Alter et ego (Carnet)

Itinéraire d'une ouverture à soi et vers autrui

16 novembre 2009

Résolutions relationnelles

« On ne se voit plus beaucoup. J'ai peur qu'on se perde », m'a t-elle dit. Ah ben alors, en voila une idée ! Mais on ne se perd pas comme ça ! J'ai tenté de la rassurer en lui disant que de ne pas trouver, en ce moment, le temps de se voir ne changeait rien à ce qui existe. Mais je parlais pour moi, alors qu'elle a peut-être peur... d'elle.

Peut-on se perdre à cause du temps qui espace les rencontres ? Oui, peut-être... Mais si on se perd... n'est-ce pas le signe qu'on ne ressent plus une envie relationnelle commune ? C'est la loi de l'évolution naturelle...

Position fataliste, hein ? Oui, ça m'arrive. De plus en plus. C'est bizarre d'ailleurs...

Pourtant je comprends bien ce qu'elle exprime. Je comprends son inquiétude pour en avoir beaucoup souffert, en d'autres temps. Jusqu'à la torture mentale, lorsque je me voyais seul face à ces interrogations cruelles, ne retrouvant la paix que par la réassurance d'une présence attentive. Terrible dépendance des signes d'attention (d'amour ?) de l'autre. Inquiétude envers un avenir redouté, nourrie par des traumatismes passés contaminant le présent...

Pouah ! quelle horreur ! Plus jamais ça !

Mais justement : je ne n'investis plus mes relations sentimentales ainsi. Je n'ai plus peur de les perdre. Attitude temporaire ou mutation profonde ? Je l'ignore. Pour le moment [depuis cinq ans] c'est comme ça. Indifférence ? Sûrement pas ! C'est même tout le contraire...

Si je sais bien comment j'en suis arrivé à cette stratégie autoprotectrice, en revanche je n'y suis pas encore vraiment habitué. Je m'interroge encore sur les orientations prises. Par rapport à ma durée de vie, longtemps inscrite dans une alliance de couple engagé "pour la vie", elles sont encore relativement récentes. Mes repères ont changé, certaines de mes valeurs ont été modifiées et d'autres se sont volatilisées. J'ai besoin de stabiliser tout ça. D'où mes réflexions récurrentes et intarissables autour de ces sujets ô combien passionnants.

Alors régulièrement j'écris des bilans de mes prises de conscience et résolutions, les infligeant proposant à mes lecteurs. Je n'invente évidemment rien, ne faisant que mettre mes propres mots sur ce que tant d'autres ont déjà décrit, mais je crois que l'écrire m'aide à préciser ce que je découvre, me permet de me définir et renforce la prise de conscience...

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Lorsque je dévoile en confidences mon passé récent, décris un peu où j'en suis de ma vie, présente ma façon de vivre les relations, j'observe qu'une inflexion marquée tient lieu de frontière entre avant et après. Je m'en suis rendu compte en présentant mon arbre psychogénéalogique (génogramme), surpris par mon geste explicite traçant un trait radical lorsque j'évoquais ma vie relationnelle actuelle. À partir d'un évènement précis je n'ai plus regardé la vie de la même façon. Il y a eu un choc et un réveil traumatique. C'est comme si j'avais ouvert les yeux sous l'effet d'une intense douleur. Déchirure et nouvelle naissance sous un éclairage cru. « Bienvenue dans le monde réel ! ». Depuis cette époque je constate que, dans mes relations aux autres, je ne me suis plus lié comme auparavant. Il y a une nette différence dans mon rapport avec les personnes connues avant, sous un mode de fonctionnement qui reste globalement opérationnel encore aujourd'hui, et les liens établis après sur de toutes autres bases. Ce qui fait qu'actuellement les deux modes relationnels coexistent. Je ne parviens qu'imparfaitement, et très lentement, à modifier mon implication dans les relations d'avant qui le nécessitent...

Par contre pour tout ce qui est récent j'ai fait en sorte d'éviter de me trouver propulsé dans des situations dont je connais les conséquences néfastes sur mon bien-être.

« On ne construit pas son bonheur, on détruit ce qui y fait obstacle »
(Christian Buron)

Désormais je m'efforce de ne rien attendre dans mon rapport affectif et sentimental à autrui : moins j'aurai d'attentes et moins je me verrai dépendre de les voir satisfaites. J'évite ainsi bien des déceptions et frustrations, coûteuses en énergie. J'ai *seulement* besoin de me sentir libre pour me sentir en confiance, bien dans la relation. Libre d'être moi-même, c'est à dire accepté pour ce que je suis. Ce qui m'oblige aussi à accepter l'autre tel qu'il/elle est... Globalement j'ai appris à prendre les relations telles qu'elles se présentent et accepte assez aisément de les voir évoluer selon des aléas que je ne maîtrise pas. Bien que pas toujours simple à vivre puisque je reste sensible à l'affectif, la plupart du temps c'est beaucoup moins coûteux en énergie interne...

Je suis dans une logique d'économie d'énergie !

La contrepartie c'est que je ne "tiens" rien dans ces nouvelles relations et que je m'y implique peu. Souples et libres, elles pourraient s'étioler et disparaître si ce que j'apporte (ce que je suis) n'est plus considéré comme suffisant. J'aime assez cette incertitude : elle renvoie chacun à sa part de responsabilité dans le maintien du lien !

Je crois que l'acceptation de cette impermanence dans les relations fait partie de ce qu'on appelle le "lâcher prise" : rien ne dure à l'identique. Rien ne peut-être figé durablement. Rien n'est jamais acquis. Sauf la mort ! La mort réelle, physique, la seule qui soit irréversible.

À ce propos, apprendre à distinguer le réel, les faits, de l'interprétation subjective qui en est souvent donnée sous le vocable trompeur de réalité, insidieusement transformée par l'imaginaire, aura été une indispensable base de reconstruction.

