06 avril 2008
Pinçant rire
Cette semaine nous avons fêté en famille les 19 ans de notre benjamin. Ambiance conviviale et détendue. J'aime bien quand nous nous retrouvons tous. Et puis sans crier gare, le petit dérapage. Alors qu'un de nos enfants nous posait des questions sur une région d'Espagne dont nous avions souvent parlé avec Charlotte, avant, en espérant nous y rendre un jour, notre fille essaya « vous n'auriez-pas envie d'y aller ensemble, pour des vacances ? ». Un haussement de sourcils surpris et dubitatif accompagna ma moue d'impuissance en montrant du regard Charlotte. Je signifiais ainsi que ce genre d'éventualité dépendait d'abord d'elle et de son désir de réouverture. Charlotte lança du tac au tac, sur un ton qui se voulait rieur, « même si on me payait, je n'irais pas ». Et vlaaaan ! J'ai senti dans le regard de mes enfants la même surprise que celle que j'encaissais. Ma réaction immédiate fut de demander à ce qu'on change de sujet. Charlotte n'a pas semblé prendre la mesure de cette vacherie et a dit que c'était une plaisanterie. Les enfants ont montré qu'ils n'étaient pas dupes et nous en sommes restés là. Elle semble confondre l'art subtil de l'ironie complice et l'humour peau de banane...
Je n'ai pas cherché à lui en parler depuis ce jour. À quoi bon ?
Ce genre d'attitude, qui hélas perdure, me conduit à prendre toujours plus de distance avec elle. C'est le mieux que je puisse faire pour ne pas être blessé par ces marques d'un ressentiment qui me dépasse. Il surprend aussi nos enfants qui ne pensaient pas que Charlotte marquerait autant la séparation. C'est curieux de voir comme elle a pu changer en s'émancipant.
Moi aussi j'ai changé. Je ne suis plus dans des logiques d'affrontement, ni d'insistance. Je ne cherche pas davantage à maintenir la relation à tout prix. J'accompagne le mouvement et me contente d'être là, présent si nécessaire. Disponible et accueillant tant que je ne me vois pas repoussé. C'est ma façon de rester en lien. Ma façon d'aimer. Tant pis si elle ne m'en renvoie pas d'échos.
À ce propos, j'avais manifesté quelques gestes de tendre affection envers elle, lors de l'enterrement récent de mon cousin où je l'avais vue émue. Manière spontanée de lui montrer mon attachement, mon amour, à elle qui est vivante. Ce jour là j'ai aussi eu des gestes d'affection avec des cousines, avec ma mère, à qui j'ai donné le bras pour l'accompagner dans sa tristesse. Gestes de compassion, de partage, de connivence. Témoignages de vie en sentant sa fragilité. Mais Charlotte, le lendemain, m'a téléphoné pour me demander si, en agissant ainsi, j'attendais quelque chose de sa part ! Elle m'en a signifié en même temps le refus, réactivant mes sensibilités... Je n'attendais rien de ces marques d'affection. Juste lui montrer que je suis attentif à elle, en empathie, en résonnance [pas tant que ça, apparemment...]. Juste une façon de partager un peu de chaleur. C'était un don, pas une demande.
Dire que je ne suis pas atteint par ces marques d'éloignement serait me leurrer. En même temps... depuis cinq ans que ça dure je me suis tellement entouré le coeur de protections que ça n'a plus vraiment d'effets. Il y a comme une diffusion, un amortissement du choc, une anesthésie générale. Je pourrais presque dire que ça ne me fait rien. C'est son histoire, sa façon de gérer la séparation, sa façon de me perçevoir. Je ne me situe pas dans les mêmes logiques.
Pourtant, au plus profond de moi cela travaille quelque chose. Je consacre une certaine énergie pour dépasser le rejet de ce qu'elle voit en moi. Pour ne pas le prendre de façon trop personnelle. D'où la distance que je laisse s'installer, pour ne pas en être trop affecté.
D'un autre côté je m'interroge aussi sur ce qui a pu la conduire à cette attitude : qu'ai-je fait, ou pas fait, pour être porteur de cette image ? Quelle est ma part de responsabilité dans ce rejet ? Mais les réponses ne peuvent s'élaborer que dans l'échange.
Au fil du temps, lentement, par fragments, elles se délivrent et apaisent les tensions résiduelles. À ce rythme, il y en a encore pour des années...
