Alter et ego (Carnet)

Itinéraire d'une ouverture à soi et vers autrui

08 août 2009

Quand la peur s'immisce

Libérant sa pensée en agitation, se soulageant de trop de questions, elle avait ouvert le dialogue. Je l'avais écoutée, attentif, captant l'essence de ce qui lui importait à ce moment-là. Progressivement j'étais entré en vibration, ses pensées éveillant les miennes dans un registre qui nous était commun. Me nourrissant de ce que nous partagions je répondais à son besoin de mots et de réflexions. J'appréciais la fécondité de l'échange et peu à peu ma parole avait pris presque toute la place dans cette ambiance d'ouverture partagée. Elle était avide de mes paroles et cet intérêt me libérait, me permettant d'être dans une spontanéité confiante. J'étais pleinement moi, entièrement là. Tout à fait en harmonie et intéressé par ce qui émanait de ma conscience.

Jusqu'à ce qu'en un instant s'arrête cette envolée...

Elle évoqua, une fois de plus, les incertitudes sur l'avenir de notre relation. Une fois de plus je lui rappelai que, le futur nous étant inconnu, ce qui comptait était l'instant présent.

Alors elle manifesta un agacement, qualifiant ma remarque de « recette toute faite » qui lui faisait penser à celle d'adeptes de l'attitude Zen qu'elle avait cotoyés dans sa jeunesse, s'obligeant à toujours rester dans l'ici et maintenant.

J'ai tenté de lui expliquer en quoi ses inquiétudes, quand elle se projette vers un avenir incertain, pourraient aisément m'entraîner vers mes propres peurs si je ne ramenais constamment le ressenti à l'instant présent, seule réalité vécue. Ses peurs face à l'inconnu commun me renvoient à ma peur de ne pas savoir la rassurer. Or je vis de plus en plus dans la réalité de l'instant depuis que j'ai compris combien les inquiétudes de chacun pouvaient contaminer et alourdir une relation. La peur bloque les élans aussi sûrement que le désir les ouvre.

Elle ne parvint pas vraiment à entendre ce que j'élaborais. Dès lors je me tus. Me recentrant sur mon propre équilibre je revins vers une expression prudente et mesurée. Je n'ai plus cherché à partager mes ressentis les plus sensibles, privant du même coup la créativité qui peut en naître. Je ne sentais plus chez elle la capacité de rester ouverte à ce qui ne lui convenait pas et je ne désirais pas m'exposer inutilement à des manifestations de débordement émotionnel.

IMGP2205

Fleur de chardon

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13 juillet 2009

Dans le silence des rencontres

Hmmmm ! deux jours de solitude. Complète.
Enfin !

Je les attendais ces jours, après avoir passé deux semaines non-stop en contact avec autrui sous diverses formes : relations d'amitiés, de séduction, enfants de passage, réunions municipales... Sans oublier mes journées de travail. Les rares soirées où j'étais libre j'étais tellement épuisé que je m'endormais dès que je me posais.

Vie très occupée finalement. Un peu trop à mon goût. Du coup je profite de ce week-end prolongé pour prendre mon temps. Lire, écrire, me promener, glandouiller...

Parmi les rencontres notables il y a eu une soirée passée avec Charlotte, mon ex-femme [oui, ça y est, je parviens à écrire ce terme...]. Elle était venue ramasser cassis et framboises dans "notre" jardin. Je ne l'avais pas vue ni n'avais eu d'échange avec elle depuis l'entrevue du film « Je l'aimais » [qu'elle m'a avoué avoir choisi par erreur, pleurant toute la séance...]. Après avoir bavardé de choses et d'autres nous en sommes venus, comme souvent et à son invitation, sur nos vies sentimentales. Succinctement, discrètement. Juste histoire de savoir comment l'autre vit sa vie, sans entrer dans les détails. Je n'ai pas évoqué mes relations plurielles, considérant qu'il était trop compliqué d'expliquer en quoi elles consistaient. Charlotte ne m'a pas vraiment posé de questions. En revanche elle m'a fait part, une nouvelle fois, de ce que j'ai ressenti comme une certaine déception : elle ne trouve pas de relation satisfaisante avec des hommes. Elle m'a parlé de ce qu'elle appréciait chez moi. Nos dialogues, l'ouverture que je lui apportais avec mes réflexions. Comme diraient les québecois : « ça m'a fait un petit velours » d'entendre cela.