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Mon premier travail de rénovation post-traumatique a consisté à cultiver le présent, seul temps réellement vivant et vécu. J'ai compris que me projeter vers le futur suscitait en moi des craintes, pour ne pas dire de profondes angoisses par rapport à l'idée de perte, justement. Angoisses largement inconscientes, bien sûr.
Ne pouvant pas faire abstraction totale du futur puisque c'est une perspective qui me permet d'avancer et de me fixer des objectifs, je pouvais néanmoins m'en abstraire dans la dimension émotionnelle qui m'angoissait: l'affectif.

Pour cela il me fallait impitoyablement éradiquer l'espérance, cette herbe folle qui repousse avec obstination en faisant rêver aux lendemains heureux.

Ça parait beau l'espérance, mais c'est aussi vain que la prière : s'en contenter ne mène à rien, s'en servir comme levier peut mener à de graves désillusions. L'espérance est un piège, un néant [ouais, je sais, j'exagère]. Je m'interdis donc [euh... sans vraiment y parvenir] d'espérer : je vis ce qui est là, immédiatement accessible. Tout au plus puis-je souhaiter, désirer, vouloir. À partir de là ce dont j'ai envie, ce vers quoi je veux aller, c'est à moi de le conquérir. Avec comme moteur quelque chose de plus fort que la passive espérance : une sorte de foi. Non pas une foi rattachée à une religion, mais une foi en ce qui à mes yeux est essentiel et que j'appellerais le mieux-être de l'humanité en marche. Quelque chose qui consiste à croire délibérément qu'il y a un sens à donner à l'existence. Un sens qui, d'une somme de mieux-être individuels va vers le mieux-être collectif. Je n'espère pas qu'il y aurait un sens : je choisis d'aller dans ce sens. J'oriente mes actes dans cette direction... qui est loin d'être clairement balisée. Et puis ça aussi ça demande de l'énergie, ce qui me pousse à choisir dans quoi je l'investis.

Prendre conscience que l'action était la seule façon d'obtenir ce que je voulais m'a permis, à l'inverse, de prendre conscience de mes limites : je ne peux pas agir sur les désirs de l'autre. Je ne peux qu'accepter cette limite de mon pouvoir. Pour cette raison je ne peux pas "aider" l'autre qui ne le demande pas. Prendre de la distance, pour ne pas "coller" à l'autre dans ses fluctuations, pour ne pas me laisser entraîner dans ses attentes ni ses épisodes sombres, m'est sans aucun doute le plus difficile apprentissage. Mais il est indispensable ! Trop souvent le mal-être de l'autre, auquel je suis sensible, m'atteint et me fait sombrer dans mon propre mal-être de sauveur impuissant. D'une certaine façon mes désirs de partage et de rencontre dépendent du désir réciproque de l'autre. C'est une forme de dépendance... dont je n'ai plus voulu être esclave. J'ai donc ressenti la nécessité de favoriser le détachement. Au sens de « se sentir libre dans le lien ».

Incidemment ce détachement préserve aussi l'autre de mes errements : n'attendant rien du lien je ne considère pas non plus que quoi que ce soit me soit dû. Chacun reste responsable de son bien-être. je suis responsable de ce que je ressens. Je suis responsable des orientations que je donne à ma vie. Et l'autre est responsable de ses choix, de ses ressentis. Utile pour ne pas rester dans une position de victime...

Ma responsabilité et ma liberté sont indissolublement liées.

Tout cela fonctionne plutôt bien maintenant, hormis en ce qui concerne quelques relations d'avant vis à vis desquelles je dois encore travailler sur mon implication. Au stade où j'en suis de mon cheminement je me rends compte que je dois aller farfouiller du côté de cet avant pour voir comment m'en détacher davantage.

Un mot m'a servi de déclic en lisant un commentaire ici : nostalgie. J'ai compris que j'avais besoin de quitter ces terres infertiles. Si le passé m'a nourri, s'il fructifie toujours en moi, il est cependant révolu et je ne retrouverai pas ce que j'y ai vécu. Pas davantage dans les bonheurs que dans les malheurs. Parce que revenir en arrière est impossible, je ne repasserai jamais par le même endroit. Alors plutôt que de regretter un passé qui s'éloigne inexorablement et ne reviendra pas je peux n'en garder que les enseignements : me souvenir de ce qui a été bon et ne l'a pas été. En extrapoler ce que je ne veux plus vivre et oeuvrer pour ce que je voudrais voir se renouveller. Non pas à l'identique, mais en fonction de ce que je suis maintenant, avec ce que je vis au présent. Puiser dans le passé ce qui me permet de mieux vivre au présent.

La nostalgie, culte du passé, est sans autre issue heureuse que le détachement. Être heureux de ce que j'ai vécu et, en même temps, accepter que ce ne soit plus est le seul chemin de libération.

Dans mon travail de défrichage reste à élaguer le puissant arbre de la loyauté et ses ramifications : la fidélité, la confiance, la fiabilité, l'honnêteté, la droiture, la sincérité, la franchise, etc. Tout ce qui favorise la véritable rencontre des êtres ou les sépare dans le sentiment amer de la trahison ou de l'abandon.

J'en suis là, en ce moment, à m'interroger sur ma loyauté [autre terme cité dans un commentaire et qui m'a servi de déclic]. À qui, à quoi suis-je loyal ? Non pas seulement au présent mais en filiation directe d'un passé inconscient. Qu'est-ce qui fait que j'attache autant d'importance à diverses formes de fidélité ? Qu'est-ce qui à fait que je ne veuille pas "abandonner" ? Mes loyautés inconscientes ne me conduisent-elles pas à trahir dans d'autres domaines ?

Le champ des questions qui s'ouvrent et vaste et va probablement me demander un long temps de maturation.

* * *

J'ajouterai finalement une règle de conduite toute simple qu'il me faudra bien m'approprier : quand je me pose des questions sur l'autre, plutôt que de laisser mon imagination supposer des réponses il est préférable de les lui demander.

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14 novembre 2009

L'éloquence du silence

Le silence, dans mon existence, est un vieux compagnon de route. Je suis entré en silence à l'adolescence, période de souffrance et de solitude. Je suis revenu à la vie lorsque j'ai rencontré celle avec qui j'allais sceller une alliance de couple. La parole et l'écoute allaient installer une communication libératrice et épanouissante pour chacun, autour d'un dialogue fécond. De mutique et solitaire je suis devenu, avec elle et seulement elle, disert, parfois bavard, au sein du pacte de confiance qui s'était installé. J'ai d'ailleurs cessé d'écrire quelques mois plus tard...

