Alter et ego (Carnet)

Itinéraire d'une ouverture à soi et vers autrui

31 mars 2008

Confiance : le don ou la dette ?

À la suite de mon texte « Besoin, désir et manque », s'est initié un échange avec Gilda. Il y est question du manque, avec ou sans souffrance, en cherchant à discerner ce qui, de l'autre ou de la relation, constitue ledit manque. Le sujet me touche de près depuis quelques années et engendre un flot de réflexions qui se montre inépuisable. En voici donc un nouveau développement...

Faisant référence à un amoureux et à une amie, Gilda écrit : « Je les tenais l'un comme l'autre comme étant de toute confiance et en fait ils ne possédaient ni l'un ni l'autre un tel degré de fiabilité. Me manquent donc les personnes que je croyais qu'ils étaient. »

Dans ces deux phrases se concentre l'essentiel du rapport à autrui : confiance et croyance.

Qu'est-ce que la confiance ? Attitude a priori généreuse, l'est-elle toujours ? Cela dépend vers qui elle est tournée : la confiance peut être un don que l'on fait à l'autre, ou une dette qu'on lui impose à son insu. Faire confiance à quelqu'un, au delà du "cadeau" qu'on lui fait, c'est parfois transposer sur lui notre attente qu'il ne nous déçoive pas. C'est alors projeter sur cet autre notre désir qu'il corresponde à ce qu'on attend de lui/elle : une infaillible fiabilité. La responsabilité est énorme ! N'y a t'il pas grand risque que cette confiance absolue ne devienne un jour trop lourde à porter par qui ne sait même pas à quel degré il en est dépositaire ?
Autrement dit, la confiance donnée correspondrait, dans ce cas, à une attente, largement inconsciente, que l'autre se conforme à mes désirs. Désirs inexprimés, idéalisés faute de confrontation à sa réalité. Cette confiance-là serait donc piégée. Pour l'autre... et pour soi. Pour la relation, au final. L'idéal attendu s'achevant inévitablement dans la désillusion de la triviale réalité des différences.

Et à qui est-il tentant d'en vouloir ? Le chemin de la facilité s'ouvre en grand : c'est la faute de l'autre ! Déception, sentiment de trahison, amertume, mais rarement retour sur soi et la responsabilité qui nous incombe. Je reconnais avoir trop souvent succombé à ce penchant, désarticulé par l'incompréhension.

Fort opportunément la seconde partie de l'extrait cité met en évidence la part active prise dans cette désillusion : « ce que je croyais de l'autre ». Non pas ce que je savais avec certitude pour l'avoir vérifié explicitement auprès de cet autre, mais ce que je croyais savoir de lui/elle. Apparaît notre propre désillusion face à ce que l'on avait imaginé de l'autre. Et fatalement le manque absurde de cet autre qui n'est plus là où on le croyait... et n'y a peut être jamais été. Absence incompréhensible, vide insoutenable qui peut mettre du temps à se résorber.



Il y a bien sûr un autre aspect de la confiance : celle que je peux avoir dans les capacités de l'autre. Cette confiance n'attend rien, mais s'appuie sur ce que je sais, constate, ou perçois de l'autre. La véritable confiance consistera à faire émerger en l'autre une part de lui qu'il ignore. Confiance fondée elle aussi sur des croyances, mais au bénéfice de l'autre sans que je ne cherche à en tirer parti. C'est un « je crois en toi », qui ne serait pas suivi d'un implicite « ne me déçois pas ».

Dans ce cas croyance et confiance se confondent sans risques d'interférence : « j'ai confiance en toi » devient synonyme de la croyance qui porte cette confiance. Peu importe que la croyance soit juste ou hasardeuse supposition, elle est encouragement à aller plus loin. Néanmoins, l'élément déterminant reste la confiance que l'autre à en lui. Parfois cette confiance fait défaut, résiste, se dérobe, ou demande beaucoup de temps pour trouver sa place. Une relation peut se trouver déstabilisée, voire compromise, si les croyances de l'un et de l'autre (et de l'un en l'autre) ne coïncident plus. La dislocation peut survenir, créant un éloignement pour cause d'incompatibilité, ou même de franche opposition. Une relation reste un cheminement qui se fait à deux, dans un esprit d'entraide acceptée. Pas toujours possible en toutes circonstances... et pas forcément simple dans des relations à fort enjeu affectif [ô toi, qui voulais une relation simple...].