25 février 2008
Des liens et du célibat
Au hasard de mes pérégrinations blogosphériques, je découvre un intéressant texte de Pikipoki qui évoque les liens que nous tissons avec les autres. Il insiste sur le fait que « L'homme est d'abord un être doué des relations qu'il crée, bien plus que des talents individuels qu'il pourrait tenter de construire égocentriquement, cloîtré seul avec lui-même ». Une phrase d'Albert Jacquard lui sert de fil conducteur : « je suis les liens que je tisse avec les autres ».
Ce que développe Pikipoki autour des relations va tout à fait dans le même sens que ce que je crois et j'apprécie le développement qu'il propose. Toutefois j'ai un peu tiqué en lisant un des contre-exemple qu'il choisit : « Fondamentalement, je ne crois pas que le célibat rende heureux. On trouve pourtant beaucoup de gens en faire les louanges et dirent combien il apporte de liberté. (...) Il me semble au contraire que le célibat n'est qu'une réponse conjoncturelle, qui existe principalement dans les sociétés où l'individualisme fait florès, et qui trop souvent ne sert aux individus qui le "choisissent" qu'à camoufler leur situation. Puis ils utilisent le langage, ils le manipulent (encore!) pour mentir aux autres, et pour se mentir à eux-mêmes, afin d'enjoliver et de valoriser les choses. Pour ne pas se retrouver en situation d'infériorité psychologique, une société individualiste s'accommodant très mal de ce genre de symptômes. ».
En quelques lignes beaucoup d'idées se téléscopent, qui me semble plus ou moins défendables. Je ne crois pas que le fait d'être heureux ait vraiment un rapport avec le fait de vivre seul ou a plusieurs (en couple ?). On peut être triste en couple comme heureux en tant que célibataire. D'ailleurs, célibataire ne veut pas dire privé de relation. L'image du "vieux garçon" solitaire est un peu désuète.
Autrefois je pensais que le célibat était triste. Une sorte d'échec, ou un manque de chance. Depuis que je suis dans cette situation j'y trouve avantage et, honnêtement, ne me sens pas moins heureux que lorsque j'étais en couple. Ce serait différent si je comparais à une relation amoureuse qui, effectivement, rend heureux... mais c'est un cas bien particulier dans une relation, et finalement assez indépendant de l'idée de couple.
Le célibat serait une réponse conjoncturelle. Certes, comme l'est la vie en couple, ou toute autre relation, au hasard des rencontres et des séparations. Ce qui me surprend (mais pas tant que ça, puisque auparavant je pensais ainsi) c'est que la relation de couple semble être perçue comme "normale", alors que le célibat serait une anomalie. Maintenant que je le vis, je le vois comme un état tout aussi normal, qui correspond simplement à une situation de non-couple. Situation temporaire ou durable, comme le sont les couples. L'alternance couple/non-couple me semble assez logique, et en tout état de cause tout aussi saine, si ce n'est davantage, que la succession ininterrompue de relations amoureuses. D'ailleurs c'est plutôt cette difficultés à accepter le célibat qui m'interpelle. Comme si c'était, précisément, une anomalie à laquelle il fallait absolument remédier au plus tôt. Comme s'il fallait absolument combler un vide insupportable.
Faire un parallèle entre individualisme et célibat n'est pas dénué de fondement, mais ne doit pas en rester là. Oui, l'individualisme fait que le célibat est désormais mieux accepté, et davantage revendiqué. Non, le célibat n'est pas directement lié à l'individualisme, qui s'étend très largement dans toutes les strates de la société. Couples compris.
Est-ce que les célibataires enjolivent leur situation ? Probablement, pour une part d'entre eux, s'ils le vivent mal. Notamment parce que le regard porté sur cette vie en solo n'est encore pas très bien perçu par la société, comme le montre en filigrane l'analyse de Pikipoki. Pour ma part (mais je ne représente que moi...), je ne valorise ni ne déplore le célibat. Il présente des avantages et des inconvénients, tout comme la vie de couple. C'est un truisme de le dire...
Pour le moment je le vis très bien et, avec toute la conscience dont je dispose, je ne crois pas me mentir en affirmant cela. Sinon, je chercherai à en sortir... Oui, j'ai été plus heureux en période d'exaltation amoureuse, mais notablement moins heureux lorsque cela s'est brutalement terminé. Le célibat (au sens strict) est neutre, sans sommets de félicité ni plongées dans la douleur des séparations. N'est-ce pas aussi une façon d'être heureux que de se préserver, du moins pendant un temps, de ces éprouvantes alternances ? Avant, peut-être, de tâter de nouveau le grand vent de l'aventure relationnelle...
