optimisme. Il y a probablement dans cette prédisposition une part de chance, et je ne peux que m'en réjouir, mais ça ne suffirait pas à me rendre heureux. Il s'y ajoute quelques croyances fortes : je me considère comme acteur de ma vie, responsable de ce que j'en fais et, à la dose infinitésimale qui me revient [1/7.000.000.000eme, c'est pas beaucoup], en capacité d'agir sur la marche du monde qui m'entoure. Oui, je sais, c'est presque présomptueux, mais ça vaut le coup d'essayer. Ainsi, c'est un peu bête à dire, mon projet de vie est de "devenir un homme meilleur". Pas très original, certes, il présente cependant l'avantage d'être à la fois ambitieux et accessible, avec effets rapidement visibles, sans pour autant risquer d'épuiser l'objectif à long terme. Les champs d'actions sont quasiment infinis, les perspectives multiples, les conséquences attirantes. Un tel projet, qui me conduit vers bien-être et équilibre au sens le plus large, se nourrit sans difficultés d'une certaine insatisfaction : elle est le moteur de l'amélioration. Plutôt que de la voir comme motif de déprime et de renoncement elle m'indique, au contraire, une piste d'action.

En soi un tel projet à déjà de quoi me motiver ! Il est toutefois un peu abstrait...

Un autre projet mobilise actuellement mon énergie, avec davantage d'intensité et de concentration quoique de façon strictement limitée au temps que je consacre à mon activité professionnelle : il consiste à accomplir au mieux la mission qui m'est confiée. C'est à dire "faire tourner l'entreprise" (qui n'en est pas une...), autant sur le plan économique que social. Sans oublier - et c'est là ma touche personnelle - l'épanouissement humain et la qualité relationnelle. Le défi est conséquent, la charge de travail l'est tout autant, et j'ai presque tout à apprendre... mais ça me stimule. D'une certaine façon, là aussi je veux m'améliorer : être plus à l'écoute, mieux organisé, plus efficace. Je veux faire en sorte que chacune des personnes avec qui je suis amené à collaborer soit satisfaite de ce que nous élaborons ensemble. Sans surprise, je retrouve ce qui m'anime perpétuellement : viser l'idéal... tout en tenant compte des limites du réel. Après ma conviction, mon meilleur allié c'est le temps. Je m'efforce d'en accepter la lenteur, quitte à accélérer le mouvement dès qu'une ouverture le permet. L'attention portée à l'autre et à son bien-être a aussi une grande importance pour "sentir" dans quel sens aller, sur quels leviers m'appuyer, à quelle rythme évoluer. Mais rien de tout cela n'existerait si je n'étais pas doté d'un solide optimisme, voire d'un brin d'utopie, sans doute confortés par le projet de vie précédemment exposé...

J'ai aussi d'autres projets qui, plus personnels [quoique...], sont en fait des axes privilégiés de mon projet majeur. Je pense là à des actions aussi diverses que mon implication municipale et intercommunale, la poursuite d'une "oeuvre" à très long terme dans le domaine de la botanique, de très vagues projets d'écriture un peu plus structurés que le dilettantisme que vous voyez ici à l'oeuvre, des idées de voyage vers des terres sauvages, des possibilités d'augmenter ma créativité photographique...

Et l'Autre, me direz-vous ? Quelle est la place de l'Autre dans tout ça ? Elle est évidemment au coeur de mon objectif premier : devenir un homme meilleur dans mon rapport à l'Autre, quel qu'il soit. Plus attentif, plus à l'écoute, plus ouvert. Elle est aussi au centre de mon implication professionnelle. De manière périphérique elle est enfin dans tous mes projets secondaires, visant à diverses formes de partage, de rencontre, de don...

 

L'amie dont j'ai parlé au début de ce billet a, tout autant que moi, la possibilité d'agir pour un monde meilleur. Et elle le fait, assurément, peut-être sans s'en rendre compte. La différence c'est qu'elle n'y croit pas et que sa vie, de ce fait, n'a pas de sens à ses yeux...