Il y a quelques jours Célestine mettait à l'honneur les superbes clichés que Thomas Pesquet prend de notre planète, à 400 km d'altitude. Il y a effectivement de quoi méditer et rêver devant ces images inattendues, surprenantes, étonnamment graphiques. Il y a peut-être aussi de quoi s'interroger sur cette présentation esthétique, tellement différente de ce que nous percevons "d'en bas". « Pourquoi ne pas nous montrer le monde tel qu’il est ? Ses beautés bien sûr, mais aussi ses bosses, ses cicatrices. », demande un journaliste dans une lettre ouverte au même Thomas, hier, sur Télérama

Volée de bois vert de quelques lecteurs clamant, en substance : « laissez-nous rêver ».

Réaction entendable. On peut préférer la mise en lumière du beau et laisser dans l'ombre le laid. Je ne suis pas le dernier à fermer les yeux sur certaines hideurs de notre monde. Pourtant le souhait d'une vision plus "objective" adressée à un observateur privilégié est tout aussi entendable. Surtout si - et c'est le sens de l'article de Télérama - ledit observateur déplore par ailleurs les dégradations humaines qu'ils constate. Un lien renvoie vers un autre article du Monde dans lequel Philippe Perrin, qui occupa il y a quinze ans la même place que Thomas Pesquet, raconte que « si l’humanité avait la chance de voyager dans l’espace, la prise de conscience environnementale serait immédiate : du jour au lendemain, nous vivrions et consommerions complètement différemment ». Il ajoute, amer, « Nous resterons comme une génération de salauds qui ne laisse rien aux générations futures. »

Faut-il s'inquiéter de l'avenir ou choisir de vivre le présent en privilégiant l'insouciance ? Faire face à la réalité ou préférer rêver qu'elle est autre, en toute conscience ? Ce n'est évidemment pas aussi binaire... C'est l'un et l'autre, alternativement. Parce que nous avons besoin de rester en équilibre. C'est du moins ainsi que je fonctionne.

Face aux réactions outrées de certains lecteurs le journaliste de Télérama a voulu expliquer, en son nom propre, quelles avaient été ses motivations. La démarche est suffisamment rare pour être remarquée. Dans son plaidoyer on peut lire ceci « en montrant le beau, on n’incite pas les gens à se mobiliser pour le préserver. On les invite plutôt à penser que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et je suis parmi ces gens. J’ai du mal à saisir combien le monde se détraque, j’ai du mal à le voir concrètement, à donner une chair et des os aux articles des scientifiques catastrophés ». J'ai apprécié cet aveu d'incapacité à appréhender une réalité abstraite et complexe. Cette nécessité ressentie de chercher à voir les choses en face. Je crois y retrouver un peu de ma démarche actuelle...

 

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Arabesques sur le Dniepr (Photo Thomas Pesquet)

 

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Sables bitumineux en Alberta