Autres rencontres, sur lesquelles je ne m'apensantirai pas [pour éviter les commentaires maladroits] : les moments passés avec mes... euh... comment les nommer... "amitiés tendres". Sauf pour dire que, précisément, je cherche un terme non équivoque. Pas encore trouvé. J'ai cependant réalisé que je me laissais entraîner vers une implication excessive, subissant la pression de demandes trop fréquentes de rencontre. Je me suis donc recentré sur mes désirs réels : vivre des amitiés de confidences où l'expression du désir n'est pas contrainte. Des relations de partage qui laissent une place importante au désir et au sensuel, au sexuel, mais qui ne soient pas asservies aux sentiments, et surtout pas à la dépendance et aux demandes pressantes qui en découlent. Bon... ça c'est ma posture. Les ajustements sont en cours avec mes partenaires. Pour le moment ça va plutôt bien...

Autre rencontre importante : les Journées de l'autobiographie à Ambérieu-en-Bugey. L'ami Valclair, que j'ai reçu pour l'occasion, en a donné sa version et j'avoue que ça m'arrange bien : me voila dispensé d'en faire un compte-rendu exhaustif ! Pour autant je ne resterai pas muet à ce sujet. Comme lui j'ai ressenti un moindre investissement personnel que les années précédentes, probablement parce que la part d'inconnu et de nouveauté s'est forcément tarie, emportant avec elle l'enthousiasme de la découverte. Peut-être aussi, et surtout, parce que biographie, autobiographie et journal, sont des pratiques qui diffèrent notablement de celle des écrits en direct et en public, comme c'est le cas sur nos blogs. Cette instantanéité de la lecture apporte vraiment une dimension singulière, unique. Peu partageable avec ceux qui n'en connaissent pas les spécificités. Je me sens toujours un peu à part au milieu des participants à ces journées. Tout comme je sens à part les participants qui cherchent absolument à vendre les mérites de leur livre publié, avides de reconnaissance et de lecteurs, se rehaussant immodestement au statut d'écrivain... Rien ne me rebute davantage que celui ou celle qui croit être l'auteur d'une oeuvre passionnante, digne d'intéresser tout interlocuteur [oui, je sais, je suis un peu méchant...]. Hum... probablement parce que j'y retrouve un peu de mon propre orgueil, que je voudrais réduire à néant.

Durant ces journées j'ai particulièrement apprécié l'intervention d'Alexandre Bergamini, qui a eu l'audace de partir en errance sur un cargo pourri durant des mois, entre mer du Nord et Océan Indien. J'ai été marqué par la place qu'il laissait à la lenteur, tant au niveau de ce voyage que pour répondre aux questions qui lui étaient posé. Le silence avait toute sa place. C'est un homme qui sait donner de l'espace au temps. Il a parlé du trajet en cargo, « temps de se libérer de soi avant de parvenir à destination ». J'ai aimé l'entendre dire qu' « il se passe autre chose que soi dans l'autobiographie ». Écrivant au cours d'une tempête déchaînée il en retire qu' « écrire c'est combattre les furies, pas écouter les sirènes ». Je retrouve bien là cette exigence envers soi, contre soi, cette lutte qui libère alors que la complaisance entrave et fige dans l'immobilisme. Bergamini parle aussi de « l'approche silencieuse de l'écriture ». J'aime beaucoup cette opposition du silence et des mots. Le rapport au temps, aussi : « le temps est une notion intérieure ». Concernant son rapport aux autres il dit « il y a suffisamment de monde en moi pour ne pas chercher à rencontrer ». Il privilégie la solitude et le silence, affirmant « les autres sont ma limite ». L'auteur « essaie d'écrire depuis les espaces vacants qui se sont libérés après avoir parcouru (ses) errances ». Revendiquant son choix de solitude il dit : « les autres m'intéressent quand ils sont libérés d'eux-même. Quand ils n'ont rien à me dire. Je n'ai pas besoin d'un "partage" qui n'en est pas ». Il conclut en soulignant que « pour trouver le mouvement intérieur il faut se taire, faire silence ».

Il m'est difficile de restituer en quelques phrases la densité de ses propos et l'épaisseur de ses silences, mais j'ai été assez sensible à son approche. L'analogie entre voyage intérieur et voyage dans l'espace, leur rapport au temps, au silence, aux autres, à soi...