Quand le flux des mots entre nous se bloquait, tarissant la source de l'échange, je souffrais profondément du silence qui prenait place. C'était toujours parce qu'il y avait incompréhension. L'apport des confidences cessait, me renvoyant à un sentiment de solitude et d'impuissance. Quand je me sens proche de quelqu'un les silences lourds, ceux qui ne sont pas de simples moments de paix intérieure, me perturbent beaucoup. Ils m'inquiètent.

J'ai plusieurs fois écrit sur le silence, quand je l'ai vécu comme une déficit de paroles. J'y voyais une absence de sens. « Le sens du silence » titre d'un de mes textes, est une des requêtes les plus fréquentes pour les internautes que Google convie ici.

Et puis la vie et ses aléas m'ont poussé vers une existence assez solitaire. Le silence y prend une grande place : il est des jours où je ne prononce pas un mot, parce que je ne rencontre personne. Mon récent voyage au Québec à été très silencieux, hormis quelques discussions au hasard des rencontres et une soirée de jasette passée avec une amie de longue date.

J'apprécie le silence. Je m'y laisse souvent aller et le recherche fréquemment. Il me permet de me retrouver ou de rester dans une vie intérieure active lorsque la présence des autres me distrait, est pesante, ou trop en décalage avec ce que je me sens être. Je pense, je ressens, j'observe. Mais je parle peu.

Dans mes relations affectives et amicales je passe aisément de la parole au silence, selon que l'autre soit là ou pas. En présence je parle, parfois longuement mais, lorsque la distance géographique nous sépare, je me satisfais très bien de l'étirement des périodes de silence. Je vais peu vers les autres, même quand j'apprécie ces personnes. Peut-être parce que je suis "bien avec moi-même" et que la solitude permet à ma pensée en mouvement d'évoluer librement. En apparence, du moins, parce que je sais bien que cette liberté ressemble à celle du bocal de poisson rouge : un circuit fermé. Je sais bien que c'est la rencontre de l'autre qui m'ouvre l'esprit, fait surgir des pensées insoupçonnées, m'apporte des éclairages nouveaux, me permet de valider mes pensées ou de les mettre à l'épreuve d'une autre réalité. L'autre élargit mon horizon, me déstabilise, m'enrichit.

Aller peu vers l'autre, rester silencieux dans la distance, inquiète parfois les personnes avec qui je suis en lien. Je ne m'en rends pas toujours compte et suis désolé si je sens que cela pèse. Je tente alors de répondre au plus vite, montrant que je suis toujours accessible. Du moment qu'il ne m'est pas fait reproche de ce silence, ou que je ne sens pas d'attentes auxquelles je sais ne pas être en capacité de répondre...

Aujourd'hui je réalise que mes silence, parce qu'ils ne donnent aucun sens à l'autre de ce qui se passe en moi, laissent place à son imaginaire. Comme les silences de l'autre ont pu favoriser mon imaginaire, pour le meilleur parfois  et souvent pour le pire. Les inquiétudes et le silence ne font pas bon ménage. Les questions qui restent sans réponse, en ne donnant pas de sens, prennent une forme d'éloquence.

L'éloquence des silences est pourtant délicate à interpréter. Un silence peut être refus de communication, indifférence, colère, mal-être... ou simple repli intérieur. Temps de conscientisation ou de repos. Le dialogue de soi à soi demande que le silence se fasse avec l'extérieur. La recherche personnelle, la quête de sens, l'appel aux ressources profondes ne se fait pas en communiquant avec l'autre. Il en est de même lorsqu'on soigne ses blessures.

Ce que le silence exprime c'est que le dialogue, à ce moment, n'est pas. Mais il peut reprendre dans l'instant qui suit, pour peu que l'autre exprime son besoin de communication. Ou du moins il peut être rompu pour dire qu'il correspond à un besoin d'isolement temporaire.

Silence et relation ont quelque chose d'antinomique...

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Rencontre silencieuse de deux solitaires : un rorqual et un photographe émerveillé par cette présence, un soir de pluie, sur une côte déserte aux environs de Tadoussac (Québec)

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25 octobre 2009

Une confiance déchirée

Les prises de conscience se font parfois par surprise. Ainsi en est-il de mes digressions autour de l'amour, qui me font flirter avec l'amitié tant désirée.

L'amitié et moi, c'est une longue histoire d'amour inaccompli, née d'une déchirure.

J'avais un ami. Un semblable différent, tellement proche que je le prenais pour un double. Un autre moi, un presque jumeau. C'était mon frère et j'avais six ans. Je crois que je l'ai considéré comme mon ami à cet âge là, alors que je le cotoyais depuis déjà cinq ans.

Nous avons grandi. Moi un peu plus vite que lui en maturité, lui un peu plus vite que moi en hauteur. Un jour, alors que j'entrais dans les prémices de l'adolescences, je lui ai confié un secret : mon intérêt nouveau pour les femmes. Pour les filles, plus exactement. Je me souviens lui avoir dit « je me sens devenir adolescent ». Le lieu exact de ces confidences est resté gravé dans ma mémoire, quelque part sur la route qui nous menait, à pied, vers l'arrêt du car.

Le soir même il rapportait, victorieux, son trophée dans la famille : mes confidences d'une virilité à peine naissante. Il étala vulgairement, devant tout le monde, mes précieux mots intimes. Mortifié je lui criai de cesser mais il continua, goguenard. J'avais terriblement honte. Il récidiva quelques jours plus tard, sachant très bien quelle avait été ma réaction, et cette fois je m'enfuis dans ma chambre. Vaincu, trahi. Oserais-je dire "castré" ?

J'ai perdu mon ami, mon frère, à cette occasion. Il avait trahi la confiance que je lui avais accordé sans assez de prudence. Sans doute n'a t-il pas mensuré la portée de son acte, ou bien au contraire avait-il eu besoin, pour quelque raison qui lui est propre, d'en passer par là. Dominer son frêre aîné, prendre une revanche ou je ne sais quoi. Il eut des comportements humiliants à mon égard, en public, à plusieurs reprises dans les années qui suivirent.

