Alter et ego (Carnet)

Itinéraire d'une ouverture à soi et vers autrui

22 novembre 2009

Entre deux mondes

Bon, je laisse mes coups de gueule écologistes pour revenir à des sujets infiniment plus sérieux <== autodérision visant à favoriser une transition que j'assume mal, mais le texte qui suit avait été rédigé avant l'autre. Et puis, finalement, les deux sujets ont un certain lien...

Il y a quelques temps, en parlant d'ambivalence et dépendance, je prenais conscience de diverses dépendances : « Dépendance à l'expression publique et aux commentaires qui en découlent ! Dépendance à l'appréciation des autres... »

Depuis ça me titille...

Est-ce si simple ? [mais oui, vous savez bien que je me prends la tête pour des broutilles existentielles...] Certes, comme la plupart de mes congénères humains j'ai besoin de me sentir "reconnu", donc apprécié par au moins une partie des personnes que j'apprécie et "reconnais". Une reconnaissance entre pairs, en quelque sorte. Mais ça ce n'est pas un problème : je peux toujours trouver des personnes qui apprécieront ce que je suis/fais/dit, quel qu'en soit le sens, quels que soient les objectifs que je poursuis. Un des salariés que j'accompagne me le disait récemment avec ses mots : « je veux devenir caïd, pour être respecté par les autres caïds ». Là où ça en deviendrait un, de problème, c'est si je cachais ou reniais une part de moi en vue d'être apprécié. Il y aurait tromperie sur la marchandise. Vis à vis des autres, moindre mal, mais surtout vis à vis de moi, ce qui serait grave !

Bon en fait, euh... c'est un peu le cas, mais pas de façon délibérément volontaire et cyniquement assumée. Juste un habillage, un costume de scène pour me croire plus présentable. Je ne suis pas dépendant de l'appréciation des autres au point de me renier. Et d'autant moins quand il s'agit de ce qui constitue mes valeurs. Je crois que, pour ce qui est essentiel et fondamental, je reste "authentique". Ouf !

Pour ce qui est de la « dépendance à l'expression publique » [concept bizarre, d'ailleurs...], c'est plus subtil, de même que pour les commentaires. En fait j'ai surtout besoin d'échanger sur des sujets qui me préoccupent. Sans parler de véritable « dépendance », je me sais féru de discussions et échanges d'opinions. J'aime bien ça ! C'est une façon d'avancer, de me positionner, de me définir en rencontrant l'autre. Et puis ça me permet de ressentir des émotions, de vibrer, donc de détecter ce qui m'importe et me touche vraiment.

Mais pourquoi en public et sur internet ?

Internet c'est le côté pratique : c'est là, à disposition quand j'en ai envie. Un peu trop facilement, d'ailleurs...

Il n'y a pas que ça : est pratique aussi la liberté d'aller et de venir, de me manifester ou pas, de choisir les sujets de discussion/réflexion. Et puis j'habite à la campagne, un peu loin du monde et des possibilités de rencontre. Le monde à portée de main sans se bouger les fesses, c'est quand même vachement pratique !

Mais je pourrais tout aussi bien m'en tenir, sur internet, à des échanges privés. Comme à mes débuts. Or je constate que j'ai tendance à aller plus facilement vers le blog que vers mes mails. Sauf s'ils m'interpellent suffisamment pour que je les fasse passer en priorité. Avec internet je privilégie la conférence publique aux confidences privées. Probablement parce que ça m'évite de répéter les mêmes choses.

Surprenante préférence pour la scène publique, alors que dans la vie terrestre c'est le contraire ! Rattrapage de ma nature réservée ? Vengeance du timide que j'étais ? Peut-être bien... Sur internet je ne perds pas mes moyens, mes idées ont le temps de venir, je ne me hâte pas de vite conclure en ayant l'impression de prendre toute la place... Ouais, ici je me sens plus libre d'être moi-même que dans le monde sensoriel ! Donc apparemment plus "vrai"... ce qui est évidemment une aberration si on se réfère au réel. La réalité virtuelle ne fonctionne que dans ce monde à double fond, étroitement inféodé aux technologies artificielles. C'est toujours vertigineux de se lancer dans cette réflexion entre le réel et la réalité virtuelle. Ça me rappelle The Matrix...

Donc je serais "plus vrai" ici... Mouais... sauf que si on m'enlève internet mon existence se réduit immédiatement de cette part de réalité artificielle ! Atrophiée ma vie serait radicalement différente. C'est donc par rapport aux échanges par internet que je ressens une dépendance !

Sans le lien internet mes soirées seraient d'un ennui mortel ! Mes week-end pluvieux d'une solitude absolue ! Mon monde relationnel se restreindrait à mes relations de travail [bof !], quelques amis proches et ma famille. Les discussions seraient limitées à ce qui serait partageable avec ces personnes-là... Hum, pas enthousiasmant... Mon existence s'est amplifiée depuis que je me suis connecté aux échanges par écrit et à distance. Je crois pouvoir affirmer que sans le cordon internet je n'aurais pas divorcé... Je ne me serais pas posé autant de questions sur le couple et les relations. Je n'aurais peut-être pas changé d'orientation professionnelle. Je n'aurais pas rencontré toutes ces personnes qui m'ont ouvert l'esprit, qui m'ont permis d'avancer infiniment plus loin que mon cercle étroit de connaissances me l'aurait autorisé. Je n'aurais pas voyagé autant...

En bref, je ne serais pas devenu "moi" !

Bien sûr cette évolution s'est faite parce qu'il y avait aussi le réel : je ne suis pas enfermé dans un monde virtuel, loin de là. Ma pensée, qui navigue entre monde réel et monde "imaginaire" se nourrit de l'un et de l'autre. Mais, puisque je cherche à comprendre ce que je suis, je dois bien reconnaître que la double réalité me pose un petit problème identitaire : qui suis-je réellement ?

J'ai de temps en temps la tentation de revenir franchement vers le réel. Réintégrer exclusivement dans le monde sensoriel, celui que l'on touche, voit, entend, goûte, sent et ressent. Mais si je pousse mon raisonnement un peu plus loin je me dis que la recherche du réel pourrait bien me mener vers un isolement accru, assorti d'un rapprochement avec la nature et les éléments. Parce que, si on y songe, les discussions et rencontres dans le monde réel sont aussi basées sur une importante part d'abstraction, donc de virtuel : le langage est déjà une réalité virtuelle. La pensée est une abstraction virtuelle, de même que les ressentis, pourtant bien "réels", de nos émotions.

Vertigineux, vous dis-je...

Vais-je continuer à alterner présence au monde réel et au monde virtuel ? Dois-je me forcer un peu à sortir de mon cadre de vie solitairement relié ? Parce que... je me rends bien compte que, mes enfants étant partis explorer le monde, je passe maintenant beaucoup de temps seul. Physiquement seul. L'envie de rencontrer, de discuter, de m'enrichir, de partager, se manifeste et pourrait prendre de l'ampleur. Mais comment faire ?

Dans la nature qui m'entoure je trouve de quoi largement combler mes besoins de reliance à la terre et aux éléments. Je m'y ressource et y puise une énergie, j'y maintiens mon équilibre et retrouve une conscience bien terre à terre, un "bon sens" qui m'est nécessaire. Je crois que je peux encore y découvrir beaucoup de satisfactions insuffisamment développées.

Est-ce que je peux trouver le même genre d'équilibrage parmi les humains ?

Je me demande un peu comment faire par rapport aux contacts réels. Je suis assez ambivalent par rapport au monde dans lequel je vis. J'ai tendance à le regarder de loin, m'en tenir à distance, parce qu'une grande part de ce que j'en vois me dérange, me perturbe. Être au contact du monde humain m'apporte parfois de belles satisfactions, mais aussi de lourdes déceptions. Sans doute ai-je à apprendre comment aller vers ce qui me procure un sentiment de bien-être, tout en me tenant à l'écart de ce qui me nuit. Privilégier l'échange avec ceux qui partagent des valeurs compatibles avec les miennes et me préserver des réalités personnelles qui s'y heurtent.

