Dans son dernier billet, Edmée de Xhavée pose la question suivante : Ne pas prendre une décision, est-ce vraiment une « décision » ?

Elle voit dans la non-décision « la négation de sa propre liberté, de sa prise de responsabilité. Puisqu’on s’en remet alors à ce que les autres vont décider, ou ce que « la vie » va apporter comme changements ».

Sa réflexion ne pouvait que vivement m'intéresser puisque, à un moment donné de ma vie, et dans des circonstances très particulières, j'ai tout à fait consciemment "décidé de ne rien décider". À ce moment-là je ne voyais pas ce que je pouvais décider d'autre. J'ai donc fait le choix de ne pas choisir, laissant en effet "la vie" (en l'occurrence "les autres"…) décider. 

Je n'ai jamais regretté ce non-choix, parce que quel que soit celui que j'aurais pu faire il me mettait face à des renoncements dont je ne voulais pas. Aucune solution n'était préférable dans le choix *apparent* que j'avais à faire. Je dis "apparent" parce que parfois un choix en cache un autre. Là, ma femme me disait : « c'est elle ou moi ». Cette simple alternative, particulièrement exigeante, aurait pu me pousser à choisir "l'autre", qui n'exigeait rien de tel. D'un côté la contrainte, de l'autre la liberté : ce choix-là était simple. Sauf qu'il impliquait des conséquences redoutables, dont la plus déterminante était de trahir l'engagement que j'avais pris avec ma femme...
Dès lors, pour moi le choix était impossible : trahir pour ma liberté... ou rester engagé en me trahissant. Le temps de la réflexion aurait peut-être permis que je prenne la meilleure (?) décision, que je discerne mieux quels étaient les éléments réels du choix, mais il était attendu de moi que je me décide rapidement. Voilà pourquoi, dans l'urgence, j'ai décidé de ne rien décider. Ce faisant j'ai quand même décidé quelque chose : ne pas me trahir, ni trahir ma femme. Il était là, le choix caché.

Je n'ai jamais regretté cette décision (ne pas décider), bien qu'au final cela ait été très douloureux de voir ma femme me quitter… et encore plus de voir, simultanément, "l'autre femme" vouloir s'effacer sans que je comprenne pourquoi. Mais c'est une autre histoire…

Finalement le choix n'était pas entre l'une ou l'autre, mais entre me trahir ou me respecter. La mort ou la vie.

Quand l'alternative est ainsi posée la réponse est simple. C'est d'ailleurs le sens du développement qu'écrit Edmée, quand elle résume la question ainsi : « est-ce que je veux encore être là où je suis aujourd’hui dans 6 mois, et puis un an, et puis dix ? Est-ce que je veux arriver à la fin de ma vie dans ce scenario ? ». J'oserai donc cette affirmation : quand on ne parvient pas à prendre une décision c'est qu'on ne se pose pas la bonne question !

 

IMGP1134

Les mouvements contraires
(Irlande, juin 2010)