26 juillet 2009
Le photographe
Un nom sous une photo. Je reconnais ce nom. Malgré les années écoulées, instantanément je pense à celui que j'ai connu. Pourrait-il être l'auteur de ce cliché, beau visage d'enfant noir ? D'où vient cette photo, choisie par mon amie Kyrann ?
Les souvenirs reviennent. Quelques années après avoir perdu de vue ce garçon j'avais découvert, très surpris, son sosie sur un catalogue de vêtements. Son sosie ou... lui ? La question resta sans réponse mais cette ressemblance trop parfaite m'avait frappé.
Je vais chercher des renseignements et internet est l'outil idéal. Son nom est bien celui d'un photographe, mais qui vit à... Los Angeles ! Il a cependant mon âge et est francophone. Indices troublants augmentant fortement les probabilités. Je trouve des photos de lui, probablement au vernisssage d'une expo... Je scrute le regard, le sourire. Ce visage d'homme presque quinquagénaire est compatible avec celui de l'adolescent de mes souvenirs. Ça fait trop de coïncidences. Il lui ressemble, c'est certain, même si je ne l'ai pas revu depuis... plus de trente ans. Jamais eu de nouvelles. Seulement les souvenirs d'un copain de classe. Beau gars, belle gueule, nez fin, regard pénétrant.
Je cherche encore. Internet fourmille de renseignements et je finis par découvrir qu'il a vécu son adolescence dans la même ville que moi, confirmant ma perception et réduisant mes doutes à néant : oui, c'est bien lui ! Photographe de mode et de causes humanitaire, qui a effectivement commencé sa carrière comme mannequin avant de passer de l'autre côté de l'objectif. J'ai la réponse...
Ça m'a fait plaisir d'avoir cet aperçu sur ce qu'il est devenu. Manifestement il a réussi à mettre sa passion pour la photo au service de causes à défendre. Belle oeuvre. Il magnifie les corps et les fait s'exprimer. Je suis... admiratif. Un peu envieux, aussi, en voyant cette réussite [et les superbes créatures qu'il cotoie...]. Mais je songe surtout à ce que j'ai fait de ma vie jusque-là : quels ont été mes engagements ? Ai-je eu l'ambition de mes capacités ?
Questions dérangeantes.
24 juillet 2009
Libérer le Désir
Il y a trois mois j'entrais marié dans le bureau du juge. Une dizaine de minutes plus tard j'en ressortais divorcé. Aussi serein que je pouvais l'être en ces circonstances, c'est à dire entièrement prêt à la dissolution administrative d'un lien fortement empreint de symbolique et marqué d'une indubitable valeur personnelle.
D'ailleurs, en l'écrivant ces lignes je remarque qu'aujourd'hui est la date anniversaire de notre mariage...
Ce divorce, après en avoir longtemps refusé l'inéluctabilité, j'avais fini par en attendre l'aboutissement. Non parce que j'aurais été pressé de quitter ce qui restait du couple, séparé amicalement depuis plus de deux ans, mais parce que l'acte juridique et symbolique me rendait libre.
Libre de mes choix, puisque désormais seul.
Libre de vivre mon Désir...
Le Désir en tant que pulsion vitale.
Vitale
Le divorce, prix à payer pour vivre.
29 novembre 2008
La colère qui libère
Je n'en parle qu'à demi-mots, mais ça couve en moi depuis longtemps. Trop longtemps. Ça vient de loin, de très très loin. Jour après jour ça évolue et se transforme, mais il faudra bien que ça sorte. D'une façon ou d'une autre. Ma libération en dépend.
Pendant plusieurs semaines j'ai tenté d'écrire quelque chose qui puisse servir d'amorce, sur l'espace plus intimiste de mon journal, mais à chaque fois que je me mettais devant le clavier beaucoup trop de pensées affluaient. Une bousculade de mots et d'idées contradictoires déboulait dans une cohue ingérable. Alors je refermais tout.
Insatisfait de cette abdication je sentais bien qu'elle était préférable. En attendant de savoir quoi faire...
J'ai fini par comprendre qu'il y avait beaucoup trop de colère en moi pour que je puisse m'en libérer comme ça. Une énorme colère qui aurait déferlé dans les hurlements braillards d'une charge assassine... si je l'avais lâchée.
Moi qui suis habituellement si calme...
Alors je me suis demandé que faire de cet impétueuse fureur. J'ai senti que comprendre son origine était prioritaire. D'abord préciser, scinder, détailler plutôt que de me laisser aveugler par une masse imposante que, de toutes façons, je ne pourrais cerner d'un seul coup. Une évidence s'est imposée : les conciliabules feutrés du coeur et de l'esprit resteraient infertiles aussi longtemps que les tripes en seraient maintenues à l'écart. Il était temps d'écouter cette voix du ventre à égalité avec les autres.
Mais sans précipitation...
J'ai laissé mes pensées me travailler, me tirailler au gré de mes propres contradictions. Et finalement j'ai laissé la vie me distraire, me happer, m'accaparer. Disperser mes préoccupations. Ventiler le noyau de ma concentration. Ne pas le laisser se dilater en s'échauffant en circuit fermé.
Prendre le temps, sans perdre la détermination...
Ce n'est que lentement que j'ai retrouvé un apaisement relatif après la mise en ébullition. Équilibre sans doute précaire, encore susceptible d'être déstabilisé, mais je crois que le plus fort de la tempête a été traversé. Sans dommages apparents.
