L'autonomie affective, attitude dont je constate en moi l'extension depuis quelques années, m'interroge souvent. Le changement étant survenu tard dans mon parcours, il me surprend et m'intrigue. Or ce matin j'ai entendu une possible explication, à laquelle je n'avais pas vraiment pensé. Ou du moins que je n'avais pas nommée ainsi...

« Oscillant entre le désir de plaire et la crainte de l’attachement, je restai apparemment « indifférente ». Plusieurs qualificatifs me désignaient comme étrange, réservée ou plus radicalement « muette comme une tombe » ! En retour, et pour me protéger, je m’employais à faire « comme si »… comme si rien ne me touchait vraiment. En fait, il ne s’agissait ni de froideur ni d’indifférence, mais de la nécessité d’habiter un monde suffisamment lisse, impersonnel et protecteur non pas vis-à-vis de la mort (…) mais de la séparation qu’elle inflige avec la disparition de l’autre. Bref, j’étais en deuil. »

Ginette Raimbault, dans "Parlons du deuil", cité par Caroline Eliacheff, ce matin sur France Culture