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La première fois que j'ai eu connaissance du mot "écologie" c'est au début des années 70, en ouvrant un des colis régulièrement envoyé par la collection "Time Life", à laquelle mes parents étaient abonnés. « C'est quoi l'écologie ? », avais-je demandé à ma mère. Elle l'ignorait.

La préface du livre m'apporta la réponse. Écologie vient du grec oïkos logos : discours sur la maison (l'habitat), à prendre au sens de "notre milieu de vie". La planète vue comme notre maison. J'avoue ne pas avoir bien compris de quoi il s'agissait, à l'époque, mais j'avais pour circonstances atténuantes mon jeune âge et le langage un peu trop sérieux de l'ouvrage.

Durant des années ce nouveau mot est resté en dormance dans ma conscience, vaguement réveillé en 1974 lors de la candidature d'un sympathique hurluberlu chevelu, René Dumont, totalement en décalage avec les autres candidats à l'élection présidentielle. Quelques années plus tôt il avait été question du Larzac, mais je n'ai pas souvenance que le mot "écologie" y fut associé. Par contre je me souviens de grandes manifestations "écolo", en 1977, contre le surgénérateur de Creys-Malville. Mon père, ingénieur dans le nucléaire, avait beau jeu de discréditer ces illuminés « qui ne comprenaient rien à la physique de l'atome ». Je crois qu'il faudra attendre le milieu des années 80 pour que ma conscience écologique éclose alors que, vaguement goguenard, je me moquais avec une gentille condescendance de l'engagement d'un couple d'amis contre des projets de barrages en haute montagne. Je suppose que leurs arguments ont quand même fini par me convaincre puisque j'en suis venu à prendre conscience que le progrès technologique pouvait en arriver à détruire "l'environnement" (terme qui commençait à supplanter celui d'écologie, devenu trop associé au militantisme "écolo"). À partir de là mon mode de pensée à commencé à changer, remettant en question le dogme d'une croissance continue et de l'exploitation infinie du milieu naturel. C'est aussi dans ces années de jeunesse que quelques phrases ont eu un fort impact sur ma conscience des enjeux planétaires : « nous sommes sur un paquebot qui fonce droit vers la côte et nous ne faisons rien. Or un paquebot ne peut pas virer de bord en un instant... » [citation approximative]. C'était il y a une trentaine d'années...

Depuis, sirènes et autres signaux d'alarme se sont déclenchés en nombre croissant. Ça clignote de partout ! Les alertes succèdent aux alertes, dûment signalées par des personnalités de plus en plus éminentes et de plus en plus nombreuses. La notion d'environnement s'est élargie à toute la biosphère. On n'en est plus au temps des "écolos" considérés comme de doux rêveurs voulant « protéger les petites fleurs » et censés prôner « un retour à la bougie ». On a même vu un président français déclarer, dans un surprenant sursaut de lucidité, « notre maison brûle et nous regadrons ailleurs ». C'était il y a quatorze ans, en 2002, au IV° Sommet de la Terre. Certes, un autre président a, depuis, dédaigneusement annoncé que « l'écologie ça commence à bien faire ».

Aujourd'hui de plus en plus de passagers de notre paquebot fou, et pas seulement les plus "écolos" d'entre eux, se sentent plus ou moins confusément en grand danger. Leur grondement s'amplifie. Alors, levant le sourcil avec une moue dubitative, parmi la pléthore de ceux qui entendent piloter notre navire commun, quelques uns commencent enfin à se dire qu'il va peut-être falloir prêter attention aux alertes. Enfin... quand on aura le temps. Ou les moyens. Plus tard.

On en était là, espérant vaguement que les engagements de la COP21 amorçaient un changement quand, le 9 novembre dernier, on appris que les états-unis se dotaient d'un bonimenteur comme nouveau président. Pour lui, il n'y a pas de doute : en avant toute ! Machines à fond, barre à droite et droit devant ! Il ne voit aucun des récifs qui se dressent devant lui, avec son idée de "grande Amérique", mais plutôt la voie du profit immédiat et de la croissance illimitée. Un fou ? Un inconscient ? Un cynique ? un égocentriste ? un rétrograde ? Peu importe : il a séduit ses passagers en leur promettant de voyager en première classe Deluxe. Champagne et caviar pour tous ! Sauf pour les parasites, plus ou moins basanés, qu'il promet de jeter par dessus bord du paquebot étasunien.