Qu'en est-il lorsque la confiance que l'on a en l'autre ne trouve pas d'écho favorable, ou que l'on ne se sent plus porté par la confiance de l'autre ? Là encore apparaît un manque. Une faim de la relation telle qu'elle était du temps de son évidence. Sans réelle souffrance si elle est sans attente, mais privant cependant d'une part nourricière. Le manque du partage, de la présence et de tout ce que cela permet comme échange vital. Le manque de l'autre et de ce qu'il m'apportait, le manque de ce que j'étais en sa présence, le manque de l'élan qu'il/elle me donnait, le manque de cette confiance mutuelle qui faisait tant de bien.

Alors, manque de l'autre, ou manque de la relation que j'avais avec lui/elle ? Difficile de vraiment discerner. Gilda propose des nuances, en fonction de sa propre expérience : un ancien amoureux physiquement présent, mais devenu plus distant dans la relation; une amie devenue totalement absente; d'autres amis qui ont déserté une relation qui semblait ne plus leur convenir... Fortes résonnances personnelles. Finalement j'ai l'impression que ce qui distingue les formes du manque c'est la présence ou l'absence, tant dans le réel (présence physique) que dans l'imaginaire (présence pensée). Et peut-être, surtout, dans les perspectives d'avenir souhaitées ou non. Pour ma part le manque, la sensation de creux, de vide, viennent de l'absence de projets communs. Pire encore, la fermeture à ce regard prospectif, le refus de l'envisager, a touché quelque chose de très profond dans mon rapport à la confiance. Je ne parle pas là de la confiance en l'autre ou en moi, mais en quelque chose de plus grand, que j'appellerai "la vie". La perte de confiance dans l'inventivité commune a atteint quelque chose de vital en moi, qui m'a contraint à revoir totalement ma façon d'investir les liens. Je n'en suis pas encore remis.

Touché dans mes relations les plus essentielles, il me semble que rien ni personne ne les remplacera jamais. Le manque pourrait bien être aussi durable que l'absence. Par contre je ne me résigne pas et la recherche d'une porte de sortie de ce labyrinthe motive mes réflexions. La plus évidente, mais pas la plus aisément accessible, est d'établir et consolider ma confiance personnelle. C'est mon objectif. D'où ma prudence actuelle quand il s'agit d'investir de la confiance dans une relation. Je préfère pluraliser les liens pour ne pas trop attendre de ceux que je pourrais croire privilégiés.


Edit du 13 avril : Lire aussi lle développement que propose Novonunc à la suite de ce texte.

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16 février 2008

Le sens et l'émotion

Me tenant généralement à l'écart de la rumeur médiatique j'échappe largement à nombre d'informations de peu de portée sur la marche du monde. Un filtrage se fait, et ne vient vraiment à ma conscience que ce qui suscite trouble, émotion, ou indignation collective. Ainsi en est-il d'une des dernières trouvailles du président élu par une majorité de français : « faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d'un des 11.000 enfants français victimes de la Shoah ».

Il n'est pas dans ma nature de rester en révolte contre un choix démocratique : je n'ai pas choisi ce président mais je respecte le verdict majoritaire des urnes. D'une manière générale j'aborde peu les questions politiques, leurs enjeux m'échappant largement. Je vis ainsi beaucoup plus en paix, préférant agir sur ce qui est à ma portée. De toutes façons, lorsque je ne peux rien faire contre ce qui est, la révolte passive me semble stérile. Je fais avec... tant que ça ne me semble pas aller fondamentalement contre mes convictions.

Depuis que j'ai vu émerger et prendre de l'importance l'homme qui est maintenant à la tête de l'état je ne l'apprécie pas. Je ne le "sent" pas. Quelque chose en lui me déplait intuitivement. Je ne le sent pas porté vers l'humain, vers l'intérêt collectif, mais bien davantage nourri d'ambitions personnelles. À la différence d'autres qui auraient le même genre de motivations sa capacité à se faire croire "indispensable", à être toujours là, son indéniable talent pour attirer l'attention sur lui, m'inquiètent. Car ce ne sont pas ses idées qui touchent, mais sa façon de les présenter avec une sorte d'évidence désarmante. Il a un pouvoir d'influence qui ne me laisse pas indifférent. Cependant je ne me lancerai pas dans des attaques ad hominem, comme j'en lis un peu partout. Cela aussi me dérange. Je n'aime pas l'attitude qui consiste à mépriser, ou porter un regard dénigrant sur quelqu'un. Fut-il honni. Je m'efforce de respecter chaque individu, y compris ceux avec qui je me sens en profond désaccord.