* * *

Le lien avec le sujet précédent serait cette dissociation que nous faisons entre le réel et le virtuel. Entre ce que nous savons et ce que nous ne voulons pas voir. « Nous ne croyons pas ce que nous savons », selon une formule dont j'ai oublié l'auteur.

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21 novembre 2009

L'énergie de la sérénité

C'est quand même bizarre... je raconte ma vie en public et vous êtes nombreux à suivre mes états d'âme. Habituellement discret, peu loquace, l'écrit me transforme en homme bavard sur lui-même. Spectacle infime d'un gars qui prend la vie un peu trop au sérieux... alors qu'il ne l'est pas, sérieux. Enfin si, quand même, mais pas tant que ça.

Mais.. qui suis-je vraiment ? La question a t-elle un sens alors que je me vois changeant, différent selon les situations et les personnes que je rencontre ? Être soi ne consiste t-il pas simplement à l'être dans l'instant ? Chercher à me connaître alors que je suis, par la nature même de la vie, variable, en mouvement, toujours en évolution... cela a t-il un sens ?

Qui suis-je ? Le saurais-je jamais ?

Ces questions me viennent parce que, selon les personnes que je cotoie, dans la vie et sur internet, je constate qu'on me perçoit tantôt comme un homme serein [voire sage...] tantôt comme une personne compliquée qui se "prend la tête" au lieu de vivre simplement [!!!]. Le grand écart de ces appréciations dépend des registres d'expression, des domaines abordés, et surtout du caractère des personnes qui les énoncent.

Mais moi, je me sens comment ?

Eh bien je me sens plutôt serein, et heureux de l'être, dans une vie qui, globalement, me convient ! C'est bien ça le plus important, non ? J'ai choisi de prendre un chemin qui me mène vers un apaisement généralisé et rien que ça contribue déjà à m'approcher de mon objectif. Bon... il est certain que j'y travaille. Je reconnais avoir consacré, cumulée sur des années, une énergie inouïe pour aller vers cette sérénité. Ouais... ça peut paraître paradoxal si la sérénité est vue comme étant une forme pérenne d'insouciance inactive... Mais ce n'est pas mon cas : je sais que ma sérénité n'est pas acquise et qu'il me faut "travailler" à son maintien tout autant que résister à pas mal de sollicitations qui pourraient m'en éloigner.

Ce que je suis, en réalité, tient de deux états contraires : serein et cogitant.

Le concept de sérénité m'était lointain auparavant, mais je le vivais déjà un peu sans le savoir. Je n'ai donc eu qu'à suivre une inclination naturelle en libérant quelques freins. Le travail a été efficace et a porté ses fruits, pour ceux qui m'étaient accessibles. D'autres, inatteignables, restent objet de convoitise. Je pensais pouvoir m'accomoder de cette frustration jusqu'à ce que, très récemment, je ressente physiquement un épuisement que je n'avais pas vraiment identifié jusque-là. Il était directement lié à ce autour de quoi j'écris et réfléchis, quête de réponses concentrée dans une quintessence : c'est quoi l'amour, c'est quoi l'amitié, c'est quoi le lien ?

Si ce n'est pas clair dans mes pensées, ça ne peut pas l'être lorsque j'ai à choisir. Alors souvent j'hésite... Mais j'ai constaté depuis longtemps que lorsque j'hésite entre des alternatives contradictoires je dépense une énergie considérable en patinage immobile. L'envie d'aller dans un sens et dans l'autre, alternativement, simultanément, m'épuisent... pour un résultat quasiment invisible à court terme. Ce n'est qu'à longue échéance que je peux constater les effets éclairants de cette confrontation interne. J'y gagne en assurance, en confiance en moi et c'est primordial. Mais coûteux...

Je crois que, bien souvent, la raison de mes hésitations et le temps qui m'est nécessaire pour me décider viennent de mon souci de l'autre. Je cherche un compromis satisfaisant entre mes besoins personnels et les siens, connus ou imaginés. Selon que je pense d'abord à l'autre ou d'abord à moi, le résultat peut être radicalement différent. Il y a donc une confrontation entre l'alter et l'ego. Négociation interne qui nécessite un temps de maturation. Accepter la différence d'autrui me demande de travailler sur mes limites, m'ouvrir à une autre façon d'être, tandis que ne penser qu'à moi serait assez simple et rapidement tranché...

Mais ce n'est pas ma façon de faire !

A une époque où tout doit se décider vite, je me sens souvent en décalage. Quand on me demande de me déterminer rapidement je me vois dans l'incapacité de le faire de façon sensée et équilibrée. Ce qui fait que, géralement, je laisse l'autre choisir... avec l'éventuelle insatisfaction que je peux ressentir. Cela a pu me coûter extrêmement cher. D'ailleurs le travail dont je parle découle largement de cette facture...

Je crois que vitesse et sérénité s'accordent assez mal. Je me sens infiniment mieux dans la lenteur que dans la précipitation. Je ne suis pressé que lorsque j'ai peur, cherchant au plus vite à être rassuré. Voila pourquoi désormais je m'épargne la peur en restant "à distance" de ce qui pourrait m'inquiéter. Ma sérénité s'accomode très mal de la pression.

Par rapport aux relations à connotation sentimentale et affective il n'aura échappé à personne que j'ai développé des peurs tenaces. Elles contrarient mon accès à une sérénité plus ample et sont l'objet d'un travail intérieur soutenu. J'y consacre encore une énergie importante, notamment par le biais des écrits que je vous propose en partage, tout en me réjouissant des effets bénéfiques qui en découlent. S'il m'arrive parfois d'être las de tant d'énergie consacrée à un cheminement dont je constate qu'il ne passera pas là où j'aurais aimé, je crois cependant qu'à la longue je verrai tous les avantages des détours involontaires auxquels j'aurais été contraint.

Aller vers la sérénité est un travail de longue haleine mais je crois qu'il en vaut vraiment la peine.

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Lente maturation d'automne

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18 novembre 2009

Changer de regard

Je n'en ai pas parlé depuis longtemps mais je continue ma formation à l'accompagnement des personnes en difficulté relationnelle et affective. Bon, ça n'étonnera pas outre mesure vu autour de quoi se focalisent nombre de mes billets...

Il se trouve donc que, cette semaine, nous avons abordé pendant une journée « L'évolution de la notion de couple et de la famille ». Davantage qu'un apprentissage de savoirs théoriques il s'agissait d'un travail personnel et en groupe sur nos représentations, avec confontations de nos différents points de vue et interrogations sur le regard porté par la société. Je ne ferai pas ici un exposé de ce captivant sujet mais vais approfondir quelques pensées annexes qui me sont venues.

Il est apparu, ça ne surprendra personne, que le paysage familial français s'est considérablement diversifié en quelques décennies. De la famille traditionnelle (couple marié monogame avec enfants sous régime patriarcal) on en est arrivé aujourd'hui aux cellules complexes enfants-parents sous divers régimes de recomposition du couple (devenu polygame par succession de relations). Enfin... quand je dis qu'on en est arrivé là je devrais dire que ces formes de familles pluristructurelles et à géométrie variable sont devenues suffisamment fréquentes pour faire partie du paysage. Ce qui n'empêche pas à la famille "traditionnelle" d'exister encore sans être anachronique ni ringarde.

Dans notre groupe de formation coexistent les deux types de familles et j'ai constaté que cela influait sur nos représentations profondes de la "normalité" (avec tous les guillemets d'usage !). À l'évidence nos préoccupations et interrogations différaient selon que l'on fasse partie de familles "traditionnelles" ou "recomposées". Il a aussi été question de la pression sociétale normative, du regard culturel et de la rapidité à laquelle ceux-ci évoluent. Évolution jugée "rapide" pour certains, "lente" pour d'autres.