Bon... après ça mes mots me paraissent bien superflus, hé hé...
Je sais bien que je me perds autant que je me trouve en écrivant ainsi sur ce blog public et commentable.

Disons que je suis autant dans un désir de témoignage que dans une recherche personnelle, l'un et l'autre se nourrissant alternativement.

Rencontre au sein de ces rencontres, celle d'une blogueuse très discrète, un peu plus ancienne que moi dans ce monde des écrits en ligne. Amusant de pouvoir évoquer ensemble le souvenir des "pionniers", exhumant de nos mémoires, une décennie plus tard, les noms disparus des connaissances communes. Troublant et réjouissant de constater qu'une lecture au long cours, doublée d'une intuition féminine aiguisée, permet de deviner entre mes lignes ce que je ne dis pas. L'occasion de donner, dans la discrétion des confidences, quelques éclairages sur les lacunes volontaires de ce que je livre de moi en public. Eh oui, la transparence peut faire illusion en contournant l'essentiel. Entre ce que j'écris au grand jour et ce que je laisse dans l'ombre il peut y avoir un monde. Il en est de même pour beaucoup d'entre nous...

Nos échanges et nos silences ont apporté cette part manquante qui affecte nos écrits. Cette dimension supplémentaire que confère la présence, les intonations de voix, les hésitations palpables et le plaisir de céder dans la confiance des confidences.

Mais ce qui me restera de ces journées sera sans doute d'avoir partagé, certes superficiellement et en marge, un peu du quotidien de cette blogueuse mal voyante. J'ai pris conscience de l'aisance dont nous disposons, sans même y penser, avec la vision pleine et entière. Découverte d'un handicap que je ne connaissais pas, difficile à décrire, fluctuant, mais constatable dans chaque geste de la vie courante. Ne serait-ce que dans les déplacements et mouvements. Et pourtant, tout lui reste possible, au moins pour un temps, avec une aide adaptée. Nous avons même pû nous promener sur les chemins au relief chaotique des collines environnantes. J'ai aimé contribuer à cette aide, de temps en temps, devenant vigilant sur tout ce qui pouvait se révéler être obstacle et danger. J'ai retrouvé un peu de ce que j'apprends dans l'écoute : être présent, attentif, mais sans jamais orienter selon ma perception des choses. En quelque sorte aider l'autre à percevoir le monde, mais sans altérer son libre choix. Bel enseignement...

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cargo

Avec lenteur le cargo s'imprègne des côtes qu'il longe...

(Canal de Panama, janvier 2009)

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23 avril 2009

Le temps de la liberté

A chaque fois que j'ai rencontré le désir de rapprochement d'une femme cela m'a permis de prendre conscience de mécanismes relationnels que j'ignorais. J'aime cette découverte et, pour tout dire, elle motive ma curiosité. J'explore. J'expérimente. J'apprends. Je pourrais garder cela pour moi mais, parce que j'en garde encore l'habitude, je partage ici, de temps en temps, ce que cela m'inspire. J'ose espèrer votre indulgence pour l'égocentrage éhonté de ces interventions, portées ici à titre de témoignage. Un cheminement personnel comme un autre...

[hop, me voila débarassé de l'autojustification]

Aujourd'hui : le besoin de liberté.

Le besoin de me sentir libre, que j'appelle improprement "liberté", est devenu prépondérant depuis que j'ai découvert les plaisirs de la vie en solo. Je n'imagine plus de renoncer à cette précieuse conquête et c'est un des premiers éléments que je pose dès que j'entre dans une dimension relationnelle qui pourrait, à plus ou moins long terme, mettre en péril cette prérogative. C'est un peu : « Touche pas à ma liberté ! »

Je n'envisage désormais une relation que pour ce qu'elles devraient toutes rester : libres !

Autant vous dire que si le principe en est aisément accepté la réalité se montre fort différente. Essayez de vous lier sentimentalement avec quelqu'un en lui exprimant un désir de liberté et vous verrez le résultat : inquiétude garantie, si ce n'est incompréhension ! Avec risque notable de rejet et/ou éloignement. Je peux comprendre ces réactions...

Mais en quoi consiste cette liberté, me demandent en choeur celles qui aimeraient bien, si ce n'est mon coeur, du moins me voir passer davantage de temps avec elles ?