Ceci étant posé, je ne sais pas vers quoi voudrait nous emmener cet homme. Il cherche à restaurer des idées de devoir, de respect de valeurs, en surfant sur des vagues non dénuées de légitimité mais en les prolongeant au delà d'attentes plus ou moins exprimées. Cette tendance à s'appuyer sur des idées intéressantes mais à les prolonger vers quelque chose d'excessif à quelque chose de malsain dans sa répétition. Oui, agir pour que chacun, et notamment les enfants, ait conscience de ce qu'a été la Shoah est louable, mais pas n'importe comment. Sur de tels sujets on ne lance pas une idée comme un nouveau gadget.

À croire que l'effet désiré est encore d'attirer l'attention, en sachant que la sensibilité du sujet déclenchera réflexions et polémiques. Sur ce plan c'est une réussite : faire parler contribue à son succès. C'est là qu'est le piège...


Sur le fond de l'affaire, ce qui me dérange dans cette initiative de mémorisation obligatoire est son aspect systématique. Je ne crois pas qu'on puisse généraliser une telle démarche. Elle peut être intéressante dans certains cas et totalement déplacée dans d'autres. Soutenir le travail fait actuellement par les enseignants sur une base spontanée me semble une bonne idée. Mais pas de l'imposer. Adhérer à ce genre de démarche ne peut se faire que sur la base du volontariat.

Ce qui me dérange est de l'inscrire dans l'émotionnel, au détriment d'une autre priorité : la recherche de sens.
Ce qui me dérange c'est non seulement de se limiter à cette seule tragédie de l'humanité, mais aussi de n'en observer que le côté « français ».
Ce qui me dérange c'est l'instrumentalisation de ce sujet, toujours très sensible.
Ce qui me dérange c'est l'introduction d'un trouble collectif qui, en l'occurence, me semble plus malsain que fécond.

En même temps je n'adhère pas forcément à l'idée émise par certains contradicteurs, visant à protéger nos enfants d'un possible "traumatisme". Ce serait un autre risque que de vouloir occulter la réalité de faits en surprotégeant les consciences. Je préfère les avis plus mesurés qui s'inquiètent de l'association trop proche de la mémoire d'un enfant assassiné avec le vécu des enfants vivants. Le phénomène identificatoire est potentiellement "dangereux", parce qu'il joue sur l'émotionnel et peut éveiller des angoisses profondes. Il est bien davantage préférable de travailler sur le sens des choses si l'objectif et d'en éviter la répétition. Ce qui est inquiétant est ce qui semble n'avoir aucun sens. L'émotionnel peut déclencher la recherche du sens... à condition d'aller jusque-là.

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09 décembre 2007

Libres pensées

Très souvent, lorsque j'ai rendez-vous chez ma psy, elle me reçoit en retard. Ça me laisse le temps de me recentrer sur le sujet que je vais aborder. Parfois j'entends, de l'autre côté de la porte, des paroles insuffisamment audibles pour que je puisse suivre les confidences de la personne qui me précède (et heureusement, d'ailleurs !) Mais parfois il y a des gens qui parlent fort.

Lors de ma dernière visite il y avait une dame qui parlait très fort. Je l'entendais se lamenter, et ma psy était bien plus loquace qu'avec moi pour tenter de la contenir, ou du moins la recentrer (et moi j'avais du mal à me concentrer dans un tel raffut !). J'entendais la dame répéter avec insistance « il ne faut pas que je reste sans rien faire, sinon je me mets à penser ! Je ne veux pas penser ! ».

À mon travail, avec des personnes en insertion au profil très varié, j'entends régulièrement ce genre de rengaine : « au moins, quand je travaille je ne pense pas ». Ou encore « travailler ça m'occupe l'esprit ». D'autres variations aussi : « il faut s'occuper, ne pas rester sans rien faire ». S'occuper c'est parfois regarder la télé, ou "faire" les magasins...

C'est incroyable comme penser peut être ressenti comme quelque chose à éviter. Je comprends que la vie de certains ne soit pas très enthousiasmante, mais de là à éviter de réfléchir...

[D'ailleurs, est-ce une coïncidence si ceux qui refusent de penser sont aussi ceux qui se placent régulièrement en victimes, râlent contre tout et rien, et ne se responsabilisent pas en attendant que tout leur soit donné ?]

Pour moi c'est le contraire : travailler m'empêche de réfléchir librement. Quand ça dure, ça me frustre. J'ai l'impression de moins vivre. J'aime penser, j'aime chercher à comprendre. J'aime m'accorder le temps de cogiter, plus ou moins utilement.

Et même celui de laisser flotter ma pensée suivant son libre cours.

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27 septembre 2007

Extérioriser ou intérioriser ?

Quand je m'accorde le temps d'écrire mes réflexions j'ai tendance à tourner autour de ce qui me préoccupe.
Mais lorsque je m'ouvre au monde, je n'ai plus le temps d'écrire ! À moins que ce ne soit l'inverse ?