C'est là que je me suis rendu compte que, bien qu'ayant quitté le modèle traditionnel j'en étais encore nettement imprégné. Je veux dire par là que, même si je me sens ouvert à la diversité des recompositions, cela reste une posture intellectuelle. Dans le fond de mon être le modèle traditionnel reste une référence forte. Un ancrage. Or il se trouve que j'ai été le premier de ma famille élargie à m'être séparé et à avoir divorcé. C'est pas rien comme transgression ! Même si "la société" avait ouvert la voie depuis longtemps, faire entrer cette évolution dans la famille n'a pas été évident à assumer. Mes parents se sont même demandés ce qu'ils avaient raté (!!) pour que ça arrive. Quant à moi... il m'a fallu beaucoup de temps pour "intégrer" la réalité de mon désengagement du couple. Viscéralement la démarche n'est pas vraiment achevée, je le constate fréquemment par des attitudes et réflexes conscients ou pas.

Mes nombreuses cogitations autour du couple, il y a quelques années, et sur les relations sentimentales, depuis pas mal de temps, sur ce blog, découlent de cette difficile "transgression" : j'ai été propulsé dans des situations qui n'étaient pas du tout dans la culture familiale, et pas du tout dans mes représentations personnelles. Parfois cela allait totalement à l'encontre de mes convictions profondes et de la valeur que j'accorde à l'engagement. Voila pourquoi, depuis plus de six ans je fais un important travail de déconstruction-reconstruction pour m'affranchir de certaines loyautés familiales et me sentir à l'aise dans mes choix et leurs conséquence.

Je pense que nombre de personnes qui me lisent n'imaginent pas à quel point il est difficile à un gars comme moi de changer de regard sur des valeurs personnelles investies d'une telle importance...

Cela dit l'évolution en profondeur opère lentement et j'intègre progressivement la réalité du divorce. Le mode d'emploi est assez simple : il suffit d'accepter que quelque chose ne soit plus.

En revanche le travail consistant à changer ma façon de me lier est beaucoup plus lent puisqu'il nécessite que je trouve une nouvelle voie. Il me faut découvrir ce qui me convient et que j'ignore encore. C'est cette exploration que je rapporte fréquemment sur ce blog, déclenchant parfois quelques réactions d'une part d'entre vous, visiblement consternés par les chemins que je prends.

En revenant de ma formation, hier, tandis que, comme à l'accoutumée, je laissais mes pensées librement errer,  un lien s'est subitement établi entre les sujets de société de la journée et certaines des réactions suscitées par mon dernier billet. Mais oui bon sang, c'est évident ! La pression sociétale est à l'oeuvre ici-même ! Alors que j'essaie "d'inventer" ma façon de vivre les relations (= trouver ce qui me convient), il apparaît nettement des tentatives visant à me faire revenir vers attitudes plus conventionnelles. Non pas vis à vis du couple ou de la famille, mais par rapport à "la relation". Ce qu'est censé être une relation quand elles n'est pas, précisément, "de couple".

Ma façon de vivre mes relations, le "détachement" et la "distance" que je revendique, dérangent et font réagir. Comme si j'étais dans l'erreur, avec mes idées farfelues. Alors que je fais un état des lieux personnel, afin de faire le point sur mes représentations, je me vois rappellé à l'ordre : « une relation ce n'est pas ça, t'es rien qu'un égoïste qui ne pense qu'à toi, qui veut tout et qu'en a rien à foutre de la sensibilité des autres et en plus tu t'empêches de vivre vraiment et c'est triste ». Je caricature, mais ça ressemble à ça. Pourtant je ne parle que de ce que j'observe en moi, des choix que je fais en fonction de ce que je sens être porteur d'un bien-être personnel. Rien de très subversif, somme toute. Je ne menace pas la société, ni la famille, ni le couple, ni les relations. Je n'oblige pas davantage quiconque à me suivre. Je cherche seulement à me sentir libre et bien dans ma vie.

En fait ces réactions indiquent que mes mots et idées touchent à des représentations différentes des miennes. Je sens bien qu'il y a projection et qu'à travers mes mots c'est autre chose qui est lu, et surtout ressenti. Quelque chose qui concerne la personne qui réagit. D'autant plus que l'amour, l'amitié, les liens, sont des sujets sensibles....

Bon... le souci c'est que j'ai déjà des difficultés à m'émanciper de mes valeurs culturo-familiales et que ces remarques viennent de nouveau questionner les idées un peu atypiques que je reprécise régulièrement par écrit pour mieux les capter... Mais tant mieux : je crois que je cherchais un peu la controverse fertile en publiant mon billet dont je n'ignorais pas qu'il avait un petit côté "provocateur". J'aime bien ce qui génère de l'échange de points de vue...

Merci à ceux et celles qui se sont exprimés, parfois dans le désaccord mais toujours dans le respect et la courtoisie :o)

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11 novembre 2009

Le pantalon rouge

Mon grand-père n'a pas fait très longtemps la Grande Guerre, dont nous fêtons aujourd'hui l'armistice. Portant le pantalon rouge il a été blessé dès les premiers jours et laissé pour mort. Devenu prisonnier, envoyé dans un premier camp, transféré ensuite dans un autre en Allemagne ou en Pologne, il y resta jusqu'à la fin de la guerre.

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Mon grand père était dessinateur dans l'âme. Je ne connais pas l'histoire exacte des quelques aquarelles que je présente mais je crois bien qu'il les a réalisées durant sa captivité. Le niveau de détail des uniformes, la dimension réduite des supports, semblent en attester. J'ignore comment il s'est débrouillé pour trouver papier et couleurs mais il est certain qu'il disposait de quelques moyens graphiques dans un des camps puisqu'il réalisait des petites affiches pour des pièces de théatre improvisées par les prisonniers. Il contribuait aussi à un modeste journal interne, qu'il illustrait et dans lequel il tenait une rubrique [une version antique du blog, en quelque sorte...]. Quoi qu'il en soit il a utilisé son talent pour représenter ce qu'il vivait. Le dessin ci-dessus, laissant imaginer des conditions d'hébergement sinistres, est le seul de cette tonalité qui soit parvenu jusqu'à nous. Tous les autres sont beaucoup plus humoristiques, laissant voir un certain regard porté sur des conditions de vie qui, pourtant, restaient très rudimentaires.

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Outre une valeur historique ces dessins, presque centenaires, sont aussi, en ce qui me concerne, porteurs d'un autre message : la subjectivité d'un regard porté sur une réalité qui aurait pu être perçue comme tragique. Incontestablement mon grand-père à voulu garder, ou transmettre, quelque chose qu'il ressentait comme positif. Il avait alors une vingtaine d'années...

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La silhouette de l'homme en pantalon rouge, à droite, semblant appuyé contre le cadre du dessin, pourrait bien être celle de mon grand-père se représentant en train de dessiner.

Puisque je suis en pleine période de psychogénéalogie ce grand-père est revenu au devant de ma scène intérieure. Avec une place toute particulière puisque, selon ma mère, je lui ressemble beaucoup. Dans les traces des représentations maternelles je crois ainsi avoir été "chargé" de je ne sais quel rôle. D'autant plus que le seul fils de mon grand-père s'est éteint lentement à l'âge de huit ans, condamné par une maladie alors incurable. Ce vrai fils avait fait de mon grand-père, enfant illégitime honteux de l'être, un vrai père. Je suis donc le premier descendant masculin du père de ma mère, et à ce titre porteur de valeurs et attentes héritées de cette lignée. J'entends par valeurs ce que l'on transmet à ses enfants en considérant que c'est important, en positif comme en négatif.

Ce qui m'a frappé, et bouleversé, lorsque s'est exprimé en moi ce qui avait infusé de l'histoire de mon grand-père, c'est que se retrouver loin de chez lui avait dû lui apporter une grande bouffée d'air. D'après ce que j'en sais [via la transmission orale maternelle] sa mère était étouffante et sévère. Elle lui interdisait de dessiner, considérant probablement que ce n'était pas sérieux. Mon grand-père, enfant, se faisait donc, à l'école comme à la maison, gronder quand il se laissait aller à son besoin d'expression artistique. Je crois que quatre ans de camp de prisonnier ont été pour lui, paradoxalement, quatre ans de liberté. Du moins d'une certaine forme de liberté...

Ah oui, au fait : mon premier métier était... dessinateur.

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08 novembre 2009

Qui parle à travers moi ?

