Alter et ego (Carnet)

Itinéraire d'une ouverture à soi et vers autrui

17 mai 2008

Dans le ventre des hommes

« Et nous saurons dans le plus profond de notre ventre que nous faisons partie de cet immense cortège des femmes de toujours et de partout. Des femmes qui transmettent la vie, la portent dans tous les coins de la sphère humaine... comme une flamme haute, qui se transmet à la vitesse de nos  quêtes fondamentales... »

Extrait de Femme de maintenant, de hier et de demain, très beau texte de Coumarine.

J'en ai apprécié la teneur sensible, charnelle, mais j'ai aussi ressenti un pincement à sa lecture. Je me suis senti exclu. Parce que je ne suis pas femme. Comme une sorte de discrimination involontaire, contre laquelle je ne peux rien. En même temps je crois comprendre ce désir de se retrouver "entre soi", pour parler de ce qui nous rassemble et nous ressemble.

J'ai laissé ce commentaire : « Entre femmes... entre hommes... oui, il se dit certainement des choses singulières quand on est "entre soi". Je le conçois fort bien et pourtant, j'ai aussi l'impression qu'il s'y perd quelque chose de ce qui nous relie, hommes et femmes. J'aimerais beaucoup pouvoir participer à un échange entre femmes, j'aimerais aussi que des femmes curieuses des hommes puissent participer à un groupe de parole d'hommes. Pas des groupes mixtes, mais bien des groupes sexués... ouverts à l'autre sexe. Précisément parce que c'est là, dans ce qui ne se dit pas habituellement, que se trouve  ce qui nous différencie. »

J'ai le grand privilège, grâce à mon itinéraire exploratoire, d'avoir de temps en temps accès à des groupes d'échange très majoritairement féminins. J'apprécie d'avoir cette place, et d'être accepté dans des temps de partages gynocentrés. Souvent seul homme parmi des femmes je me sens accueilli dans leur sphère féminine. Cela se situe hors d'un contexte de séduction, mais bien "dans le coeur des femmes". Elles y parlent d'elles, de leur couple, de leur rapport avec les hommes (les autres...), de leur condition de femme, mais aussi de leur ventre. De leur capacité à jamais inaccessible pour moi : porter une autre vie en soi. Je crois que cette différence irréductible est celle qui nous distingue le plus, mais elle est tellement évidente qu'on l'aborde peu. Récemment j'ai pu parler de l'accouchement avec une femme. Un échange très libre, simple, au cours duquel chacun évoquait son ressenti émotionnel et/ou viscéral, selon la place d'où cela avait été vécu. D'autres fois je me suis trouvé au coeur de questions de femmes, lorsque le choix de porter la vie ou de l'interrompre devait se décider au plus profond d'elles. J'en garde un souvenir particulièrement émouvant.

Je constate que ce genre d'échange avec, ou en présence de l'homme que je suis, n'est pas possible avec toutes les femmes. Pour certaines je me sens perçu comme trop étranger, trop différent. D'autres au contraire, perçoivent bien que je suis réceptif à leur différence, et curieux de la mieux connaître. Et puis moi-même je parle assez aisément de mes émotions masculines, ce qui semble intéresser ces femmes... et déranger les premières.

J'aime beaucoup les échanges qui permettent d'aller à la rencontre de nos différences et ressemblances.

C'est pourquoi le texte de Coumarine m'a un peu dérangé [quoique je ne la soupçonne aucunement d'exclure les hommes]. Mais... c'est aussi me rappeler cette incontournable réalité : je suis résolument différent.

D'ailleurs, j'envisage depuis quelque temps de m'inscrire dans un "groupe d'hommes". Parce que j'ai certainement beaucoup à apprendre de mes semblables [et à leur apporter...], mais aussi toute une part du masculin à approcher. À force d'explorer ma part féminine j'en oublierais presque que je suis avant tout un mâle. Et c'est quand même important de tenir cette place dans d'autres rapports avec le féminin, non ?

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12 avril 2008

Boucler la boucle

1973
J'ai douze ans et je suis en échec scolaire marqué. Ma mère, inquiète, m'amène chez Mr S., psychologue dans le souci de me sortir de cette impasse. Il me fait passer des test, m'amène à dire ce que je vois sur des taches d'encre, me pose des questions, me fait raconter ma vie, mes rêves. Je me souviens très bien de l'entretien avec ce monsieur, qui se trouvait être le mari de celle qui me donnait des cours de dessin. Ce qu'on m'en dira, à l'époque, c'est que je souffre d'un "blocage psychologique". Autrement dit : ce n'est pas un problème d'incapacité à comprendre, mais bien quelque chose qui vient de moi. Ce qui me sera traduit en : « si tu le veux vraiment tu peux réussir ». D'une certaine façon je suis conduit à me sentir seul responsable de mon échec...

Maintenant je sais que le symptôme chez l'enfant devrait plutôt conduire le(s) parent(s) à se soigner. C'est d'ailleurs ce qui était induit dans l'avis que le psychologue avait transmis à mes parents, que j'ai pu lire des années plus tard. Je ne crois pas que mes parents aient vraiment adapté leur attitude en conséquence...

Avec le recul j'ai réalisé que ces années correspondaient à une déprime qui s'est prolongée tardivement dans mon adolescence, par ailleurs fort peu rebelle. Ado soumis et docile, gentil... qui a du trouver d'autres stratégies pour s'opposer. D'où cet échec scolaire "inexpliquable" réduisant à néant les ambitions paternelles. Le passage vers l'âge adulte a donc opéré de façon incomplète, et en particulier sur le plan affectif, donc relationnel. Ce qui signifie que, pour partie, mon psychisme est resté "enfantin". C'est un état incompatible avec l'état adulte et la vie se charge de mettre les choses à leur place tant qu'elles n'y sont pas. C'est ce qui a fort bien opéré chez moi, à partir de la quarantaine. Rattrapage tardif d'une adoescence inaboutie. Ça ne passe pas inaperçu pour l'entourage !

2008
Par un curieux hasard qui n'en est pas un je me retrouve à étudier le "développement psycho-affectif de l'adolescent" [tiens, tiens...]
La formation est très intéressante. Trop intéressante : on y parle notamment de l'échec scolaire. J'ai beaucoup de mal à me sortir d'une très forte résonnance avec mon passé. Ces ados dont il est question c'est moi ! On me parle de moi et chaque élément fait sens, confirme ce que j'ai déduit, explique et relie des éléments encore épars.