Je ne sais pas encore s'il me sera utile de raconter d'où m'est venue cette colère, mais ce qui est certain c'est qu'elle a surgi de plus loin que ce qui l'a déclenché. Du fond de mes entrailles, de l'origine de ma conscience. De l'enfance. Quarante ans plus tard quelque chose a été ravivé avec suffisamment de violence pour être mis à jour. Il y a eu "trop", vraiment trop pour que ma capacité d'absorption l'accepte...

(image piquée sur internet)
Cette colère, cette rage devrais-je dire, j'ai choisi de m'en servir. Plutôt que de laisser se disperser l'explosion disproportionnée qu'elle aurait pu produire, je veux utiliser son énergie de façon productive. Exploiter la colère. Intuitivement j'ai préféré procéder à quelques explosions souterraines préventives. Invisibles et sans bruit. Pour évacuer le surplus. Des mots jaillis dans les spasmes d'une jouissance, mais à l'abri de tout autre regard que le mien.
Ce faisant, aurais-je trop bridé ma colère ? L'aurais-je, une fois de plus, refoulée ? Niée ? N'était-ce pas une superbe occasion de m'émanciper enfin de tergiversations à rendre fou ? Exulter dans la destruction irréversible d'une oeuvre inaccessible ? Tentation des instants de folie rédemptrice, quand la liberté passe par la mise à mort.
Je me suis longuement interrogé.
J'ai aussi entendu ce cri impérieux du ventre, la nécessité qu'il s'exprime.
N'était-ce pas le moment de profiter de cette énergie considérable pour dynamiter un excès de contraintes et d'injonctions ? Mais lesquelles ? et d'où, de qui, étaient-elles venues ? Pourquoi les avais-je acceptées ? Contre qui, contre quoi étais-je en colère ?
Me sachant vivre mieux dans la paix que dans la guerre j'ai considéré que je ne devais surtout pas me tromper d'objectif. Tout en gardant ma colère intacte dans son essence je voudrais optimiser sa puissance. La canaliser. J'ai pu sentir la force qu'elle représente et dont je sais pouvoir me servir. Dont je veux me servir, désormais...
C'est un ressort en tension. Il garde une énergie salutaire prête à se libérer. Mais à bon escient.
01 mars 2008
Comment votez-vous ?
La liste municipale dans laquel je me trouve se situe à un tournant. Lors de notre dernière réunion l'orientation était celle des formules choc, à coup de « plus jamais ça ! » et autres « 7 ans, ça suffit ! ». Le tout dénonçant les gabegies de l'équipe sortante, son incompétence, son immobilisme.
C'était la fin d'une réunion où rien n'avait avancé et, lassé, j'avais laissé faire. Je m'étais tu, un peu désolé de voir prendre cette tournure qui ne me plaît guère.
Ce soir nous avions une nouvelle réunion pour peaufiner notre dernier prospectus, celui qui est censé être décisif pour le vote. J'ai rapidement marqué mon désaccord avec le retour sur le passé, et de plus en plus fermement lorsque j'en voyais certains dire que c'était important de montrer les faits dans leur réalité (ou ce qu'ils considèrent être la réalité). Ils ont insisté dans leur logique de l'affrontement.
Alors j'ai déballé mes convictions : « je ne crois pas que le passé soit porteur. Ce qui compte, ce sont nos projets. L'avenir. Ne restons pas dans un esprit critique et négatif, montrons plutôt que nous avons des propositions nouvelles. Ne nous laissons pas aller à la polémique, répondons à nos aspirations profondes. Osons proposer le changement ».
J'ai sorti un de nos premiers documents de propagande, là où nous nous présentions individuellement et ou apparaissaient nos valeurs communes : tout y était positif, encourageant, dynamique. Alors que revenir sur le passé à coups de chiffres et de rancunes puait la mort [je n'ai pas utilisé ces termes...].
J'ai senti que mon discours portait et j'ai été soutenu, notamment par les femmes de notre équipe. Les vieux aigris, et notamment celui qui tire les ficelles depuis le début se sont certainement sentis en minorité et se sont tus. Il y a bien eu des tentatives de retour, mais je les contrais systématiquement avec détermination.
J'ai entendu des phrases du genre « les gens d'ici n'aiment pas le changement, ça risque de leur faire peur ». Ce à quoi j'ai répondu que je m'étais engagé pour changer les choses, que la vie c'était le changement, et que si des gens n'avaient pas envie de changer... et bien tant pis pour eux. Et si notre liste ne passe pas, c'est que les mentalités ne sont pas prêtes. De toutes façons, si ce n'est pas pour changer quelque chose je ne vois pas l'intérêt de me présenter.
Je crois que j'ai marqué des points puisque finalement nous avons laissé tomber tout ce qui concernait le passé pour nous orienter vers des éléments positifs : nos projets et nos aspirations, porteurs d'avenir et de changement.
Les revanchards (qui ne se perçoivent pas ainsi, bien sûr) ont semblé être désapointés. Pour eux il est important de mettre en avant les incuries de l'équipe sortante, contre laquelle ils n'ont pas de mots assez dénigrants. Ils estiment qu'il ne faut pas être « trop gentil », parce que « les autres ne nous feront pas de cadeaux ». Les autres sont bien sûr décrits comme des tordus, des pervers, des menteurs incompétents, des manipulateurs qui défendent leurs intérêts particuliers. Ben voyons : nous sommes la lumière et ils sont la noirceur !
Mais quand même, je me pose des questions [est-ce vraiment surprenant...]. Serais-je vraiment trop naïf ? Est-ce que pour réussir il faut systématiquement utiliser des logiques de combat ? Est-ce que pour accéder au postes qui donnent les moyens d'agir il faut oublier ses convictions, se compromettre, agir par stratégie ?