Il y a quelques semaines j'ai participé à un stage de psychogénéalogie qui m'avait été proposé ainsi qu'à quelques unes de mes collègues de formation. Pour simplifier, la psychogénéalogie consiste à prendre conscience de l'héritage psychologique transmis par la famille à travers les générations. Nous ne naissons pas vierges, et nous ne grandissons pas dans un environnement neutre. Tout cela nous conditionne, nous oriente, en particulier dans l'enfance quand notre pensée de futur adulte se construit.

Serein, vaguement curieux, je suis allé à ce stage sans trop savoir ce que cela pourrait m'apporter. Je pensais bien connaître l'histoire de ma famille sans histoires...

Ouais... ben j'ai eu quelques surprises ! Une famille sans histoires ça n'existe pas. Il y a forcément une histoire psychologique, essentiellement non dite, non conscientisée. Alors j'ai eu des révélations, ne serait-ce qu'en traçant mon arbre psycho-généalogique. Mes larmes ont jailli au moment ou j'inscrivais certains noms, donnant simplement une place à des personnages qui, jusque-là, n'en avaient pas vraiment eue. Morts depuis longtemps, et bien avant ma naissance, ils n'en restaient pas moins "vivants" en moi. Je l'ignorais...

La psychogénéalogie c'est aussi un travail sur nos représentations : comment je vois mon père, ma mère, mes grands-parents et ancètres, mes frères et soeurs ? Comment je crois que les autres les perçoivent ? Comment je perçois l'histoire familiale ? Qui me l'a transmise ? Comment l'ai-je intégrée ? Qui a une place et qui n'en a pas ?

Et finalement... qui parle en moi quand je parle ? D'où me vient ce que je sais ? D'où me viennent mes représentations et qu'a t-on, inconsciemment ou pas, cherché à me transmettre, me faire croire ? Qu'est-ce que les mots ont caché, qu'est-ce que les silences expriment ?

Ce que je croyais être la réalité n'est qu'une réprésentation du réel. Et dans les représentations ce sont les fantasmes (l'imaginaire des peurs et désirs) qui parlent. Les miens et ceux de mes ascendants. Le passé tel qu'on a voulu le voir et me le faire voir. La parole des morts s'exprime encore en moi... qui l'ai transmise à mes enfants.

A l'issue du stage il nous a été demandé de ne pas parler, pendant quarante jours, de ce qui avait exsudé de ce travail sur la psychologie familiale. De ne pas trop y penser. J'ai donc laissé de côté tout ça, me demandant si ça allait finalement m'apporter quelque chose de suivre ces amorces de pistes...

Les quarante jours sont passés. À peu de choses près c'est à ce moment-là que quelque chose de profond s'est réveillé en moi, autour de la notion, ô combien importante, de lien. Liens, relations, fidélité, amour, amitié, frère... Il en est ressorti plusieurs textes ici, dont un particulièrement lourd qui s'est mis à labourer mes pensées, déclenchant des répercussions éloignées.

Et, les *hasards* faisant bien les choses, c'est quelques jours plus tard que j'ai eu un très long entretien avec la psychogénéalogiste. C'est, plus probablement, en sachant que cet entretien approchait que s'est "préparé" quelque chose en moi, ouvrant des portes et des tiroirs longtemps restés fermés. Avec elle j'ai travaillé sur le présent : où en suis-je, maintenant, avec cet héritage familial ? Qu'est-ce que je vis en ce moment ? C'est là que j'ai parlé de mon frère... de mes amours... de mon ex-couple... de mes relations affectives. De mon refus de toute idée de dépendance. C'est là que sont apparus des liens inattendus avec le passé, des similitudes entre différentes personnalités, la reproduction de certains schémas familiaux et systèmes de fonctionnements de couple.

Je me suis vu sous l'emprise de tout un tas de choses qui me dépassent, des réactions qui viennent de plus loin que moi. J'ai réalisé que, dans mes choix et actes, il y a parfois quelque chose de « plus fort que moi » qui me domine.

C'est amusant de constater ça... mais finalement un peu effrayant. Ainsi je ne suis pas libre ! Ce que je crois être ma liberté, celle que je cherche à conquérir davantage, ne serait qu'une réponse à des injonctions silencieuses, des réactions à un passé trop lourd ?

Mes choix relationnels ne sont pas neutres mais conditionnés par mes représentations, par ce que je cherche à "réparer" en moi... ou dans des histoires plus anciennes. Mes amours ce n'est pas vraiment moi qui les ai choisis, mais quelque chose en moi qui avait "besoin" de ce type de relation, de ce genre de personnalité. Ainsi je reproduis des schémas, réponds à des attentes inconscientes...

Envers quelles histoires passées ai-je une fidélité ? Envers qui suis-je pris dans une loyauté ? Qu'est-ce que je cherche à réparer ? Sous quelles emprises me suis-je soumis ? Qu'est-ce qui me fait choisir et agir dans telle direction ? Voilà ce que j'ai à découvrir...

Cette prise de conscience est déstabilisante. Profondément. Elle me perturbe. C'est la remise en question de ce que je suis. C'est aussi, assurément, une façon de réinterroger mes représentations en me demandant d'où elles viennent. Ma véritable liberté personnelle en dépend...

Qui parle à travers moi ?

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Hêtres tortueux

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20 septembre 2009

Vers la lucidité

Le voyage que je me prépare à effectuer agit sur moi. Cela faisait partie de mes objectifs. C'est un voyage vers une réalité, avec le choix déterminé d'abolir certaines de mes illusions. J'avais envie de lucidité, indispensable pour prendre conscience de qui je suis.

Vouloir sortir de mes illusions me conduit naturellement à effectuer une série de petits deuils : le monde réel n'est pas tel que je l'imaginais. D'où une relative mélancolie ces derniers temps, parfois teintée de tristesse, en même temps que je me réjouissais de voir approcher la date de mon séjour parmi les couleurs d'automne. Sentiments mitigés, donc, qui me "travaillent" comme je le souhaitais.

Indépendamment, mais présentant de notables résonances, je viens d'effectuer trois jours de stage de psychogénéalogie. Méthode qui consiste à retracer l'arbre généalogique réel des ascendants et collatéraux les plus proches, tout en faisant intervenir les représentations personnelles des personnalités les plus marquantes. Ces liens réels parfois fort différents des liens officiels, incluent relations illégitimes et recompositions familiales. Mais surtout apparaissent les liens psychologiques et l'importance attribuées à différentes personnes selon la représentation de celui qui dessine son empreinte familiale. C'est très révélateur et potentiellement perturbant. C'est aussi particulièrement enrichissant humainement puisque, lorsque ce travail se fait en groupe, chacun bénéficie des apports de l'autre et peut ressentir ce qui se déclenche émotionnellement en soi. C'est un vrai travail de conscientisation qui peut faire apparaître et mettre clairement en évidence des fonctionnements conditionnés qui bloquent l'épanouissement de la personne. Peuvent aussi apparaitre les "résistances" de chacun à entendre ce qui apparaît avec évidence aux regards extérieurs. Il n'est pas facile de remettre en cause certaines logiques de fonctionnement profondément ancrées en soi. Il est encore plus difficile d'oser regarder en face la place que l'on attribue à certains personnages de notre histoire personnelle. Les parents en première place, évidemment...

Il fût question de la responsabilité de chacun dans ce qu'il prend de ce qu'on lui transmet et de l'interaction constante entre les deux extrêmités d'une relation, quelle qu'elle soit.

Ce stage m'a permis de complètement me déconnecter du monde. Nous étions "ailleurs", entre nous, dans un approche de nos origines. Emportés dans des histoires familiales toutes singulières, marquées par la richesse humaine dans tous ses contrastes. Quand les destins particuliers de chacun concourent à générer une véritable saga dont un seul des protagoniste est présent, résultante d'une suite de vies. Éclairage soudain sur l'envers de qui l'on connaissait finalement si peu. Un tel dévoilement demande une grande confiance dans le groupe et une maturité suffisante pour ne pas être trop déstabilisé. Du coup j'ai "oublié" mon voyage, même s'il était présent par bien des points. Ne serait-ce que parce qu'il représente un certain aboutissement d'une longue démarche. Aussi parce qu'il s'est déroulé en un lieu porteur d'une part de mon histoire personnelle présentant plusieurs liens avec mon voyage...

