Alter et ego (Carnet)

Itinéraire d'une ouverture à soi et vers autrui

14 décembre 2009

Comprendre

Comprendre ce n'est pas connaître, ni savoir : c'est « prendre avec soi ». On cherche à comprendre et, croyant y parvenir, on ne fait qu'adopter une hypothèse en fonction de nos connaissance du moment.

Quant à comprendre l'Autre c'est adopter avec lui, le temps qu'elles durent, ses hypothèses du moment.

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06 décembre 2009

Écrire ou communiquer ?

Autrefois, il y a fort longtemps, j'écrivais. Acte solitaire, ce face à face avec moi-même me permettait d'aller à ma rencontre. En même temps j'avais certainement le désir d'être lu un jour, beaucoup plus tard, par quelque proche ou un de mes enfants pas encore nés. Peut-être simplement d'être lu par celui que je serais devenu.

Et puis j'ai découvert, avec les premiers journaux intimes sur internet, qu'écrire ses pensées secrètes pouvait apporter quelque chose à ceux qui les lisent. Dans les mots d'autrui je pouvais trouver ce qui, en moi, ne savait se dire ou n'osait se penser. Les mots de l'autre me frayaient un passage dans lequel pouvaient naître, se préciser, s'élaborer mes pensées. Et davantage que les pensées, c'est ma conscience qui pouvait s'accroître ainsi. Conscience de moi-même, conscience de l'humain, conscience du monde.

Certes, les grands auteurs et penseurs, les philosophes, offraient depuis longtemps leurs réflexions élevées. Mais elles avaient quelque chose d'inaccessible. Au contraire les recherches hésitantes de personnes "comme moi" étaient à ma portée, toutes empreintes de doutes et de balbutiements, décrivant la mise à l'épreuve de leurs prises de conscience dans la réalité du monde. Peut-être pressentais-je qu'il ne me suffirait pas d'élaborer de belles pensées, encore fallait-il savoir les mettre en application pour me sentir cohérent...

Voila près de dix ans que je lis les réflexions d'autrui et expose les miennes. Incontestablement ma connaissance et ma conscience se sont considérablement enrichies de ces entrelectures. J'ai évolué vers ce que j'ignorais être.

Le problème c'est que, insidieusement, je suis passé de l'écriture à la communication. Du personnel au relationnel. De l'intime à la scène (fût-elle intimiste et confidentielle...). J'ai échangé, partagé, été porté à pousser plus loin mes réflexions, mais je me suis aussi déconnecté d'une part profonde et secrète de moi. En outre il est probable que, par effet d'influence, j'aie perdu une part de ma singularité dans un mimétisme tendant au conformisme. Oser affirmer ce que je crois, pense, fait, n'est pas facile dès lors qu'autrui peut rapidement pointer du doigt sur ce qui le dérange...

Soucieux de l'image que je renvoie, tout comme de me préserver d'une trop grande "transparence", je ne veux pas écrire tout ce qui me vient à l'esprit. Je garde délibérément en moi une part cachée, la privant de l'élaboration par les mots. Si ma pensée s'élargit en se frottant à l'altérité c'est au prix d'une perte : ce qui échappait à la censure de ma conscience lorsque j'opérais en "écriture libre", seul.

Écrire sous le regard d'un lectorat d'habitués permet une expansion de la conscience dans des registres distincts de ce qui apparaît dans le secret. Mais l'un ne remplace pas l'autre. Il se peut que j'aie négligé un outil lorsque j'ai découvert les potentialités d'un autre. Écrire en public et interagir avec lui m'a ouvert de vastes horizons mais m'en a fait délaisser d'autres, peut-être essentiels. Le relationnel m'a absorbé davantage que je le souhaite.

Et si je recommençais à écrire ?

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18 octobre 2009

Du bénéfice traumatique

Dans mon précédent billet j'ai utilisé le mot "traumatisme". J'ai un peu hésité, parce que c'est un terme fort, mais qui m'a semblé juste et nécessaire. Il m'est venu après avoir entendu, dans un reportage, des femmes parler de ce avec quoi elles vivaient depuis une agression sexuelle : la peur. Peur de certaines situations, peur des hommes, peur de la sexualité, peur de l'amour... Parfois perte de confiance en soi pouvant aller jusqu'à ne plus pouvoir exercer certaines fonctions professionnelles, excès de fragilité. Quelque chose en elles se réveille dans certaines situations, qui fait effraction en rappellant le traumatisme. Il suffit d'un mot, d'une odeur, d'un son, d'un détail vestimentaire, d'un lieu. Cela peut survenir n'importe quand et pour une infinité de détails du quotidien. Leur vie est devenue étroitement conditionnée par le rappel de cet évènement qui a définitivement modifié leur trajectoire. Il les accompagne. Elles vivent avec. Certaines parviennent finalement à surmonter, d'autres pas. Sans jamais oublier, évidemment...

