J'aurais beaucoup à écrire. Trop, même, pour savoir par où commencer.
Alors je pose le tout, à peu près dans l'ordre :

J'ai régulièrement évoqué ici, depuis des années, la perte et la finitude. D'abord autour des ruptures relationnelles, puis progressivement sous l'angle de la destruction des conditions d'habitabilité terrestres. Incidemment j'ai aussi abordé la finitude de nos existences, notamment en constatant la dégradation physique et mentale de ma mère, atteinte par la maladie de Parkinson [qui ne se réduit pas, loin de là, à un tremblement des mains : ma mère n'avait aucune trace de ce symptôme]. Puis il y a eu le suicide de Solange.

Le lendemain de son enterrement était lancée l'opération d'invasion de l'Ukraine, mettant fin à la paix européenne. Touché par cet évènement destructeur j'ai commencé à écrire une ébauche de réflexion, restée en suspens. Publiée seulement aujourd'hui (en gardant la date d'origine), elle reste inaboutie car ouvrant un trop large spectre d'émotions dues à la survenue brutale de la mort à grande échelle alors que, d'un autre côté, la mort lente de l'écosystème terrestre ne suscite aucune réaction internationale efficace. Après mes réflexions sur la perte lente, que l'on a le temps de voir venir, et celle, brutale, qui ne prévient pas, cela faisait trois textes successifs sur diverses variations de la finitude. Visiblement j'étais préoccupé par le sujet.

Et puis il y a eu irruption du réel à effet immédiat et prioritaire : la perspective de la mort, proche - aux deux sens du terme - après aggravation soudaine de l'état de santé de ma mère. Un sommeil anormalement profond et durable, avec impossibilité de l'en sortir. C'est à moi qu'est revenue la responsabilité d'appeler les urgences, sachant bien que cela pouvait mener vers une issue fatale, autant redoutée qu'espérée. Hospitalisation, perfusion, mise sous oxygène. Temps d'incertitude. Cela a duré six jours.

J'ai été le premier à savoir que son calvaire avait pris fin et à la voir sans vie. J'ai tenté d'écrire autour de ce moment si particulier, sans vraiment y parvenir. Le texte, inachevé, est finalement lui aussi publié en différé pour respecter la chronologie des faits. Je le garde parce qu'il relate ce qui, paradoxalement, représente un bon moment. J'ai eu le privilège immense de le partager seul avec elle et ainsi pouvoir me détacher, par les sens, par mon corps, de son corps.

Désormais je suis dans l'après. Après le décès et tous les bouleversements que cela représente, quand bien même nous y étions tous préparés. Après les démarches funéraires. Après les obsèques. Après l'incinération.

Ce matin, dernier acte symbolique concernant son corps, nous avons déposé l'urne contenant ses cendres au colombarium, prêt pour les recevoir depuis... un quart de siècle (mes parents étaient prévoyants).

 

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