En écrivant, je vis plus fort ce que je ressens, parce que je le partage. J'aimerais prendre le temps de poser des mots sur tant de sujets qui me touchent. Partager ce qui touche. Partager des ressentis, des émotions...
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Enroulé sur l'extérieur

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17 septembre 2007

Erreurs fertiles

Si j'avais su... j'aurais parfois agi autrement.

Voyant le résultat, je sais que je me suis trompé.

À l'avenir, je saurai mieux agir

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Quel que soit mon choix, tôt ou tard il est bon pour moi.



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12 juillet 2007

Changer de costard

Des personnes avec qui j'étais ce week-end ont parlé sur leur blog d'une rencontre avec moi... et moi je n'en ai rien dit. Hmmm ? Et pourquoi donc ? Pour de complexes questions de discrétion et d'anonymat. Que l'on sache sur leur blog que j'étais présent ne me pose aucun problème, mais dans l'autre sens il n'aurait pas forcément été opportun (pour eux) que j'aiguille des clics vers leur blog. Vous comprenez ?

Donc... motus !

« Diable, se dit le lecteur, pourquoi tant de mystères ? » Et bien figurez-vous que l'adresse de mon blog est de plus en plus diffusée en des lieux où je ne me planque plus derrière l'anonymat. Des lieux où on peut me voir en chair et en os, identifiable. Autrement dit : je rencontre des gens qui apprennent que l'individu à la tignasse grisonnante [eeeeh oui...] qui est en face d'eux raconte sa vie sur internet. Il est probable que certains d'entre eux sont parmi vous, venus ici pour lire les élucubration plus ou moins intimistes de ce gars un peu intimidé rencontré dimanche [là c'est compliqué parce que je m'adresse à la fois à mon lectorat habituel et à ces éventuels nouveaux venus...]. Au final rien de bien extraordinaire, me direz-vous. Exact. Je ne révèle rien de torride sur ce blog. Mais ce que vous ne savez peut-être pas tous [eux le savent] c'est que je tiens aussi un journal intime en ligne et que j'en laisse aussi diffuser l'adresse. Dingue, non ?

Peut-être un peu dingue, surtout quand je le fais à visage découvert lorsqu'il me prend l'idée de raconter publiquement pourquoi je tiens ce journal en ligne... Ne me demandez pas pourquoi je me désanonymise, je serais bien incapable de vous répondre. Il y a certainement quelque chose de freudien là-dessous. En gros ça répond à un désir de m'assumer comme je suis et être accepté comme tel. Être entier.

Ce faisant je m'expose, dans tous les sens du terme.

Cette problématique récurrente de l'anonymat n'est peut-être pas compréhensible par les lecteurs non-blogueurs, ou les blogueurs qui écrivent sous leur véritable identité, ou encore ceux qui n'abordent pas de sujets très impliquants sur le plan personnel, ou bien les assument complètement. Mais pour beaucoup, ça reste un sujet de questionnement.

De façon inattendue c'est dans le sens contraire que Luciole (merci Samantdi) se demande ce qui changerait dans son écriture si elle devenait anonyme: « Il m'arrive d'être tentée par l'anonymat, ne plus être Luciole, que ma famille, mon amour, mes amis ignorent l'identité de mes écrits et avoir ainsi une pseudo liberté ». Ce à quoi Alainx répond, dans un commentaire, « Pourquoi le blog de l'anonyme qui se "révèle" devient souvent bien plus insipide (...) ? ». Quoique prenant les choses dans un sens inverse, les deux avis semblent converger : plus on est identifiable par tous et moins on peut aller en profondeur et en singularité. Moins on peut aller dans l'intériorité et l'intimité.

Normal, me direz-vous...

Alors pourquoi la tentation du dévoilement progressif si elle doit conduire à perdre de la "saveur" de la singularité ? Et pourquoi autant de questionnements chez ceux qui constatent leur propre résistance à ce mouvement ?

Selon ce que je sais de moi, c'est parce que je n'assume pas vraiment toutes mes pensées que je maintiens encore mon anonymat. Mais si j'analyse un peu plus en détail, c'est surtout par rapport aux gens qui me connaissent dans un cercle totalement différent (professionnel, essentiellement) que je n'aurais pas envie d'être reconnu. En affinant encore un peu, je pense aussi à ceux qui me connaissent depuis longtemps, c'est à dire avant que je n'entame un processus de libération vers davantage d'authenticité. Autrement dit : je n'aurais pas de difficultés à assumer ce que je suis au présent (d'où le dévoilement assez aisé devant des personnes connues récemment), mais il m'est difficile d'assumer le changement par rapport au passé. Je veux parler du regard que l'on avait sur moi autrefois (ou du moins le regard que j'imagine qu'on avait...). C'est comme si je voulais conserver une carte d'identité ancienne, en laquelle je ne me reconnais plus, mais que je garde "au cas où". Des fois qu'il me prendrait l'envie de faire demi-tour... Éventualité évidemment absurde.

