Overdose de mots dans la tonitruante déferlante médiatique qui nous a submergés. Après avoir exprimé les remous qui animaient mes pensées, soudain je me suis tu...  

Maintenant la vague s'éloigne. Le vacarme s'atténue. Les gros titres spectaculaires sont passés au second plan, puis au troisième. Intégrés dans le flot de l'actu qui, c'est sa caractéristique, a toujours besoin de matière fraîche, ils s'y fondent.

J'ai continué à lire, à écouter. En silence. Passé le temps de l'urgence est venu celui des analyses plus fines. Elles ont enfin pu s'ouvrir à d'autres perspectives, entrer dans les détails et les nuances. De la masse des "Je suis Charlie", que d'aucuns on voulu croire cri unanime, à celle qui, en juste retour, à voulu s'en distinguer, la diffraction des points de vue s'est peu à peu déployée en un arc en ciel aux teintes chamarrées. Plus rien n'est aussi simple qu'on aurait pu être tenté de le croire. Ce qui paraissait venir de l'extérieur, forcément "mauvais", se révèle être un mal intérieur. Pis que ça : consubstantiel. Non seulement nous ne sommes pas Charlie, parce que bien peu d'entre nous en auraient le courage, mais ceux qui ont tenté de tuer ce qu'il représente sont un peu nous. Nés de nous, de notre société. Pas seulement à l'échelle de notre pays, mais aussi à celle du système économique mondial dont nous tirons profit.

Qu'allons-nous faire de tout cela ? Passé le temps de l'émotion, qu'est-ce que chacun de nous va faire de cet évènement et de la légitime vague d'indignation soulevée ? Que vais-je faire ?

Et que vais-je faire pour ce qui, partout dans le monde, m'indigne ?

 

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« Peut-être nous sommes-nous assis trop confortablement sur un socle qu’on croyait commun, solide, éternel ? Il s’appelait République et ses trois strapontins du nom de « Liberté, Égalité, Fraternité ». (...) Trois mots maigres à force de fainéantise et de lâcheté intellectuelle, trois mots devenus squelettes, plumes que le vent mauvais du temps qui passe a emportées. Trois mots qu’on a vendus, soldés pour un unique intérêt, la paix. Pas une paix de temps de guerre, une paix toute personnelle, un repos égoïste après abandon de la partie. »

Magyd Cherfi, "Appelez-nous français avant qu'on le devienne"