Près de quarante ans plus tard nous restons des étrangers l'un à l'autre, distants, alors que nos enfants et parents nous trouvent si semblables dans nos interrogations profondes. Peut-être mon frère pourrait-il être un ami... mais je n'ai plus confiance.

Ce frère perdu je le pleure, en silence, depuis que j'ai pris conscience du manque. C'est comme s'il était mort. Avec les ans est passée la haine que j'ai pu avoir à son égard de m'avoir non seulement "trahi", mais d'avoir simultanément brisé ce que je vivais comme une amitié. J'ai tenté, il y a une quinzaine d'années, de rétablir un contact qui passait par la reconnaissance mutuelle de quelques blessures d'enfance. Il ne se souvenait pas de ce dont je lui parlais, pour lui c'était de l'histoire ancienne... mais lui aussi avait des griefs à mon encontre, et des blessures tenaces. Quand j'ai tenté de lui demander pardon... il m'a rit au nez. Nous en sommes restés là.

Je sais qu'il demeure un lien, probablement fort, mais il ne se manifeste pas ouvertement. Le passé pèse lourd, bien au delà de nos vieux différends, et chacun semble avoir sa façon de le dépasser : en parler ou ne pas revenir dessus. Nos stratégies d'existence ont été radicalement différentes.

Cette blessure initiale aurait pu être réparée par d'autres amitiés solides, ultérieurement, mais ayant probablement tracé une ligne de faiblesse, celle-ci s'est réouverte avec une déconcertante facilité à plusieurs reprises. Mes amitiés profondes ont été d'autant plus rares que se cumulaient les pertes. De déconvenues en déceptions cela m'a mené vers un détachement affectif protecteur et, actuellement, à une extrême prudence dans l'établissement des liens de confiance.

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Terres de sable aux environs de Tadoussac, Québec

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27 juin 2009

Amour ou amitié ?

« Je me dis que nous n'avons plus rien à vivre ensemble ». Voila, au milieu de tout un tas d’affirmations et de projections, ce que m’a écrit une de mes amies il y a quelques jours. Cela parce que je lui répondais, suite à sa demande que je sentais pressante, que je n’avais « pas encore le désir de la revoir » (notre dernière rencontre ne datait que de quelques jours). Précisant que c’était surtout dû à un besoin de me retrouver seul après une semaine éprouvante et chargée. Réaction bizarre de la part d’une amie, hein ?

Maintenant si je dis qu’il s’agit d’une de mes amantes, je suis sûr que sa réaction paraît beaucoup plus compréhensible. Eh oui, il est admis que l’amour est exigeant…

Mais… est-ce qu’une amante est forcément amoureuse ? Si je présente les choses sous l’angle d’une relation de désir, ça donne quoi comme représentation ? Est-ce que le désir rend amoureux ? Dépendant ?

Quoi qu’il en soit je vois bien que le rythme de contact et de rencontres qui me conviendrait est trop espacé pour elle. Il engendre de la souffrance...

Tour à tour chacune de mes partenaires me renvoie, parfois sans beaucoup de ménagement, l'amertume ressentie face à ma façon de vivre la relation. Mon autonomie affective est apparemment perçue comme de l'indifférence et mes besoins de solitude comme un détachement excessif. Et cela alors même que les temps de présence sont généralement perçus comme très agréables ! Mais c’est comme s’il n’y en avait jamais assez…

J’ai d’abord essayé de prendre l'hostilité de ces attitudes inquiètes avec une certaine philosophie, façon de ne pas me laisser trop atteindre... Sauf que les réactions auxquelles j’ai eu récemment droit sur ce blog m’en ont dit long sur quelques représentations et projections ! À partir de là quelque chose à changé en moi (merci à vous !) et j’ai bien été obligé de reconnaître que ce n'était pas aussi anodin que mes écrits pouvaient le laisser penser. Mon détachement n’était que de façade. J’étais davantage touché que ce que je croyais, et assez profondément. Pas tant par les réactions de mes partenaires en détresse que par leur tentation de mettre fin à ce qui se construisait ensemble. Finalement je ressentais un mélange de tristesse, de frustration et d’une colère montante. Surtout quand ces annonces de fin se répètent à quelques jours d'intervalle ! Je n'avais pas eu le temps de retrouver mon équilibre que de nouveau j’étais bousculé par une attitude qui mettait à mal une confiance qui s'installait. Car pour moi c’est là que tout se joue : la confiance dans la relation.

Encore faut-il savoir de quelle relation il est question… amour ? désir ? amitié ? Un mélange des trois ? dans quelle proportion prédominante ? J'ai bien envie de bannir tout ce qui à trait au mot "amour" au profit du terme "amitié", qui a le mérite de ne pas entraîner vers des représentations aussi chargées…

Amour ou amitié : choisis ton camp camarade ! L’un est exclusif, possessif, entier, et soumis à des règles bien cadrées. La seconde est plurielle, libre, simple, et s’invente dans chaque relation. Je caricature un peu. Si peu…

Mais une relation entre homme et femme, quand attirance et désir sont là, est forcément perçue comme de nature amoureuse. Les commentaires le démontrent de façon assez flagrante. Hors de cela point de salut ! Malheureusement (?) je fais partie de ceux qui pensent qu’une autre voie existe... peut-être. Il se peut que je me leurre mais je crois encore en l’alliance possible de l’amitié et du désir. C'est-à-dire construire une relation de partage fondée sur un respect mutuel, mais qui n’interdit pas au désir sexuel de s’y vivre. Est-ce si compliqué à concevoir ? Intenable dans la durée ?

Mes amitiés avec des femmes sont simples et équilibrées tant qu’elles restent strictement dans ce registre. Elles se compliquent dès que le désir et le sentiments font son apparition. Me faudra t-il renoncer à vivre les deux au sein de la même relation ? Ou bien dois-je faire preuve de persévérance, de patience, et laisser chacune de mes rencontres évoluer à la mesure de leurs possibilités en tenant compte des miennes ?