Durant cette session je me suis peu exprimé, trop pris dans mes ressentis. Je me suis senti en difficulté - selon le terme consacré - à plusieurs reprises, incapable de me mettre à distance. Bouffées de ressentis, de réminiscences, de clairvoyance. Passé et présent se sont téléscopés. Compréhension de beaucoup de mes attitudes récentes en matière de relations affectives. Mise en perspective, aussi, des attitudes de personnes avec qui j'ai été en relation. Qui peut se dire vraiment détaché de l'enfance ? Combien d'entre nous ne sont pas entièrement adultes ? Combien résistent à ce passage, à leur insu ?

Mais si j'ai ressenti aussi fortement les choses, c'est probablement parce que le psychologue qui nous transmettait son savoir sur l'adolescence n'était autre que... Mr S.
Trente-cinq ans plus tard je me retrouvais devant celui qui avait écouté l'ado renfermé que j'étais. Je ne suis pas allé me présenter, et il est probable qu'il ne se serait pas souvenu de moi. Mais je dois reconnaître que ça me faisait un drôle d'effet d'intervenir et échanger avec lui à titre professionnel au sujet des difficultés des adolescents. En quelque sorte c'était "boucler la boucle".

J'ai choisi de m'orienter vers la relation d'aide sans bien savoir pourquoi j'étais attiré dans cette direction,  mais je constate peu à peu que c'est surtout en pensant à l'aspect psycho-affectif des relations. Et si j'ai envie d'accompagner des couples en difficulté c'est parce que je sais que se rejoue dans ce type de relations, parfois intensément, ce qui s'est construit dans l'enfance et l'adolescence.

Ce qui confirme bien que ma démarche ne doit rien au hasard...

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21 janvier 2008

Il voit des chances partout

Hier je parlais de "la chance de l'incompréhension". Je finissais en me demandant si je n'avais pas aussi bénéficié d'une sorte de "chance du silence". Parfois j'ai aussi écrit autour de "la chance de la souffrance". Alors soit je suis un peu maso... soit je vois des chances partout ! J'opte pour la seconde alternative.

En fait, cela dépend de ma façon d'observer les choses. Il est certain qu'à court terme l'incompréhension, le manque de réponses et la souffrance qui en découlait, m'ont été très désagréables à vivre. J'aurais préfereré les éviter. Mais cela faisait partie du "principe de réalité" cher à la psychologie, avec les frustrations qui l'accompagnent et permettent d'évoluer. Ce que, apparemment, je fais.

Mais si j'avais voulu rapidement retrouver un semblant de paix, j'aurais pu tenter de m'éloigner de ces états insatisfaisants. J'aurais pu les occulter, les fuir, et passer à autre chose. Je sais très bien faire lorsque je procrastine, par exemple... Mais dans le domaine affectif et relationne mon vécu me montre que je préfère affronter les problèmes (si toutefois je perçois par quel bout les prendre). Parce que pour ces choses-là je vois à long terme. Et si je veux vivre en paix à long terme, alors il me faut absolument trouver une façon de transcender les frustrations. En faire des alliées m'aidant à comprendre ce qui est touché en moi pour que je le ressente ainsi.

Durant mes séparations ce qui a causé ma frustration aura été la privation, le manque, l'absence. Mais surtout la fin du "projet commun", qui consiste à évoluer ensemble, tels des co-équipiers. Cette fin prématurée des alliances aura déclenché une grande souffrance face à un vide jamais affronté auparavant. De plus, en elle-même, l'incompréhension de ce qui se passait était source de souffrance supplémentaire. Mais c'était une vision instantanée, à courte portée, puisque finalement, sur le long terme, j'ai su transformer ces souffrances concommitantes en sources d'épanouissement. Et c'était bien là mon objectif de vie : vivre mieux, et plus en accord avec moi-même. Mission en bonne voie de réussite, donc.

En fait, ma chance c'est d'aimer la remise en question.

Bon... tout le monde ne partagera pas cet avis. Mais pour ma part cela contribue à me faire trouver ce "sens de la vie" qui me semble tellement important pour ne pas se trouver face à cet abîme : à quoi ça sert de vivre ?

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20 janvier 2008

Incompréhensions, points de vue, et sens de l'existence

Le texte suivant est une réflexion qui rassemble plusieurs idées imbriquées et complémentaires, ce qui en explique la longueur. Je ne fais que réinventer à ma sauce ce que d'autres ont probablement bien mieux décrit, mais le rédiger avec mes mots est une façon de m'imprégner de ce que je découvre par l'expérience.


Depuis quelques années [crise de la quarantaine ?] il m'est devenu important de connaître le sens de l'existence. Du moins celui de mon existence [restons réaliste...]. Vaste sujet, n'est-ce pas ? D'ailleurs, avec mes cogitations au long cours, je me suis parfois décrit comme un "chercheur de sens". En fait, que je le cherche ou non, j'en trouve un. "Trouveur de sens", donc ? Peut-être... J'en viens à me demander si le sens de l'existence n'est pas celui de le trouver...

Absurde ? Attendez, je m'explique. Prenons un exemple au hasard, que je trouve particulièrement démonstratif : il y a quelques années j'ai rencontré une femme qui m'a fasciné. Son mode de pensée résonnait très fort avec le mien, et en même temps nous avions des approches relationnelles et des modes de vie très différents. J'étais marié "pour toujours" [hum hum, depuis j'ai appris à me méfier de mes certitudes...], tandis qu'elle était résolument célibataire. Nous avons passé des mois à correspondre activement, avides de découvrir ce qui nous mouvait chacun dans notre singularité. Une période très fertile de réflexions existentielles. Nous étions aussi différents que semblables, selon les sujets que nous explorions. Pour moi cette rencontre est vite devenue révélatrice, donc absolument essentielle dans mon parcours de vie. Une chance rare, comme il ne s'en présente guère dans une vie. En fait, sans le savoir, cette relation était l'amorce qui allait m'amener à trouver le sens que je voulais donner à mon existence. Étonnant, non ? Comme des aimants dont les pôles s'attirent, nous nous sommes rapprochés en confiance jusqu'à la plus grande intimité...et puis finalement tout a explosé entre nous, de façon apparemment inexplicable. Ben oui, ne pas oublier que les pôles aimantés peuvent aussi se repousser... Entretemps nous étions passés de l'amitié à l'amour, et cela avait intercalé de nouveaux filtres de lecture. Ce qui avait fonctionné idéalement au début s'était mis à ne plus trouver de correspondance.

Depuis ce clash retentissant j'ai cherché inlassablement à comprendre ce qui avait pu mener à cette impasse. À mes yeux cela venait incontestablement d'une communication défectueuse, qui n'avait pas permis une adaptation mutuelle. Ce partage qui, en respectant les différences de l'autre, cherche aussi à comprendre ses motivations. Au départ je souffrais beaucoup de cette incompréhension-incommunication que je voulais voir résolue au plus vite. Je me suis acharné pour rétablir le fil. Et puis, à la longue, constatant que mes tentatives n'aboutissaient qu'à compliquer encore les choses, que je comprenais encore moins pourquoi ça se passait ainsi, je me suis mis à distance de tout ça.