C'est donc un important pas supplémentaire que je viens d'effectuer vers la lucidité et la conscience de ce que je suis. Je me sens bien. En relation avec mon être profond. Cohérent. Et c'est bon !

« Liberté égale responsabilité, c'est pourquoi la plupart des hommes la redoutent »
Georges Bernard Shaw

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15 juillet 2009

Aux confins de l'exprimable

Bien que j'aille parfois assez loin dans l'expression de mes réflexions intimes, je limite assez sévèrement ma liberté en matière d'écrits publics. Il y a deux raisons à cela, visant à préserver des sensibilités :

- La première c'est parce que je crains de trop me mettre à nu. En dévoilant mon intimité je suis menacé de me laisser désarticuler, éparpiller, désintégrer dans ce que j'ai de plus personnel, profond, sensible. C'est surtout par rapport à ceux qui ne me connaissent pas (ou me connaissent mal) que j'ai ces réticences : je redoute des jugements par méconnaissance. Des projections mentales qui me seraient néfastes. Des étiquettes moches sous lesquelles je ne me reconnaîtrais pas.

- La seconde parce que je pense, au contraire, au regard de personnes connues, avec qui je suis en lien, que je voudrais "protéger" du déballage de mes impressions intimes et d'un excès de transparence. Là je crains des réactions affectives extérieures. Je crains de blesser ou de porter préjudice.

Dans le premier cas je n'ose pas aller trop loin, dans le second je me retiens de le faire. Ce journal oscille fréquemment entre les deux. Parfois je suis même pris en tenaille entre ces deux domaines d'autocensure. Ma vigilance est d'autant plus forte qu'au cours de mes années de pratique de l'écriture extime il m'est arrivé de dépasser les limites dans les deux sens. Je continuer néanmoins de naviguer au plus près de celles-ci, mais en faisant preuve de davantage de prudence...

La diversité de mon lectorat me met régulièrement face à des questionnements selon les destinataires auxquels je peux penser. Ce souci constant d'aller au plus loin dans l'exprimable tout en restant dans le respect de chacun peut singulièrement compliquer mon travail rédactionnel ! Voire inhiber totalement ma capacité à laisser mes doigts pianoter sur le clavier. Ou, phénomène inverse : me pousser à justifier et surexpliquer les raisons de mes choix et comportements. Ces précautions peuvent me prendre un temps considérable.

Je n'ai pas ces problèmes lorsque j'échange de vive voix. Déjà parce que je ne parle généralement qu'en comité restreint (une à deux personnes, rarement davantage), et ensuite parce que je peux cibler mon sujet en fonction de qui est en face de moi. Lorsque les conditions de confiance sont là je peux alors me laisser aller à partager l'important, habité par la sérénité qui me porte. Je laisse diffuser au fil de la conversation, vers qui cela intéresse, les principes de vie qui me permettre de me sentir fréquemment en état de bien-être.

Ce n'est pas la restitution de leçons bien apprises mais le résultat du va et vient constant entre réflexion universaliste et introspective, combiné avec l'expérience vécue. Je ne parle pas de l'expérience que confère simplement l'âge. Ce n'est pas un savoir que je propose, mais une philosophie personnelle. Sans surprise celle-ci rejoint l'essentiel de la philosophie universelle : il n'a pas trente six mille façons d'atteindre la sérénité.

Si j'évoque ça aujourd'hui c'est parce que je suis souvent surpris du contraste qui peut exister entre mes écrits, laborieux et répétitifs, et ma façon d'être dans le face à face... quand je me sens écouté. Il arrive alors que je m'entende, par l'attitude de l'autre, émettre des pensées fluides, calmes, pacifiées. Elles s'échappent de moi en me prenant au dépourvu. En même temps ça renforce ma conviction d'être sur la bonne voie, ça me dope. Ma sérénité vient généralement en retour de celle qui émane des personnes avec qui j'échange et je me sens d'autant mieux que je partage avec des personnes ayant l'esprit ouvert et cheminé en eux-même (l'un ne vas pas sans l'autre).

Bizarrement je ne parviens pas à écrire avec la même simplicité que je parle. Ce qui semble couler de source dans le dialogue léger de ce qui touche aux profondeurs ne trouve pas sa place ici. Probablement parce que vous êtes trop nombreux à me lire, trop diversifiés...

Mais en même temps je sais que l'état de détachement, de non-attente, d'acceptation que j'ai atteint est directement issu de ce que j'ai déposé en public depuis des années. Il découle aussi des apports de vos innombrables points de vue, témoignages, expériences, encouragements. Vous m'avez sacrément aidé...

Sans cette écriture aux confins de ce que je peux exprimer sans mise en danger je n'aurais pas fait un tel chemin.

IMGP1612

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12 juillet 2009

Respiration

Je reviens vers cet espace d'expression sans savoir ce que je vais écrire.

Pourquoi y revenir si aucun besoin n'est là ? Je ne sais pas...

Peut-être est-ce parce que je sais que quelque chose s'y libère,
systématiquement, même lorsque je n'ai « rien à dire »...

* * *

J'ai pris conscience que ce que je proposais ici de mon intimité pouvait me mettre en situation de mal-être. Des réactions publiques à mes écrits peuvent me perturber et me faire consacrer une énergie mal employée, excessive, qui se dissipe en inutiles frictions. Je sais toute la valeur de la confrontation à autrui, mais je crois que cette valeur tient aussi de l'acceptation d'une inutilité : il est parfois vain d'expliquer, de tenter le dialogue quand c'est un avis fermé qui m'est jeté à la face. Quand l'autre n'est pas suffisamment ouvert et réceptif à ce qui peut le déranger il est inutile d'insister.

Honnêtement, je me sens assez indifférent à ce qu'on peut penser de moi... sauf quand c'est exprimé sur la place publique. Si j'apprécie les échanges collectifs, c'est avant tout pour l'apport positif que chacun peut en tirer. J'aime les commentaires "constructifs", qui permettent à chacun d'aller plus loin, ensemble. Ils peuvent être critiques, marqués par le désaccord, inviter au questionnement, peu importe, du moment qu'ils sont dans l'acceptation de la différence... Par contre, dès qu'ils deviennent jugeants ils excluent. Et je n'aime pas ça !

Je n'ai pas envie de consacrer de l'énergie à lutter contre ce type d'exclusion dérisoire. Je n'ai pas envie de voir mes sensibilités égotistes réveillées et prendre une place prépondérante. Je crois avoir mieux à faire. Mieux à proposer.

Un moment tenté par la privatisation des commentaires je n'en ferai finalement rien : j'ai à apprendre à réagir face aux interprétations et appropriations de mes mots par les autres. J'ai à accepter de voir parfois mes paroles déformées et travesties. Offertes, elles ne m'appartiennent plus vraiment. Et puis j'accorde trop d'importance à vos encouragements, apports, interpellations, pour m'en priver. Vos interventions relancent et entretiennent le dialogue intérieur source de mes écrits. Il suffirait que je cesse de me disperser en vaines explications, répétitions et reprécisions quand la sincérité de mon exploration est mise en doute. Vous, lecteurs, comme moi, avons tout à y gagner.

* * *

Ce que je viens d'écrire découle évidemment de quelques uns de mes récents billets, mais mon silence n'était pas dû qu'à cela : je vivais. J'ai beaucoup échangé ces derniers temps, de vive voix et en présence. Partage inscrit dans le réel, indispensable à mon équilibre et mon ancrage tout autant que le sont l'écrit et la réflexion en solitaire. Chacune de ces composantes nécessite que lui soit consacré temps et espace. Lorsque l'une devient prépondérante, je ressens le besoin de rétablir l'équilibre.

Retrouver des moments de solitude après avoir beaucoup partagé.
Rencontrer après avoir longtemps réfléchi en autarcie.
Alternance d'ego et d'alterité.
Respiration

respiration

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21 juin 2009

3eme miroir - L'amour et l'affectif

Suite de :

L'amour et l'affectif. Vaste, très vaste sujet, infiniment plus que ce que j'ai précédemment évoqué à travers vos regards. Inlassablement exploré depuis que l'homme se questionne sur lui-même, toujours aussi indéfini. Et s'il n'existait d'autre définition de l'amour que celle qui nous est personnelle ? Raison de plus pour en discuter et ainsi mieux cerner les contours que chacun lui donne.