En fait, plus je connais de personnes correspondant au nouveau cercle relationnel que je constitue, plus je peux me détacher du regard d'un cercle ancien. Un peu comme si je me préparais, un jour, à faire une sorte de coming-out révélant que je suis... moi. Un nouveau moi.

Waow, quel scoop !

La différence c'est que le nouveau moi sera bien mieux assumé que l'ancien.

En ce moment je suis encore dans le grand écart entre le monsieur "bien comme il faut" que j'avais appris à être et un "vrai moi" qui en diffère sensiblement. D'où ces atermoiements et hésitations en quittant une défroque bien connue, mais hors d'usage, pour un costume plus adapté... mais qui est encore trop neuf pour que je m'y sente à l'aise.

Dans le texte de Luciole j'ai aussi relevé cette phrase: « Ma liberté d'écrire, je la trouve non pas dans l'anonymat mais dans l'acceptation que ce que j'écris est une représentation et non pas une exhibition ». J'y vois une ressemblance avec ce que j'écrivais il y a peu (dans "Truismes") « Ici ce n’est pas un journal intime que je tiens en public, mais une scène où je dévoile certains éléments de ma vie, parfois intimes ».

J'en viens à me demander si la vie, hors de l'écrit, n'est pas une perpétuelle représentation de soi qui masquerait l'intime...


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29 mai 2007

Seul et libre ?

Je lis de-ci de-là, depuis plusieurs années et de façon récurrente, les textes de personnes qui clament leur désir de liberté, et le confort trouvé à rester dans une vie "solitaire". Depuis quelques temps j'entre peu à peu dans cet état d'esprit, plus ou moins forcé par les conséquences issues de mes choix assumés. Je voulais la liberté... et il m'a fallu accepter dans le même paquet la réalité de la vie en solo. Le renoncement au confort rassurant de la vie de couple établi n'est pas des plus aisé, mais j'ai désormais une grande liberté d'organisation de mon temps et de mes rencontres. Libertés dont je n'envisage plus de me passer [tout en me demandant si je ne m'égare pas dans celle du temps]. Je découvre les particularités de ce mode de vie et sens ma tendance croissante à défendre cette liberté récemment conquise. Cependant, n'aspirant pas vraiment à une vie d'ermite, goûtant tout particulièrement aux plaisirs du partage avec le féminin, la question se pose de la valeur que j'accorde à ma liberté. Que suis-je prêt à sacrifier pour conserver cette liberté ? Je crains d'être devenu exigeant...

Mais d'abord ça veut dire quoi "être libre" ?
Ex-nihilo, m'a invité à l'interrogation en commentant mon texte précédent :
« La vraie contradiction n'était-elle pas justement de devoir être libre pour être seul et seul pour être libre ? La liberté ne peut-elle être que solitaire ? Est-on vraiment libre une fois seul ? Et peut-on rester libre dès lors qu'on offre sa solitude en partage ?»

Est-on vraiment libre en étant seul ? Quels sacrifices fait-on dans le registre du partage humain en étant célibataire ? Ne se coupe t-on pas de l'enrichissement de la différence de l'autre qu'entrainent les nécessaires adaptations à ces différences ? L'humain, animal social, peut-il s'épanouir pleinement de façon autonome ? Et qu'en est-il des rapports intimes, de l'amour, de la construction de liens et de relations avec l'autre sexe, quand on sait à quel point nous sommes conditionnés par des siècles de représentations du couple ?

Ces questionnements me sont depuis longtemps familiers et se résument ainsi : comment "faire couple" quand on veut rester libre ? Et comment rester libre en étant en couple. Il faudrait encore définir le sens de "couple", susceptible de bien des variantes, mais ne nous égarons pas...

Pour ma part le besoin de liberté concerne les possibilités de rencontres de l'altérité. Surtout l'autre au féminin, dans sa diversité plurielle, et ses différences avec l'homme que je suis. La rencontre de l'autre est aussi une rencontre avec moi-même, et avec l'humain en général. Ma soif de liberté est donc avant tout une soif de rencontres, une soif de connaissance et de découvertes. A l'opposé d'une recherche de la solitude... quoique ce soit seul qu'on parcoure le chemin. Seul en soi, bien qu'avec les autres. Je conçois que cela puisse mal s'accorder avec l'idée traditionnelle du couple... et de fait celui que je formais avec mon épouse n'y a pas résisté tel quel.

