Une semaine après le choc je demeure un peu perturbé. Calme mais préoccupé. Concentré. Disons... absorbé. Ce n'est un état ni de tristesse, ni d'abattement : je suis en réflexion. Ça travaille en dedans. Et ça bouge...

Les attentats du 13 novembre ont été l'élément déclencheur, ravivant l'effroi du 7 janvier et autres évènements antérieurs à forte portée symbolique. Cette fois encore la perturbation s'est étendue en moi bien au delà des faits, remettant en mouvement des idées restées latentes. D'abord il y a eu ce sentiment de fragilité de nos vies face à la violence aveugle. Ressenti moindre, par habituation. Et puis, parce que j'ai la chance de vivre en un lieu où les risques sont infimes, c'est resté assez abstrait pour moi. Je ne me suis pas dit que « ça aurait pu être moi ou un de mes proches ». J'ai évité de m'identifier. Garder l'émotionnel à distance, lorsque c'est possible, me semble préférable.

Un second effet, presque simultanément, m'a atteint : constater une nouvelle fois que notre mode de vie ancré dans un principe de liberté est, sur un plan moral, à ce point intolérable à quelques intransigeants extrêmistes qu'ils sont prêts à tuer à l'aveugle pour cela. L'intolérance absolue. Par contrecoup ce qui m'a perturbé c'est que l'origine des tueurs, nés parmi nous, nous renvoie aux défaillances de notre capacité à accueillir et intégrer l'étranger. À notre propre (in)tolérance, en quelque sorte...

Oui, je sais que c'est plus complexe que ça, mais l'idée est là, quand même : globalement le "différent de nous" n'est que toléré. Egalité et fraternité font trop souvent défaut.

La troisième phase de ma réflexion, dans laquelle je suis entré depuis peu, résulte de ce que j'ai entendu sans vraiment réagir sur le moment : « nous sommes en guerre ». Ces mots seraient venus de quelque éditorialiste prompt à l'outrance, j'aurais trouvé ça stupide mais pas vraiment étonnant. Or ils ont été prononcés par les plus hauts personnages de l'état et je vois là une grave irresponsabilité sémantique. J'attends d'eux davantage de sang-froid et de discernement, de mesure, de justesse. Non, nous ne sommes pas dans un pays en guerre ! L'usage de termes aussi forts ne peut qu'inquiéter, éveiller des réflexes défensifs, faire fuir ceux qui apprécient notre art de vivre, fut-il un peu usurpé. Nous avons subi une attaque (que d'aucuns pourraient considérer comme une riposte...), mais nous ne sommes pas en guerre. Ces derniers jours j'ai vu circuler une phrase d'un ministre norvégien après l'attentat d'Oslo et la tuerie d'Uttoya : « Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, d’ouverture et de tolérance ». J'ignore quelles suite il y a eu mais j'aurais aimé entendre cela de la part de nos chers gouvernants. J'aurais aimé les voir prendre le temps d'apporter des réponses réfléchies, constructives, autocritiques. Intelligentes, quoi, à la hauteur de leurs fonctions...

Une partie de la population a peur ? C'est bien légitime, juste après un tel choc. Faut-il pour autant agiter des "solutions" immédiates, simplistes et totalement illusoires ? Pour satisfaire qui ? Aucun état n'a la capacité de se protéger au niveau du risque zéro. Laisser croire que c'est possible est mensonger ; le croire est naïf. La meilleure riposte c'est de continuer à vivre, à rire, à s'aimer. Être vigilants, certes, mais vivre. D'ailleurs c'est la bonne surprise qui nous est apparue, une nouvelle fois : des élans de solidarité, de compassion et de bienveillance, mais aussi une belle énergie gourmande de vie. Le mieux que nous puissions faire c'est de nous saisir de telles situations pour nous ouvrir aux autres, à leurs idées et à leur part d'inconnu. Apprendre à se connaître.

Je l'énonce de façon générale mais c'est bien évidemment à mon égard que je le formule : on est jamais trop ouvert à l'autre ni trop curieux. J'ai tellement à apprendre, encore, et la chance d'avoir accès à internet, source inépuisable de découvertes, de connaissance, d'information, de savoir et de satisfaction pour qui veut s'instruire et mieux comprendre l'actualité...