Dans cette partie je serai nettement moins consensuel avec certaines remarques de lecteurs... N'en soyez pas offusqués, je vous aime bien quand même ;o)

Vous êtes prêts ? [t'ention, c'est loooong !]
C'est parti...

Julie cite Henrit Laborit, dans une approche qui ne peut que me réjouir : « l’amour passionnel avec ce qu’il charrie de dépendance et de possessivité n’est pas forcément le top des relations humaines et que des relations plus matures d’adultes capables de vivre des relations diversifiées de façon non exclusives, comportant des parts plus ou moins importante de sexualité accomplie ou pas me paraissent de loin préférables. » Clap clap clap ! J'applaudis !

Je me situe dans cette recherche d'un amour mature d'adulte, estimant que c'est la meilleure façon d'aimer vraiment. À mes yeux cela consiste à se défaire de nombre d'illusions affectives entretenues depuis l'enfance, et même plutôt le berceau. Travail colossal puisque nous vivons avec certaines représentations personnelles depuis cette époque, aube de notre existence. Autant dire que c'est consubstantiel de notre être.

J'ignore à quoi aboutira ma recherche, mais pour l'heure elle m'a permis d'atteindre une certaine sérénité existentielle et je pourrais dire que je ne suis pas loin du bonheur [ben oui !]. Certes je le vis actuellement dans une relative solitarité. Pourtant je ne me suis jamais senti aussi entouré ni n'ai porté attention à autant de personnes simultanément. Je me sens plus vivant que jamais.

Par contre je ressens face à cette façon de vivre de vives résistances de la part de personnes qui ne semblent pas s'être émancipées du principe de la dépendance amoureuse. Mais... faut-il absolument chercher à s'en émanciper ? Est-ce une question de choix personnel ? De confiance en soi ? Je ne sais pas... les questions sont bien plus nombreuses que les quelques réponses transitoires qui propulsent vers de nouvelles questions.

Annick ouvre la série des interrogations, évoquant dans son entourage « un homme qui comme toi n'en finit pas de se protéger. C'est son choix. Il va d'amitié amoureuses en amitié amoureuses. Mais je sais qu'au fond de lui il attend l'Amour avec un grand A ». Idée reprise dans nombre de commentaires

Ainsi SolAnge : « si tu parviens, pour le moment à ne plus souffrir, ce n’est pas ‘uniquement’ parce que tu as bien blindé le mécanisme…. C’est surtout, à mon avis, parce qu’aucun tsunami amoureux n’est venu toucher tes collines redevenues paisibles après le passage de l’ouragan (...) Crois moi, si l’amour devait te « frapper » à nouveau, tes petites digues psychologiques n’y changeraient rien… ». Elle ajoute : « Pierre fait *tout* pour se protéger et ne plus jamais 'souffrir' comme cela lui est déjà arrivé.... Ce faisant, il me semble, il se protège aussi de l'exaltation des émotions très fortes et des sentiments de braise.... »

Alainx va dans le même sens : « Pourras-tu maintenir longtemps sous cloche tes pulsions internes ? Ou sombrera tu un jour prochain corps et biens (*sourire *) dans "l'état amoureux" ? L'avenir le dira... Mais pour l'instant... Tout semble parfaitement cadenassé !... ». Ce que semble approuver Coumarine « tu te dis heureux tel que tu vis maintenant, moi je ne le "sens" pas comme ça. Et sans doute d'autres que moi. Mais toi seul sait ce qu'il en est. Je te dis ce qui se perçoit (en projection peut-être!) de l'extérieur... Et me croiras-tu si je te dis que cela me fait de la peine pour toi? »

Hum... je crois percevoir quelques doutes quant à la durée de ma sérénité actuelle...
J'accorde mon attention à ces réflexions, que je sens portée par une indéniable bienveillance à mon égard. Cependant je ne m'y retrouve pas. J'ai l'impression que ce n'est pas de moi dont il est question. Il est très probable que reviendront des jours où je serai happé par les vibrations amoureuses, comme le rappelle Annick : « tu le dis toi-même l'état amoureux c'est délicieux et s'il revient tu ne le refuseras pas ». Mais pour le moment il semble que je n'y sois pas prêt, ou que le hasard n'ait pas suscité les déclencheurs nécessaires. Pour autant j'aime. Et je dirais même, un tantinet provocateur, que de ne pas être amoureux me permet d'aimer... Et notamment d'aimer au pluriel !

Ouille ! revoila les idées qui fâchent !

Avant d'y revenir j'ai envie de répondre à Coumarine et à sa peine : oui c'est bien une attitude projective puisque je ne suis ni triste, ni ne souffre (du moins consciemment...). Au contraire je me sens bien dans ma vie. Alors pourquoi ressentir de la peine ? Peut-être parce que je ne suis pas dans un élan amoureux, ce mirage qui fait tant rêver...

Je crois que Siestacorta apporte une réponse en disant « Aujourd'hui, ton choix, et le fait que tu l'assumes changent tes émotions et donc tes idées dans l'autoanalyse que tu mets en ligne. Tu es toujours aussi sensible, mais moins douloureusement. Tu as moins de la peur qui faisait de toi un "homme blessé" pour lequel il était normal de compatir. Du coup, ta nouvelle attitude peut être déceptive pour celles (et ceux) qui s'identifient moins à toi qu'à tes difficultés. ». Cela va dans le même sens que Camille qui s'étonne de voir « 'prédire' une souffrance à venir ». Il est vrai que souvent je sens des interrogations sur mon refus de l'état amoureux... comme s'il allait de soi que cet état-là était forcément à rechercher !

Annick me questionne sur mon affirmation que « l'amour inconditionnel n'existe pas » à laquelle répond Alainx : « ne faudrait-il pas dire que tu ne l'a pas rencontré... encore... ». Je répondrai par une conviction : non seulement je ne l'ai jamais rencontré, ni n'ai jamais rencontré personne l'ayant vécu, mais en plus je ne crois pas que ça existe au sens où je l'entends, c'est à dire littéral. Un amour sans aucune condition... ça mérite la béatification ! Et assurément ce ne sera pas dans l'ordre de l'amour "amoureux". Je dirais même que ce serait une folie que d'aimer inconditionnellement. Mais... encore une fois, de quel amour parle t-on ? Car aussi bien je peux dire que j'aime inconditionnellement. Sauf que c'est en ajustant la distance à laquelle je peux vivre cet amour sans me mettre en danger. Et cette inconditionnalité est plurielle, évidemment, puisque aimer exclusivement serait déjà une condition.

Donc je ne suis absolument pas convaincu par Alainx déclarant « Pour ma part, j'ai expérimenté et expérimente cet « amour inconditionnel ». Je le ressens dans ma chair, au moins d'une personne envers moi, et dans la durée de longues années... Et de quelques autres, au moins pour un temps, j'en ai l'empreinte indissoluble en moi... ». Même si, en même temps, je pourrais dire la même chose ! Je crois qu'il faut rester lucide et parler des mêmes choses en se méfiant de l'illusion des mots.

J'aime toujours celle avec qui j'ai choisi de vivre il y a près de trente ans et je l'aimerai probablement toute ma vie. J'aime aussi d'autres femmes avec qui je me suis lancé dans l'aventure il y a des années et ces amours là dureront aussi, vraisemblablement. Sauf que je ne vis avec aucune d'elles et n'ai même parfois plus de contacts !

Je me suis demandé si m'était adressée la remarque d'Alainx, lançant « peut-être que parfois, certains, cet amour inconditionnel, ils le refusent bec et ongle. C'est tellement dangereux d'être aimé totalement pour soi-même et pour qui l'on est vraiment !... ». Je ne peux m'empêcher d'y voir une perche tendue pour y répondre : je n'ai jamais rencontré ce genre d'amour, qui serait effectivement inconditionnel ! J'ai été aimé, beaucoup, et ait été transformé par ces amours, mais jamais ne me suis senti accepté totalement. C'est même ce qui a été à l'origine des séparations. Une part de ce que j'étais était "inacceptable" pour celles qui m'aimaient, malgré un amour initial ou encore vivant.