Jusqu'à récemment je n'avais pas de réponse bien claire. Je pensais surtout à mon besoin de me sentir libre de rencontrer qui je voulais et de continuer à pouvoir faire des rencontres. Mais je sentais que c'était un peu court. J'ai laissé infuser l'idée afin de préciser ce que je plaçais derrière ce terme. C'est longtemps resté flou jusqu'à ce que se fasse un lien avec à la notion de temps. En effet j'ai remarqué que, dans la plupart des rencontres que j'ai faites, si ce n'est toutes, je me suis trouvé confronté à une demande pressante d'aller rapidement vers un assouvissement du désir de présence. Je ne sais pas si c'est parce que la frustration était pénible ou s'il y avait crainte que le désir de partage s'estompe avec le temps, mais il est certain que j'ai senti une pression. Je l'ai attribuée à un besoin de réassurance, mais il peut s'agir d'autres raisons. Par exemple ce peut être un désir de "vivre vite" ou, autrement dit, un désir de jouissance [par crainte de la mort ?]. Quelles qu'en soient les raisons ce genre de pression est inadapté. Par excès d'inquiétude j'ai moi-même procédé ainsi avec une précieuse amie, autrefois, et je sais maintenant que ça n'a contribué qu'à précipiter ce que je redoutais : l'éloignement. De fait personne ne pouvait calmer des angoisses qui m'étaient propres : c'était à moi de faire un travail sur moi-même. C'est ce que je me dis vis à vis des personnes pressées par le temps...

Cela m'a amené à répondre à une question que je ne m'étais même pas posée : quand j'entre en relation est-ce pour vivre au plus vite ce qu'il y a à vivre, quitte à me brûler les ailes, ou bien pour élaborer *quelque chose* ensemble, dans la confiance et le respect [concepts hautement subjectifs !], pour s'enrichir et s'épanouir mutuellement ? Clairement, pour moi, peu m'importe que les choses aillent vite ou pas... du moment qu'on s'en laisse le temps !

Mon besoin de me sentir libre est donc très lié à la dimension temporelle : j'ai besoin de temps. Temps pour construire la relation, d'une part, mais aussi temps pour continuer à vivre hors de celle-ci. Je me sais être plutôt contemplatif, j'aime observer, expérimenter, et en toute chose je souhaiterais prendre le temps qui m'est nécessaire. Je me sais être adepte d'une certaine lenteur, celle qui permet de ressentir l'instant présent sans systématiquement me projeter dans le moment qui va suivre. Être là au présent. Certes je pense à l'avenir lorsque ça me permet de faire des projets, d'envisager des bonheurs prévus et commencer à les vivre par anticipation... mais je me méfie des pensées lancées vers l'inconnu quand elles peuvent nourrir des craintes. Je me méfie du registre des peurs. Il m'arrive toutefois de me heurter à cet écueil projectif... notamment quand j'anticipe sur les complications relationnelles à venir du fait de mon besoin de liberté !

En fait, dans mon idée de liberté, tout est question de reliance : être relié aux autres, dans toute leur diversité, mais aussi être relié à moi-même et relié au temps. Mes relations aux autres sont professionnelles et familiales, amicales, internautiques... Presque toujours émotionnelles et parfois intimistes, désirantes, spirituelles. J'ai besoin de temps pour chacune de ces relations. J'ai aussi besoin de temps pour être en relation avec moi-même. Ce blog y contribue notablement, quoique de moins en moins proportionnellement. J'ai enfin besoin de temps pour... prendre le temps ! Prendre le temps de penser, de ressentir, d'analyser, d'observer mille choses. Prendre le temps de me promener, de photographier, de jardiner, de faire la sieste, de regarder dans le vague. Prendre le temps de me former, de m'informer, d'agir. Prendre le temps de lire, d'écouter, de humer, de goûter. Prendre le temps de le prendre ! Bref, j'ai besoin de beaaauucoup de temps pour me sentir vivre et ne peux envisager de le sacrifier pour le plaisir de partager une seule relation, aussi épanouissante et réjouissante soit-elle.

Puisque j'aime observer et expérimenter, que j'ai une certaine curiosité personnelle et relationnelle... j'aime rencontrer des personnalités diverses et entrer dans différents registres ce qui peut être partagé. Aimant les échanges approfondis et ne leur mettant pas de limites conventionnelles, peu m'importe de situer cela sur le continuum qui relie amitié et amour, sympathie et attirance. Et pas question d'exclure du champ du désir éventuel la sexualité ! Là encore j'ai besoin de me sentir libre de partager jusque là où peut exister un désir conjoint. Il ne m'est donc pas envisageable de me sentir coincé dans une relation exclusive. Je ne suis pas sorti de la conjugalité pour retrouver quoi que ce soit qui puisse y ressembler ! Ma partenaire la plus exigeante est probablement ma solitude.