Pour clore cette petite réflexion, j'affirme ne pas me sentir en situation d'infériorité psychologique. Pas plus que lorsque je dis que, comme conséquence de ce célibat, je ne fais plus l'amour...
- Au sujet du célibat, je conseille la lecture de "Les nouvelles solitudes", de Marie-France Hirigoyen.
18 septembre 2007
Du désir à la paix
.
S'il n'y a plus de désir, il nous reste l'amour
S'il n'y a plus d'amour, il nous reste l'amitié
S'il n'y a plus d'amitié, il nous reste les mots
S'il n'y a plus de mots, il nous reste le silence
.
.
Le silence nous sépare
Il me relie à moi-même
Devant mes vides qui résonnent en solitude
Je trouve le soutien de mes bases solides
Le tumulte de l'absence finit par se taire
Le silence, temps pour entendre les bruissements infimes
Laisser revenir à la mémoire les mots utiles
Écouter les murmures intérieurs
Comprendre l'indicible
Trouver la paix
.
03 avril 2007
Parent d'adultes
Lorsque je travaille (cet après-midi), où lorsque je fais un long trajet en voiture (ce matin), mes pensées suivent le cours des préoccupations du moment, ou se laissent simplement porter par la brise de mon humeur. Il m'arrive de penser à ce Carnet-blog, ou à quelque autre espace d'expression, et me dire « tiens, je pourrais écrire sur ce sujet ». Dans la journée ça peut me donner un florilège assez élargi de thèmes vraiment distincts. Le soir venu... je ne sais pas forcément lequel choisir. Et puis souvent l'inspiration n'est plus là, il faut que je me souvienne de ce qui m'était venu spontanément. C'est un peu du réchauffé. Et si je me lance au hasard, comme maintenant, c'est au fil de l'écriture que m'apparaissent de nouvelles idées.
Par exemple, là, je pourrais parler de ce drôle de métier qui me permet de penser à autre chose tout en travaillant. En fait c'est simple : les tâches qui ne demandent pas de réflexion particulière laissent du temps de cerveau disponible, pour reprendre une formule devenue tristement célèbre. Mes mains s'activent et mes pensées se promènent. Finalement c'est amusant : les métiers manuels laissent beaucoup d'espace à l'intellect !
Bon, mais c'est pas de ça que je voulais parler.
J'aurais pu raconter de nouvelles péripéties au sujet des vieilles bâtisses que nous vendons, mais ça devient répétitif : encore un rendez-vous annulé deux jours avant une signature ! Finalement maintenu après négociation. Mais bon... tant que ce n'est pas signé ne crions pas victoire.
Il y a aussi les sujets dont je ne veux pas parler, ou dont je ne peux pas parler.
Alors je vais juste poser quelques lignes autour d'un petit évènement familial : nous n'avons plus d'enfants !
Le p'tit dernier vient d'avoir dix-huit ans. Il est majeur. Adulte. Déjààà ?!! Nos trois petits bout-de-choux sont devenus très vite des grands. Et nous, leurs parents, avons été emportés dans nos péripéties conjugales au moment où ils passaient leurs dernières années parmi nous. D'une certaine façon ça à rendu l'opération moins perceptible...
Je n'ai plus que quelques mois à cohabiter avec ce grand gaillard. En septembre il part en ville avec ses aînés. Je me demande ce que va donner la solitude dans une grande maison vide...
En même temps je dois avouer que j'ai une certaine hâte d'avoir cette totale liberté de mouvement. Libre de mon emploi du temps, de mes soirée, de mes rencontres...
J'aimais beaucoup la vie de famille, mais maintenant que cette convivialité n'est plus qu'occasionnelle je n'ai plus du tout les mêmes attaches.
Seul et libre.
11 février 2007
Un peu de dureté dans ce monde de tendres
Un dimanche tranquille s'annonce. Tiens, j'ai envie d'écrire. Surprenant, n'est-il pas ? Et dans un genre un peu plus léger que ces derniers jours, de préférence [pfff, qu'est-ce que je me trouve sérieux avec mes développements détaillés sur les grandes questions de la vie...]