J'ai envie de dire, tant cela réveille d'émotions et de souvenirs, que tout ça c'est du baratin ! Que tant qu'on n'a pas vécu l'abandon amoureux on ne sait pas de quoi on parle. Et en disant cela je ne pense pas qu'au quitté, mais aussi au quittant.

Oups... je m'éloigne du miroir...

Alainx, décidément très en verve autour des relations d'amour, ajoute : « Il me semble qu'en ce qui te concerne (mais je peux me tromper...) Tu préfères essayer d'aimer l'autre (ce qui permet de garder toujours un certain contrôle sur lui/elle), que de te laisser aimer de lui/elle (ce qui suppose un abandon, et de perdre le contrôle, pour se laisser recevoir d'un autre...) ». C'est très intéressant, parce que je crois précisément faire en sorte de me laisser aimer... sans craindre de voir souffrir l'autre. C'est à dire que je me retiens de perdre mon contrôle pour "contenir" une éventuelle perte de contrôle de l'autre. Perte de contrôle qui pourrait très vite mener à une rupture, ce que je ne souhaite pas (je pense évidemment à moi quand je prends soin de l'autre...). C'est ce qui me conduit à garder cette relative "distance" qui me fait paraître "froid". Si je m'abandonnais sans me soucier de ce que vit celle qui est en face de moi, j'aurais l'impression de profiter de la situation et de la position "dominante" qui m'est octroyée.

Là ou je peux me sentir mal à l'aise, c'est quand je me dis que ce n'est pas à moi de "protéger" ces femmes d'elles-même, et qu'en le faisant c'est moi que je protège. Non seulement d'une éventuelle perte, mais surtout de l'image du "profiteur". Du séducteur, quoi...

D'où mes réactions face aux commentaires me percevant ainsi.

Je me vois être en contradiction avec Alainx affirmant « Il est évident que lorsqu'on a refermé son coeur à l'expérience amoureuse... Cela s'avère difficile d'observer ce qu'est l'amour. » Au contraire, c'est parce que je ne suis plus dans l'expérience amoureuse, aveuglante, que je peux observer ce qui s'y joue, en me servant des souvenirs de ce que j'y ai vécu de l'intérieur. Je serais d'avantage d'accord avec l'idée que « l'amour authentique entre un homme et une femme passe invariablement par sa phase " amoureuse " (pour reprendre ce mot ) ce n'est qu'avec la durée et l'engagement que l'on débouche un jour sur l'amour inconditionnel... Ou pas... ! ». Sauf que je changerai le terme "inconditionnel" pour celui de "véritable", ou "authentique". Accord partiel aussi sur l'idée que « on ne peut pas faire un voyage en amour sans commencer à marcher sur le chemin amoureux... Ou en revenant sans cesse en arrière... Ou en en prenant d'autres voies multiples... ». Il faudrait distinguer amour et état amoureux...

Quant à cette phrase, je crains de ne pas en saisir la portée... ou de trop bien la comprendre: « On ne guérit pas de traumatismes de l'enfance sans se laisser totalement aimer par quelqu'un ». Au contraire je crois qu'on peut raviver très fortement des blessures d'enfance en se laissant aimer car l'amour total n'existe pas davantage que l'amour inconditionnel. L'autre n'est pas là pour nous aider à guérir nos blessures, il serait même dangereux de s'abandonner à ce genre de croyances. Si l'autre peut nous aider à faire nous-même notre propre chemin, par sa seule présence attentive et affective, il reste libre et peut tout aussi bien décider de nous laisser là, en pleine blessure réouverte. Résultat aléatoire, qui peut mener vers la guérison des blessures, seul, ou au blindage efficace évitant de les réouvrir intempestivement. Pas la peine de chercher bien loin pourquoi chez moi « tout semble parfaitement cadenassé !... »

Je reste donc extrêmement circonspect face à de telles affirmations, qui font joli dans le paysage relationnel mais me semblent se hasarder vers de réelles mises en danger. Certaines ruptures finissent par des dépressions ou des suicides...

Pour ma part j'ai choisi de revenir aux bases de l'attachement affectif pour comprendre ce qui s'y jouait. Cela génère un certain détachement mais je crois qu'il me permet un travail efficace, qui m'autorisera une réouverture le moment venu. Et si SolAnge me rappelle que « l’Homme est un Animal social… il ne peut vivre hors du regard de l’Autre… », je ne crois pas que le regard amoureux en soit la panacée. Précisément parce qu'il est incertain, parfois seulement temporaire, et redoutablement déformant. Voir que subitement on n'est plus "rien" aux yeux de l'autre alors qu'on croyait compter pour beaucoup est non seulement une profonde blessure narcissique, mais aussi une perte des repères dans l'estime de soi, dans la valeur de soi. Quand on s'est construit dans le regard de l'autre son détournement nous déconstruit... du moins temporairement.

SolAnge s'exclame « Moi, j'ai envie de Vivre en continuant à ressentir ces émotions et sentiments qui font VIBRER.... pis, je ne me sentirais pas VIVRE si je m'empêchais de goûter encore à ce qui donne du goût à ma vie... et ce qui donne le plus de goût à ma vie, ce sont les relations avec l'Autre... potentiellement dangereuses pour ma sérénité et bousculantes de mon équilibre précaire.... ». Me reviennent en mémoire ces moments de vibration intense, ceux qui m'ont fait dire, jadis, « c'est cela que je veux vivre ! ». Et je l'ai vécu. Mais je l'ai vécu parce que c'était là à ce moment-là ! Je ne vais pas chercher à le revivre si ce n'est pas là. Ça ne m'empêche pas de vivre des relations avec les autres, de ressentir, d'être traversé par des sentiments et émotions, des joies et des tristesses, de la colère ou des moments de bien-être. Certes c'est moins intense que ce que j'ai pu connaître, mais ça dure, c'est présent, c'est là. Et c'est bon. Je vis ce qui est à vivre, sans rêver de l'inaccessible. Mon équilibre est souvent déstabilisé, ma sérénité bousculée, mais je les retrouve rapidement et c'est BON ! Mon sentiment de bonheur vient peut-être de là...

En ce qui concerne la souffrance « c'est naïf de penser qu'on peut être certain d'y échapper... » dit SolAnge. On n'est certain que d'une chose : la mort est au bout. Tout le reste est possible. Pour ma part je crois que l'on peut exercer une influence notable sur ce qu'on vit, ne serait-ce qu'en modifiant notre façon de le ressentir... Je ne pense pas me garantir de ne pas souffrir, mais ce que je sais de la souffrance, le travail que j'ai fait sur elle, me donne une certaine aisance. C'est un peu comme si je n'avais plus l'intention de me rendre dans ce territoire en m'en étant fortement éloigné. La souffrance affective est éminemment subjective. En travaillant sur cette subjectivité on peut désamorcer beaucoup du pouvoir d'auto-nuisance de la souffrance. Par contre, dire « moi, je ne veux jamais avoir à mourir » serait une absurdité puisque la mort est certaine...

Je ne me sens pas d'accord avec ces affirmations de SolAnge (que je ne ménage pas ici, mais que je sais capable d'entendre cela) : « La souffrance comme le bonheur, font partie de la vie... elles sont indissociables.... Et à moins de ne se poser *aucune question*, et de se contenter strictement de ce que l'on a ou que l'on est en mesure d'avoir, le bonheur perpétuel me semble une utopie... La vie est une succession de joies et de peines... ». Mon côté résolument optimiste m'empêche d'adhérer à cette vision. Elle part du principe d'un équilibre, or je ne vois pas les choses ainsi. Ou du moins l'équilibre ne s'exerce pas forcément dans des domaines comparables. Par exemple actuellement je pourrais dire que "souffre" puisque depuis des années je travaille à... ne plus souffrir. Mais cette "souffrance", parce qu'elle est volontaire et choisie, m'apporte satisfaction. Je suis heureux de ce travail choisi alors que je serais malheureux si je le subissais. J'en viens même à me demander, parfois, si je ne serais pas un souffrant heureux ! Je porte un certain nombre de blessures issues de l'enfance qui conditionnent mon existence. Je ne suis pas aussi épanoui que je voudrais l'être. Je garde encore les traces de blessures qui ont réactivé bien des douleurs. Avec tout ça je pourrais me dire malheureux et malchanceux. Et bien au contraire je vois de la "chance" dans tout celà ! Chances d'avancer, de progresser, de comprendre certaines choses et d'en vivre d'autres grâce à cette "souffrance" issue de l'enfance. C'est le principe de la résilience décrit dans "Un merveilleux malheur" par Boris Cyrulnik.