Ce besoin farouche de liberté relationnelle allié au besoin de liberté temporelle fait que... ce peut être difficile à vivre pour celles qui voudraient partager davantage avec moi. Et ça me fait souci, parce que je n'aime pas induire de la souffrance [qui, certes, leur appartient...].  Entièrement présent à elles dans les moments de partage, je suis "absent" quand je suis occupé dans d'autres quartiers de mon existence, d'autres temps nécessaires. Je compartimente assez nettement mes vies, spontanément, sans pour autant les dissocier. Ma disponibilité dépend largement du présent que je vis. C'est le fameux "ici et maintenant"...

A moins que, de nouveau, j'aie à vivre une relation essentielle et "vitale", révolutionnaire parce que structurante et constructive au point de devenir prioritaire ? Mais j'en doute fort maintenant, au point où j'en suis parvenu...

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03 avril 2009

Histoire de cul ?

J'ai fait part des émois de ma voisine avec une certaine légereté, sans me rendre compte de la réelle portée de mes écrits. Tout emporté dans mon élan de sensationnel, j'ai utilisé sans beaucoup de respect des pensées sensibles qui m'ont été confiées avec délicatesse. Je n'en suis pas très fier. Plusieurs commentaires se sont engoufrés dans la brêche que j'avais induite en l'élargissant quelque peu par le rire, voire une relative grivoiserie. C'était amusant et je reconnais avoir pris ma part dans la rigolade. Après tout, ça déride un peu ce blog. Mais... n'est-ce pas dommageable de laisser croire qu'il s'agirait, pour parler vulgairement, d'une histoire de cul ?

Je remarque que "le cul" provoque une ébullition réactionnelle et un intérêt certain du lectorat : dès que j'en parle je peux aller consulter mes stats en étant sûr de vérifier que l'audience augmente ! A moins que ce ne soit "l'amûûûûr", imaginé, qui suscite ce genre de réactions ? Et d'intérêt ?

Le désir de rapprochement n'est-il qu'une histoire de cul ? Je ne crois pas que ce soit aussi simple même s'il reste incontestable qu'en tants qu'êtres vivants, nous sommes "programmé" pour nous reproduire. Mes origines animales me ramènent immanquablement à un désir fruste de simplement "baiser", copuler, forniquer. Certes. Certes...

Mais je suis aussi dôté de conscience, et le désir peut se décliner de façon infiniment plus riche que la réponse à une pulsion. Désir de partage, de rencontre, de dialogue, d'écoute, de découverte, de différence, de tendresse, de séduction, de sentiments, de me sentir vivant, de désir, de dépassement, d'élévation, d'inconnu... Autant de variations qui animent différentes strates de l'être. Ventre, coeur, pensée... esprit... âme (?). Des plus ancrés dans les tripes aux plus élévés dans le transcendental, qui peut savoir quels désirs sont conviés, dès lors qu'il ne s'agit pas que d'un désir "de cul" ?

J'ai laissé s'exprimer ce qui avait à se dire, m'interrogeant moi-même sur mes véritables motivations dans cette voisine approche. Je suis désormais certain que le désir de sexualité n'est que secondaire. Il existe et fait partie des moteurs d'avancement, mais sans nécessité d'aller jusqu'à un aboutissement. D'ailleurs le terme d'aboutissement est éloquent...

Ce que me propose ma voisine, ce qu'elle désire, attend, souhaite, va bien au delà.

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23 janvier 2009

Femmes kamikazes

Il y a bien longtemps que je n'ai pas parlé de ma collègue Artémis, celle qui ne m'avait plus adressé la parole pendant des mois avant de me déclarer qu'elle « se détruisait » en agissant ainsi. Depuis le dialogue a progressivement repris et nous sommes de nouveau dans une période de détente et d'entente. Je garde toutefois une certaine prudence...