 

 

...   

 

 

Je ne cacherai pas que ce vote m'a sidéré. Non que le programme de la candidate adverse soit particulièrement réjouisant [loin s'en faut], mais quand même, une telle régression...

Quelques heures après cette surprise nauséabonde, plutôt que de me laisser aller à un vain découragement, j'ai presque été saisi de rire devant l'absurdité de la situation. Comment avaient-ils pu élire ce pitoyable clown ? C'était tellement abasourdissant que c'en devenait drôle. Je ne voyais tellement plus aucune raison d'être optimiste sur la destinée du paquebot commun... que ça me faisait marrer. Cette extension de la contagion populiste, cet aveuglement des peuples, ce court-termisme, ces replis frileux du chacun pour soi et visant toujours plus de croissance, c'était risible [rire jaune, cela va de soi].

Comment trouver un aspect positif dans cette défaite de l'intelligence ? Peut-être dans ce message : ils n'ont plus voulu plus des politiciens institutionnels. N'importe qui plutôt que les mêmes.

Après le constat, j'ai eu besoin d'aller au delà du symptôme en essayant d'en comprendre les causes. D'accorder de l'attention au sens de ce vote. Je doute cependant qu'il n'y ait que du mal-être social derrière chaque vote "contestataire". Hélas...

J'en suis resté là, sans pouvoir écrire à se sujet. Que penser ? [de l'humanité] Qu'envisager ? Alors j'ai lu, je me suis informé. Sans trop insister. Résigné. Désemparé. Perplexe. Je sens que l'évolution du monde me travaille de l'intérieur. Mon regard sur notre devenir commun se transforme sous l'effet d'une pression interne : une nouvelle conscience se met en place, lentement. Une lucidité accrue, peut-être ? Je ne suis pas capable d'en dire grand chose.

 

 

Une ligne de scission, il me semble, réside dans la vision des rapports que l'homme entretien avec son environnement. Entre ceux qui considèrent que l'homme est au sommet et qu'il lui revient d'exploiter la nature à son avantage, et ceux qui pensent que l'homme n'est qu'une partie de la nature qui lui a offert les conditions de son développement, deux paradigmes s'opposent radicalement. Deux cultures s'affrontent, comme elles l'ont probablement toujours fait. Sauf que cette fois il n'y a plus de nouveaux territoires à coloniser.

Nous nous situons à une époque où l'ancien modèle de domination, ayant atteint ses limites, les dépassant même, paraît encore pouvoir perdurer en ne regardant que le court terme. Certains voudraient le faire tenir au maximum, s'accrochant aux vieilles recettes... sans vouloir regarder le mur contre lequel ils vont s'écraser. Après tout, il ne seront (peut-être) plus là pour constater les dégâts.

« Je ne vois pas pourquoi je me préoccuperai des générations futures, elles n'ont encore rien fait pour moi »  (Groucho Marx) 

J'évoque les États-unis, parce qu'en tant que plus grande puissance mondiale c'est une nation symbolique a bien des égards. Mais une partie de l'Europe, et la France en particulier, ne laisse rien présager de mieux. La campagne en vue de l'élection présidentielle montre bien à quel point les enjeux planétaires sont absents des préoccupations politico-médiatiques mainstream. Qu'en est-il de celles des citoyens dans leur ensemble ? Quel fraction d'entre eux saura se faire entendre ? Et avec quelles idées ? Il semble que nous allons vers un choix entre une pseudo-gauche libérale, une droite catho-traditionnaliste ou une extrême droite nationaliste. Charmant programme...

Le point positif, finalement, c'est que tout cela va peut-être nous péter à la gueule précipiter plus rapidement vers le chaos que beaucoup voudraient éviter. Comme la route promise est intenable et que l'eldorado n'existe pas, il va forcément se passer quelque chose. Tôt ou tard le système de pilotage du navire, montrant son obsolescence, perdra le contrôle de lui-même. Par une révolte des passagers, par l'arrivée massive de réfugiés, par l'épuisement des ressources, par les conséquences du changement climatique... et plus probablement par la conjonction de tout ça à la fois et bien d'autres choses encore.

Ça nous promet un beau feu d'artifice.

 

 

En attendant... la vie continue, les cycles de la nature aussi.
Vivons l'instant...

 

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Il y a une semaine, dernier jour avant que la tempête n'emporte les ultimes colorations automnales...