Il y avait, paraît-il, encore beaucoup d'indécis ces derniers jours quant à leur vote à la présidentielle. J'en ai fait partie jusqu'à hier soir, quand, après pas mal d'hésitations, ma décision s'est enfin "cristallisée".

Très tôt mon choix s'était porté sur les seuls candidats mettant l'écologie au centre de leurs préoccupations. Question de priorité planétaire, évidemment, mais aussi de cohérence personnelle. Neuf candidat(e)s étaient donc éliminé(e)s d'office - parfois aussi, soyons clair, pour des raisons n'ayant rien à voir avec leur approche écologique, quelle qu'elle ait pu être.

Il en restait donc deux dont les idées me séduisaient. L'un avait plutôt mon vote de coeur, en partie fondé sur une part irrationnelle et sensible : comment je "ressens" un candidat, en fonction de sa façon de s'exprimer, de son attitude générale, de sa gestuelle, son regard, ses sourires... Bref, de ce que je pense perçevoir de sa personnalité et de sa sincérité, voire de son humilité, qualité rare en politique. L'autre, qui avait aussi toute ma sympathie, était plutôt mon candidat "gagnant" du fait de son positionnement dans les sondages. Sans ces puissants influenceurs d'opinion la question ne se serait pas posée puisque le coeur l'aurait emporté.

Tant que je n'étais pas sommé de choisir j'ai observé l'un et l'autre, leurs prises de parole, leur façon d'être et de se présenter. Sur le fond je ne voyais pas de différence majeure, si ce n'est sur leur vision de l'Europe, peut-être. Sur la forme l'un me séduisait davantage que l'autre. Quoique...

Mais il y avait un bémol : celui qui aurait eu mon vote spontané appartient à un mouvement politique trop vaste à mon goût, usé, miné, torpillé, et comptant en son sein des personnalités qui me déplaisent fortement. Nul doute que ces derniers chercheront à revenir au pouvoir coûte que coûte, quand bien même ils auraient planté un couteau dans le dos du candidat qu'ils étaient censés soutenir. Je l'aimais bien, lui, en tant qu'homme, mais j'ai senti qu'il se retrouvait finalement bien seul. Et visiblement de plus en plus. Voter pour lui c'était faire comme je fais depuis des années en ce qui concerne l'écologie : voter perdant.

Face à lui, porté par un vaste mouvement populaire en amplification constante, un candidat en position nettement plus favorable. Le soutien massif dont il bénéficie lui confère indéniablement une "force". Par ailleurs ses talents d'orateur, sa culture, son sens du verbe, ne m'ont pas laissé insensible. Au service de ses idées, qui recoupent largement les miennes, c'est un atout précieux. Certes l'éloquence ne suffit pas... mais ça joue quand même un rôle.

Au final j'ai donc voté selon mes idées plutôt que mon coeur. Il m'était important d'ajouter mon infinitésimal grain de sable en faveur de convictions qu'avec beaucoup d'autres je défends. Dans quelques heures nous saurons, et une partie du monde avec nous [voir ci-dessous], si les français auront su se montrer à la hauteur.

 

  • Extrait d'une tribune du Collectif d'anciens membres de la campagne présidentielle de Bernie Sanders, dans Le Monde du 21 avril 

« (...) Nous vous appelons à examiner ce qui s’est passé aux Etats-Unis et à faire votre choix en fonction des faits et des programmes des candidats. Quel candidat prend réellement en compte l’urgence environnementale ?

Quel candidat propose un encadrement raisonné de la finance qui a mis en danger le système économique mondial il y a dix ans sans être réformé depuis ? Votre pays est le sixième pays le plus riche du monde, quel candidat propose de répartir de manière juste cette richesse afin que chacun puisse étudier, se soigner et s’épanouir ?

Ce dimanche 23 avril, le monde aura les yeux tournés vers vous. A deux jours de ce scrutin historique, nous vous passons le relais en faisant confiance à votre esprit critique bien français pour faire un choix audacieux, à la hauteur des enjeux que nous avons à affronter. »