Jusque-là je tiens le cap et m’adapte, considérant que le jeu en vaut la chandelle. Mes partenaires font de même, malgré le fait qu’elles se cognent à leurs propres limites. Je dois cependant me préparer à me retirer de ces relations si je devais être trop atteint par ce que je perçois comme un manque de confiance qui, à la longue, m'use. Sans jugement de ma part, mais parce que la confiance est indispensable dans les relations pour que je les vive pleinement.

Quitte à laisser du temps pour que se mette en place, si les coïncidences et synchronicités le permettent, une éventuelle suite…

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01 juin 2009

Célibat... à taire ?

Parmi ce qui contribue à me réinterroger sur la signification subjective des mots (indispensable quand on s'intéresse à la communication interpersonnelle...), il y a la notion de célibat. Je me suis rendu compte que ce terme, apparemment simple et propre sur lui, pouvait porter à confusion. Le Larousse le définit ainsi : « état d'une personne non mariée ». Ouais... ben au sens littéral ça fait beaucoup de célibataires !

Très longtemps j'ai été marié, ce qui présentait l'avantage de m'octroyer un statut relationnel relativement précis. Les circonstances et les hasards de la vie m'ont cependant fait lentement et inéluctablement glisser vers des vocables beaucoup plus flous. D'abord, en partageant une amitié amoureuse, j'ai vécu une double relation. Mais ce genre de choses ne se dit pas... Ce n'est que la conséquence qui a pu être nommée : je suis devenu "séparé". Terme qui laisse pas mal de lattitudes intérprétatives quant à la disponibilité relationnelle... Mais ça me convenait bien puisque dans ma tête j'étais encore très relié... euh... aux deux femmes. Enfin... surtout à l'une. Au fil du temps, puisque la séparation conjugale a duré quelques années avant que je devienne officiellement divorcé, je me suis progressivement délié, me présentant comme « vivant seul ». Dans l'absolu c'était juste. Dans la réalité ça l'était moins : mes pensées restaient encore largement occupées par des espérances un peu folles. Il aura fallu une rupture bien nette et sans bavures pour me rentrer dans le crâne que j'étais désormais sentimentalement "seul". Je crois que c'est à partir de ce moment-là que je me suis peu à peu présenté comme célibataire [lorsque nécessaire, hein ! C'était quand même pas ma carte de visite !] Et si je n'employais pas forcément ce mot, au moins le laissais-je comprendre. En même temps, pas fou, cela montrait ma disponibilité envers toute éventualité. Et plus si affinités...

Au début je n'aimais pas trop l'idée du célibat qui me rappellait le "vieux garçon", dont je ne me sens pas particulièrement proche. Je n'ai rien contre ce style de vie, mais bon... il ne me sied guère. Il n'aura échappé a aucun de mes lecteurs de longue date que je suis plutôt orienté vers les relations, de préférences féminines, systématiquement intimistes, forcément plurielles, et éventuellement sexuelles.

Mais justement, c'est là que se situe la problématique : si je me dis célibataire, il semble entendu que non seulement je vis seul, mais qu'en outre je suis seul. Affectivement seul. Or ça je ne le dit jamais, ni même ne le sous-entend. Mais allez savoir ce que les autres ont envie d'entendre...

Ça peut devenir compliqué quand une femme avec qui j'ai entamé une relation courtoise, devenant plus intime, a pris pour acquis que célibat = coeur à prendre et réalise subitement que... ben non, pas forcément. Quand la relation prend une tournure... disons... intimo-désirante, je me vois obligé de préciser mon style de vie : non-exclusif. Là, en général, sa secoue un peu. En quelques jours la femme désirante susmentionnée, déjà plus ou moins sentimentalement investie, s'immobilise, puis marque un mouvement de recul. Dépitée je la sens encaisser le coup, puis le contrecoup, me lancer quelques remarques acides, prendre de la distance... avant de revenir avec une certaine prudence. La relation, forcément, tangue avec la houle générée. Et moi je m'accroche au bastingage...

J'en suis donc venu à me dire que je ne devais plus me présenter comme célibataire, et ne surtout pas laisser croire que je le suis selon le sens courant !

Le problème c'est qu'il n'existe pas vraiment de mot pour définir ce que je me sens être actuellement. Je passe sur les "coureur de jupons" et autres sobriquets péjoratifs ou machistes, ne me retrouvant pas du tout dans une stratégie de conquètes multiples et éphémères. J'éviterai le terme de "libertin" : « qui est de moeurs très libres; qui mène une vie dissolue » (Larousse). Je n'emploierai pas celui de polyamoureux puisque l'état amoureux n'est ni nécessaire ni suffisant. Françoise Simpère propose bien le terme de lutinage (et lutin, lutine)... C'est mignon mais je ne m'y retrouve pas. D'autant moins que selon la définition du Larousse, lutiner consiste à « harceler une femme de taquineries galantes ». Reste un des termes qui m'a longtemps paru le plus adéquat et conforme à ce que je me sentais être : polyfidèle, inventé (?) par la même Françoise Simpère. J'aime bien l'idée de fidélités plurielles. Sauf que... la vie semble me prouver qu'en matière de fidélité (au sens de confiance, pas celui d'exclusivité sexuelle), rien n'implique que cela garantisse une relation durable. N'attendant plus cette fidélité relationnelle de l'autre, qui était autrefois un préalable indispensable, je préfère ne plus utiliser ce mot. Ça n'aurait pas de sens. Pour ma part je pense encore pouvoir rester fidèle à un lien même sans que la relation ne soit active, faute de partenariat...

Solitaire me semble trop austère, tandis que sa version light "solo" n'est guère employée. Et puis de toutes façons je ne me sens pas solitaire, bien que j'affectionne souvent une certaine solitude.

