Samedi j'étais au mariage d'une de mes nièces. La première de sa génération, dans la lignée familiale, à "s'engager" dans cette voie. C'est avec mon plus jeune fils (célibataire, 25 ans, cousin de la mariée) que je m'y suis rendu. Au cours du trajet qui nous conduisait vers les collines Genevoises celui-ci m'a demandé ce que je ressentais. J'ai supposé, sans lui demander confirmation, qu'il avait à l'esprit ma position depuis que j'ai consenti au divorce. Je lui ai alors fait part de ma perplexité face à un acte dont le sens est devenu très nébuleux à mes yeux : puisque l'on peut s'engager et se désengager à tout moment, et autant de fois que l'on veut, quel est le sens d'un tel engagement ? Pareille instabilité, je l'avoue, fait que je ne lui en vois plus, de sens. À moins que je lui en accorde trop par rapport à ce qu'il est censé être aujourd'hui ? Bref : je ne sais pas qu'en penser.

En assistant à la cérémonie civile j'ai donc écouté attentivement ce à quoi les époux s'engageaient mutuellement. Du point de vue de l'union proprement dite, c'est très court : « article 212 - Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance ». L'article 215, quant à lui, stipule : « Les époux s’obligent mutuellement à une communauté de vie ». Il n'y a là aucune question de durée, ce qui est bien normal puisqu'à tout moment le divorce peut mettre un terme à l'union et libérer entièrement les époux de leur engagement antérieur, hormis en ce qui concerne l'aspect familial, éducatif, financier, objet de trois autres articles de loi.  

En assistant à la cérémonie religieuse catholique, j'ai écouté tout aussi attentivement les paroles prononcées. À peu près les mêmes que civilement, à deux exceptions notables : les notions d'amour et de durée : les époux « se promettent amour mutuel et respect pour toute leur vie ». L'engagement étant sacré car pris « devant Dieu », il n'est pas question de lui mettre un terme pour quelque raison que ce soit. Ce qui est expressément rappelé : « ce que Dieu à uni l'homme ne doit pas le séparer ».

Les deux "engagements" sont donc radicalement différents et c'est de là que vient ma perplexité : l'un est révocable, tandis que l'autre ne l'est pas. Or dans les deux cas il s'agit bien de mariage... Accessoirement je note qu'il n'est pas question d'amour dans le mariage civil, ce qui est finalement assez logique, alors que le mariage catholique fait promettre, non sans quelque ambition, l'amour pour toute la vie !

Dans la soirée, c'est avec ma belle-fille (non mariée) que nous sommes revenus sur ce sujet qui, décidément, interpelle ceux qui sont potentiellement concernés à plus ou moins court terme. Là encore j'ai avoué ma perplexité. Ma belle-fille m'a alors parlé de la notion de présent : selon elle l'engagement est pris  « pour toute la vie... au moment où l'on s'engage ». C'est une intention de durée. On peut donc changer d'avis ensuite sans se sentir en porte-à-faux. Et de me citer en contre-exemple le cas d'un de leurs amis qui, quoique âgé et ne supportant plus sa femme, la détestant pour cela, ne divorcera jamais pour ne pas faillir à son engagement premier. Absurde, évidemment...

En réfléchissant plus loin je me suis rendu compte que le malaise que je ressens encore [ben oui...] par rapport à mon propre divorce n'est nullement lié à l'aspect civil mais bien aux paroles que j'ai prononcées lors du sacrement religieux devant la foule de ceux qui étaient venus assister à notre union. Parce que devant tous, et avec une conviction ferme et déterminée, je m'étais engagé « pour toute la vie » avec celle qui devenait ainsi mon épouse. Dans mon esprit cet engagement était irrévocable. Qu'ensuite je sois devenu athée n'a rien changé à l'affaire : Dieu [y croyais-je vraiment ?] a disparu mais tous les témoins de mes paroles demeurent [même si, trente ans plus tard, ça leur fait une belle jambe]. Or en consentant au divorce je me suis dédit. Je m'en sens bizarrement... fautif. Fautif d'avoir eu, le jour de mon mariage, l'outrecuidance de m'engager sans en mesurer vraiment la portée. Et comment l'aurais-je pu, aussi inexpérimenté de la vie que je l'étais ? Il n'empêche que je me suis engagé « pour toute la vie » ! Évidemment il m'était impossible de savoir ce que je deviendrais plus tard, ni ce que la vie m'offrirait... Pour cette raison j'en veux un peu à tout ce qui entoure cet "engagement" du mariage sur un modèle qui ne correspond plus à nos vies actuelles. J'ai l'impression d'avoir été dupé par mon éducation et un certain conditionnement culturel qui, il me semble, dure encore malgré le fort taux d'échec.

Rationnellement je sais bien que j'ai agi "pour le mieux", ayant bien assez soupesé les enjeux avant de prendre ma décision. Mais au niveau du sens que j'accorde à la notion d'engagement il y a quelque chose qui reste inconfortable. Bancal. Insatisfaisant. Peut-être parce que mon épouse, considérant que je n'avais pas respecté un des engagements qui lui paraissaient fondamentaux, s'est elle-même désengagée ? Ce faisant je ne pouvais qu'accepter sa décision, faisant ainsi un choix par défaut qui ne correspondait pas à ce que je souhaitais. Au final aucun des deux n'a pu être pleinement satisfait, même si chacun est parti vers de nouveaux horizons.

Aujourd'hui je militerais volontiers pour le mariage à durée limitée, reconductible après renégociation du consentement mutuel. Au moins les choses seraient claires. Quoique...

 

Ps : tout cela ne m'a pas empêché de me réjouir de l'engagement des jeunes mariés et de leur souhaiter "tout le bonheur du monde".