Qu'est-ce qui, un jour, m'a poussé à livrer par écrit mes réflexions et ressentis autocentrés ? Qu'est-ce qui, des milliers de pages et des années plus tard, a fait tarir ce flux ? Pour la première question la réponse me semble évidente : il y avait autrefois un besoin, qui a trouvé un exutoire a sa convenance. La seconde question me renvoie vers quelque chose de beaucoup plus nébuleux... mais ne se pose pas vraiment : c'est ainsi. Je pourrais simplement dire que le besoin n'est plus là et que j'en prends acte.

Quand même... je crois qu'il y a aussi une question de disponibilité. De priorité donnée à autre chose de plus en adéquation avec ce que je suis. Mes élans se sont orientés vers d'autres formes de lien aux autres, plus concrètes que virtuelles. Mon ego s'est sans doute suffisamment affermi pour que je ne lui prête plus guère attention. Ou peut-être ai-je pris conscience qu'il y avait des enjeux un peu plus importants et que j'avais en quelque sorte un devoir moral de les prendre en compte.

Bref : après m'être engagé dans une association, je me suis engagé en politique.

Alors que je voyais arriver avec un certain soulagement la fin de mon deuxième mandat de conseiller municipal, entrevoyant déjà une liberté retrouvée que j'allais pouvoir mettre à profit dans ma tranquille solitude... je me suis finalement engagé plus entièrement dans l'aventure. Parce que c'est le moment, parce que j'ai des convictions, parce qu'il y a un combat planétaire à mener. Je n'ai même pas hésité : nous étions trois à vouloir aller dans une certaine direction et c'était notre chemin. Un an plus tard, ayant fédéré autour de nous dix-huit personnes enthousiasmées par notre approche participative, nous voyons approcher l'échéance qui nous mettra en capacité de défendre notre vision... ou nous relèguera sur les bancs stériles de l'opposition.

Quoi qu'il en soit je ne serai pas maire. Je n'ai pas le charisme nécessaire pour cela. Je n'ai pas cette capacité à aller vers les gens, à parler avec aisance, à prendre une place pour laquelle ma légitimité me poserait indéfiniment et profondément question. Je n'aime pas être en tête, ni sous les projecteurs, et j'ai très vite décliné la proposition. J'ai reconnu en un de mes équipiers une personnalité plus à même de remplir la fonction. Par contre je me sens bien en équipe, prêt à y prendre des responsabilités. J'ai besoin de collégialité.

Je ne serai donc pas maire... mais peut-être davantage que cela, en termes de capacité d'inflexion. L'échelon communal, en termes d'actions, reste assez restreint. Par contre, au niveau de l'intercommunalité, le pouvoir d'influer sur des trajectoires me semble plus déterminant. C'est là que je me sens pouvoir prendre place. C'est fort de cette convicition que j'ai accepté la double invitation à y représenter la commune et à exercer des responsabilités, si le sort m'est favorable. Parce qu'à ma connaissance, parmi tous ceux que j'ai vu aux postes de décision locaux, je n'ai croisé personne d'aussi déterminé que moi. Pour une fois... je ne vois personne de mieux placé, de plus légitime que moi pour défendre les idées qui me tiennent à coeur et à corps. Finalement il y a encore bien trop peu de personnes suffisamment lucides aux postes décisionnels et il revient donc à ceux qui acceptent de regarder la réalité en face de se positionner. Et de s'engager. Ma conviction me porte et me pousse à surpasser mes craintes. Elle bat en brêche mes doutes et le procès perpétuel en illégitimité qui gouverne mon parcours. Je ne suis jamais aussi fort que lorsque je crois que le moment est venu de m'engager.

C'est donc avec confiance et détermination que j'envisage de prendre des responsabilités... tout en étant conscient de mes limites. Je ne serai pas à l'aise pour prendre la parole, pour assumer un rôle de leader, pour faire face à la contestation qu'immanquablement je rencontrerai. Je reste sensible aux affects, j'ai besoin de me sentir soutenu dans les idées que je défends pour un collectif. Cette vulnérabilité fait partie de moi. C'est à la fois une faille et un atout, parce que je sais pas faire autrement que d'être sincère.

J'ignore si les résultats du vote permettront que je prenne cette place mais s'il advenait que je sois le plus à même de défendre ce qui me semble légitime et juste, il me sera peut-être nécessaire de renforcer un ego resté un peu fragile. C'est en partie grâce à l'écriture que j'ai structuré une estime de moi défaillante, il se pourrait que je sois bientôt confronté à une réalité plus tangible. Je vais sans doute devoir apprendre à parler en public, ce qui demande de... s'autoriser à prendre de la place. À se mettre en avant pour être écouté et suivi.

Je me demande dans quoi je me suis lancé...

 

« Mais de l'amour quand même puisqu'en offrir est un devoir
à tous ces gens qui s'égarent sur le chemin du "Avoir"
Amour pour toi camarade, je sais que tu fais ce que tu peux
que le monde est malade et que tu voudrais qu'il aiile mieux
mais voilà, ça implique des sacrifices, des choix de vie
et de comprendre que demain se construit aujourd'hui
c'est quand on aime et quand on donne qu'alors on s'enrichit
j'écris l'amour avec le A de anarchie »

 

 

Kalune - Amour