Le premier sentiment que j'ai ressenti en découvrant les résultats du vote français pour les élections européennes c'est la honte. Honte de voir le parti de la peur et du repli sur soi devenir majoritaire. Honte de faire partie de ce pays, qui se distingue à l'échelle de l'Europe en étant le premier de cette importance à placer si haut l'extrême droite. Oui, j'ai d'abord eu honte d'être français. Mais finalement je n'ai pas à avoir honte : je n'ai rien à voir avec ceux qui choisissent le rejet du différent de soi.

Alors j'ai senti de la colère ! Colère d'être assimilé de fait à cette France qui se hisse à une place honteuse au niveau mondial : plus grande démocratie à choisir le retour en arrière, le recul peureux, le rejet de l'autre. Tristesse. J'ai l'impression de me voir spolié et cela éveille en moi une poussée de patriotisme révolté. J'en veux aux abstentionnistes, qui laissent le champ libre à ceux qui, eux, se mobilisent pour faire passer leurs idées aussi nauséabondes que rétrogrades.

Et puis finalement je me dis que nous n'avons que ce que nous méritons. Tous co-responsables, chacun à notre niveau. La part de responsabilité qui me revient c'est de ne pas suffisamment connaître les faits et chiffres qui contredisent des discours insidieux; c'est de ne pas affirmer avec davantage de fermeté mes convictions; c'est de ne pas réagir plus vivement lorsque j'entends des propos discriminants et xénophobes; c'est de ne pas savoir quoi répondre à de fausses évidences.