Hop, un coup d'oeil sur mes boites à mails. Rien. Normal, peu de gens écrivent en pleine nuit et mes quelques connaissances de l'autre bout du monde ne me racontent pas leur vie tous les jours. Hmmouais... il y a quelques années je me réjouissais de trouver régulièrement, au réveil, un message enjoué d'une correspondante tout à fait privilégiée. C'était un réel bonheur et un sourire pour la journée. Mais la roue tourne, le temps passe, et tout peut changer... That's life !
Zioup, je vais faire un tour du côté des éventuelles mises à jour dans mon cercle bloguien. En ce moment ça crépite du côté des "Ricochets des blogueurs". Avec une quarantaine de participants l'heureuse initiative montre son succès. J'aime lire ces fragments de vies tellement différents et pourtant tissés de ressemblances. Je me marre en lisant l'exercice audacieux qui consiste à parler de l'année de sa naissance. Phrase rituelle « Évidemment je n'ai pas de souvenirs de cette année-là ». Ben tiens... tu m'étonnes !
Une fois lu le dernier arrivage, je me mets devant mon clavier...
Allez, quelques nouvelles du front:
Depuis que mon épouse Charlotte a quitté la maison les dimanches ont nettement changé. Jusqu'à cet automne la maison retrouvait son plein remplissage avec le retour de nos deux grands étudiants. J'étais souvent invité à sortir de ma masure pour partager un ou deux repas. La famille était alors réunie presque comme avant.
Charlotte n'étant plus là, les enfants ont bien perçu qu'il manquait la vie qu'elle apportait. Hé... une femme à la maison ça s'agite, ça s'occupe de tout le monde, ça parle avec chacun. Son absence change beaucoup de choses. Et de la même façon, lorsqu'ils vont chez elle, c'est leur papa qui manque. Un papa ça plaisante, ça parle de sujets sérieux, ça bricole. Et puis un couple uni ça papote, ça se taquine, ça se dispute... Désormais nos rencontres se font différemment, par petits groupes à géométrie variable. Parfois j'ai un, ou deux enfants chez moi. Rarement les trois. Aujourd'hui c'est un seul. De temps en temps on se retrouve au complet pour un repas chez Charlotte ou chez moi, mais c'est finalement assez rare.
Tout cela se produit à un âge où, de toutes façons, les enfants prennent une indépendance croissante. Parfois je ne vois pas les aînés pendant deux ou trois semaines. J'ai l'impression que ces périodes se sont accentuées avec la scission du couple. Les enfants ne le cachent pas, d'ailleurs : « c'est plus pareil ».
En apparence ils ont bien accepté notre séparation, mais en profondeur ils ont tous fini par reconnaître que ça les avait déstabilisés. Et comment ne pas les comprendre ?
Pour autant je ne ressens pas cela comme une situation vraiment dommageable. Eux ne s'en plaignent pas non plus. C'est aussi une saine façon de s'émanciper, à un âge où il devient temps de le faire. Les deux aînés ont des tas d'activités avec leurs multiples copains et copines et semblent heureux de cette liberté. Quant au benjamin, qui vit essentiellement avec moi, s'il regrette un peu cet isolement il semble aussi trouver son équilibre à l'extérieur. Peut-être que cette séparation parentale est aussi un coup de pouce involontaire qui les aide à grandir ?
Oui... je regarde les bons côtés, parce que je crois qu'il y en a.
Plus inattendu, mais tout à fait rassurant, ces trois grands ados s'entendent pour se retrouver et faire des choses ensemble. Une fratrie qui s'entend bien, ayant des activités autonomes, que vouloir de plus ? Nos enfants vont bien, ont des projets, des relations, du dialogue... finalement tout va bien !
Ah ben oui, hein, une séparation ce n'est pas forcément une catastrophe ! Qui sait si ce n'est pas, parfois, une chance ?
Charlotte, de son côté, à aussi une vie de plus en plus indépendante. On ne se voit guère qu'une fois par semaine, au mieux pour une heure ou deux. On s'entend bien, évitant toutefois de trop parler de "nous". C'est du "moi-je" du "famille", ou tout autre sujet extérieur au "nous". De temps en temps elle me regarde avec un sourire gêné et vaguement coupable lorsqu'elle me dit qu'elle s'éclate en ayant beaucoup d'activités. Elle découvre la liberté d'être femme, maintenant que son rôle de mère s'amenuise. Elle pense d'abord à elle et ne veut plus se laisser envahir par les autres. Elle ne veut pas être gentille et dévouée. Elle semble tout à fait heureuse de sa nouvelle situation de célibataire. Tant mieux, cela a effacé la culpabilité que je ressentais d'avoir été à l'origine de notre séparation.