C'est la première fois que je mets les pieds là dedans mais je n'ignore pas que tous les coups sont permis. Moi ça ne m'intéresse pas de rentrer dans ce genre de jeu. Peut-être ai-je tort et qu'avec mon angélisme je me ferais toujours éjecter... Alors tant pis. Je resterai intègre. Je ne peux ni ne veux être autrement. Je n'irai pas contre ma nature.
Puisque vous êtes là, j'ai envie de vous demander votre avis de lecteurs électeurs : vous votez comment ?
Pour un programme, des idées, des convictions, aussi utopiques soient elles.
ou
Contre une équipe, un bilan, des réalisations avec lesquelles vous n'êtes pas d'accord ?
En fonction du passé, ou de l'avenir ?
Vos réponses m'intéressent...
19 janvier 2008
Le doigt dans l'engrenage
J'ai mis le doigt dans un engrenage, il y a quelques semaines, en acceptant de me joindre à une liste pour les élections municipales. Je peux encore me retirer... mais il ne faudra pas tarder.
Aujourd'hui avait lieu la première réunion, pour faire connaissance et commencer à travailler sur le programme. Plusieurs fois je me suis demandé ce que je faisais là, en entendant ressasser de vieilles querelles de village. Moi ce qui m'importe c'est le futur immédiat et lointain, mais pas le passé.
En même temps si je veux que les choses bougent, il est peut-être temps que je m'implique un peu. Un village, c'est déjà un petit bout de la démocratie et de la politis. Par contre je crains que cela demande beaucoup d'énergie pour peu de résultats... Et puis comme je ne suis pas du genre à suivre si je ne suis pas d'accord, c'est déjà au sein de cette liste en constitution que je dois faire entendre ma voix. Or les idées que je défends sont celles de l'intérêt général avant l'intérêt privé. Et au delà, parce que ce sont mes convictions, celles d'une prise en compte de l'humain dans son cadre de vie. Selon moi cela passe par le changement sociétal en cours qui consiste à aller vers un développement soutenable, en insérant chaque décision dans un processus réfléchi sur le long terme. C'est pas gagné d'avance...
Moi même je ne sais pas trop comment intégrer cela dans le fonctionnement d'une commune rurale. Est-ce que je me sens assez motivé pour m'engager dans cette voie-là, en sachant qu'il me faudra batailler pour qu'elle soit réellement prise en compte ? Car glisser quelques lignes écolo-bio dans un programme ne suffit pas. Et celui qui dirige la liste ne semble pas très au fait de ces choses-là...
Par ailleurs ai-je le désir de m'investir dans un système dont je soupçonne l'inertie ? Déjà, au cours de cette première réunion j'ai pu constater combien certains "meneurs" monopolisent la parole et se perdent dans des détails qui n'apportent rien à leur propos. J'espérais pouvoir "sentir" un peu mes co-listiers, savoir à qui j'avais à faire, mais le temps perdu dans des élucubrations vaines ne me l'a pas vraiment permis. Que de temps passé pour un piètre avancement !
Premier contact mitigé, donc... Le moins que je puisse dire est que je ne ressens pas le désir indubitable de m'engager avec une équipe en laquelle je croirais mordicus ! En même temps je sens en moi l'envie de faire bouger les choses, d'apporter ma pierre à l'édifice, de faire peser mes idées. Certainement pas dans le sens béni-oui-oui qui valide les idées établies de quelques uns. Plutôt dans celui d'une force de proposition qui pourrait bien aller vers une certaine contestation interne. Ce que je n'ai pas manqué de faire, déjà...
Mais bon... d'ici à m'engager pour six ans (ou sept, je ne sais plus)...
30 décembre 2007
Changement d'ère
Est-ce que l'achèvement de 2007 sera pour moi l'occasion d'un changement d'ère ? Peut-être bien. En tout cas je vois cette année arriver sous de bons auspices. Voici donc une suite de mon bilan fragmenté, histoire d'aider au passage. Où veut-je en venir avec mes insinuations comparatives ? Développons. Interrogation un peu saugrenue, au moment où j'ai l'impression que vient le temps de m'ouvrir à d'autres sujets... tout en gardant un oeil intéressé sur ce qui a mobilisé tant de mon énergie.
Commençons par un petit retour en arrière : depuis l'adolescence j'ai vécu des épisodes de passions. Des moments d'intérêt quasi exclusifs durant lesquels une grande part de mon énergie fut consacrée à la découverte et l'explorations de terres inconnues devenues attirantes. Mes passions successives correspondent à des engouements plus ou moins inopinés, qui ont pu durer de quelques mois à plusieurs années. Naaan, je ne parle pas là de passions amoureuses, allons ! [quoique... si j'y songe bien...]. Ces passions ont une caractéristique commune : même lorsque l'épisode passionnel s'est éteint, je garde un intérêt, et je pourrais dire un lien d'affection avec ces amours de jadis. Amour étant, je le rappelle, à prendre au sens métaphorique... [quoique... à bien y réfléchir... est-ce bien différent au sens propre ?].
Les ressemblances dans ces investissements matériels, idéologiques, intellectuels [ou sentimentaux], montrent que je n'ai pas fait les choses à moitié : quand j'ai aimé quelque chose [ou quelqu'une...] ce fut à fond ! J'y ai consacré une grande part de mon temps disponible et de mes pensées. Soif de découvrir, de comprendre, d'aller plus loin dans la connaissance. Toutefois, lorsque cette phase disons... d'emballement est passée, j'ai aimé et investi de façon beaucoup plus pondérée. Je suis devenu "amateur" plutôt que "passionné obsessif", relativisant peu à peu de ce qui auparavant me faisait vibrer. Les plaisirs que je ressens lorsque je fréquente de nouveau ces passions restent vivaces, mais ne me portent plus aussi haut dans la lévitation transcendentale. Je me contente de garder les pieds sur terre et d'apprécier le supplément que m'apporte la connaissance.