À distance... mais sans cesser de chercher à comprendre.

Et j'ai compris beaucoup de choses. Sur moi, ma partenaire, et sur la relation. Non seulement pour cette situation, mais aussi pour celle de mon couple officiel. En extrapolant, c'est à tout système relationnel que ce sont étendues mes découvertes. Chaque jour je constate que ma pensée et mes réflexions restent soutenues par cette expérience exceptionnelle. Je vis avec cette incompréhension, qui stimule ma quête. Inutile de préciser qu'avec les années et cette présence permanente ma pensée a considérablement évolué ! C'est tout juste si je me reconnais en passant devant un miroir... En grande partie c'est cette incompréhension qui m'a amené à me réorienter vers la relation d'écoute et d'accompagnement relationnel... Et c'est en cela que j'ai trouvé comment vivre en accord avec le sens révélé de mon existence. Il n'y a aucun hasard dans tout cela, seulement une réceptivité à ce que la vie m'indique.


La chance de l'incompréhension

Ce matin j'ai eu un flash : et si l'essentiel n'était pas de comprendre, mais de disposer des questions qui poussent à comprendre ? Ou autrement dit : est-ce qu'il n'est pas préférable de ne pas comprendre pour avancer en soi ? Ne pas comprendre m'a permis d'aller toujours plus loin, car chaque réponse ouvre à de nouvelles interrogations. Tant que l'énigme ne sera pas suffisamment résolue, elle portera ma motivation.

Prenons un autre exemple : si je veux faire pousser des carottes, que je les sème, et que j'obtiens ce que je désirais, je suis satisfait. Je considèrerai qu'il est facile de faire pousser les carottes et ne me poserai pas davantage de questions. Si un voisin ne réussit pas... je le prendrai pour un benêt [pfff, c'est pourtant facile !]. Admettons qu'ensuite je veuille faire pousser des courgettes. Logiquement je vais me servir de mon expérience avec les carottes. Mais là, il se peut que je n'obtienne rien de satisfaisant. Après plusieurs tentatives infructueuses, je pourrai soit m'obstiner en vain, soit renoncer à faire pousser des courgettes, soit chercher à comprendre ce qui se passe. Dans ce cas j'en parlerai au voisin [qui les réussit, lui], je me documenterai, je chercherai à comprendre les besoins des courgettes, leurs maladies, et les possibilités de ma terre. Je finirai par tout savoir de l'humus, de la granulométrie du sol, du taux d'azote nécessaire et des moeurs dissolues des lombrics. Si ma terre n'est pas fertile pour les courgettes, alors c'est à moi de me fertiliser l'esprit pour atteindre mon objectif. Je pourrai aussi, et ce n'est pas négligeable, faire profiter les autres de mes connaissances. Encore faudra t-il que j'aie choisi si mon objectif est d'avoir des courgettes ou de ne récolter que ce qui veut bien pousser sans efforts...

Transposons mes métaphores potagères : lorsqu'une relation n'est pas fluide, chacun peut saisir cette opportunité pour évoluer. Car c'est une chance ! Chercher à s'adapter à l'autre offre la chance du changement personnel. Quand tout est simple et coule de source c'est très agréable mais on n'évolue pas dans les mêmes registres. On profite des bienfaits du bonheur, mais on ne se fertilise pas l'esprit. Lorsque tout va bien il faut évidemment jouir de cette paix non dénuée de vertus, mais savoir opter pour la lutte intérieure lorsque c'est nécessaire. Évoluer vers l'autre demande un effort, et une volonté de l'effectuer. Une capacité à le faire aussi. Or celle-ci fluctue dans le temps, selon les circonstances, et en fonction de la personnalité de chacun. Tant qu'on n'a pas la capacité de comprendre ce qui coince, on s'obstine en vain. On ne voit même pas en quoi il faudrait évoluer. Comme un enfant qui essaie de faire rentrer un cube dans une empreinte circulaire : il aura beau mettre en jeu toutes ses forces, ça ne rentrera jamais. Il devra essayer autrement. En tant qu'adultes, avec des problématiques nettement plus complexes, on s'acharne parfois à vouloir faire rentrer notre vision du monde dans la celle des autres, qui n'ont pas les mêmes contours. Il est donc important de définir quels sont nos objectifs lointains : passer en force (et casser quelque chose), renoncer, ou réussir en épousant des contours en souplesse. Cette dernière option demande parfois une certaine persévérance.

Peut-être ai-je la chance d'en être doté ? Il en est peut-être de même pour mon attrait envers la compréhension des relations affectives...



La réalité subjective

Ce que nous concevons comme "la vérité", ou "la réalité", n'est bien souvent qu'un abus de conscience. La preuve que notre illusion de toute puissance enfantine n'est pas levée. J'ai souvent eu à faire avec des personnes qui me disaient, tentant inconsciemment de me soumettre à leur vision du monde, « la réalité c'est ça ! ». Or ce n'était souvent qu'un fragment de réalité objective (= des faits), mais teinté de beaucoup de subjectivité (= leur interprétation). Cependant ces limites imposées devenaient du même coup une réalité contre laquelle je me heurtais.
Et moi-même, sans être aussi affirmatif, je me laisse souvent aller à croire que ma réalité est universelle. Je me dupe, largement inconscient de mon manque d'ouverture. C'est bien simple : je ne perçois même pas qu'on puisse penser différemment ! Non par arrogance, mais parce que je n'imagine pas qu'il puisse y avoir d'autres façons de percevoir ce qui me paraît unique.

Une façon bien connue de prendre conscience de la subjectivité de la réalité consiste à donner à observer des images telles que celle-ci :

vase_visage

Certains verront d'abord le vase, d'autres les deux visages.

Celle-ci est plus troublante :

jeunoldw

Certains ne voient que la vieille femme, d'autres uniquement la jeune. Et il faut parfois du temps pour que la seconde image soit enfin perçue.

Le moment du basculement est toujours un peu troublant, parce qu'une nouvelle dimension de la réalité apparaît de l'invisible. De même, lorsque dans une discussion on parvient à comprendre le point de vue de l'autre en sortant de notre propre réalité, il y a un grand soulagement. « Ah mais c'était donc ça !!! ». Le conflit peut alors se résoudre dans l'instant, lorsque le quiproquo se révèle.

Parfois, lorsque l'incompréhension est longuement installée et que toute une réalité s'est construite selon cette base... la surprise est de taille. C'est ce qui peut se passer dans des relations compliquées, chargées de projections. En famille, au travail, ou... en couple. Malheureusement la compréhension par l'un n'implique pas systématiquement la compréhension par l'autre. Le changement de paradigme n'est pas perceptible. C'est comme si subitement on changeait de monde et de représentation de la réalité : ce qui était valable depuis des années, en un instant n'a plus le même sens. Fascinant...