Par ailleurs j'ai simultanément "formé couple", dans des conditions assez singulières (très grand éloignement géographique), avec une amie-amour vivant cette liberté à laquelle j'aspirais. J'ai bien mesuré à quel point liberté et couple étaient des notions difficiles à accorder en moi. Pas impossibles, mais difficiles car "contre culture". C'est dans cette difficulté d'accord qu'à résidé tout mon apprentissage de la liberté relationnelle. Il m'a obligé à une redéfinition de mes besoins et limites, et accepter la part inaliénable de l'autre : sa liberté pleine et entière. Etablir un lien d'attachement libre ne va pas de soi et y trouver mon équilibre m'a demandé un très important travail sur moi-même. Déconstruction de tous mes repères de ce qu'était un couple, un lien, pour établir de nouveaux repères qui me sont propres, suffisamment ouverts à l'accueil de la différence.

Aujourd'hui c'est moi qui suis devenu homme libre... et je sens bien à quel point je tiens à cette liberté. J'y veille, à tel point que le besoin de mettre des limites apparaît dès que je sens qu'on risquerait de la restreindre. Je ne veux pas donner de moi au delà de mon désir. Je ne veux pas me laisser envahir.

La liberté à donc ceci de gênant qu'elle complique l'approche de l'inconnu, par crainte de perdre cette liberté. Tout spécialement dans le domaine sensible de l'affectif... qui précisément exige un certain abandon des défenses. Se lier à l'autre consiste à faire confiance en sa capacité de gérer un rapport basé sur la liberté. C'est loin, très loin, d'être aussi facile à vivre qu'à décrire...
D'ailleurs, en lisant les personnes qui vivent depuis longtemps seules et libres tout en assumant ce choix, il me semble souvent perçevoir une déception. Davantage qu'un vrai choix de vie en solitaire, ce serait plutôt un dépit, une désillusion qui s'exprime sur le ton d'un «je suis plus tranquille seul(e), c'est moins compliqué». Un rapport de méfiance davantage que de confiance en l'autre. C'est d'ailleurs ce que je redoute un peu de voir s'installer en moi...

C'est un peu bête, parce que c'est en découvrant les joies du partage dans ce qu'il avait de magnifique que j'ai choisi de poursuivre dans cette direction. C'est parce que j'y ai vu toute l'ouverture dont cela était porteur que j'ai persévéré pour être capable d'y accéder. Et maintenant que j'y suis... je me méfie de ce qui pourrait ressembler à ce que j'étais. Je refuse, avec une ferme douceur, de donner ce que dans mon ignorance je réclamais. Ironies cinglantes de l'existence, où chacun ne se libère de ses craintes qu'en livrant combat contre soi-même...


Est-on libre en étant seul ?

Seul, je me retrouve face à moi, tiraillé entre mes peurs et désirs, et tout cela n'est qu'obéissance à des schémas de pensée. Être libre de mes choix n'implique pas que je sois maître de moi. Et si je le suis, ça signifie alors que je me soumets à ce maître. Libre de choisir les limites que je m'impose, je peux glisser vers le laisser-aller, le recroquevillement et la négligence. Libre de ne rien faire de ma liberté ! Mais vouloir la liberté peut aussi montrer un certain degré d'exigence, un refus des compromissions, avec tous les avantages et inconvénients que cela peut représenter. L'exigence est-elle une liberté ? L'exigence de liberté ne risque t-elle pas de devenir un enfermement mental ?

Je ne crois pas qu'être libre implique forcément d'être seul. Je le vois plutôt comme la capacité à vivre en état d'harmonie intérieure, seul et avec autrui. Ça peut paraître plus facile en vivant seul, puisque l'autre n'est pas là à nous déséquilibrer sans cesse par sa différence, mais faut-il se priver de cette différence ? Peut-on grandir seul ? J'en doute un peu. Les moments où j'ai le plus évolué dans mon existence ont été ceux où j'ai construit une relation. C'est la rencontre de l'autre et la confrontation à sa différence qui m'a fait évoluer en moi-même et dans mon rapport aux autres.

Comment s'y confronter si on place son besoin de liberté comme une barrière ?