D'abord j'exerçais (j'exerce ?) mes passions avec une certaine exigence. J'y mettais [fichtre ! osons le passé...] de la précision, je cherchais à aller au delà du facile, du commun, du visible et... objectif peu avouable, j'en attendais une certaine admiration. Ou du moins une reconnaissance, façon d'exister et de me rassurer sur ma signifiance. Par exemple une de mes premières passion fût le dessin. Mais sous une forme assez particulière : un graphisme technique hyper-précis, très rigoureux, ou le défi consistait à tendre vers une perfection du trait. Avec mon Rotring (stylo spécial pour dessin à l'encre de chine) muni de la plus fine pointe (0,1 mm), je m'esquintais les yeux en les collant à la feuille pour que chaque détail soit irréprochable. En gros, il aurait fallu une loupe pour apprécier la qualité du travail ! Mais c'était là ma satisfaction : avoir un résultat incomparable. Et, de fait, aucun de mes copains ne pouvait rivaliser avec moi. J'aimais le petit prestige que je retirais des commentaires admiratifs... et un peu éberlués face à ce défi inutile. Au delà de mon plaisir, c'était une façon discrète d'attirer l'attention sur moi...
La photo m'a ensuite séduit et je me suis acheté un appareil Reflex, à 18 ans. Depuis quelques années je pratiquais le développement et le tirage en chambre noire et avais rapidement mesuré les limites de mon ancien appareil Instamatic. Quand à l'historique appareil à soufflet de mon grand-père, malgré la qualité superbe des images au format 6x9, il se révéla fort peu pratique d'emploi... Je me suis mis à dévorer des livres de photographies et de techniques y afférant. Je passais beaucoup de temps à composer mes photos, à améliorer ma technicité, la composition et la qualité graphique. J'ai même réalisé une exposition qui avait eu un petit succès. Encore une fois j'ai apprécié que l'on soit admiratif devant certains de mes clichés...
Plus tard je me suis passionné pour le passé urbain de ma ville. Je recherchais d'anciens plans, de vieilles photos ou cartes postales, et je comparais l'évolution du paysage à un siècle d'écart. Je photographiais la ville actuelle en tentant de retrouver la place de celui qui avait réalisé le même cliché des décennies plus tôt. À la longue je connaissais par coeur les tracés effacés de la ville, sachant précisément où se trouvaient les anciens remparts d'époques successives, les portes de la ville, les rues supprimées. Je vivais la ville dans le temps et me sentais riche d'un savoir transversal, pris dans l'épaisseur de ce temps. J'associais là mon goût pour la photo et celui pour le dessin, en retraçant des cartes hyperprécises d'un passé disparu. À quoi cela servait-il ? Ne me le demandez pas... J'ai gardé cette lubie assez secrète et n'en ai pas obtenu l'admiration recherchée ailleurs. Tout au plus cela m'a rendue plus familière cette ville dans laquelle sont mes attaches familiales. Peut-être y avait-il un goût pour la singularité, l'unique, l'incomparable, l'impartageable... À moins que cela soit la survivance d'engouements solitaires, tel que celui que j'ai eu pour les cabanes dissimulées que je construisais perchées dans les arbres ou creusées sous terre, durant mon adolescence érémitique.
Mes passions se sont souvent chevauchées, éteintes puis ranimées, juxtaposées. De quelques une j'ai fait un métier : en devenant collaborateur d'une agence d'architecture et d'urbanisme j'ai joint mon goût pour le dessin à celui de la photo et du développement urbain. C'est là aussi que j'ai découvert le plaisir d'écrire et d'être lu (rédaction de rapports et études), mais aussi celui de la mise en page et du graphisme typographique (c'était avant que les ordinateurs ne simplifient considérablement tout cela). Là encore un superfétatoire perfectionnisme me caractérisait.
Une autre passion, plus forte, me prit à l'adolescence. Celle du jardin, puis du paysagisme, et enfin de la botanique. C'est cette dernière qui m'absorba avec le plus d'intensité. Je me mis à "apprendre les arbres". Pas seulement leur diversité, que je découvris infiniment plus riche que ce que je croyais (comme en tout savoir, plus on en sait et plus on mesure ce qu'on ignore encore...), mais aussi leur façon de croître, de s'associer, de se développer, de se dominer. J'en suis venu à "penser arbre" et même à "ressentir arbre", selon les épisodes saisonniers ou météorologiques. Ouais, c'est difficile à décrire quand on ne pratique pas...
Là encore je me suis plongé dans une abondante bibliographie, et ai parcouru les jardins et forêts de différents continents pour mieux connaître et apprécier la diversité végétale. Mon plaisir à consisté à sortir des sentiers battus. J'ai appris la nomenclature officielle, le latin spécifique, élargissant mes connaissance et m'enorgueillissant humblement de faire partie de ceux qui en savent un peu plus. Je suis devenu militant associatif, puis rédacteur occasionnel d'articles sur le sujet. Mon savoir a parfois impressionné et... j'aimais le modeste prestige que j'en retirais. Là encore mes connaissances en photographie me furent utiles. Tout comme celles en dessin, en rédaction, en mise en page, lorsque j'ai réalisé des documents de communication.
Car j'avais fait de cette passion un nouveau métier...