Des traumatismes nous en subissons tous, plus ou moins importants, et surtout plus ou moins fortement ressentis. La vie est une succession de traumatisme depuis celui de la naissance. Il en est cependant qui sont plus marquants que d'autres. Ceux qui touchent à l'estime de soi en font partie. Ceux qui éveillent l'instinct de survie aussi. C'est notre structure psychique, héritée génétiquement, qui fait nous fait ressentir et réagir différemment au même type d'évènement selon les individus.

Par contre on sait aussi, notamment depuis sa mise en évidence par Boris Cyrulnik, que la résilience est une capacité qu'a l'humain de se reconstruire malgré les pires traumatismes subis. On pourrait presque aller jusqu'à dire que d'un traumatisme certains ont su faire un atout. Le traumatisme comme une chance de se révéler autre ? De s'épanouir dans des dimensions qui seraient sans doutes restées méconnues sans le trauma ? Probablement...

Certains traumatismes peuvent donc avoir un effet secondaire bénéfique. Certains chocs peuvent être salutaires. Ils n'en demeurent pas moins des épreuves violentes, perturbantes, et ne trouvent un sens que lorsque la vie peut reprendre un cours fluide. Si les effets du choc n'ont pas trop endommagé l'estime ou l'intégrité de soi.

Je ne saurais dire si le traumatisme auquel j'ai fait allusion dans mon billet précédent aura été une chance, mais, au vu de ce que je deviens, je ne suis pas loin de le penser. Au minimum il aura eu un rôle de catalyseur pour qu'il ne se réactive plus. Si je n'avais pas compris le sens de ce qu'il m'indiquait il aurait pu se reproduire indéfiniment et empoisonner à répétition toute mon existence. Traumatisme lointain issu de la petite enfance conditionnant ma construction psychique de multiples façons, tant dans mon rapport aux autres, mes investissements affectifs, que dans mon besoin de trouver du sens aux choses. Réactivé à l'adolescence quand plusieurs formes de liens se sont brutalement interrompus, le traumatisme a finalement explosé en paroxysme à l'âge adulte. Paroxysme parce que je disposais alors de toute la conscience de ce qui se rejouait... sans avoir la capacité psychique d'agir : volonté impuissante, comme anesthésiée par une tempête émotionnelle. Je ne contrôlais plus la situation, j'étais dominé par... la peur. Je sais, depuis, que c'est bien ce qui se passe en cas de choc émotionnel intense : le cerveau conscient devient incapable d'élaborer une pensée logique. On appelle ça "effet de sidération". Il rend apathique, inerte ou hyper réactif, déconnecte la pensée et le corps, fait se sentir "autre que soi", observateur impuissant. Les victimes de violences et autres agressions le décrivent très bien.

Dans mon cas la réactivation tardive du traumatisme originel aura été tellement intense, ressentie avec une violence à proprement parler "insupportable", que l'essentiel de mes pensées et de mes ressources cognitives allaient être mobilisées, des années durant, autour de cet évènement. J'ai consacré une énergie considérable à la nécessaire transformation de mon mode de pensée, de mes références personnelles, de mes valeurs profondes. Je ne voulais plus jamais revivre ce traumatisme et j'ai fait ce qu'il fallait pour m'en prémunir. Puisque je ne pouvais pas changer ce qui me blessait il fallait que ce soit moi qui change. Que je m'insensibilise à l'endroit de mes vulnérabilités. Que j'évite absolument de me mette de nouveau en situation de dépendance vis à vis de qui que ce soit. Que j'agisse de façon à ne plus me trouver confronté au trop douloureux sentiment d'abandon, de trahison et de désespérance. Qu'à défaut de pouvoir me libèrer de ces phobies je sache les contourner.