Aujourd'hui tout allait bien. Quand elle m'a subitement demandé, alors que nous étions tranquillement face à face et seul à seul dans le bureau : « tu ne parles pas quand tu es avec quelqu'un ? ». Il est vrai que travaillais sur l'ordinateur sans songer à discuter. Elle ajouta précipitamment, dans une semi-affirmation précédant ma réponse : « ça veut dire que tu n'accordes pas d'importance aux autres !? En fait les autres ne t'intéressent pas ! ». Je lui ai alors expliqué que je répondais volontiers aux questions, mais que mon registre de dialogue était surtout celui de l'intimité. Que ce qui m'intéressait était l'intériorité, l'être, les pensées profondes. Là je pouvais être aussi attentif que bavard... ce qu'elle n'ignore pas puisque nous avons eu ce type d'échange quand elle s'était intéressée à moi. Or dans le bureau, aujourd'hui, nous pouvions être dérangés à tout instant, obligeant à une interruption brutale qui m'aurait frustré.

Au delà des explications rationnelles, j'ai été un peu piqué par ses remarques maladroites, parce qu'il y a une part de vrai dans ses affirmations : je ne m'intéresse guère à l'aspect superficiel des vies, et cela me gêne un peu. D'autre part c'est bien souvent parce que je ne souhaite pas déranger ou être perçu comme intrusif que je retiens ma parole. Pour ne pas "l'imposer". C'est bien évidemment une erreur que d'agir ainsi, avec une trop grande retenue qui ne favorise pas les échanges, mais je ne suis pas encore guéri de très anciennes blessures...

La seconde partie de la question d'Artémis est typique de son mode de fonctionnement : elle a une étonnante capacité à passer alternativement du rire aux petites phrases piquantes, sans que je ne sache vraiment comment le prendre. Je suppose qu'elle agit impulsivement, cumulant les maladresses en voulant les corriger. Je reste donc sur mes gardes avec cette femme.

Superactive, elle traverse son existence comme elle peut, mais pas sans douleur ni questionnements... qu'elle se sait fuir. Véritablement angoissée par la fuite du temps elle n'a aucune patience et ne supporte pas l'impression d'immobilisme. Ni pour les situations, ni pour les personnes. Elle se dit être de mauvaise compagnie. « Je ne m'aime pas quand je suis avec les autres » explique t-elle. Je la sens hypersensible, et la vois souvent dure avec les autres comme avec elle-même. Je la taquine de temps en temps mais, subitement, elle peut sembler ne pas comprendre, disant alors que je suis « méchant »... entre rire et sérieux.

Il ne m'est pas toujours facile de cotoyer au quotidien cette femme versatile... et pourtant attachante. Précisément parce qu'elle est changeante et bourrée de contradictions ! Je constate avoir un petit faible pour ce genre de personnes à la sensibilité exacerbée, et ce d'autant plus qu'elles tentent de la dissimuler. C'est comme si je sentais tout ce qui se cache sous une émotive rudesse. Mais gare aux coups de griffe ! Il suffit que ma présence ou mon approche soient perçues comme menaçantes pour me voir vivement repoussé. Devenu comme "ennemi". Mieux vaut avoir le cuir épais...

Par chance le mien s'est épaissi ces dernières années. Ce n'est pas un hasard si je suis "prêt" à cotoyer Artémis...

Elle se dit être une "mutante", sans que je sache vraiment ce que cette revendication signifie à ses yeux. Ce n'est pas la première fois qu'une femme me déclare cela, ni que je croise de type de comportement tendant à l'autodestruction.

Autrefois j'aurais été incapable de tenir face à une Artémis qui, je le sens, "teste" ma capacité de résistance avec ses dérapages aux limites de l'incontrôlé. Elle joue avec mes sensibilités, les cherche, s'en veut. Dans la même poignée de secondes elle peut dire une vacherie, s'en vouloir, en rire, puis s'autopardonner prestement... pour vite changer de sujet. C'est comme si elle-même hésitait à retenir ses pulsions destructrices, les lachant de temps en temps tout en sachant très bien les effets qu'elles peuvent produire, autant désirés que redoutés.

Après plusieurs expériences j'apprends à me situer à la distance optimale de ce genre de femmes que mon calme semble séduire autant qu'il agace. La distance prudente que j'apprends à maintenir me permet de tenir en me préservant au mieux des dommages collatéraux. Car j'ai eu à encaisser, dans le passé, des rejets qui purent être violents, me faisant percevoir comme objet de haine. En fait je crois que la haine se projete vers l'image insupportable que je renvoie de ces femmes-kamikazes...