Auparavant et simultanément j'ai quand même consacré pas mal de temps à vivre un amour aussi passionné que juvénile, puis établir un couple et une famille, ce qui absorba aussi beaucoup de mon énergie et me demanda l'approfondissement de pas mal de connaissances éducatives et relationnelles. D'autant plus que je ne voulais pas transmettre à mes enfants ce dont j'avais souffert et dont je prenais tardivement conscience...
C'est quand j'eus bien exploré tant mes passions anciennes que mon investissement familial que j'ai soufflé un peu. Je me suis posé, j'ai pris le temps de vivre. Pour moi et pour la famille. Ouuuuf... J'ai alors commencé à me poser sérieusement des questions sur ce que j'attendais de mes investissements passionnels, de plus en plus considérables. Créer une entreprise et la faire se développer, seul, tout en étant perfectionniste et exigeant, m'a demandé une énergie dont les résultats en termes de retombées économiques étaient notablement dérisoires. Décourageants, à la longue. Alors, pourquoi tant d'énergie ? Pourquoi tant d'exigence ? Pourquoi me lancer de tels défis en optant pour les chemins les moins fréquentés ? Qu'est-ce que je cherchais, finalement ?
J'avais entrepris une psychothérapie pour comprendre pourquoi je ne me sentais jamais à la hauteur des attentes supposées des clients. Pourquoi je me sentais un usurpateur (syndrôme de l'imposteur), parce que jamais aussi irréprochable et parfait que j'aurais voulu l'être. C'était au début de ma création d'entreprise, dans la première moitié des années 90. À partir de là je me suis posé des questions sur ce qui motivait mes actes et mes choix. Vaste travail qui m'amena progressivement à revisiter tout mon parcours de vie et remettre en question nombre de mécanismes et de "valeurs".
En a découlé une réflexion approfondie sur la transmission des névroses parentales à leurs enfants, puis sur mes désirs personnels, sur la vie de couple, sur mon rapport très distant aux autres...
Simultanément internet faisait irruption dans ma vie, me permettant de donner un nouvel élan à une passion ancienne : l'écriture autobiographique. Je pouvais donner à lire mes pensées, et échanger autour des pensées des autres. Pour le timide que j'étais il y avait là une ouverture fantastique sur le monde, et surtout aux différences et ressemblance avec autrui. Je me suis investi avec une passion dévorante dans l'approche des relations interpersonnelles. Voila presque huit ans que ça dure... Un vrai marathon !
Mon existence est devenue (r)évolution permanente, et mon couple n'a pas résisté à la remise en question de mes choix de vie. Plus que ça : ma façon de voir le monde et les relations a été très largement dynamisée [dynamitée ?] et m'a permis de m'émanciper d'un "moi" insatisfait qui a lutté pour exister et trouver une meilleure place. Remise en question qui me pousse, depuis des années, à tenter de mieux comprendre et connaître les enjeux des relations humaines. Notamment via ce blog qui, de temps en temps, récapitule quelques éléments marquants de mes avancées.
Au point que, pour la troisième fois, je m'oriente professionnellement vers une de mes passions !
Et là... au moment de faire des choix engageants, je fais un arrêt sur image : je me demande jusqu'à quand je vais aller ainsi de passions en engouements. Et surtout : ce que j'ai si fortement investi, poussé par la soif de comprendre, est-il quelque chose de durable ? Quelle est la part de défi que je me lance encore en changeant du tout au tout mon orientation professionnelle ? Quel plaisir est-ce que je ressens à aller vers le difficile ? Est-ce que je n'en attendrais pas encore une quelconque "reconnaissance", comme celle qui m'est apportée lorsque je reçois des retours favorables après mes billets ? Quelles sont mes réelles motivations ?
Laissons décanter...
Par ailleurs, je me demande si mon exigence de dialogue-réflexion-analyse n'aurait pas joué un rôle prépondérant dans la lassitude de celles qui m'ont accompagné un certain temps. Est-ce que je n'use pas les gens à toujours être en recherche ? La question à de quoi me faire réfléchir... [ah ben non, justement pas !]. Dans le même genre, puisque pour une grande part tout cela s'est développé avec le concours des relations internautiques, que deviendrais-je si je me coupais de cette source assoiffante, qui me pousse/tire à aller toujours plus loin dans la compréhension (la maîtrise ?) des relations ? Encore une question qui n'est pas anodine et que je me pose avec régularité depuis longtemps. Votre présence de lecteurs est une stimulation qui a quelque chose d'artificiel. Sans vous (et il en est passé, des "vous", depuis que j'écris...) et nos échanges... ma vie serait fort différente. Je me sentirais probablement beaucoup plus isolé et manquerais de l'énergie que me procurent vos réflexions, nos différences, et même nos désaccords. J'ai fait l'expérience d'une telle privation de communication avec un de mes piliers essentiels et le choc fut particulièrement rude. J'ai cependant réussi à surmonter le manque et augmenter le nombre de mes relations, ce qui est rassurant sur ma non-dépendance à long terme.
Incontestablement les passions m'ont porté jusque-là, qu'elles soient intellectuelles ou amoureuses... Et amoureuse, pourrais-je écrire ici, en songeant à l'aventure relationnelle que j'ai vécue. Imbriquée avec l'expression de ma réflexion, la nourissant, elle a eu beaucoup de répercussions sur mon parcours. Des années d'observation et d'analyse personnelle pour découvrir et comprendre où se situaient mes failles existentielles, entraves à la réussite du défi que la vie m'a proposé. Mais précisément : alors que j'ai désormais largement compris les erreurs que j'avais faites et leurs conséquences, est-ce que mon engouement pour ce qui concerne la relation duelle en particulier, et les relations en général, va durer ? Sans ce moteur qu'a constitué un très fort besoin de comprendre l'incompréhensible, vais-je continuer à investir autant ces sujets ? Aurais-je encore longtemps l'envie d'aller plus loin ? Si je continue à vouloir en faire profession, il est important que je le sache. Des choix décisifs pourraient bien se faire dans les tout prochains jours.