Certes, pour simplifier mon dilemme je pourrais tout simplement dire que « je vis seul mais ne suis pas seul ». Sauf que cela sous-entend que je ne serais pas disponible... Or les circonstances me portent, depuis quelques années, vers cette liberté de vivre des relations diversement impliquées, de l'amitié à l'intimité, dans des registres sentimentaux variables et aléatoires. Je ne suis donc pas seul... mais libre ! Libre de me lier. Comme tout le monde, quoi ! Alors bon, est-ce vraiment important de s'arrêter sur la nature exacte de ces relations ? Faut-il vraiment préciser à quel degré les sentiments sont présents et si oui ou non il y a partage d'intimité sexuelle ? Ouais, je sais : exclusivité de rigueur. Pffff...

J'ai gardé pour la fin le joli terme de "libraimant", pour qui j'ai une affection particulière. Il me semble suffisamment éloquent pour donner à la fois une idée de son sens et susciter une demande de précision. J'aime l'association légèrement contradictoire de libre et d'aimant, qui ressemble à amant tout en contenant aimer... sans pour autant rester contraint dans le cadre à la fois étroit et immense de ce mot hypersacralisé. Malheureusement le mot libraimance ne s'est jamais vraiment répandu...

Je ne suis pas certain d'être impartial en persistant à l'utiliser puisque j'ai été très lié à son inventeuse, participante active de ma conversion... mais tant pis : le mot me plaît et je l'adopte !
[Du moins tant que je suis dans cette logique de pluralité, dont rien ne me dit qu'elle est définitive.]

« Bonjour vous... moi c'est Pierre, libraimant... Vous habitez chez votre mari vos parents ? »

Pierre l'Idéaliste
Libraimant

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Chemin des Coquelicots
SAINT BLOG SUR NET

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rougenoir

Drôle de zèbre que cet insecte
qui se prend pour une coccinelle !

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21 mars 2009

Mon ex

Dans ma dernière note j'ai furtivement glissé que j'avais rencontré mon épouse à la manif du 19 mars. Cette formulation n'a pas échappé à l'oeil vigilant d'un lecteur qui connaît mon histoire et s'est souvenu que, du fait d'une séparation du couple, j'avais auparavant fait usage du néologisme transitoire de "future ex", ou Futurex.

L'utilisation du terme épouse n'est en rien un acte manqué. D'abord parce que nous sommes toujours officiellement mariés [pour quelques semaines encore]. Ensuite parce que, comme je l'ai mentionné dans mon commentaire, elle est jusqu'à maintenant la seule femme que j'ai épousée et le restera très probablement. Je n'ai nulle intention de renouveller cet acte d'engagement majeur, duquel sont nés trois enfants avec qui nous constituons une famille. Que cette famille soit un peu plus dispersée que si le couple parental était resté cohabitant ne change pas grand chose à la nature, la force et la symbolique des liens.

Donc ce que j'ai subrepticement mis en évidence c'est que Charlotte, la mère de nos enfants, reste une personne très particulière, absolument unique, avec qui les liens sont chargés d'un sens à nul autre pareil. Certes le terme d'ex, contraction d'ex épouse ou ex femme, aurait indiqué clairement cette situation particulière. Pourtant il est devenu tellement banalisé, habituel, voire brandi comme un trophée, qu'il me rebute un peu. Je ne dis jamais "mon ex" en parlant d'elle. Pourtant ce serait plus pratique, plus compréhensible, que d'employer un mot portant à confusion ou de chercher un improbable mot pas encore inventé. Mais je tiens à manifester la persistance de ce lien... unique [et là le mot "unique" prend toute sa saveur puisque c'est de mon désir de pluralité dans les relations hétérosexuelles qu'est survenue la séparation du couple...]

De toutes façons, quel que soit le vocable employé, l'utilisation du pronom possessif qui le précède me dérange: ma femme, mon épouse, mon ex... Ce signe d'appartenance, y compris après séparation, trahit la nature insécable du lien. Alors, puisqu'il demeure... je ne ressens pas le besoin de mettre en évidence en la surlignant une rupture qui reste, par nature, impossible : on ne peut pas davantage rompre avec son conjoint qu'on ne le pourrait avec ses parents, ses enfants, sa fratrie. On ne peut anéantir ce qui a été lien. Toute rupture - physique - de lien n'est que la manifestation du désir de le voir - symboliquement - rompu  en même temps qu'un aveu d'impuissance à le faire. Chercher à nommer la rupture démontre intrinsèquement qu'elle ne peut avoir lieu et que le lien demeure dans la pensée.

J'assume donc... que dis-je : j'affirme l'existence de ce lien du couple. Et ce d'autant plus que j'ai fait ce qui était en mon possible pour ne pas le rompre. J'ai préféré le voir se transformer, évoluer vers un ajustement à une distance optimale permettant le confort de chacun.

Mais puisqu'il faut bien utiliser un langage, j'essaie de réduire l'appartenance que génère le pronom possessif en l'accollant à un terme qui indique la notion de partenariat, fut-il quelque peu désuet. Je ne peux être époux que de celle qui, à un moment de sa vie, à désiré m'épouser. Mon épouse, toute ex qu'elle soit, est bien celle qui m'a épousé. Devrais-je alors dire "mon épousée" ? Par contre le terme ma femme (et pourquoi pas ma meuf, tant qu'on y est !?) renvoie au genre qu'elle représente, faisant abstraction de son libre consentement. Quant à "ex-femme", sans être précédé d'un signe d'appartenance, pourrait laisser des doutes sur son identité sexuelle... Je pourrais aussi utiliser ma compagne (ou mon ex-compagne) mais, outre le fait que je ne l'employais pas autrefois, j'aime assez suivre l'idée clairement affichée d'engagement dans le mariage. Cela correspondait à quelque chose de fort qui fut déterminant pour moi, pour nous, durant près d'un quart de siècle. Quant à dire mon amie, ou une amie... il n'indiquerait pas la nature si particulière du lien de conjugalité, fut-il aboli. Resterait bien des tentatives nominales aussi hasardeuses qu'amie-ex, amie-ex-épouse... Amiex ? Amiexépouz ? Mouais...

Vous aurez compris que, parmi ces vocables, je n'ai pas encore trouvé de dénomination qui me satisfasse vraiment... Alors j'ai envie de vous demander : et vous... comment avez vous choisi de nommer vos éventuels conjoint-e-s devenus ex ?