C'est ce qui m'a conduit à vivre en solo... tout en m'ouvrant davantage à des relations diversifiées. À ne plus attendre des autres, mais accueillir ce qui vient d'eux. J'ai développé de nouvelles facultés, telles que l'écoute et la perception intuitive.

C'est en cela que l'ultime traumatisme aura été bénéfique : il allait me permettre d'inventer une nouvelle façon d'être en évitant de réveiller des peurs incapacitantes. Tapies au fond de ma mémoire elles atrophiaient mon existence sans que j'en aie eu pleinement conscience auparavant. Bienfaisant traumatisme, donc ! Heureuse expérience malgré la douleur ressentie. Révélation, en même temps, de forces intérieures insoupçonnées qui allaient se rassembler pour me surpasser. Comme un surcroît d'énergie permetant de venir à bout d'un poison intérieur.

Mener ce combat m'était "vital", psychiquement parlant. Cela m'a permis de découvrir que j'étais doté de ressources méconnues et que je pouvais les mobiliser. J'avais sans doute cette chance initiale et mon seul mérite est de l'avoir utilisée.

Si je raconte cette part de mon histoire ici c'est à titre d'encouragement envers celles et ceux qui seraient sur un chemin similaire. Ça vaut la peine de se battre contre cette part de soi qui a peur. Ça vaut le coup d'oser se questionner, remettre en question ce que l'on croyait certain, quitter la dépendance affective pour se retrouver seul, face à soi. La libération est à ce prix. Je n'ai pas pu changer le passé, mais j'ai pu agir sur la suite à venir. Et personne ne pouvait le faire à ma place...

Cependant je n'ai pas été seul. J'ai échangé, partagé, été soutenu et guidé de multiples façons.

Je me sais être le seul artisan de ma liberté et de la paix intérieure qui en découle, mais sans les autres je ne pourrais rien. Je mène une lutte constante contre cette part de moi qui voudrait, puérilement, que l'extérieur réponde à mes besoins... mais je n'ai rien à attendre d'autrui, quel qu'il soit. Ni à me plaindre d'une fatalité qui n'existe que si je m'y conforme. Ce que je fais de ma vie m'appartient.

Je suis seul responsable de ce que je deviens.

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15 octobre 2009

Être plutôt que dire

C'est très curieux : assez subitement je n'écris presque plus. Je n'en ressens plus le besoin... et j'en suis étonné. Ma vie continue d'être aussi remplie qu'auparavant, si ce n'est davantage, mais je n'ai rien à en dire. Je ne pense même plus à ce que je pourrais en dire !

Détaché des mots. Du moins pour le moment.

Je reviens de deux jours de congrés professionnel directement en prise avec la réalité du monde social et je n'ai rien à en dire. Ni du riche contenu, ni des à-côtés, alors que j'ai fait le voyage avec des collègues dont l'une avec qui s'invente une relation incertaine. Rien non plus sur l'évolution d'autres relations affectives dont je m'étais ouvert ici. Je suis devenu très discret avec ce genre de sujet...

Par contre j'ai passé des heures à trier, puis choisir, les photos de mon voyage que j'avais envie de partager !

Ah tiens, ce voyage, justement... ne serait-il pas pour quelque chose dans ma mutation mutique ? Ne m'a t'il pas permis d'aller plus loin qu'un déplacement géographique temporaire ? Je crois bien que si...

Il se pourrait que quelque traumatisme ait reçu, par cette démarche, non pas une impossible réparation mais une sorte de... transmutation. En découle une libération accrue.

Sans vouloir être prétentieux il me semble que je m'éloigne de mon égo. D'où cette distance qui prend place avec une part de moi qui ne m'intéresse plus guère. Et pourtant je sais que je peux encore partager quelque chose de mes pensées, de mes expériences de vie. Oui... mais sans trop parler de moi.

Comment partager du soi, sans que ce soit de l'égo ? Pas si facile...
Être plutôt que dire. Mais être, ça ne se dit pas.

Je me demande aussi... et si j'étais maintenant suffisamment bien dans ma vie pour ne plus être dans le souci constant d'y être mieux ?

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17 août 2009

Photographier l'invisible, stimuler l'imaginaire

La photo intitulée "Camaïeu indigo" présente des couleurs suprenantes. À tel point que Josie s'est demandée si j'avais utilisé quelque artifice pour la réaliser. Moi même je l'ai trouvée, une fois en ligne à côté des nuances pastel qui précédaient, particulièrement arrogante par l'intensité de ses couleurs.