D'ailleurs, avec le temps, je la soupçonne aimablement d'avoir saisi cette occasion pour franchir un pas qui semblait la démanger plus qu'elle n'en avait conscience. En tout cas elle a su optimiser la situation et en tirer des avantages ! Et elle a eu raison.
Bon... j'ai parfois un léger pincement au coeur en la sentant de plus en plus distante. Toujours accueillante et chaleureuse, certes... mais différemment. Elle a pris ses distances et entend bien les conserver. Quitte à en marquer les limites sans concessions. Elle est amie et seulement amie. Un peu surprenant quand on a passé un quart de siècle ensemble, dormi dans les bras l'un de l'autre, s'être soutenus dans les difficultés.
Ceci dit le pincement ne dure qu'un instant. Dès que je ne suis plus en sa présence "j'oublie". Je n'ai pas de regrets et trouve bien des avantages dans la liberté de mouvement. D'ailleurs, n'est-ce pas ce que je cherchais ?
J'ai accepté cet éloignement progressif, que j'appelle désintimité, bien que je ne vive pas les choses de la même façon. Je ne ressens pas ce besoin de se couper d'une relation intime, quelle que soit son évolution. Mais je me suis adapté. Accepter, là est la libération des tourments ! Je m'abstiens donc de tout geste de tendresse autre qu'un effleurement rapide, ou une main furtivement posée sur son épaule. Je garde spontanément une attention, une prévenance, une gentillesse... qui auraient vite tendance à l'agacer. Elle ne veut plus de ce genre de rapports entre nous. Elle a besoin de se sentir au-to-nome, même si, vaincue par son manque de pratique, elle finit de temps en temps par me téléphoner pour que je lui rende un service de bricolage. Je me fais alors un plaisir de répondre à sa demande, mais pas dupe de cette entorse qu'elle fait à ses principes.
Parfois je me dis que si j'avais à son égard l'attitude qu'elle à envers moi elle comprendrait que ce n'est pas toujours très tendre. Je crois qu'elle le sait... A moi aussi d'apprendre à ne pas être trop attentionné si je ne veux pas que ma sensibilité soit atteinte. J'apprends à être moins généreux en affection, pour ne pas souffrir de la non-réciprocité. Donner, avec plaisir... mais sans me fragiliser.
Ouais... j'ai souvent trop donné... Ou mal donné.
Finalement j'apprends à être un peu dur, et c'est probablement une bonne chose. Ça me sera certainement utile pour la suite de mon existence. J'aurais sans aucun doute moins de craintes de me faire blesser et pourrais plus facilement m'ouvrir aux autres...
Aimer les autres, oui, mais pas au delà de mes limites.
06 janvier 2007
Poursuivre l'évolution
En attendant d'évoquer (peut-être...) mon séjour à Venise, une petite anecdote sur la vie post-séparation.
C'était l'anniversaire de notre fille hier. Vingt ans... Nous avions convenu avec Charlotte d'offrir un cadeau commun et nous sommes donc retrouvés dans sa petite ville. Devant un café nous avons raconté nos soirées respectives du jour de l'an. Elle s'est fait draguer de façon éhontée... mais semblait assez contente de son succès. Par contre elle n'a manifestement pas du tout été séduite, trouvant assez "lourds" ces hommes qui lui posaient avec insistance des questions intéressées.
Elle m'a avoué, un peu gênée, prendre beaucoup de plaisir dans sa vie de célibataire. Elle avait besoin de liberté depuis longtemps et y trouve beaucoup d'avantages. Tant mieux ! Je préfère la voir ainsi, moi qui ait longtemps craint de la voir souffrir de la solitude. Je suis heureux de la voir heureuse.
Elle m'a expliqué son besoin de distance durant les premiers temps de notre séparation. Cela lui avait été nécessaire pour s'émanciper et prendre ses marques, marquer son autonomie. J'en avais été un peu surpris, un peu attristé aussi, mais finalement je me suis fait à cet éloignement. Maintenant la situation me convient tout-à-fait.
Il semble que le plus difficile à vivre résidait dans la crainte avant le passage à l'acte...