Tout d'un coup le doute m'assaille...
Passion temporaire, ou choix durable mûrement réfléchi, longuement soupesé, fermement étayé ?
22 juin 2007
Singularité
Après quelques jours "à distance" je sens se dégager des tendances expliquant mon choix intuitif de privatiser les commentaires.
Mon besoin de prendre du recul, impulsif après une longue maturation, s'inscrit dans un processus de réappropriation du moi. Pour me retrouver, pour savoir qui je suis, il importe que je le fasse sans être distrait. Or les commentaires... [oups, on me souffle dans l'oreillette que je suis en train d'intellectualiser]
Mode spontané: j'ai privatisé les commentaires parce que j'en avais envie. Basta !
Mouais... un peu court.
Mode attentif à mes ressentis : je me suis donné le temps de me poser et de réfléchir tranquillement au rapport que j'entretiens avec ce blog et les personnes qui le lisent. J'aime les échanges d'opinion qui ont lieu ici, et je ne compte pas supprimer cette source d'enrichissement qui ne bénificie pas qu'à moi. Je me sens moins propriétaire des lieux pouvant en user à ma guise que... disons animateur (dans le sens de "mettre une âme"), ou initiateur d'échanges. En proposant mon point de vue, j'aime le soumettre aux regards extérieurs et apprécie d'avoir un retour me montrant que ce que j'aborde touche d'autres personnes. Ce que je propose est une base de réfléxion, d'ailleurs souvent inspirée par d'autres "animateurs de blog", qui s'enrichit de vos apports. C'est d'ailleurs parce que je ne me sens pas propriétaire des lieux, et encore moins des commentaires qui ont été déposés ici, que je n'ai pas fermé les commentaires (ce qui aurait supprimé tous ceux qui ont été déposés).
Alors disons qu'actuellement l'animateur ne se sent pas suffisamment au clair avec lui-même pour être opérationnel. Il a des problèmes avec son égo. Des problèmes de dédoublement de personnalité. Ou de dualité entre ce qu'il se sent être et ce qu'il voudrait être. Dès qu'il se sera repositionné, il réouvrira la possibilité de commenter publiquement.
Ce dont j'ai pris conscience dernièrement c'est que j'avais besoin de me réapproprier moi-même. De me recentrer pour savoir qui je suis, ce que je désire, et où se situent mes limites. Non seulement les limites de mes capacités, toujours repoussables, mais peut-être surtout les limites de ma personnalité. Qui suis-je ? Quelle est ma pensée ? Quelle est ma singularité ?
Je sens mes limites poreuses. Longtemps je nai pas su avoir une personnalité affirmée face à "l'autre". Je ne me sentais moi-même que seul. En me confrontant à l'autre dans le domaine des pensées structurantes j'ai affermi ma connaissance intime. Grâce à internet et la distance imposée par l'écran j'ai eu accés aux pensées intimes des autres et j'ai pu exposer les miennes. Brassage fécond qui m'a énormément ouvert l'esprit et révélé à moi-même. Cependant je me trouve souvent confronté à ma part de doute, et celui-ci peut être parfois très opaque dans des domaines que j'ai peu explorés. C'est à ce moment-là que je risque de me perdre dans ce brouillard et dépasser des imites que je ne connais pas. Je peux alors, si je n'y prends garde, laisser ma pensée se dissoudre dans celle de l'autre et me retrouver "hors de moi-même".
C'est un peu ce qui s'est passé ces derniers temps. Je me suis senti perdre ma cohésion, me déstructurer. D'où ce besoin de me recentrer, me rassembler, et rétablir des limites "contenantes".
En fermant l'accès public aux commentaires j'ai rétabli des échanges individuels. Il n'y a plus que des duos, que je peux fort bien gérer, tandis que les commentaires publics m'exposaient à la foule. Répondre individuellement à un interlocuteur face à un auditoire n'est pas du tout la même chose que de lui parler seul à seul. Être interpellé individuellement n'a pas du tout le même effet que face à une assemblée. Et si dans la foule sont présentes des personnes connues de près... ça complique encore les choses. Ce sont ces différentes sphères que j'ai voulu scinder en répondant à un besoin intuitif.
Il devrait en résulter, le moment venu, un meilleur équilibrage entre ce que je choisis de donner de ma singularité et ce que je préfère garder pour l'intimité.
En fait je ne fais que (re)définir mes limites entre mon intimité et mon extimité. Mieux savoir ce qui est en moi et ce qui m'est extérieur.
17 juin 2007
De l'air !
Je me sens comme un fumeur qui, quittant son addiction, redécouvre le plaisir de respirer à pleins poumons. Je me suis deconnecté de ma blogobulle. Déconnecté de l'emprise relationnelle dans laquelle je me suis laissé happé.
Par le simple fait de supprimer les commentaires publics j'ai retrouvé une liberté. J'étouffais dans ce microcosme par moi-même circonscrit.
Au moment où j'écris, je serais presque tenté de supprimer la possibilité de commenter, pour profiter d'un meilleur silence. Besoin de prendre de la distance avec vous. Non pas vous-lecteurs, mais vous-connaissances. Besoin de me retrouver. Seul. Quelques temps.