Avec mes réflexions en vue de comprendre, voila pas mal de temps que je constate ces changements de dimension dans ma perception des complexités relationnelles. Un quiproquo originel peut se trouver résolu et rendre obsolète tout ce qui s'est passé depuis. Fausse réalité basée sur une fausse interprétation de départ.

Mais lorsque le quiproquo concerne le mode de communication, cela peut devenir vertigineux ! Par exemple, j'ai toujours considéré que le dialogue permettait de fluidifier les relations. Pour moi cette vérité était indubitable et trouvait son origine dans un long cheminement personnel, étayé par la lecture de nombreux ouvrages sur le sujet. Je n'ai jamais pu concevoir que l'absence de communication pouvait aussi être valable... lorsque la communication ne fonctionne pas ! Tant qu'un langage commun n'a pas été trouvé [voila encore une problématique fertilisante...], il peut être préférable de s'abstenir. En ne comprenant pas cela j'ai procédé comme si ma vérité - le dialogue comme seule issue - était la bonne... J'ai fait fausse route.

Pendant des années j'ai essayé de faire rentrer cette réalité personnelle dans l'espace d'autres perceptions de la réalité. Je me suis obstiné, certain d'être dans le seul chemin salvateur... et ça n'a pas fonctionné ! Je n'y comprenais plus rien. Mon cube ne rentrait pas dans le cercle ! C'est là que "ne pas comprendre" m'a permis d'évoluer, en prenant autant de recul que nécessaire. J'ai tenté de comprendre le cercle et sa logique différente du cube. Les deux étaient devant moi depuis toujours, je le savais... mais moi je ne voyais que mon cube. Ma réalité.

J'aime donc comprendre les choses humaines et trouver leur sens. Pour autant je ne m'y prends pas toujours bien en voulant partager mes réflexions... de force. Bien que ce soit avec de bonnes intentions, c'est une violence que j'ai exercée envers des personnes qui n'en avaient pas la capacité, ou pas le désir. Je pense toujours qu'avancer "ensemble" est préférable, mais je constate que ce n'est pas systématiquement le cas. Ensemble, c'est parfois avec d'autres. C'est ainsi que j'ai du accepter de me séparer d'avec Charlotte. Je l'apprécie pourtant toujours, mais notre route commune ne fonctionne plus. Nos quêtes existentielles ne se conjuguent plus. J'ai fait le choix de poursuivre ma quête... et de renoncer à la poursuivre avec elle. J'ai aussi dû renoncer à comprendre avec elle le détail de ce qui s'était passé pour qu'on en arrive là. Immanquablement nous réactivions ce dont elle voulait se tenir à distance. J'ai donc opté pour le respect de ses capacités au dialogue. J'ai accepté que ce genre de dialogue ne nous était pas favorable. Nous ne parlons plus de "avant", et surtout pas des sujets qui pourraient être désagréables. Du coup... nous n'avons plus beaucoup de choses à nous dire. Seul le présent compte, avec une nouvelle forme de partage à inventer, éventuellement. Pour l'heure il consiste à échanger cordialement quelques nouvelles autour de nos enfants et de nos quotidiens respectifs.

Il semble bien qu'un processus similaire, quoique plus radical, s'est déroulé avec l'amie-aimante qui m'avait ouvert en grand les portes d'une nouvelle quête de sens. J'ignorais que c'est "en solitaire" (mais avec d'autres) que j'allais poursuivre mon chemin de découverte. Cependant, cette absence, ce silence contre lequel je me suis tant révolté à cause des questions qu'il laissait en suspens, n'auront-il pas été une chance d'aller plus loin en moi ?


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07 janvier 2008

Aller au bout des choses

Il y a quelques jours, face à la [jolie] femme avec qui j'échangeais de furtifs regards dans la salle d'attente de ma psy, je me sentais avoir le visage serein et souriant. D'ailleurs il vallait mieux puisque trois personnes me précédaient, induisant un retard conséquent. Mais peu m'importait, ma zénitude était totale [sans que ladite jolie femme n'y soit pour quoi que ce soit...]. Lorsque je suis rentré dans le confessionnal bureau, j'avais un large sourire. Ma thérapeute m'a répondu de même [ouaaah, trop cool !] et j'ai entamé notre échange habituel : je parle, et elle m'écoute. Il ne s'agit pas d'une écoute passive puisque je m'appuie sur son regard, ses réactions non-verbales, les moments où elle note quelque chose. C'est tout un "langage" et c'est en cela que la situation diffère d'un monologue. Et puis bon, il lui arrive quand même de dire quelques mots...

En leur absence, ce qui est éloquent ce sont ses sourires complices lorsque je découvre tout seul à quelles racines profondes tenait un mal-être. Car les trouver, c'est du même coup introduire le processus de leur affaiblissement, voire de leur éradication si je m'en donne les moyens et temps [la tronçonneuse c'est rapide, mais inefficace pour déraciner...]. À la longue [en thérapie tout est question de durée], ces compréhensions successives conduisent au mieux-être. Donc à la "réussite" de la psychothérapie, si l'on peut dire. Ou du moins d'un fragment de celle-ci...

Cette fois je lui ai fait part de ma satisfaction d'être parvenu là où j'en suis à présent : je me sens bien dans ma vie, bien dans mon mouvement évolutif, bien en phase avec mes objectifs. Que demander de mieux ? L'année qui vient de s'écouler m'a permis de récolter en abondance les réponses aux questions qui s'étaient posées durant trois ou quatre ans de chamboulement intérieur. Il faut dire qu'avec, en simultané : 1) une séparation conjugale, 2) l'évolution vers un nouveau projet de vie professionelle, et 3) l'invraisemblable complication d'une amitié amoureuse revélatrice/inductrice de tout cela, j'ai eu matière à réflexion ! Les quelques lecteurs et lectrices qui me suivent depuis mes débuts, sur mon journal, savent par quelles remous je suis passé pour en être arrivé à la sérénité d'aujourd'hui. Certain d'avoir fait le meilleur choix en allant au bout des choses, j'ai trouvé ma paix en me laissant traverser de part en part par mes tourments [Oouuughh, ça secoue !]. Mais je suis resté les yeux grand ouverts face à tout ce qui me traversait !

Et justement, c'est ce qui me semble être potentiellement intéressant (pour ceux qui vivraient des choses équivalentes) : je n'ai pas refoulé mes peurs (perte, abandon, solitude, etc.). Je me les suis bouffées jusqu'à l'os !

