La période des fêtes me met face à mes contradictions. Plaisir des retrouvailles familiales d'un côté, aspiration à la solitude de l'autre.

Il me serait difficile de me soustraire au grand rassemblement ; j'aurais l'impression de manquer quelque chose... En même temps je constate que je reste toujours un peu en dehors des festivités. Bien présent mais sans vraiment m'intégrer au groupe. J'observe, j'écoute, je ressens... mais participe peu. Restant en retrait je me sens à la fois "chez moi", parmi les miens, et un peu étranger. Indéfinissablement seul dans ce groupe trop grand pour moi, je me fais discret.

Il y a comme une lourdeur des immuabilités. Rien ne change vraiment d'une année à l'autre. La jeune génération des vingtenaires, exubérante, est devenue dominante et tend à supplanter peu à peu celle de leurs parents assagis. Les grand parents, quant à eux, s'estompent chaque année d'avantage. Par contre toutes les attentions convergent vers celle qui inaugure la lignée de leurs arrière petits-enfants : une petite fille au prénom fruité. Elle ne parle pas encore mais déjà fait rire et émerveille tout le monde. Le grand-père que par elle je suis devenu n'est pas en reste. D'autant moins qu'elle m'identifie clairement comme "personne-refuge" en choisissant de venir vers moi et se blottir dans mes bras. Cela me touche et m'enchante...

Cette année il y aura double fête : il a été impossible de réunir tout le monde en une seule fois. Alors, après nous être incomplètement réunis dimanche dernier dans la vieille maison familiale du Vercors, une partie d'entre nous retrouvera la part manquante tout à l'heure, en un autre lieu. J'y vais sans plaisir. Je crois que, comme d'habitude, je vais m'ennuyer modérément dans le brouhaha de conversations décousues. Mais ne pas y aller, me désolidariser, ce serait comme perdre un peu du lien familial.

Solitaire, mais pas sans liens.