Un article du journal Le Monde à capté mon attention : « Le Pape François entrouvre la porte de l'église aux femmes ». Diantre, l'église catholique entreprendrait-elle enfin une grande mutation grâce à ce pape considéré comme plutôt progressiste ?

Oh la, doucement, on se calme : l'article montre vite que l'ouverture est des plus réservées. À la question de religieuses portant sur la possibilité d'ordination de femmes diacres [sorte de sous-prêtre de second ordre], le pontife souverain a répondu : « Cela ferait du bien à l’Eglise de clarifier ce point. Je parlerai pour qu’on fasse quelque chose dans ce genre ». On voit que l'engagement au changement est plutôt ténu...

Bon, tout cela ne regarde que la religion catholique et je ne devrais pas me sentir concerné puisque je m'en suis extrait depuis longtemps. Sauf que c'est précisément autour de ces questions de discrimination de genre que j'ai entamé mon inexorable éloignement. Il ne m'était pas admissible - entre autres désaccords - de me reconnaître dans une religion écartant les femmes de certaines fonctions. L'article fournit d'ailleurs quelques intéressantes précisions sur ce point : « Le sacerdoce réservé aux hommes est une question qui ne se discute pas », a écrit en 2013 l'actuel chef du Vatican. On voit que l'éventuelle ouverture, d'emblée clairement limitée, s'apparente plutôt au cul-de-sac !

Et pourquoi ça ne se discute pas ? Parce que, comme l'a déclaré Jean-Paul II, « l’Eglise n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l’Eglise ». Bigre, l'église n'aurait pas le pouvoir de changer les choses ? Le voudrait-elle, dans un accès de féminisme débridé, qu'elle ne le pourrait même pas ? Mais alors, qui donc pourrait abolir un jour cette règle phallocrate ? Pas de bol, le gars qui l'aurait édictée est mort il y a un peu plus de deux mille ans. C'est ballot ! On apprend en effet que c'est parce que Jésus, individu mâle - comme son divin "père" - n'a choisi que des hommes comme apôtres, que les femmes sont à jamais exclues de certaines fonctions. Pour quelle raison ? Pardi, parce qu'elles ne peuvent tout simplement pas agir in personna christi ! Tandis qu'un homme, lui, c'est l'évidence même, le peut. Élémentaire mon cher Watson ! 

« Le prêtre est un autre Jésus, il est Jésus. La preuve ? Lorsqu’il célèbre la messe, il dit « ceci est mon corps » et non « ceci est le corps de Jésus ». Il y a identité parfaite entre le Christ et lui. Il est pour le Christ, une humanité de surcroit. Et le Christ était un homme. » [source

Ah ben oui, vu sous cet angle...
J'ai lu quelque part une remarque sournoise disant que, puisque Jésus était juif, seuls les juifs devraient accéder à la prêtrise. Rhôôô, c'est taquin...

« De fait les femmes ne peuvent être prêtre. Est-ce le signe d’une inégalité ? Non. Pour autant, ce n’est pas confortable à vivre, pour la femme comme pour l’homme. De part et d’autre, le soupçon, ou l’instinct de domination sont rapides pour faire de ce mystère un conflit de pouvoir. Jésus accepte qu’on lui donne le titre d’Époux. Car il aime l’humanité, son épouse. » [source]

Ah, si c'est un "mystère", l'affaire se corse...

« Il est clair que les apôtres relèvent d’un choix totalement libre de la part de Jésus. On ne l’explique pas. Il ne faut pas chercher dans la foi à tout expliquer. C’est le Mystère de la Foi que l’on proclame après la consécration. » [source]

La messe est dite : le choix du gars Jésus est mystérieux. Il faut le suivre tel quel, sans chercher à comprendre. Vous me direz que c'est le propre d'une religion : suivre une règle, des préceptes, des dogmes... L'église reste donc fidèle aux fondements qu'elle s'est choisis. Fidèle à elle-même ! Cohérente, en quelque sorte. On ne peut le lui reprocher.

Mais alors il n'est pas étonnant que ce genre d'immobilisme ne séduise plus : « A l’image de Marie, la femme est configurée à la vocation matrimoniale à la maternité : c’est elle qui donne la vie, qui porte la vie. Les femmes sont gardiennes de la vie, de l’Evangile de la Vie. L’Église voit en Marie la plus haute expression du "génie féminin", elle n’a pas le même rôle que l’homme : "Homme et femme il les créa". L’homme et la femme ont des fonctions, des sensibilités, des formes, des forces, des attitudes différentes. Dieu ne donne pas le même rôle à l’homme et à la femme. Ils sont complémentaires, en quelque sorte, le Créateur, dans sa Sagesse a réparti les rôles. La mission qu’il donne à la femme est tout aussi importante que celle de l’homme : ce n’est simplement pas la même. » [source]

Allons, il n'y a guère que quelques religieuses égarées, sans doute frustrées de ne pouvoir vivre pleinement leur vocation matrimoniale et de maternité, pour espérer encore pouvoir exercer les mêmes fonctions que les hommes !