Je faisais part à ma psy de mes vagues questionnements du moment sur les motivations profondes qui m'ont poussé à m'orienter vers la relation d'écoute et d'accompagnement. Elles sont nées des failles apparues dans mes conceptions du couple et de l'amour et, sans surprise, c'est précisément vers le domaine des relations affectives que tendent mes recherches. Allais-je donc, au moment où je suis sorti de la souffrance de l'incompréhension (conglomérat poisseux de douleur, amertume, tristesse, colère, déception...), continuer vers cette voie ? La réponse m'est venue sans hésitation : oui ! Et c'est parce que j'ai dépassé mon propre mal-être que je pourrais être en position d'écoute pertinente. C'est parce que je l'ai traversé que je me sens capable de mieux comprendre ("prendre avec") le ressenti douloureux des personnes en souffrance. Sans fuir devant le réveil de mes angoisses. Je crois qu'il faut avoir vécu certaines choses pour vraiment les ressentir de l'intérieur. J'ai lu quelque part qu'on ne pouvait aider l'autre au delà de ce qu'on a soi-même parcouru. Ainsi ma soufffrance passée est-elle devenue une "chance" et une richesse pour le présent et l'avenir.

Cependant je n'aurais fait que la moitié du chemin si je m'étais contenté de travailler sur ma seule souffrance. L'autre moitié, fichtrement plus intéressante, a consisté à tenter de comprendre le point de vue de celles par qui (et non pas "à cause de qui" !) j'avais ressenti cette souffrance. Et ce ne fut pas une mince affaire tant les différences réactionnelles ont pu être éloignées des miennes... Travail complexe et de longue durée. D'ailleurs, c'est certainement là que ce situe mon trésor de guerre : dans l'existence même de cette source inépuisée de questionnements.

C'est grâce à ce que je n'ai pas compris que je peux explorer aussi loin les possibilités explicatives.

J'avais d'abord cherché des réponses auprès des mieux placées pour me répondre : mes partenaires. Hum... le succès fut toutefois mitigé. Alors j'ai continué à me débrouiller avec les moyens du bord (échanges avec d'autres, écriture, analyse, méditation) pour obtenir des réponses apaisantes aux questions qui me torturaient. Or les réponses me portaient toujours plus loin, vers d'autres questions. Pourquoi ceci ? parce que cela ! Pourquoi cela ? Parce que ça ! Pourquoi ça ? pourquoi... pourquoi ? Incessante litanie [qui est devenue ma nouvelle compagne...]. Je n'ai pas pu me contenter de réponses simplistes tendant au rejet de la différence ( « c'est rien que de la faute de l'autre !! »). Je ne pouvais pas davantage me satisfaire de « parce que c'est comme ça », comme si un destin extérieur dirigeait tout. Pas question non plus de me réfugier dans la tentative de "l'oubli", zappant ce qu'il m'aurait dérangé de voir. Non, non, non, il me fallait aller au bout des choses. Explorer chaque recoin, chaque piste. Travail conséquent et sans fin, évidemment, car je n'aurais jamais toutes les réponses. Multitudes de possibilites engendrant une infinitude de pistes en divergeant. Décrypter comment chaque acte, chaque attitude, chaque mot a pu orienter les choses dans un sens plutôt qu'un autre [c'est moi le cyber-Maigret !]. Une pensée en arborescence, comme me le disait jadis l'amie de coeur qui allait susciter les tourments susmentionnés. Je crois qu'elle se sentait un peu dépassée par ma quête de compréhension :o)

Pour le chercheur de sens que je me vois être [du moins pour ce genre de sujets...], cette magistrale incompréhension relationnelle est un superbe exemple de ratage. L'antithèse de ce que je voulais réussir. Mais depuis le temps que je la décortique, elle m'a offert un fabuleux champ exploratoire des complexités humaines. Pour comprendre j'ai puisé dans la polyphonie composée par les histoires des autres, y trouvant des similitudes éclairantes. Tout ce qui, dans mon quotidien, a pu me permettre d'ajouter un élément de compréhension a été immédiatement intégré dans la machinerie en mouvement. Livres, rencontres, films, émissions, articles, situations, citations... j'ai fait feu de tout bois. Sans oublier le domaine fascinant et diablement intéressant des projections de l'inconscient... Par contre, ne voulant plus me situer dans un dévoilement trop impliquant, j'ai cherché à élargir mon propos et le généraliser. Ce blog en est issu. Il me permet de prendre du recul et de tenter l'extrapolation. Mais, incontestablement, la plupart de mes réflexions autour des relations puisent largement dans la source expériencielle. Autrement dit : je vis largement "avec" l'absente, et d'autant plus que le dialogue souhaité aura fait défaut.

J'ai constaté que beaucoup de personnes jugent préférable d'oublier les situations compliquées, surtout si elles ont fait souffrir. Chacun agit selon ce qui lui semble être le mieux, et c'est très bien ainsi. Dans ce cas précis j'ai pourtant pris la posture inverse : focaliser... afin d'en tirer parti. Faire de la souffrance une chance [puisqu'elle était là, autant qu'elle se rende utile !]. Je crois pouvoir dire que je m'en suis bien sorti en en faisant un atout pour mon évolution personnelle et professionnelle.

Ma thérapeute, qui suit et "supervise" cette mue, était visiblement ravie de me voir rebondir ainsi. Depuis des années elle est en quelque sorte ma caution, en m'ayant aidé à prendre conscience de ce qui était en jeu dans mon parcours, pointant sur les éventuelles risques de dérive. C'est ce qui me permet d'estimer que ma démarche de réflexion "avec l'absence" est saine, alors qu'elle aurait pu aller vers le pathologique.

Ceci dit, les mauvaises langues pourront toujours dire que de réfléchir n'est qu'une façon de s'occuper l'esprit pour ne pas se trouver confronté au vide...

Hé hé hé, allez savoir par quels détours passe l'inconscient !
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Fleurs d'hiver, sinueuses et complexes.

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06 septembre 2007

Trouver sa place dans l'existence

Samantdi évoque brillamment le dernier roman de Mazarine Pingeot, fille "illégitime" et longtemps cachée du président Mitterand. Ce genre de destin laisse forcément une empreinte profonde dans une vie et je ne suis pas surpris d'apprendre que les thèmes de ce roman évoquent la maternité, l'infanticide, et le fait de ne pas vraiment trouver sa place dans l'existence.

C'est surtout ce dernier point qui m'intéresse, abordé ainsi par Samantdi qui décrit le personnage du roman :
« Elle-même ne se connaît pas et n'existe que sous le regard de ceux qui l'ont modelée, sa mère, et son mari.
Ainsi parce qu'on le lui a dit et répété, elle se sait égoïste, centrée sur elle et son nombril.
Défaillante, toujours, malgré les reproches de son entourage et ses efforts pour l'obliger à changer, à s'améliorer, pense-t-elle. Efforts vains car elle est si faible de caractère, si mal organisée, si désordonnée que toujours elle retombe dans ses travers. »

Comment se fait-il que des personnes acceptent d'exister (ou de non-exister...) selon ce que d'autres définissent à leur égard ? Par quel mécanisme de négation de soi peut-on cèder ainsi ? Pourquoi l'abdication en n'osant pas affirmer une singularité épanouissante et libératrice ?

