Vol Montréal-Lyon, quelque part au-dessus de la Nouvelle-Ecosse

Voila, c’est terminé. J’ai quitté le Canada. Une dernière journée pluvieuse et froide, comme pour faciliter le départ, après la journée éblouissante de la veille. Je crois que j’aurais eu des difficultés à quitter la symphonie spectaculaire de l’automne sous un soleil éclatant.

 

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Secteur du Mont Orford, Cantons de l'Est

 

 

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Coloré même sous la pluie...

 

Une petite émotion me serre la gorge au moment d’entrer dans l’aéroport. Derniers pas sur ce sol. Je quitte une fois de plus ce pays que j’aime. Je ne sais pas quand j’y reviendrai…

Mon voyage a fini en apothéose. Ces fameuses colorations automnales, que j’étais venu chercher, je ne les ai vraiment trouvées que dans les derniers jours. Mais quel spectacle ! J’ai beau l’avoir vu plusieurs fois, je suis toujours autant émerveillé. Il m'époustoufle. Pétillant d'excitation, ne sachant plus où poser mon regard, je m'en délecte avec jubilation.

 

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Encore mieux sous le soleil !
(la veille, un peu plus au sud, dans le New-Hampsire)

 

Il me semble que cette fois j’ai moins eu le regard photographique. Moins cette avidité à saisir l’image pour tenter de faire partager ce que je vois. Je me suis contenté de saisir quelques instants, quelques lieux secrets, qui finalement n’éveilleront que mes propres souvenirs. Mais d’autres que moi pourront laisser leur imaginaire se faire porter par les quelques évocations photographiques que je leur proposerai.

J’ai parcouru près de 7.000 km. C’est beaucoup. Peut-être un peu trop. En même temps c’est ce qui m’a permis de voir tellement de paysages différents, de changer d’atmosphères, de mesurer les distances et de « sentir » ces territoires.

Trois semaines d’itinerrance en solitaire, c’est un luxe que je ne m’étais jamais offert. Quel plaisir que de pouvoir ainsi s’immerger longuement dans une autre culture. De me couper de mon monde habituel, y compris de celui des blogs, pourtant aisément accessible. Oh je n’ai pas tout coupé puisque je suis régulièrement allé voir si quelques commentaires amicaux n’étaient pas venus se poser ici. Mais j’ai tellement peu écrit que vos interventions s’y sont adaptées.

Pendant le voyage ce qui fait mon quotidien professionnel m’est totalement sorti de l’esprit. Réduit à néant, sans aucun scrupule. Je n’y étais plus.

L’actualité ? C’est celle que diffusait Radio-Canada et ses adaptations régionalisées. Une autre perspective qu’à travers le prisme français. Une autre culture, d’autres préoccupations.

Et ma propension à la réflexion s’est elle aussi mise en vacances. J’ai pensé, certes, mais je n’ai que très peu réfléchi. J’étais vraiment en immersion nomade, perméable aux sensations, avide de découvertes. Ressentant, profondément, et me laissant imprégner par l’impalpable. Paysages côtiers, paisibles ou tourmentés par la puissance des flots, habités ou sauvages. Fraîcheur ventée des sommets, intimité humide des forêts. Une infinité de sensations, fugitives ou prolongées, évoquées par la succession de scènes qui défilaient devant mes yeux, que ce soit en randonnée ou lors de mes trajets en voiture.

Tout n’est pas idéal, évidemment, puisque les atteintes perpétrées par les activités humaines ont dénaturé bien des paysages. Mais, autant que possible, je ne me suis pas attardé en ces contrées. Je n’ai fait qu’y passer rapidement, me projetant déjà vers la beauté des lieux qu’un peu plus loin j’allais découvrir. J’ai rarement été déçu.

La nature est souvent généreuse, belle de sa diversité et prompte à se régénérer pour peu que l’homme lui en laisse la possibilité.

 

Quelques heures plus tard.

Le trajet nocturne touche à sa fin. Par le hublot je vois que nous survolons les côtes françaises. Une ligne nette sépare l’obscurité totale de l’océan du patchwork flou des zones urbaines, aux lumières orangées. On dirait un parterre de bijoux scintillants. Dans la nuit dans laquelle l’avion trace sa ligne, je vois la grande ourse, au nord. Plus à l’est dans le ciel une planète brillante, puis une autre plus bas. Et juste au niveau de l’horizon, triangulant l’ensemble, un très fin croissant rouge. Lever de lune. Il est 5h. L’avion va entamer sa descente.