Explications de ces différences autour d'un autre coucher de soleil, hier soir :

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Le paysage proche avait à peu près cette visibilité.
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Le paysage lointain et le ciel devaient avoir cette teinte.
(notez la "nuit" sur le premier plan)

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  Quant au soleil il était aussi rouge que ça !
       (mais infiniment plus lumineux !)

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Au final un tel coucher de soleil est donc une photo "impossible" à saisir puisque les différents éléments visuels n'ont pas du tout la même intensité lumineuse. L'oeil s'en accomode très bien dans le réel (quoi qu'il soit fortement déconseillé de regarder le soleil en face, fut-il rouge !), mais repère des distorsions flagrantes avec le résultat photographique quand la comparaison est possible. C'est que l'appareil photo est... objectif [excusez la facilité du jeu de mot...]

Une photo de ce genre sera donc un compromis entre différentes luminosités, de façon à restituer l'atmosphère de ce moment... selon la subjectivité du photographe !

De toutes façons une photo est toujours une représentation de la réalité. Elle sera qualifiée de "fidèle" si le résultat répond à ce qu'on imagine de la réalité. Un paysage entier qui rentre sur une photo de 5 cm de côté ce n'est pas réel, et pourtant... Tout comme une abeille qui accapare 10 cm sur un écran, ou 3 mètres sur une affiche.

C'est ainsi que chaque photo devrait être vue comme une création, même si elle cherche à reproduire ce qui apparaît comme "la réalité". Réaliste mais pas réelle.

Il en va de même pour ce que l'on raconte de notre perception d'un évènement, oralement ou par écrit : Il ne s'agit que de "photographies", en mots, de notre représentation de la réalité... telle qu'elle nous apparaît subjectivement. Toute tentative de reproduction de la réalité, toute transcription, toute énonciation est une fiction, parce qu'elle n'est pas le réel.

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Alors vrai....

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... ou vrai ?

(même jour, même heure, même endroit)

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07 mai 2009

Sans importance

Le décès récent d'une blogueuse estimée a été l'occasion d'une prise de conscience pour plusieurs d'entre nous. Autour de ces liens dits "virtuels", dont on peut douter fortement qu'ils aient cette légèreté dont le mot est traditionnellement affublé. Autour de l'émotion bien réelle suscitée par la disparition d'une "inconnue" et des écrits qu'elle offrait. Autour de la survie des écrits en ligne après le décès.

Sans trop m'interroger sur le sens profond de la démarche qui consiste à déposer sur le net des parts de moi, il m'est arrivé de penser à ce que je désirais pour mes écrits au cas ou je mourrais avant de l'avoir prévu. Comme Eva je ne souhaite pas que mes pages disparaissent avec moi. J'ai toujours écrit avec une idée de témoigner d'un parcours et ce n'est pas une démarche qui a un rapport au temps ni au vivant. C'est une trace comme une autre d'un individu parmi les autres.

De temps en temps je me suis dit que je devrais avoir quelque part, aisément accessible, une feuille avec des consignes, au cas où... Mais je n'en ai rien fait. Si je meurs, je me demande comment pourrait s'établir un lien entre mes enfants et mes connaissances du monde des blogs. Il n'y a pas de limite hermétique puisque mes enfants ont rencontré quelques un(e)s de mes blogami(e)s, mais il n'existe aucun lien direct. Pas d'adresse mail, pas de noms de famille... Rien, sauf un vieux post-it périmé indiquant une personne à prévenir « en cas d'accident »... qui risquerait de plonger mes enfants dans une certaine circonspection.

Auraient-ils l'idée de signaler ma disparition dans mon microcosme d'internet ? Iraient-ils chercher dans ma boite mail accessible la trace de mes correspondances pour les informer ? Mes blogamis trouveraient-ils comment savoir ce que je suis devenu ?

Il y a longtemps que je me suis posé ces questions mais je n'ai rien fait. Peut-être parce que je ne crois pas à ma mort prochaine. Peut-être parce que je n'ai pas envie d'accorder vraiment d'importance à tout cela.