Est-ce la résultante d'une personnalité "cassée" dès le plus jeune âge, à qui l'on a appris à se soumettre plutôt qu'à être ? Ou bien est-ce le reflet d'une nature faible, soumise, incapable d'affirmation de soi depuis la naissance ? C'est probablement impossible à discerner, tenant un peu des deux comme tout ce qui combine comportements innés et acquis. Pour autant, je reste intimement persuadé que des encouragements à devenir soi, en étant pleinement reconnu, sont la meilleure garantie d'épanouissement.

Inversement, des commentaires dénigrants, appuyant systématiquement sur des points considérés comme "négatifs" érigés en références, ne peuvent rester sans conséquences. Certains enfants (je parle là du statut, pas de l'âge) entreront dans une salutaire révolte, plus ou moins tôt dans le déroulement de leur vie. D'autres porteront jusqu'à leur mort les séquelles de comportements parentaux abusifs, trop abîmés pour se redresser seuls.

Samantdi continue, s'appuyant sur la dérive atroce de l'infanticide, qui fait le sujet du roman. « Au fil des pages se dessine en creux le portrait d'une femme masochiste, une victime partie prenante parce que, comme elle le dit : "je n'ai jamais su départir l'amour de la peur, je n'aime que ce qui me terrifie". »

Cette alliance de l'amour et de la peur, qui peut se développer avec un ou des parents qui distribuent indissociablement l'un et l'autre, à de quoi perturber gravement la construction des pensées. Si ceux de qui on attend de l'amour donnent aussi de la violence, comment la conscience en construction de l'enfant, futur adulte, pourra-elle discerner l'un de l'autre ? Il ne sera pas surprenant que l'amour adulte s'accompagne de manifestations qui en sont à l'opposé. Ainsi l'échec en amour peut se perpétuer longtemps.

Au fil des blogs portés à une introspection approfondie (de plus en plus confidentiels) on voit bien apparaître ce rapport à une enfance blessée, maltraitée, presque torturée... sans autre traces que mentales. Mais quelles traces ! Les enfants devenus adultes qui en parlent aujourd'hui on bien du mal à s'émanciper des injonctions parentales, aussi erronées qu'elles furent. C'est souvent devenu un combat contre soi, enfant/adulte, hésitant entre des sentiments de culpabilité et de révolte, d'amour et de haine, de violence et de tendresse, de paix et de guerre. L'adulte et l'enfant intérieur cherchent chacun à exister tour à tour, le second ne cédant la place qu'après que ses blessures aient été reconnues par l'adulte en soi. Cette lutte intérieure qui vise à la reconciliation est épuisante. Très souvent je constate qu'il y a un accompagnement psychologique, qui semble indispensable pour se reconstruire sainement. Parfois cette "aide" est le seul moyen d'en sortir. Je sais, pour y être au coeur, ce que la prise en charge de ce genre de mal-être demande comme courage et persévérance. Des années de travail pour se reconstruire ! Je remarque que bien des personnes qui se sentent "faibles", se reprochant de ne pas oser être vraiment elles-mêmes, montrent au contraire une grande force intérieure... dont bien souvent elles-seules ne se rendent pas compte. Observer la subjectivité des autres c'est aussi prendre conscience de la mienne...

Quant à « être centré sur soi et son nombril », posture tant honnie par ceux qui n'en n'ont pas besoin, ou le croient, je crois que cela démontre surtout une capacité à prendre soin de sa santé mentale. Loin d'être égocentriste, c'est une pratique qui vise à l'ouverture vers autrui, donc au partage. Mais à un partage plus libre, plus épanouissant, plus souriant que lorsqu'on traîne avec soi un sentiment d'inexistence atrophiant. C'est tout simplement le besoin de prendre sa place dans le monde, et le désir d'y contribuer.

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13 juillet 2007

Oeuvre humaine

Quelques mots concluant un texte d'Eva m'ont laissé songeur...
« Chaque été, il y a un an de plus sur mon calendrier et cette crainte de ne jamais parvenir à créer quelque chose de ma vie et à laisser derrière moi une oeuvre dont je serai fière. »

Je comprends cette inquiétude, me souvenant avoir eu de telles pensées il y a longtemps. C'était comme une crainte anticipée, lorsque je me projettais loin dans l'avenir. Je crois que cette idée n'a plus eu de place lorsque, avec Charlotte, nous avons eu des enfants. Progressivement, en les voyant grandir et en prenant conscience du rôle de parent, j'ai compris en quoi je "créais" quelque chose d'immense avec eux. Une oeuvre. Je participais à la construction des adultes qu'ils seraient un jour. Je crois que j'ai pris conscience de ce rôle d'accompagnant en voyant que j'avais le pouvoir exorbitant de tordre leur conscience. De moi, en tant que père, allait dépendre leur équilibre intérieur d'adulte. Si je ne faisais pas attention, je pouvais faire d'importants dégats en eux, leur rogner les ailes, les emmener vers des chemins hasardeux, des impasses. Je sentais surtout que si je ne me remettais pas en question j'allais reproduire ce que mes modèles parentaux m'avait transmis. Et en particulier mon père...

Ah non alors, pas question d'empoisonner le psychisme de mes enfants !

Je ne suis devenu père qu'avec la pratique, en faisant des erreurs et m'efforçant de les corriger. En cela la place du conjoint se révèle être très précieuse, comme regard tiers. Pendant quelques années ce fût une course contre la montre puisque je devais me "réparer" constamment en voyant que je transmettais ce dont j'avais souffert. Ce faisant, sur ces ébauches vivantes, je pense avoir réalisé ce qui surpasse avantageusement toute forme d'oeuvre matérielle. Je l'ai fait du mieux que j'ai pu, en fonction des possibilités dont je disposais. Je suis fier de ce qu'avec Charlotte nous avons fait de ces petits bouts de chou, malléables et orientables à merci.

Maintenant nous avons trois jeunes adultes, à la tête bien faite, ouverts sur le monde, curieux, attentifs, sensibles à ce qui les entoure. Ils sont capables de discernement, de réflexion, de choix. Ils ont un sens critique qui fait qu'ils ne sont pas des suiveurs. Parfois je les trouve même plus matures que moi, avec leurs idées claires, sans ce poids éducatif que je traîne encore. Plus libres aussi. Ces adultes sensés, qui s'insèrent peu à peu dans la société, sont porteurs de certaines valeurs humaines qui me sont chères. En cela je pense avoir réussi à transmettre ce qui me semblait essentiel.