Plus je fais de rencontres, plus elles sont approfondies et durables, et plus j'avance dans la connaissance. De moi, de l'autre, et de ce qui, à travers ce lien, m'enrichit d'humanité. Mais c'est aussi par la diversité des rencontres, dans la construction de ces relations différentes, que j'apprends la vie. Que je vis. Ne construire qu'un seul couple n'apporte pas cette pluralité, et peut devenir une solitude à deux. Mais il y a aussi beaucoup à apprendre de la vie à deux...
Comment vit-on mieux ? Seul ou à deux ? Est-ce en toute ciconstance un choix conscient, ou le résultat de circonstances ? La liberté de vivre seul est-elle un vrai choix, ou la conséquence de déceptions antérieures ? Qui peut le dire, puisque chacun trouve un accomodement avec ce qu'il vit...

La liberté que je me suis choisie est devenue celle de la diversité des rencontres. C'est donc tout le contraire d'être seul. Mais cette liberté, pour en être une, exige que je sois capable d'être seul, sans dépendre de cette altérité qui me fait grandir. Et pour ne pas en dépendre, il importe que les sources auxquelles je m'abreuve soient nombreuses.

Finalement, pour moi, être libre c'est être capable de me lier sans crainte.

Réflexions susceptibles d'évoluer dans le temps...

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23 mai 2007

Internet, une affaire de séduction ?

Dans les remous de notre rencontre relatée à 18 mains, est venue sur quelques blogs l'idée des rapports de séduction qui se produisent par l'écriture. Je ne parle pas là de la séduction au sens classique, tendance fantasme derrière l'écran (quoique...), mais de la séduction au sens le plus large.

L'écriture personnelle proposée à un public est-elle une démarche de séduction ? « J'écris d'abord pour moi » lit-on souvent. Mouais... d'abord pour soi... mais devant les autres.

Ce sont bien ces autres qui font que l'on écrit en ligne. Et si ce n'est pas clairement défini au départ, très rapidement, dès le premier lecteur ou le premier commentaire, on écrit aussi pour l'autre. Pas que pour l'autre, pas que pour séduire par les mots ou les idées, mais aussi pour cela. A tel point qu'on ne sait plus très bien qui, du lecteur ou de l'écrivant, est le premier destinataire.

A l'instant où je pose ces mots... c'est évidemment le lectorat qui me guide. Sinon je me garderai tout ça dans ma p'tite tête. J'estime donc avoir quelque chose de suffisamment intéressant [bonjour la modestie !] à écrire pour y passer du temps. La contrepartie étant que j'espère intéresser... et recevoir quelques échos favorable me le confirmant.

Ainsi mon égo avide de reconnaissance sera content : mes idées auront intéressé quelques personnes. Je pourrais même me payer le luxe d'imaginer que certains ont lu, apprécié, mais n'en ont rien dit... [waow, les fantasmes à fond !]

Mais là n'était pas mon propos [notez les effets de style, évidente démarche de séduction].

Euh... mon propos était donc... [nouvel effet de style, visant à pourfendre l'effet précédent]

Bon, t'accouches ! [hi hi, la palette des effets est étendue...]

Hé oh ! tu fais chier avec tes effets [on ne s'en lasse pas...]

Ahem... revenons à notre sujet : la séduction par blog interposé.

Une question était posée dans un commentaire de blogami : « mais qu'est-ce qu'on cherche tous sur internet ? ». Vaste sujet, n'est-il pas ?

Pourquoi passe t-on autant de temps à lire, écrire, commenter, communiquer avec des inconnus qu'on ne renc... qu'on finit parfois par rencontrer ? Qu'est-ce qu'on trouve dans ces rapports dématérialisés, "hors la vie"... et pourtant tellement "vivants" de l'intérieur ? Pourquoi se lie/lit t-on avec des gens qui habitent parfois à l'autre bout de la planète [choisir plus près, de préférence...] alors qu'on n'a pas la même proximité avec nos plus proches ? Parfois même nos conjoint ?

Serait-on dans une démarche partagée de séduction, s'entrelisant, s'entre-encourageant, s'entre-comprenant, s'entre-appréciant ? En l'autre ne trouvons-nous pas une part d'alter ego [tiens tiens...] qui nous plaît et à qui nous plaisons ? Ces affinités, parfois très poussées, ne sont-elles pas fondées sur une séduction mutuelle. Tu me plais, je te plais, continuons. Non, sans aller jusqu'aux rapports amoureux, bien que... on sait très bien que cela peut rapidement y mener. Ah, le plaisir inneffable de se sentir apprécié par qui on apprécie...

Ce qui m'amène à revenir sur ces présences dans nos vies, qui comptent parfois beaucoup. Et qui peuvent inquiéter, à plus ou moins juste titre, les conjoints. Quels sont ces rapports d'affinité et d'intimité que nous entretenons à l'insu de ceux-ci ? Et finalement, que devient la notion d'intimité lorsqu'on communique sur internet dans le registre personnel ?