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05 mai 2009

Conscience virtuelle

« Je m'interroge sur le virtuel et sa répercussion sur nos vies réelles. Je ne parle pas des heures passées sur écran à butiner chez les uns et les autres. Je parle de l'impact sur nos émotions, nos attitudes, nos façons d'être. »

Med'céline, chez Coumarine

Très pertinente et quelque peu vertigineuse question, qui mérite de ne pas passer inaperçue. Question que se posent depuis quelques années déjà un petit nombre de philosophes, sociologues, psychanalystes et autres observateurs de nos consciences. Elle mène directement vers une interrogation plus fondamentale : qu'est-ce que la réalité ? Et quel rapport entretient-elle avec nos consciences ?

Ne sommes nous pas en train de transformer collectivement notre mode de pensée, notre construction psychique, en étant de plus en plus immergés dans un monde qui laisse une place croissante à l'imaginaire ? Très proche de ce qui semble être réalité, mais qui en diffère radicalement en étant dénué du rapport psycho-sensoriel sur lequel se fonde objectivement la réalité. Notre réalité n'est-elle pas en train de se virtualiser dans des proportions dont les enjeux nous échappent ?

Oui, ne vous inquiétez pas, j'ai de temps en temps des questionnements de ce genre...

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01 mars 2009

Oublier les mots nourriciers

Il y a huit ans j'ai créé une boite mail à l'usage exclusif des lecteurs de mon journal en ligne. Du simple message qui, en quelques lignes, me fait part du plaisir d'un inconnu à m'avoir lu aux longs échanges épistolaires maintenus dans le temps, cette boite contient la plupart les correspondances que j'ai pu avoir.  Deux mille trois cent messages qui ont donné lieu à peu près au même nombre de réponses. C'est dire la somme de mots échangés...

[Ça donne aussi une idée du temps consacré...]

Il me faut ajouter à ce nombre les échanges de plusieurs relations au long cours qui passent directement par ma boite personnelle. Et aussi, depuis que je tiens ce blog, tout ce qui s'échange par les commentaires...

[Ouais... ça fait vraiment beaucoup !]

Je serais bien incapable de dire avec combien de personnes j'ai eu des correspondances privées. Certaines durent toujours tandis que d'autres n'ont donné lieu qu'à quelques jours ou semaines d'échange, le temps que chacun dise ce qu'il avait à dire. Ce qui est certain c'est que cette somme de confidences, d'idée, d'émotions, de ressentis, est considérable. C'est un vrai trésor d'humanité partagée. Trésor dont je ne fais pratiquement rien après puisqu'il est bien rare que je retourne lire ces échanges, sauf si je recherche quelque chose de particulier. Je me dis bien qu'un jour je pourrais exploiter ce corpus, compiler certains extraits, tirer quelque chose de cette ressource de vécus et sentiments, mais le travail me semble colossal. Je suis certain qu'il y aurait quelque chose à faire, mais je ne sais pas trop quoi. Je pense régulièrement à un bouquin, mais je n'ai pas encore cerné de thème qui me satisfasse. C'est que voila neuf ans que j'écris en ligne et que par ce biais je correspond avec les lecteurs ! Il s'en est dit des choses, il s'en est créé des liens ! Vous m'avez apporté énormément, par votre présence. Vous avez nourri mon foisonnement de mots. Vous avez été "l'oreille" qui m'a permis de me dire. Et inversement, je suppose. Ensemble nous avons avancé.

Est-ce que je me souviens de tout ce que nous nous sommes dit ? Assurément non ! Je suis certain que ces échanges nourriciers m'ont construit mais j'ai oublié les millions de détails qui les ont constitué. Ils sont pourtant là, accessibles par simples clics... mais à quoi bon y retourner au hasard ?

Est-ce que je me souviens de chacun de celles et ceux qui m'ont écrit (vos prédécesseurs) ? Et bien non. Avec le temps je finis par oublier vos particularités. Forcément. Et ce d'autant plus que je n'ai pas de support visuel, ce qui est le cas pour la plupart des lecteurs non blogueurs. Or ma mémoire fonctionne beaucoup sur le visuel... Ne serait-ce que sur la graphie d'un pseudonyme, d'un prénom, ou la mise en page de vos missives. Mais parfois ça ne suffit pas pour que je mémorise durablement. Je finis par confondre vos singularités dans le magma de l'altérité que vous constituez pour moi.