Nous voila donc tous les deux très bien dans notre situation, sans manque, et nous retrouvant avec plaisir de temps en temps. Que pouvais-je espérer de mieux ?
Par contre elle ressent, comme moi, un manque de tendresse et de sensualité avec une personne de l'autre sexe... C'est marrant qu'on puisse en parler ainsi, sans ambiguïté, comme des amis. Je dois bien dire que c'est un des aspects du célibat qui, davantage que l'aspect partage de sentiments ou d'émotions, ne me semble pas offrir de perspectives alternatives très encourageantes...
Mais je ne m'inquiète pas pour autant : tout cela va évoluer dans ma tête et me conduira sans doute à m'ouvrir à de nouvelles façons de vivre les relations. D'ailleurs, n'était-ce pas un des objectifs de ma remise en question de la vie en couple ?
Est-ce que tout ce que je vis ne suit pas une sorte de chemin invisible, mais prévisible ?
19 novembre 2006
La surprise de Pénélope
Il y a une douzaine d'années j'habitais un autre village, dans d'autres collines, au pied des montagnes. J'y avais grandi, l'avais quitté pour la ville lorsque je m'étais marié, puis étais finalement revenu m'y installer avec ma douce épouse Charlotte. Nos enfants y sont nés, sont allés à la même école de campagne que moi, et ont parfois été amis avec les enfants de mes anciens copains. A l'école, à l'heure des parents, il y avait toujours un temps pour discuter en attendant la sortie des classes. C'est là que des affinités parentales se nouaient, selon une subtile distinction socio-culturelle. Nous y avions notament rencontré Pénélope, dont la fille était dans la même classe que notre fils. Pénélope et Charlotte se connaissaient bien, même si elles n'ont pas été ce qu'on peut appeler "amies". Elle s'appréciaient.
Récemment ma mère à rencontré Pénélope, toutes deux habitant encore ce village. Et comme à son habitude Pénélope à demandé quelques nouvelles de la famille et des enfants. Ma mère lui a répondu... sans entrer dans des détails fâcheux. Mais Pénélope à dit qu'elle aurait bientôt l'occasion de se rendre dans le village où je réside actuellement, et qu'elle viendrait nous voir. Là ma mère s'est vue contrainte de dire que... ben... ça ne serait pas facile puisque nous sommes séparés et que Charlotte n'est plus là. Pénélope, visiblement abasourdie, s'est écriée « non, pas eux ?!! ». Ma mère l'a sentie bouleversée.
C'est la réaction qu'ont eue pas mal de gens qui nous connaissaient. « Pas eux !!! ». Il semble qu'on nous percevait comme un "beau couple", aimant et uni, solide, et pas du tout susceptible de sombrer dans ce qui est généralement perçu comme un naufrage.
Ils n'avaient pas tort tous ces gens qui nous connaissent. Nous étions bien un couple aimant, uni et solide. On dit même que j'avais l'air toujours amoureux de Charlotte... Mais justement, ça n'empêche pas forcément une séparation. Au contraire...
A ce sujet je discutais hier soir avec mon fils aîné (qui a bien grandi depuis l'école primaire...) et nous échangions nos points de vue sur la nouvelle situation familiale. Entre autres je lui expliquais ce que j'avais dit à ma mère la veille, suite à la surprise de Pénélope : oui, c'est vrai, c'est triste de s'être séparés. C'est dommage... et cependant je crois que c'est un acte de courage. Car paradoxalement nous nous sommes séparés par amour et par respect. Nous nous respections, soi, l'autre, et le couple, et ne voulions pas rester ensemble pour des raisons matérielles, de confort, ou par peur de nous retrouver seuls. Notre amour valait mieux que des accomodements bancals.
Alors chacun s'est déterminé en toute conscience, en prenant bien le temps de réfléchir, avec un dialogue constant. Chacun a fait ses propositions, énoncé ce dont il avait besoin, et ce qu'il n'accepterait pas. Les incompatibilités sont apparues, incontournables, et aucun de nous n'a renoncé à ses besoins vitaux. Chacun a lutté pour trouver des solutions, manifestant son attachement à l'autre et au couple. Mais nous n'avons pas trouvé l'accord impossible. Certes le couple était très important à nos yeux, mais il ne passait pas avant l'équilibre personnel. Donc nous ne pouvions que nous séparer. Malgré l'affection et la tendresse qui existaient entre nous.