Je pose ces questions du haut de mon expérience, après que mon couple ait éclaté consécutivement à ce genre d'échanges [hééé voui cette invention du diable a réussi son coup...]. D'autres se les posent alors que le couple n'est pas menacé... parce que la discrétion est de mise. Comment réagiraient nombre de conjoints s'ils savaient la nature des échanges, les sujets abordés ? Bien souvent cette "séduction" qui peut exister entre nous est devenue habituelle. Nos intimités sont dévoilées avec aisance, bien davantage que nous ne le ferions avec des "proches". Curieuse inversion des notions de proximité et de distance, entre présence physique et murmures internautiques.

Il semble que bien souvent internet est considéré comme étant un jardin secret. On y rencontre des personnes considérées par le néophyte comme "virtuelles", donc pas vraiment manaçantes en dehors de quelques fantasmes anxieux (celui du pervers cherchant à tromper de jeunes ingénues pour les trucider). Vite balayés d'un revers de manche par l'internaute intimiste :  « non sur internet on rencontre de vrais gens, avec de vrais échanges !». Il n'empêche que ces "relations virtuelles" intriguent un peu. Entre les amitiés lointaines, sans danger, et les confidences qui peuvent mener aux rencontres... il n'est pas forcément aisé de comprendre ce qui se passe pour qui ne pratique pas. On peut vite passer du clan de blogueurs, genre de famille avec qui on est en contact quotidien par blog interposé, à une sorte d'adultère à domicile. Le flou concernant la définition dudit adultère étant avantageux... tant qu'on ne demande pas à son conjoint ce qu'il en pense. Or on sait bien, ou devrait savoir, que celui qui décide des limites de l'infidélité est celui qui s'en sent victime...

Bon, j'élucubre tout ça mais moi je ne suis plus concerné :  libre séduction pour les célibataires !
Et finalement, c'était peut-être cette liberté que je recherchais lorsque j'entretenais des liens très proches avec mes amitiés d'internet. Liberté d'échanger avec qui me plaît, dans le registre qui me plaît, et aussi loin qu'il est conjointement désiré. Séduction illimitée... peut-être pour me plaire à moi-même et vivre au plus près de ce que je suis ? À la rencontre de l'autre, qui me révèle à moi-même. Aimez-moi pour que je m'aime...

Et si c'était soi-même que l'on cherche sur internet ?


Sur le même genre de sujet, et ayant inspiré ma prose, voir les rebonds de Pati et les rencontres blogosphériennes d'Alainx



Posté par Coeur de Pierre à 21:38 - Cogito - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 mai 2007

Blogobulle sonnée

Après le coup de massue collectif (même s'il était prévisible) reçu par la moitié de la population et au minimum 90% des blogs que je lis, dificile de parler d'autre chose. Revenir à des préoccupations beaucoup plus personnelles... mhoui... ça reviendra.

Ce qui m'interpelle, c'est la quasi-unanimité des blogs que je lis qui expriment leur amertume et leur déception. Serions-nous à ce point non-représentatifs de la population ? Qui sommes-nous, qui nous entrelisons ? Loin des blogueurs spécialistes de la politique, où les divergences de points de vue sont probablement assez équilibrées, comment cela se fait-il que toute une part des représentants de la tranche d'âge médiane des écrivants de soi semble penser de la même façon ?

Qu'est-ce qui nous relie, au delà du plaisir des mots, nous qui nous entrelisons ? Avons-nous des préoccupations communes ? Un regard sur la société similaire ?

Mais peut-être est-ce moi qui ne lis qu'une certaine catégorie de personnes ?
A moins que ceux qui se sentent minoritaires n'osent pas exprimer leur point de vue ? Possible aussi...

J'aimerais bien avoir un aperçu sociologique de la blogosphère que je fréquente...

Posté par Coeur de Pierre à 19:30 - Cogito - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 avril 2007

La chance de l'erreur

La punition, tout comme le pardon, sont inutiles lorsqu'on comprend son erreur : elle ne se reproduira plus.

Chaque erreur est nécessaire, constructive de l'être en évolution. L'erreur comme base d'apprentissage. Au lieu de réprimander l'erreur, on devrait encourager à sa compréhension. On devrait encourager les tentatives, et accepter l'erreur comme source d'épanouissement...

Tout système éducatif qui s'associe au répréssif est une aberration.

L'erreur est une chance.



[Ah ben je me sens vachement chanceux tout d'un coup...]

Posté par Coeur de Pierre à 13:15 - Cogito - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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