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09 février 2009

Questions difficiles

Dans le cadre de ma formation à l'accompagnement je devais rencontrer un psychologue. Histoire que je sache comment je me situe dans mon futur rôle d'aide aux personnes et déceler d'éventuels points à travailler...

Le psychologue m'a d'abord demandé ce qui m'avait amené vers ce métier. Je m'attendais un peu à cette question et avec évidence je lui ai répondu que les rapports de couple m'intéressaient beaucoup, tout particulièrement du côté de la communication. Brièvement je lui ai raconté ma séparation, que je qualifie de réussie, et mon désir d'oeuvrer auprès des personnes en difficulté dans ce domaine.

Question du psychologue : qu'est-ce que c'est, pour vous, le couple ?

Bigre ! le voila qui pointait précisément sur un concept devenu fort nébuleux à mes yeux. Pas en ce qui concerne une vision "traditionnelle", mais en ce qui concerne MA vision du couple. J'ai parlé d'attention portée à l'autre, à ses ressentis, à ses besoins. De désir de fonctionner ensemble, de communication, de confiance... et de non-exclusivité. Il m'a écouté puis m'a dit que si je voulais écouter des personnes en difficulté dans le registre du couple je devais être sûr de mes propres repères. Que je ne devais pas être dans le flou face à des personnes qui ne savent elles-même plus très bien où elles en sont. Et que peu importait ma conception du couple du moment qu'elle était précise. Rappel des règles du "cadre", qui est un gage de sécurité tant pour l'écoutant que les consultants.

J'ai précisé ma pensée en parlant de fidélité à la relation, de durée, d'engagement, de solidarité...

C'est quoi, pour vous, la fidélité ?

Palsembleu ! En voila une question difficile ! J'ai tenté de scinder clairement entre *fidélité à la relation* et *exclusivité sexuelle* mais visiblement il cherchait à me ramener à la réalité du terrain : pour la plupart des gens la fidélité se définit par rapport au sexuel. Son but était affiché : me pousser vers mes limites. Ce que j'ai accepté volontiers. Je dirais même que j'étais là pour ça...

J'ai parlé du dilemme qui peut se présenter entre fidélité à la relation et fidélité à soi-même... ce qu'il a prestement balayé : la fidélité à soi-même n'a pas de sens et peut autoriser n'importe quoi. Là je me suis senti déstabilisé et j'ai précisé que tenir compte de l'autre faisait évidemment partie de la fidélité à soi-même. Dans le sens de se sentir en accord avec sa conscience, y compris dans le respect de l'autre.

Nous en sommes venus à la nécessité de partager une vision commune du couple par rapport à ces questions. Peu importe ce que chacun y met derrière, du moment qu'il y a acceptation. Pour lui l'essentiel du couple se situe dans cette idée de partage d'une vision commune. Construction commune d'un projet de vie. Sans cela le couple ne tient pas.

Bon, je ne vais pas de nouveau théoriser autour de sujets archi-rebattus et développables à l'infini mais j'ai pris conscience que je n'étais pas très au clair entre mes conceptions antérieures, traditionnelles, et les plus récentes. Je crois qu'il y a un peu des deux : fidélité et liberté. Je garde une part [faut-il que je m'en étonne ?] d'idéalisme... et dois me souvenir que je ne peux attendre des autres qu'ils aient les mêmes idéaux. Je garde une vision très "élevée" du couple et si je me sens actuellement en rupture avec ce concept c'est très probablement parce que je ne sais pas comment y parvenir. Pour autant je n'y ai pas renoncé. S'il m'arrive d'affirmer que je ne crois plus au couple c'est un peu par dépit. Je devrais plutôt dire que pour le moment je ne sais pas comment le vivre. J'ai besoin de clarifier mes attentes, mes valeurs.

Alors en attendant... je préfère rester célibataire. Même si je vis de temps en temps des périodes qui ressemblent à une vie de couple.

Nb : en me relisant je constate que pas plus dans ce billet qu'au cours de l'entretien je n'ai prononcé le mot "amour" ! Significatif, non ?

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30 septembre 2008

Grande dame

Mon amie Inès à tenter de me téléphoner, hier soir, alors que j'avais moi aussi, sans concertation, prévu de l'appeler. Voila quelques mois que nous n'avions pas eu de contact direct et la même idée nous est venue à quelques dizaines de minutes d'intervalle. Manque de chance j'étais en ligne quand elle a appelé, et inversement quand c'est moi qui ai tenté. Ce soir j'ai entendu son message : elle m'annonçait qu'elle partait ce soir pour son grand voyage...

Je savais bien que la date approchait, mais j'ai trop laissé passé le temps, quelques peu accaparé par des préoccupations sentimentales...

Immédiatement j'ai tenté de la joindre mais en entendant son répondeur j'ai pensé qu'elle était déjà partie. J'en étais fort marri, m'en voulant un peu d'avoir manqué ce moment important. Et puis finalement, alors que j'avais presque fini de rédiger ce billet [ce qui sous-endend que je l'ai un peu modifié], elle m'a rappelé. J'étais super content! Nous avons bavardé, pas trop longtemps, de nos cheminements respectifs alors que nous nous trouvons à des moments-clé de nos parcours de vie.

Inès entreprend donc son grand voyage : un mois dans les Annapurna. Initialement prévu en solitaire, une autre femme s'est finalement jointe à elle. Il n'empêche que je reste impressionné par l'audace de mon amie, bien que je n'aie aucune inquiétude sur sa préparation tant physique que mentale. Elle va là bas sereine, en vue d'approcher d'un peu plus près le "lâcher prise". Toute une sagesse, bien conforme à ce qu'elle est...