Pour le reste... peu m'importe ce qui restera de mon passage dans l'existence.

Certes, mon métier fait que j'aurais contribué à laisser des traces tangibles qui dureront au delà de ma mort, et même celle de mes enfants. Mais de toutes façons rien n'est éternel et cela disparaîtra aussi un jour. J'adhère totalement à l'idée de "passage" (je suis de passage), mais aussi à celle de "passeur". Je me sens élément d'une chaîne de consciences, et en même temps élément actif : je peux influer, à la toute petite échelle de mon pouvoir d'influence.
D'ailleurs, en écrivant sur ce blog je transmets quelque chose. Je contribue à faire circuler de la pensée, peu importe l'échelle de cet apport. Chaque fois que j'apprends que quelqu'un à compris quelque chose de lui-même ou de son parcours en me lisant, je suis fier d'y avoir participé. Tout ce qui fait avancer la pensée est pour moi une part de l'oeuvre collective à laquelle nous participons tous.

Ainsi je ne ressens pas le besoin de laisser une trace particulière, tout en étant certain d'en laisser de façon diffuse, diluée par une multitude d'autres traces individuelles.

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Cet après-midi, dans le Vercors, en balade avec mes trois enfants...

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16 mai 2007

Vivre les livres

Je ne lis que très rarement des romans. Je préfère les ouvrages d'inspiration psycho-socio-philosophiques. J'y trouve une nourriture dont j'ai besoin pour avancer dans la connaissance de l'humain. Non que les romans ne le permettent pas, mais... personnellement j'y trouve moins matière à réflexion.

Bah... et puis toutes ces petites histoires de vie que transmettent les blogs ne sont-elles pas des simili-romans ?

Ce qui me surprend, c'est qu'ayant parfois lu et relu certains ouvrages qui m'ont permis d'avoir une meilleure conscience des choses, je découvre encore une profondeur inexplorée à la relecture. Comme si j'avais entretemps acquis une plus grande capacité de compréhension.

Ainsi la lecture me fait progresser dans mes réflexions, qui à leur tour me permettent d'améliorer la compréhension du texte initial. N'est-ce pas fabuleux ?

Certains ouvrages-sources m'abreuvent à chaque fois que les parcours. Probablement parce que j'en oublie une partie, que je retrouve en m'y plongeant de nouveau.

Ces lectures appellent à l'humilité : ce que je découvre "tout seul" des rapports humains, ou de la connaissance de soi, a déjà été écrit par d'autres. La lecture m'a préparé à comprendre, mais ma compréhension ne reste qu'un fragment de ce que d'autres ont déjà décrit. D'une certaine façon c'est rassurant : je m'aperçois que je suis sur le bon chemin. De l'autre c'est... stimulant, parce que je vois tout ce qu'il me reste à saisir de l'inconnu.

Mais je me pose une question : faut-il vivre les choses pour vraiment les comprendre ? Pourrait-on faire l'économie de l'apprentissage les mains dans le cambouis ?

N'est-ce pas parce que je l'ai vécu que j'ai finalement compris, et intégré, ce que décrivent des auteurs ? La lecture ne ferait que préparer le terrain, mais sans pouvoir éviter le passage par l'expérience personnelle. Tout au plus cela permettrait de réagir plus vite, de bénéficier de quelques radeaux de sauvetage, d'être moins submergé par l'incompréhension ? Ce serait déjà pas si mal...

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11 octobre 2006

Rebondissements

C'est un peu comme un caillou lancé pour faire des ricochets: on ne sait jamais combien de fois il va rebondir.

La vente de ma vieille maison, dont la signature était prévue demain matin, est reportée...

Le premier compromis de vente a été signé le 11 juin, pour un acte de vente prévu le 11 septembre. Trois mois de relative incertitude (les conditions suspensives pouvaient annuler toute l'opération). Durant de délai, contact a été pris avec un géomètre qui doit partager le terrain. Délimitation fin aôut, sur place, avec convocation des propriétaires riverains. L'occasion de discuter un peu pendant que le géomètre recherche les anciennes bornes, fait ses relevés, et plante les nouveaux repères. Au centimètre près ! A l'issue de la matinée il annonce qu'il y aura un délai de trois semaines, le temps de faire valider le nouveau découpage par le service du cadastre. Bon... ok... on patientera
Finalement ce seront quatre semaines avant que le rendez-vous soit pris pour l'acte de vente chez le notaire. Prévu le 11 octobre. Donc demain.
Et ce matin je reçois ça:

« Afin de permettre de constituer une servitude entre la propriété de M. J. (Cadastrée section AC, numéro 13) et la parcelle que vous vendez à M. S. (... blablabla...)

En conséquence, je vous confirme que le rendez-vous de signature prévu initialement demain mercredi 11 octobre à 9h15 chez Me H. doit être reporté, le temps de me permettre de faire régulariser une procuration à M. J.

Me H. me propose de fixer le rendez-vous de signature mercredi 25 octobre à 9h15 en son Office notarial

Et hop, deux semaines de plus !
... respirer un grand coup... et ne pas s'en formaliser. On appelle ça des "impondérables".

Je vais donc dormir encore quelques nuits dans ma maison vide.
L'avantage de ce report est qu'il évitera la délicate période de cohabitation avec ma future-ex, qui déménage bientôt...
En effet, a
près deux ans et demi d'exil je reviens dans "notre maison", qui était devenu "chez elle", et sera désormais "chez moi" (vous suivez ?). Va et vient dicté par les circonstances et nos accords à long terme. Mon ex-compagne s'installera avant la fin du mois dans un appartement qu'elle s'est choisi. Elle est heureuse de ce changement, qu'elle attendait depuis longtemps, et je suis content pour elle. Pour moi aussi. Soulagé par cette mise en acte qui nous "libère" de façon bien plus marquée que le régime de voisinage sous lequel nous retrouvions souvent. Il n'empêche que je ressens une tristesse en la voyant prendre cette distance géographique, qui s'ajoute à celle qu'elle a installée dans notre lien depuis deux ans et demi...

Mais peut-être que cette mise à distance sera une bonne chose ?
Nous en voyons dèjà tous les deux les avantages. Mélange bizarre de satisfaction et de tristesse, dans le gain et la perte, comme tout changement.



