Mon plus jeune fils (25 ans) vivait à Beyrouth depuis plus de deux ans, où il travaillait pour le compte d'une ONG. Il y a un mois il a quitté le Liban pour revenir en France. Plutôt que d'effectuer une transition rapide en quelques heures d'avion il a préféré prendre le temps du voyage. Passionné d'histoire et curieux des autres cultures, il aime observer leurs transitions et découvrir leur réalité. Il aime sentir la distance se parcourir. Pour lui le voyage n'est pas un passage obligé mais une occasion de découverte.

Une première fois il avait fait le trajet en stop, avec deux amis, à travers la Turquie, la Bulgarie, la Bosnie, la Slovénie...
Cette fois il a choisi de rentrer en moto. Seul.

J'ai trouvé ça audacieux. Un brin téméraire, même, puisqu'il n'avait jamais conduit de moto auparavant ! Mais il s'est débrouillé pour passer son permis là-bas et s'acheter l'engin adéquat. Bon, je ne suis pas d'un naturel anxieux mais j'avoue que là j'avais une petite appréhension. Euh... seul dans un pays aussi vaste que la Turquie ? Et s'il lui arrivait quelque chose ? Un accident, une mauvaise rencontre ? D'un autre côté je trouvais que c'était vraiment un beau projet, une chance qu'il s'accordait de mieux connaître le monde. Et puis c'est un garçon posé et réfléchi, sensé, et j'avais confiance en sa capacité de discernement.

De temps en temps il a envoyé un mail collectif, informant de l'avancée de son trajet, racontant quelques péripéties, décrivant les régions traversées à travers la Turquie, la Grèce, l'Italie... À chaque fois j'en ai été rassuré. Plus je le sentais s'approcher, plus j'avais l'impression que les risque diminuaient. C'est un peu bête, parce qu'un accident peut arriver n'importe où.

Samedi soir il est enfin arrivé, tout content, klaxonnant sur sa moto rouge. Il m'a raconté des bribes de son périple de 7.000 km. La Turquie sauvage, les routes sinueuses, les vallées désertes, les villages isolés, la ruralité sobre et généreuse. Et puis les villes anciennes, les monuments antiques. La Grèce sous la pluie, la Toscane et Florence. Il a des images et de sensations plein la tête. Il s'est tellement nourri les sens et l'esprit qu'il n'est pas sûr d'avoir tout enregistré.

Les jeunes d'aujourd'hui m'impressionnent par leur facilité à parcourir le monde, à s'adapter, se débrouiller. On dirait que ça leur paraît naturel. Volontiers entreprenants ils semblent confiants, sans craintes. Je suis admiratif.

Je ne sais pas si j'oserais entreprendre un tel voyage.

 

IMGP9785

Un peu de poussière venue de loin...