Quoi qu'il en soit je n'ai plus envie de que notre proximité soit ostensiblement affichée. Je n'ai plus envie qu'apparaisse ici la convivialité qui nous réunit, ou les liens particuliers que j'ai avec quelques-uns d'entre vous.
Oh, vous n'y êtes pour rien : c'est bien en moi que ça se passe. C'est moi qui ai laissé se développer cela, en répondant à vos clins d'oeil, et en vous en faisant sur vos sites. J'ai voulu rendre "transparente" la convivialité, mais à la longue je trouve que cela s'accorde mal avec la tonalité que je voudrais donner à mes écrits.
Crise de lucidité temporaire ? Évolution définitive ? Je n'en sais encore rien...
Ce qui est certain c'est que j'ai ressenti une overdose. C'est moi même qui me la suis administrée en voulant conjuguer réfléxions approfondies, intimité dévoilée en public, et relative transparence relationnelle. Mais non, vraiment, je ne crois pas que je sois fait pour me montrer sous autant de jours. Pas devant tant de monde, tant d'inconnus. J'ai l'impression de faire un numéro d'équilibriste en même temps qu'un strip-tease. C'est casse-gueule...
Je suis allé plus loin que ce qui m'est confortable. Pas grave, je rebrousse-chemin. Je vais probablement tenter d'autres pistes. Je ne renonce évidemment pas à l'écriture, mais il me faut inventer un nouveau rapport à son interaction avec les différents types de lecteurs.
Et m'en donner le temps...
15 juin 2007
Limiter la liberté
La liberté, ce n'est pas faire ce que je veux, mais choisir les limites que je m'impose.
J'ai beaucoup cherché la liberté... mais je mesure ses limites : elle n'en a pas ! Faire ce que je veux c'est m'éparpiller au gré de mes fantaisies et désirs. Or suivre mes désirs n'est pas forcément la meilleure chose qui me convienne. Je peux fort bien être esclave de mes désirs, y perdant toute liberté.
C'est un peu ce qui se passe avec internet...
Trop facile, trop tentant pour quelqu'un qui est libre d'organiser son emploi du temps comme il veut. Je n'ai pas de contraintes d'horaires, pas de patron. Je fais ce que je veux ! C'est bien là le piège.
Si j'ai envie de me connecter au monde, personne d'autre que moi ne pourra m'en empêcher. Or je suis avide du monde et de sa diversité. Je vis intensément. Trop intensément. Trop cérébralement. En recherche de sensations et d'émotions, je n'en ai jamais assez. C'est une fuite en avant. Je sors de la réalité terre à terre.
Paradoxal, quand on sait que mon métier est on ne peut plus terre à terre !
J'ai deux vies. Une qui est faite de matérialité, l'autre d'évasion. Mais je m'évade de quoi ? Des contraintes de la réalité ?
Je ne saurais pas délimiter ce que je cherche sur internet. J'y ai trouvé beaucoup, mais je cherche encore je ne sais quelle dimension supplémentaire. Je cherche une sorte de pierre philosophale qui me permettrait de vivre ce que j'écris, en accélérant le temps. Pour devenir plus vite ce que j'aimerais être ? En fait j'ignore ce que je cherche exactement, mais je sais ce que je trouve : la limite de la quête de l'illimité.
Je cherche peut-être simplement des limites ?
Je trouve sur internet une grande diversité humaine. Dans les approches, les façons de vivre et ressentir. J'aime beaucoup. À travers cette pluralité c'est à la fois moi et l'autre que je trouve. Mais ma démarche est très égocentrée, j'en ai bien conscience. Je cherche ce qui éveille quelque chose en moi, ce qui me fait vibrer, ce qui me donne envie d'entrer en contact. Ce qui me fait "avancer". Je cherche en l'autre ce qui me fait vivre.
Mais je suis trop pris "dedans". Je manque de recul. J'ai une sorte de boulimie d'échanges et d'enrichissement. Pour remplir quoi ? Quel est le vide que je cherche à combler ? Pourquoi n'est-ce jamais assez ?
Trop en recherche d'échanges je me noie dans la richesse et la diversité. C'est comme si j'avais trouvé un trésor trop grand pour moi. Que faire d'une telle profusion ? Je vais à l'intuition, suivant mes désirs... ces désirs qui ne sont pas forcément les meilleurs pour moi. Désirs trop accessibles, trop faciles.
Peut-être que je cherche aussi mes désirs ? Qu'est-ce que je désire vraiment ?
J'aurais envie d'écrire sur tant de sujets ! Tant de découvertes ! Trop à la fois. Je ne sais plus quoi choisir...
Du coup je n'écris plus beaucoup. Je cherche hors de moi plutôt qu'en moi.
Alors... alors... j'ai décidé de me mettre des limites.
Tenter d'éliminer les effets parasites qui me sont néfastes.
D'abord le regard de l'autre. Le vôtre. Je le mesure par les commentaires que vous me laissez. D'une certaine façon je pourrais dire que je les "attends". Or attendre, c'est se mettre en position de dépendance. C'est pénible. Mais, plus précisément, d'avantage qu'un nombre de commentaires, ce que j'attends c'est de l'échange, de l'enrichissement, du débat, de la discussion. Ça j'aime, et ça m'est important.
Mon problème c'est que je jauge aussi l'intérêt de mes écrits aux retours que j'en ai. Et en plus... ce "baromètre" est visible par tous. De là viennent se greffer des problèmes complexes d'égo et d'image...