Oui, ça a été déchirant de prendre la décision, et surtout de l'annoncer à l'autre, les yeux dans les yeux. Voir dans le regard de Charlotte son effondrement. Atroce. Des instants gravés comme étant les pires, par la douleur infligée à l'autre aimé.
Ensuite, une fois admis la réalité des faits, ce n'était qu'une question de temps pour faire ça "proprement". Toujours dans le respect de l'autre et du couple. Détisser les liens, voir s'installer le repli amer de la désintimité, mais aussi préparer la désarticulation du cadre familial. Du cadre seulement, parce que la cellule familiale évolue, certes, mais demeure active et bien vivante.
Ça n'a pas été sans tiraillements, tensions, et ajustement. Ça n'a pas été sans douleur non plus, mais celles-ci ont sans doute été réduites au minimum. C'est ce qui me fait dire que cette séparation est une réussite.
Cependant, puisque j'ai maintenant quelques années de recul sur ce processus, je disais à mon fils que tout cela était en germe depuis très longtemps. Depuis le tout début du couple, et même avant que nous nous rencontrions. La crise qui a mené à la séparation n'était que le dernier acte d'un enchaînement d'origine très lointaine. Et si Charlotte à si rapidement parlé de décisions radicales c'est parce qu'elle perçevait déjà, avant moi, une certaine usure du couple et du désir commun. Elle ressentait une lassitude avant même que je commence à manifester les premiers signe de frustration.
D'une certaine façon elle a saisi l'occasion pour jouer au quitte ou double (et probablement régler des comptes avec son histoire personnelle puisque ses parents, eux, n'ont jamais voulu se séparer alors qu'ils pourissaient leur vie et celle de leurs enfants). Moi je n'avais pas eu le temps de me rendre compte que je commençais à m'ennuyer dans ce couple. Je ne l'ai réalisé que lorsque la crise à éclaté et que j'ai cherché à en comprendre les raison. Là seulement l'évidence m'est apparue : il me manquait quelque chose d'essentiel et je l'ignorais. Mais c'était "trop tard" puisque je m'étais ouvert sur l'extérieur et, en nouant des liens d'intimité avec le féminin, avais trouvé ce qui me manquait. Désormais je savais.
Et non seulement je savais, mais je vivais.
Enchainement de circonstances dont, avec le recul, il pourrait paraître simple de dire qu'il aurait pu en être autrement. Oui, il aurait été possible de faire autrement, si seulement...
Mais ça ne s'est pas passé ainsi. Nous n'avons pas vu passer le moment où nous pouvions nous ressaisir ensemble, tout simplement parce que nous n'avions pas conscience de ce qui se passait. Et même, aurions-nous vraiment mesuré l'ampleur des changements à effectuer ? Nous auraient-ils été possibles ? Aurions-nous compris tout ce que nous avons mis à jour ?
Si nous avions été moins solides, moins structurés, moins sûrs de nous-mêmes, peut-être que l'un des deux aurait cédé. Par manque d'assurance, par faiblesse, par lâcheté. Recolmater les brêches vite fait, "oublier", et repartir cahin-caha. Au nom de l'amour... mais plutôt par confort. Pour ne pas tout déstabiliser.
Non, on n'a pas fait comme ça. On est allés au bout de nos convictions.
Séparés, certes, mais deux personnes qui s'estiment et se respectent.
Séparés sans regrets, même si c'est quand même un peu triste.
Alors c'est sûr que vu de l'extérieur, aux yeux de Pénélope et de bien d'autres, tout cela semble bien dommage. Nos amis, nos parents, ont eu la même réaction en leur temps. « Un énorme gâchis », comme certains l'on dit. Désormais les plus curieux et ouverts semblent avoir mieux compris les enjeux.
Au moins sommes-nous d'accord sur ce point avec Charlotte : nous avons fait ce qu'il fallait faire. Nous n'avons pas bradé notre amour. Et finalement la seule chose qui compte c'est que nous soyons en paix en nous-même, et entre nous...
Il y a près d'un mois que Charlotte est partie. Elle ne me manque pas et je ne lui manque pas. Après trois ans de préparation nous étions prêts. Un lien demeure, sans besoin de présence. Nous nous voyons peu, mais avec plaisir. C'est les week-end, quand la famille pourrait se réunir que l'absence est un peu plus perceptible... mais la famille et le couple sont deux choses distinctes.