J'en ai eu la désagréable confirmation hier quand une des commentatrices à qui j'avais souhaité la bienvenue m'a dit ne pas être nouvelle ici. Bigre ! Ai-je pu à ce point oublier un pseudo ? Il me faut dire que si j'avais bien reconnu ce nom, je l'avais associé immédiatement à un autre espace d'expression en ligne : un forum que j'ai déserté depuis plusieurs années. Or il se trouve que c'est bien là-bas que nous avions fait connaissance, avant que ladite lectrice ne découvre mon journal en ligne et qu'en découle une correspondance... sous sa véritable identité.

Sur ses indications je suis allé farfouiller dans les archives de ma boite au deux mille trois cent messages et j'ai retrouvé notre correspondance. Un an d'échanges qui, quoique relativement espacés, étaient constitués de longues missives dans lesquelles chacun faisait part de son cheminement. Nous étions tous les deux en période de questionnement autour de nos couples en séparation, il y a quatre ans...

Et bien j'avais "oublié" tout cela ! Tout m'est revenu en mémoire au fil de la relecture. Bon sang... mais c'est bien sûr !

Surprenant d'avoir pu "oublier" ainsi... Je crois que le média internet y est pour beaucoup. Je pense notamment à cette absence de support visuel. De cette lectrice je n'avais eu que les mots. Nous ne nous sommes jamais rencontré, ni n'avons échangé de photos. Rien que des suites de mots. Aussi imprégnés soient-ils de sa personnalité, ils s'étaient dissous dans le vaste paysage des correspondances éteintes [éteintes, mais pas mortes !]. Et elles sont nombreuses, je vous l'assure ! Dans la vie courante je ne me rends pas compte du nombre de personnes avec qui je discute, au hasard des rencontres, mais dans les archives de ma boite mail c'est inscrit et comptabilisable, autant en quantité qu'en contenu et en durée.

Je vous rassure : je ne me lancerai pas dans ce genre de comptabilité !

[Quoique... ça pourrait être intéressant...]

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07 septembre 2008

Le prix de la paix

J'étais en Drôme provençale, ce week-end, pour un rassemblement familial prévu de longue date. Ma mère fêtait un changement de dizaine d'années et avait réuni l'ensemble de sa descendance. Seule Charlotte [ndb : mon ex-compagne de vie] avait décliné l'invitation (elle préfère ne conserver des liens avec chacun qu'en échanges restreints). L'ambiance était chaleureuse et joviale. La génération des petits enfants, dont une bonne part sont de jeunes adultes, apporte toujours fantaisie et humour débridé, iconoclaste, largement apprécié par leurs géniteurs. Les rires ont éclaté souvent et les multiples conversations ont permis à chacun d'entretenir ces si précieux liens originels.

J'étais présent et attentif dans cette joyeuse troupe, souvent plus observateur que participant. Je ne suis pas un homme qui s'épanouit en groupe. Mais j'aime m'y joindre !

Pourtant mes pensées étaient absorbées, cette fois. Il me fallait une certaine concentration pour m'en extraire, incapable que j'étais de me laisser porter par l'insouciance dès que je n'étais pas "pris" dans les échanges.

En fait, j'ai beaucoup cogité...

J'étais parti vendredi dans un état de déroute affectivo-émotionnelle tel que je n'en avais plus connu depuis longtemps. Dépassé par une conjonction de situations en face desquelles je me suis senti incapable de répondre comme il était attendu, j'ai ressenti physiquement une nausée. Crainte de renouveller des situations de malaise et de mal-être dont je sais à quel point elles ont influé sur mon parcours. Ces hauts le coeur surviennent lorsque je me trouve devant des choix personnels dont je sais qu'aucun ne résoudra sans douleur ce qui pose problème. Je ne peux que faire de mon mieux et, dans ces circonstances, agir à l'instinct. Penser d'abord à sauvegarder mon propre équilibre psychique.

Quelle que soit ma volonté de faire au mieux en pensant à autrui, il y a des moments où le seul bon choix est de penser à moi d'abord. Si je ne le fais pas... personne ne le fera pour moi.