Il se peut que je sois malheureux... mais je ne le sais pas !
Y'en a qui vont dire que je suis fou...

« Je remarque qu'il plaît nettement plus aux femmes aujourd'hui que par le passé....très positif, son parcours 'évolutif' », écrit Camille. Faut-il y voir une relation de cause à effet ? J'ai envie de penser que oui...

Pour terminer (provisoirement), parce que les meilleures choses ont une fin, je vais répondre aux questions directes de Fact O'post : « Consacres-tu le même temps à chacun de tes amours ? C'est vrai ça, comment gérez-vous ? Tes amours ont elles-aussi leur emploi du temps. »

Et bien... je consacre le temps qui est possible, généralement en répondant à leur demande. Ces temps sont de nature très différente puisqu'ils vont du quotidien, mais dans le cadre du travail, à des séjours prolongés mais espacés dans le temps, en passant par les rencontres prévues et imprévues selon les circonstances. Je ne cacherai pas que cette question du temps inextensible est une des complications de la pluralité. Parce que j'ai aussi besoin de temps pour moi, ce qui n'est pas forcément compris et peut même susciter quelques inquiétudes : « que fait-il quand il n'est pas avec moi ? ». La question n'étant évidemment pas de savoir ce que je fais, mais si je ne suis pas avec une autre... Je précise que cette inquiétude n'est pas partagée par toutes ;o)

Mes amours ont leur emploi du temps, évidemment, fait d'un certain nombre de contraintes. Les week-end, par exemple, sont réservés à leurs conjoints. Comme la plupart de leurs soirées. Et oui... pas facilement partageuses, mais elles même partagées entre deux hommes. Hé hé, contradictions...

Bon, vous avez eu une sacrée dose de mes pensées là, hein ? Et pas désincarnées...

Pas d'indigestion ?

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2 eme miroir - Liberté d'écriture

Suite de:

La liberté d'écriture, sujet archi-rebattu, se rappelle souvent à mon bon souvenir...

D'emblée Fille bavarde rappelle le bon sens : « qu'importe ce que le lecteur va penser...l'important est je pense le bien être que l'on éprouve aprés avoir fait nos écrits...et surtout toi seul sait la valeur qu'ils ont... ». Cette notion de conscience de ma valeur personnelle est reprise par Julie, qui me pousse à aller plus loin « si toi tu ne penses pas être quelqu'un de "froid" et de "sans scrupules" où es le problème? Si renvoyer cette image te "pèse" cherche en quoi elle te "pèse" alors même que tu ne crois pas être cet homme. ». Le problème c'est que je me sens en partie correspondre à l'image, sans vraiment l'admettre ouvertement... par crainte de réactions de rejet. Même si, je « sais aussi pertinemment que "la différence" attire la "violence" et la "médisance" le rejet aussi et évidement la critique! ». Alors je crois qu'écrire sur ces sujets est à la fois une façon de tester les réactions et d'accepter d'être vu ainsi. Mieux sentir les résistances pour savoir y répondre...

Julie me rappelle « qu'on ne peux pas plaire à tout le monde », ce qui met en évidence l'absurdité de mon souhait de ne pas déplaire... « L'essentiel est que tu sois en accord avec toi-même, et ça ça se ressent chez toi... une sorte de lâcher-prise, de sérénité d'ensemble même si les questionnements demeurent.»

Quant à Kyrann, qui me connaît de près, elle me rappelle que « maintenant, toi, tu sais ce que tu es. Tu sais que tu es sensible et que tu peux être chaleureux, que tu t’attaches à ces femmes... alors quelle importance que les gens te jugent parce que tu ne montres pas cet aspect de toi ? Tu sais qu’ils ne te jugent que parce qu’ils ne te connaissent pas, en fait. » Oui, je le sais... intellectuellement. Mais là ce sont les émotions qui ont été ravivées, prouvant d'ailleurs que ma "froideur" est toute relative...

Kyrann pointe aussi sur une énigme que nombre d'entre nous n'ont pas élucidée : « tu n’as pas à écrire de façon encore plus « désincarné » pour satisfaire des lecteurs ? Ton blog est à toi... et tu n’écris pas pour eux ? ». Certes je n'écris pas pour mes lecteurs... mais que serait mon écriture sans leur regard ? Nous savons bien que, sur l'espace public d'internet, personne n'écrit que pour soi. Ce serait aberrant de le croire. Dès lors on écrit forcément en pensant au lecteur. Pas uniquement pour le lecteur, mais assurément pas sans lui. Et d'ailleurs tout le paradoxe de la relation écrivant/lecteur se révèle quand la même Kyrann exprime... ses désirs de lectrice : « j’aimerais mieux (en admettant que ça compte, puisque je dis avant que tu ne dois pas te laisser influencer ;-) ) que tu écrives en montrant mieux ce que tu es. ». Julie formule une demande comparable : « Pierre, je t'en prie de devient pas "désincarné"... ». Comment ne pas tenir compte de ces demandes ? Comment ne pas entendre quand Fille bavarde dit « tellement de choses viennent doucement me parler au creux de l'oreille... »

Oui, bien sûr, je tiens compte de l'avis et des demandes de mes lecteurs... sans pour autant m'y perdre. Travail sur le fil, toujours...

Quand je lis Valclair disant « il serait dommage que tu prennes un ton plus distancié, que tu te désincarnes, (...), c’est bien parce que tu vas au cœur d’expériences concrètes, vécues, en donnant tes cheminements et tes interrogations que tu apportes beaucoup à ceux qui te lisent », je me sens dopé dans ma recherche expressive, entre intimité et dévoilement public. J'ai besoin de ces encouragements réitérés, parce que la démarche est difficile, coûteuse... même si elle est aussi nouricière, enrichissante et, par là-même, agréable.

J'aime quand Camille s'exclame « merci à toi, pierre, de ta ténacité à témoigner de ton vécu (et d'oser des mots 'chocs' ;-)) et merci à ceux qui y répondent avec leurs affects ou de façon détachée....moi, *ça m'éclate* à présent alors que ça m'a fait *voler en éclats* par le passé ;-) ». je retrouve alors tout le sens de cette écriture de pensées partagées.

Et je suis touché, ragaillardi, quand Altadis déclare « [sortir] de l’ombre juste pour vous témoigner que j’apprécie énormément ce que vous écrivez », ajoutant « votre blog a cette essentielle qualité pour mes amantes, celle de leur permettre une meilleur compréhension de ma façon de vivre. » Je ne reste pas insensible à cette demande de « continuer à nous permettre de réfléchir sur le sens de la vie ». Une fois de plus je retrouve le véritable sens de cette écriture : le partage, avec tout ce qu'il permet d'enrichissement pour chacun.

Camille exprime aussi ce souhait que je « continue de *partager* malgré les douches froides (...) et [elle m'en est] infiniment reconnaissante, en tant que femme (car ça [lui] aide à comprendre les hommes de [sa] vie!) ». Ces paroles sont la ressource qui me permet de poursuivre et font que « [j']*OSE* dire tout haut ce que d'autres taisent . ». D'ailleurs je ne peux aller plus loin dans cette expression personnelle que parce que j'y suis régulièrement encouragé par celles et ceux qui me lisent et me le disent...

(À suivre : 3eme miroir - L'amour et l'affectif)

Posté par Coeur de Pierre à 14:05 - Ce qui me construit - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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