Ils arrivent discrètement, poliment, comme n'importe quel inconnu. Ils s'immiscent aimablement dans la conversation et présentent ce qui les préoccupe. On les accueille, on les écoute, on essaie de répondre à leurs questions, on leur fait part de notre expérience.

Les voilà satisfaits de trouver un auditoire attentif. Alors rapidement ils se sentent à l'aise. Et puis, tant qu'à faire, ils les prennent, leurs aises, et de plus en plus de place avec. Tant et si bien qu'irrésitiblement tout en vient à tourner autour d'eux. Ils alimentent sans cesse les échanges, abondamment. Omniprésents, ils ouvrent en grand les vannes de ce qui apparaît peu à peu comme une obsession. Face aux avis divergents ils balancent leur sauce jusqu'à indigestion, en la chargeant bien de CARACTÈRES GRAS, pour s'assurer qu'on les entende comme ils l'entendent. Car, c'est certain, ils ont raison !

Alors on commence à leur faire remarquer que c'est bon, on a compris, inutile de toujours revenir avec le même discours. Oh la, l'envahisseur se fâche : c'est qu'il est quand même libre de s'exprimer ! Son point de vue en vaut bien un autre et mérite donc d'être entendu ! Et encore plus s'il déplaît, car il ne se laisse pas avoir par la bien-pensance et le politiquement correct, lui !

On le prévient gentiment que ces vociférations commencent à être lassantes. Que le dialogue est devenu impossible. Certains convives commencent à refuser d'alimenter son discours, tandis que lui se saisit de chaque élément nouveau pour revenir à son idée fixe.

Il dérange ? L'envahisseur n'en a cure : maintenant qu'il est dans la place, il ne la quittera plus. Il bouffe l'espace, il marche sur les autres, les prend à partie. Il accapare tout. Ce n'est plus un espace commun, c'est son espace, son histoire, et il entend bien mener les pseudo-débats à sa guise. D'ailleurs il pose les questions et y répond lui-même, ça simplifie la discussion. Ergotant sur des détails, il somme les autres de lui répondre !

On n'est plus dans l'échange de fond : on est passé à une opposition de points de vue sur la forme et la légitimité de chacun. L'envahisseur ne comprend pas qu'il est entré dans un univers qui existait avant lui et qu'on ne le laissera pas venir perturber l'équilibre des lieux. On y prônaît plutôt la bienveillance, l'amour d'autrui, mais lui estime que la haine a tout autant droit de cité. Au nom d'un équilibre des forces, sans doute...

Et il la crache sa haine, il la vomit. Il ne se contrôle plus : « Qu'ils crèvent ! », éructe t-il. C'est très violent. Liberté de parole ? Mais jusqu'où ?

Alors l'hôte des lieux, qui essaie d'accueillir chacun quel que soit son point de vue et son mode d'expression, estime que ça va trop loin. Que cet individu qui gesticule tant, qui monopolise l'attention, qui indispose les autres, les juge et les caractérise, qui use et abuse de propos haineux, n'est plus le bienvenu. L'envahisseur est prié de s'adapter aux règles de la maison, faute de quoi il n'aura plus droit à la parole.

Privé de micro ! Réduit au silence !

 

Et c'est ainsi que ce blog, de temps en temps, passe sous le contrôle tout à fait arbitraire du maître de céans : modération des commentaires jusqu'à nouvel ordre.

 

 


GENERIQUE LES ENVAHISSEURS DAVID VINCENT THE... par kirivalse