Mais cette façon de procéder entre en conflit avec mes convictions, mes valeurs-repères, mélangeant angoisse de faire mal et certitude que c'est le seul choix que je puisse effectuer. Lorsque mes choix impliquent d'autres personnes à qui je tiens, et que je sais qu'en pensant à moi je vais les blesser, parfois profondément, je sens un vertige me prendre. C'est ce qui me fait vaciller en me donnant ces hauts le coeur. Entre l'autre et moi, entre la relation et moi... c'est toujours moi que je sais devoir choisir. Il n'est alors plus question d'être "gentil", mais "vrai". Cette apparente simplicité peut-être difficile à mettre en place, parce que douloureuse. L'énergie nécessaire pour rester, malgré tout, dans une relative sérénité devient alors considérable. Maintenant j'y parviens, mais au prix d'une concentration des pensées qui m'absorbe beaucoup. Rester calme, en état de paix intérieure, et suffisamment "détaché" des choses importantes ne va pas de soi...

Voila... j'ai beaucoup pensé aux souffrances vécues par les femmes qui, à différentes étapes de ma vie, se sont attachées à moi. Qui ont cru en moi, m'ont aimé, et que, malgré mon amour pour elles, je n'ai pas su satisfaire. J'ai eu mal en y pensant, tout en sachant que j'ai toujours fait au mieux de ce qui m'était possible à ce moment-là... Lorsque des incompatibilités sont apparues, si je n'ai pas su les désamorcer... c'est parce que je n'en avais pas les capacités ! Parce que, tout simplement, je ne suis pas tout-puissant et que l'autre a sa propre dynamique évolutive. Il aura fallu, toujours, passer par l'expérience pour le "comprendre"... Comprendre autant les demandes de l'autre que mes limites à ce moment-là. Il y a quelque chose de terriblement désolant à ne comprendre qu'après... et en même temps un formidable espoir de pouvoir faire mieux à partir de ça.

Je sais que ce que j'énonce est une évidence pour quiconque s'est un peu confronté au même genre d'épreuves, mais ces derniers jours je crois avoir passé un cap dans la connaissance de moi-même et d'autrui. J'avais envie d'en garder une trace...

Ne serait-ce que pour mieux m'en imprégner [des piqûres de rappel seront sans doute nécesssaires].

À part ça, aujourd'hui les hautes lumières de Provence étaient particulièrement belles. Ce qui n'a fait qu'ajouter au plaisir inestimable de faire partie d'une famille unie et en paix...

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Le paysage devant lequel s'est déroulé ce week-end...

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30 août 2008

Être lent

Hier matin, lorsque j'ai appris le drame qu'avait vécu un de nos protégés, il m'a fallu pas mal de temps pour vraiment en réaliser les conséquences. Je sentais dans ma pensée comme des verrous qui sautaient, les uns à la suite des autres, me faisant passer de l'incrédulité à la pleine conscience.

Quelques minutes après moi j'ai vu une de nos collègues réagir à la même nouvelle : instantanément son visage se transformait au fil des mots, encaissant le choc en pleine figure. Immédiatement elle a réagi en griffonnant sur un bout de papier un brouillon de lettre collective à faire parvenir au plus tôt au blessé.

Cette différence du temps de réaction m'a marqué. Alors que, sidéré, absorbant lentement l'effet du choc, je tentais d'organiser malgré tout la mise en route de l'équipe, elle était dans la réaction immédiate. Confirmation, une fois de plus de ma lenteur réactionnelle.

Bien souvent je constate ce temps qui m'est nécessaire pour absorber des émotions. C'est comme s'il y avait un filtre qui limite le débit : un excès d'émotion ne passe tout simplement pas. D'où, je pense, une impossibilité à être dans le ressenti immédiat. Il ne peut qu'être différé, lentement diffusé [et notamment par écrit...]. En découlerait, peut-être, une spontanéité qui ne s'exprime quasiment pas dans l'immédiateté. Par contre je ressens fortement et durablement les effets émotionnels, mais ça reste très intériorisé.

En fait je fonctionne un peu comme une forêt qui, écrêtant l'intensité des pluies sur le sol qui la porte, restitue ensuite lentement l'humidité accumulée.

Dans notre société qui nous pousse volontiers à aller toujours plus vite, ma lenteur pourrait être perçue comme un défaut, une tare, un handicap. Moi je la vois comme comme une façon d'être qui me caractérise. Contemplatif, penseur, profiteur de temps, j'ai maintenant tendance à affirmer cette singularité qui m'a tant valu de complications dans ma jeunesse. Maintenant je le revendique : je suis tout simplement un être lent.

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