Si je gère relativement bien tout cela, et accepte de voir certains des textes qui m'importent sans commentaires (c'est rare...), il n'empêche qu'en profondeur je me sais sensible à ce à quoi je donne un sens d'évaluation. J'aimerais bien être intéressant. Pas tant pour satisfaire mon égo [quoique ?], que pour contribuer à un climat de réflexion sur nous-mêmes. Mais comme je me base sur les commentaires..., et que je les rapporte au nombre de personnes qui passent ici, j'ai souvent l'impression d'échouer dans la mission que je me suis donné. D'où une écriture qui se disperse, cherchant les sujets qui pourraient susciter cette réflexion qui m'est chère. Je n'écris plus librement, mais pour susciter ce que je désire.
Pour autant je sais bien que la vie n'est pas que réflexion, et que par ailleurs on ne commente pas forcément, même si ça fait réfléchir. Moi-même j'apprécie souvent certains textes de blog sans avoir rien de plus à y apporter, et je ne laisse pas trace de mon passage.
J'ai bien conscience de tout ça, mais ça me demande un certain effort de prise de distance.
Pour reprendre le sujet du bac de philo de mon fiston, à la question « Toute prise de conscience est-elle libératrice ?», ici je répondrais non. Enfin... si, justement : je veux maintenant me libérer de cette "dépendance du commentaire-échange d'idée".
L'inconvénient des commentaire sur les blogs, c'est que de possibilité d'échange ils sont devenus attente d'échange. Forme de socialisation aussi. Tout se mélange et devient confus. J'ai envie de faire le tri.
Je décide donc, à regret, de ne plus rendre publics les commentaires. Pour pouvoir gérer ça "en interne", de l'autre côté de la façade publique de ce blog. C'est un essai, qui durera ou pas. J'ai envie de voir ce que ça peut donner...
Ça m'est un peu difficile, parce qu'en même temps je supprime l'interaction et la discussion. Mais bon... j'espère y retrouver une liberté d'expression. Des limites pour me libérer... décidément j'adore les paradoxes !
Concrètement vous pouvez commenter, mais ce ne sera pas visibles par les autres.
[Edit de 22h 30: le problème qui a laissé passer un commentaire à été réglé]
08 juin 2007
Instant tyran
Le métier que j'ai le bonheur d'exercer est une école de patience. On y raisonne en mois autant qu'en années. Quant au résultat, il se jauge en décennies, si ce n'est en siècles. En même temps l'instant est toujours présent, tandis que les heures véhiculent les aléas auxquels il faut souvent s'adapter. C'est donc dans un large spectre temporel que je m'insère. Avec un maître-mot : on ne peut pas aller plus vite que le temps. Pas question de réduire une décennie à quelques années !
Notre société actuelle, à l'inverse, nous porte à vivre dans l'instant, à accélérer le temps, à réduire les délais. C'est l'ère de la satisfaction immédiate. « Je le veux maintenant ». A tel point que certaines personnes ne semblent pas comprendre pourquoi il est impossible de réduire le temps. Elles ont perdu la notion de durée, de lenteur, de maturation. L'attente patiente.
Autrefois on communiquait par lettres, et l'espace entre messages se comptait en jours. Puis les échanges sont devenus instantanés, avec le téléphone et les débuts d'internet. Maintenant c'est le temps qui va plus vite que les échanges : avant même d'y penser on a déjà reçu le message ! Il se signale et s'impose séance tenante. C'est la tyrannie de l'instant et du temps compressé. Nous sommes envahis par le contact permanent.
À la base ça paraît très pratique d'être informé "en temps réel": dès qu'un message est posté, on en est prévenu. Qu'il s'agisse de textos, de messages sur msn, ou de mise à jour de blogs, rien ne nous échappe. Mais pour quelle urgence ?
Je n'ai pas de téléphone portable, et je vis très bien sans. Mais ne me suis-je pas laissé attraper par d'autres fils à la patte ? Par exemple j'ai trouvé très bien d'installer, il y a quelques semaines, un agrégateur pour suivre les mise à jour de mes blogs favoris. Mais rapidement je me suis dit que ce gadget était peut-être de trop. Par chance, l'agrégateur que j'avais choisi n'a pas fonctionné longtemps, le propriétaire du site le mettant en vente tout en suspendant le service. Tant mieux, ça m'a permis de me rendre compte qu'en quelques semaines j'étais déjà devenu addict de ce genre de choses. Je n'en ai pas réinstallé.
Au même moment j'ai réalisé que j'étais très accro à tout un système amicalo-blogosphérique, et que lorsqu'il ne "vivait" pas suffisamment, j'étais en manque. Il m'arrive parfois d'errer de blog en blog, à la recherche de nouveaux textes ou commentaires. Le plus souvent en vain. Temps perdu...
Moi-même je me suis parfois senti poussé à écrire, à "produire", ne serait-ce que pour stimuler des échanges. Mais ensuite je me retrouvais... en attente de commentaires ! Prévenu par msn, bien sûr, à la seconde où ceux-ci sont postés.
C'est débile !
Ça ne correspond pas à la façon dont je souhaite vivre.
Je cherche la liberté et je me laisse prendre dans des diktats bouffeurs de vie.
Certes, tout comme je prends le temps d'écrire et de peaufiner mes textes, je diffère généralement les réponses. Il n'empêche que cette immédiateté qui s'impose me dérange. Je me sens envahi par l'instantanéité... tout en ayant fait tout ce qu'il fallait pour m'y soumettre.
Tout cela est trop proche. Trop serré.
D'où un mouvement de recul...
Je prends de la distance.
Je laisse le temps respirer.
Je réinjecte du délai.
Envie de me retrouver.