Hier soir, une amie apprenant qu'il m'arrivait de sombrer dans la tristesse m'a demandé si, dans ces moments-là, j'en parlais aux autres. A vrai dire j'ai plutôt le réflexe inverse: je m'isole et me recroqueville. Ne me sentant pas d'agréable compagnie, craignant d'être envahissant avec mes soucis, répugnant à me plaindre de mon sort, je reste seul en attendant de retrouver ce qui me permettra de reprendre pied. Je sais que c'est un peu idiot de se replier ainsi. Moi-même j'aime pouvoir accompagner quelqu'un qui, se trouvant en souffrance, ou triste, s'ouvre en confiance vers moi. J'aime contribuer à "remonter le moral".

Bah... c'est vrai que dans la réalité je suis parfois moins "fort" que ce que j'écris. Normal: dans ces moments de déprime je n'écris pas...
Mais peut-être devrais-je accepter de ressentir cette tristesse. L'accueillir, la laisser prendre sa place et s'exprimer, être reconnue dans son existence. La tristesse n'est pas un sentiment négatif, tandis que son refoulement peut conduire au ressentiment qui, lui, est négatif.

Oui, je crois qu'il m'arrive d'être triste.

[Aaaah, ça fait du bien de se laisser aller à le dire !]

Et ça n'empêche pas que d'un autre côté je reste optimiste.
Les deux peuvent coexister sans contradictions.

Je me demande même s'il ne m'arrive pas d'être simultanément triste et enthousiaste. Triste pour ce que je quitte, mais heureux de ce vers quoi je vais.

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09 octobre 2006

Mutation

Sous couvert d'amusement, mon texte précédent dit beaucoup de choses éloquentes à mes yeux. Chaque phrase a pour moi une signification... et pas forcément la même pour ceux qui l'auront lue. Mais c'est sans importance. Au contraire, chacun peut ainsi trouver ce qui fait sens pour lui/elle. En fait, c'est une façon d'exprimer sans trop expliciter. Il est rare que j'écrive sous cette forme détournée, mais parfois le flou met à distance des mots, pour mieux en retrouver le chemin. Car l'errance de mon existence crée parfois des interférences avec l'écriture publique... et la rendent alors "impossible". Errance dans l'écriture...

Errances...

Errances multiples et polymorphes, à différentes échelles, en différents domaines, et de durée variable. "En errance"... peut-être est-ce ce qui décrit mon essence actuelle: celui qui se cherche et qui, pour cela, n'a pas craint pas d'aller à l'aventure. Découverte intérieure, d'abord, mais qui a forcément eu des conséquences avec l'extérieur. Je les assume. Etymologiquement, errer (errare) veut autant dire "aller à l'aventure" que "se tromper"

Toutefois l'errance n'est pas l'errement, même si un comportement erratique peut être aberrant et conduire à des erreurs. Quoique... ce sont aussi les erreurs qui peuvent conduire vers ce qui est recherché. Errer c'est voyager. Je ne vais pas sans but, bien que je ne le connaisse pas précisément. Je ne me perds pas: je cherche. C'est bien différent. Et lorsque, temporairement, je m'égare (ce qui peut arriver), je le constate, j'essaye de comprendre mon erreur... et je repars. C'est comme ça que peu à peu je trouve le chemin, singulièrement mien. D'où l'importance de trouver les réponses aux questions qui se posent. Chercheur de réponses.

J'aime bien ça, même si ça ne se fait pas sans souffrances. Mais la souffrance psychique ne me fait pas (pas trop...) peur. Ou du moins je veux surmonter cette peur, refusant les limites qu'elle m'imposerait. Je ne veux pas être l'esclave de mes peurs. Cette souffrance, je la considère comme un précieux indicateur de mauvaise piste, ou de mauvaise façon de suivre la piste. Je ne la refoule pas, au contraire: j'essaie de bien comprendre ce qu'elle touche et comment elle agit. Pour moi souffrir c'est ne pas comprendre ce qui se passe. Cette souffrance morale est un encouragement au travail sur soi, à la recherche de soi. La souffrance indique un déséquilibre. Il *suffit* de trouver ce qui est trop lourd... Et c'est là que se situe toute la complexité, parce que ce peut n'être qu'une petite partie cachée d'un ensemble apparent. C'est par l'analyse que je peux discerner, fragmenter, puis simplifier. Pour cela il faut souvent du temps. Laisser du temps au temps...



Hmmm... ce verbiage est encore assez flou. Les mots sont rétifs. Je suis prudent...
Comment dire ?... là, en ce moment... je vis une période qui pourrait être très tourmentée, fort stressante et particulièrement déstabilisante. Je parviens cependant à me maintenir dans un état de fonctionnement opérationnel, voire dans une relative sérénité. Peut-être pourrais-je même parler d'un bel optimisme enthousiaste. Et pourtant, il y aurait de quoi avoir quelques sueurs froides, angoisses palpitantes, et tristesse insondable. Mais j'étais préparé de longue date à ce qui opère et s'enchaine inéluctablement. Ce n'est qu'un moment un peu pénible à passer. De l'autre côté de la barrière, après ce temps de mutation, de vastes territoires sont à découvrir. Alors j'ai le sourire :o)

Il se trouve que cela se déroule à une période de l'année durant laquelle je suis toujours très occupé à titre professionnel, ce qui fait que je n'ai pas le temps de trop cogiter, ni celui d'écrire. C'est peut-être aussi bien comme ça... Les choses se déroulent sans que je puisse en prendre pleinement conscience. Acteur distrait, je ne ressens pas, pour le moment, le besoin d'en parler plus précisément. Et puis pour en dire quoi ? J'effectue donc la transition en solitaire. Ce n'est pas de l'isolement, mais un désir d'être autonome dans la gestion de la situation. Je n'ai "besoin" de personne, bien que j'apprécie toute présence ou marque de sympathie, aussi discrètes soient-elles.

Il me semble que... plutôt que d'évoquer des "problèmes" et m'en plaindre, je préfère parler de la façon dont je les surmonte, ou les ai dépassés. J'ai envie de me situer dans un registre positif. Je ne voudrais pas me lamenter sur mon sort, risquer d'apitoyer la blogobulle, et attirer à bon compte une compassion de circonstance. Le soutien discret, mais prépondérant, de quelques amitiés fidèles me permet de me débrouiller "tout seul". D'ailleurs je lis au fil des blogs des histoires de vie qui ramènent à beaucoup d'humilité. Il y a des gens qui se sortent de situations terribles. Alors mes petits soucis existentiels, hein...

Bon, allez, je vais terminer mon déménagement...
Cartons presque tous bouclés, j'ai démonté les meubles, presque fini de trier les derniers reliquats d'inclassables (c'est le plus long...), et commencé le transfert de mon bureau professionnel. Les sons commencent à donner de l'écho. Plus que deux nuits dans cette maison-bureau qui se vide. Tout se précipite...



chambureau
C'était depuis deux ans mon lieu de vie: ma pièce à vivre, travailler, dormir...

Posté par Coeur de Pierre à 23:42 - Ce qui nous fait - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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