Inès est la première femme que j'ai approché intimement après Charlotte, ma conjointe. C'est elle qui m'a guidé, en me laissant toute liberté, à aller vers ce que je deviens. En étant simplement elle-même elle m'a montré ce qu'un travail sur soi et une recherche de sérénité pouvait apporter comme bien-être existentiel. C'est elle aussi qui m'a ouvert à ce qui me paraissait impensable : vivre des relations d'amitié-intimité hors du couple. Non seulement avec évidence et simplicité, mais aussi avec toute la profondeur et la richesse de partages humains qui pouvait en découler. C'est enfin elle qui m'a enseigné ce qui est devenu un de mes préceptes : « laisser du temps au temps ». Accepter qu'il faille du temps pour parcourir le chemin, ne pas chercher à précipiter les choses. Toutes ces choses plus ou moins galvaudées ou dévoyées qu'on peut trouver dans la littérature de "développement personnel", mais qui ne vaut que par l'expérience vécue.

Je connais Inès depuis près de dix ans. Nous ne nous sommes jamais perdus de vue. L'attachement que je ressens à son égard n'a cessé de se transformer, pour aller vers quelque chose de très serein, confiant, chaleureux, fort... et libre. Je sens qu'il existe une connivence particulière, une sensibilité similaire, et surtout une vision semblable de l'humain.

J'ai une très grande confiance en elle. Je sais qu'elle ne juge pas. Elle écoute, observe, sait se positionner et marquer sa place, tout en étant attentive aux autres. J'aime beaucoup ce qu'elle est. C'est une des très rares personnes avec qui je sais pouvoir me ressourcer. Je sais qu'elle m'aidera toujours à entendre ce qui est en moi, aura les mots justes.

Elle est petite, mais c'est une grande dame.

annapurna

N'ayant pas en stock de photos de l'Annapurna,
j'avoue avoir piqué celle-ci sur internet...

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24 août 2008

Les contours de la liberté

Elle est repartie, après une semaine de vie commune. C'est devenu presque habituel ces séparations. Pourtant, dès hier soir je sentais un petit manque par anticipation. Et ce matin, tandis qu'elle se préparait, puis à l'instant où elle est partie, je sentais le reflux se creuser. Ensuite, un vide, dans ce silence que j'ai meublé par des musiques aux tonalités nostalgiques [pourquoi donc ?].

Cette fois [un peu plus que les autres] il se pourrait qu'on ne se revoie pas avant longtemps. Incertitude totale. Et quand ça arrivera, si ça arrive, ça impliquera que quelque chose de plus engageant à été décidé, au moins à titre expérimental. Sinon, il n'est pas certain qu'on puisse poursuivre. Bon... je lui ai quand même laissé un double des clés et elle a laissé son peignoir. Dans ma tête, je n'ai pas vraiment laissé de place à l'option "fin".

« Si nous ne pouvons pas nous rencontrer suffisamment souvent, alors notre relation s'étiolera ». C'est par des phrases de ce genre que se sont ravivées mes craintes. Celle de sentir se refermer la porte des possibles, ces « bonheurs entrevus ». Celle, aussi, qui me met face à l'éventuelle fin d'un partage qui m'apporte quelque chose de bon. En fait cela me ramène à l'éventualité de me retrouver seul. Avec tout ce que ça entraînerait comme renoncements, sitôt après avoir retrouvé les joies de l'échange relationnel. Et ainsi vacille ma fraîche assurance d'homme libre...

Mon célibat me plaît et m'offre une liberté inégalable à laquelle je tiens fermement. Mais être en relation avec elle me plaît aussi, avec cette alternance de contrastes qui me font souvent me sentir sur le fil du rasoir : entre perturbations et bien-être. Il y a quelque chose d'assurément très vivant dans les dérangements inopinés qu'elle suscite en moi. Alors quoi ? Au cœur de quelle contradiction me vois-je aspiré ? Désir d'être en relation ou désir de garder ma liberté de solitaire ? Les deux à la fois, bien sûr ! Bah... sans doute encore une question de mots et de définitions à préciser...

En fait, maintenant que j'en ai adopté le principe, construire ses relations sur le mode de l'attachement libre ne me semble pas très compliqué. Je me suis "programmé" pour ça. En revanche, faire durer cette forme d'attachement détaché n'est peut-être pas aussi simple et semble demander un "travail" complémentaire. Tout simplement parce que l'attachement se tisse au fil des échanges et du temps passé ensemble. Plus la relation s'installe et plus, naturellement, l'attachement devient marqué. La liberté perd de sa prépondérance. Alors forcément, lorsque une relation est caractérisée par la distance géographique, chaque séparation réactive ce tiraillement antinomique entre attachement et détachement. Entre vie à deux [voire trois...] et vie en solo. Idéalement il importe donc de ne pas trop penser à l'avenir, forcément incertain, mais de vivre pleinement le présent. C'est devenu mon credo. Voila pourquoi je n'aime pas trop ce qui me propulse vers un avenir... inquiétant.

« Si notre relation doit se vivre à distance, cela ne me conviendra pas ». Autrement dit : la relation se vivra dans la présence ou... disparaitra. Cohabitation ou extinction. Mouais... cette alternative ne faisait pas partie de ce que j'avais envisagé. Elle perturbe mes prévisions. L'attachement libre tel que je le concevais ne s'adapte pas à toutes les situations. En particulier lorsque des enjeux matériels, financiers, parentaux, font que l'insouciance et l'imprévu n'ont guère la place d'exister.

Je dois donc réévaluer mes priorités et redéfinir les contours de ce que j'appelle "ma liberté". Fichtre, moi qui aime cogiter sur les relations, me voila plongé dans un nouveau bain avant de, peut-être, me lancer dans une phase expérimentale. Je sens que je vais continuer à ne pas m'ennuyer...

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18 août 2008

Menace

Hier, "comme par hasard", je suis (re)tombé sur ce passage :

Ne sachant pas comment être à l'écoute du besoin de l'autre sans cesser d'être à l'écoute du nôtre ni comment être à l'écoute de nôtre besoin sans cesser d'être à l'écoute de celui de l'autre, souvent, pour nous protéger, nous interrompons la relation, nous coupons l'écoute de l'autre.

Lorsque l'écoute du besoin de l'autre m'apparaît comme une menace, je m'en coupe et je m'enfuis ou je m'enferme dans le silence »

Guy Corneau - "Cessez d'être gentil, soyez vrai"


 

Posté par Coeur de Pierre à 09:41 - Être lié - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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