Ce que m'avait traduit Artémis ainsi : « quand on ne parvient pas à détruire l'autre c'est soi-même qu'on détruit ».

Je me demande ce qui me fascine et m'attire encore dans ce genre de relation. Cela tient sans doute du défi et de la réparation : me surpasser en améliorant ma capacité à endurer des coups. Devenir solide, être capable d'être celui qui tiendra le choc. Avec le rêve illusoire, sans aucun doute, d'être celui qui saurait guérir une femme de ce que je perçois comme sa souffrance...

Inutile de convoquer Tonton Freud, je pressens vaguement à quoi tout cela fait référence et l'importance qu'il y a à l'élucider. Piste de travail à suivre...

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22 janvier 2009

Liens d'indépendance

Lorsque je regarde ma façon d'être avec les autres, aujourd'hui, je songe souvent au parcours qui m'y a mené. Comme si je n'avais pas encore vraiment endossé cet habit neuf, tellement différent de celui que je pensais devoir porter jusqu'à la fin de mes jours...

C'est dans la peau d'un ours taciturne [j'exagère à peine...] que je suis entré dans le fabuleux monde d'internet, il y a une dizaine d'années. Une révélation pour l'handicapé social que j'étais, plutôt introverti et silencieux. Je fus immédiatement fasciné par la facilité avec laquelle je pouvais entrer en relation avec des inconnus [en l'occurence il s'agissait surtout d'inconnuEs...] et me suis engoufré dans cette brèche insoupçonnée. C'était le temps de la découverte, de l'exploration de diverses formes de communication, avant que l'écriture en ligne ne devienne mon accaparante compagne.

Il s'en est formé, en ces espaces virtuels, des "relations" ! Autant de personnes avec qui il y eut des échanges privés qui semblaient s'installer, des ouvertures de la bulle intime de chacun durant parfois des mois. Combien y a t-il eu de ces sympathisations à distance ? Plusieurs dizaines. Peut-être une cinquantaine. Oui... mais aujourd'hui combien existent encore ? À vue de nez : une bonne quinzaine. Peut-être une vingtaine. Avec quelques véritables liens qui, se révélant fiables, sont devenus amitiés précieuses. La plupart avec des personnes rencontrées en vrai de vrai. Mais d'autres relations restées jusque là virtuelles pourraient probablement atteindre ce statut si le passage au réel se réalise un jour.

En entrant dans ce monde de communication exacerbée j'étais naïf et idéaliste. J'ai donc vécu quelques déceptions. Normal...

Surprenantes et déstabilisantes au début, leur répétition a fini par m'y rendre moins sensible. J'ai appris, au fil des ans, à vivre les échanges au jour le jour. Dans l'ici et maintenant, selon la formule consacrée. Et c'est très bien ainsi ! L'intégrant dans mon mode de fonctionnement j'ai pu transférer cette façon de vivre les relations au monde réel et, progressivement, aller plus au devant des rencontres. Je ne me considère plus comme un ours associal, quoique je reste, comme le pointait mon billet précédent, d'un tempérament volontiers solitaire. Je m'épanouis bien davantage dans les rapports intimistes qu'en groupe.

C'est en lisant un billet de Christine autour des ruptures, qui laisse transparaître son amertume, que je me suis rendu compte que j'avais quitté le domaine des déceptions relationnelles. Je me souviens très bien de ce sentiment de désappointement, tristesse et rage mêlées, en voyant disparaître, parfois sans la moindre explication, des personnes avec qui s'était établi un début de relation amicale, une sympathie, une affinité. Bon... en écrivant cela je me souviens avoir perçu que certains de ces échanges n'étaient pas dénués de sentimentalité. La non-réciprocité à probablement tué dans l'oeuf ce qui ne trouvait pas les conditions favorables à une éclosion. Il semble que j'ai parfois séduit sans vraiment m'en rendre compte [bien que ce soit généralement resté non élucidé]. Moi même j'ai été séduit par des écrits, des idées, des ressemblances, des apparences d'attirance. Mais je sais à quel point le média internet favorise l'imaginaire, au détriment du réel...

Je n'aurais pas la prétention d'affirmer que je n'ai jamais laissé s'effilocher des liens. Il m'est arrivé de laisser le silence prendre une place croissante sans rien faire pour le contrer. Je sais maintenant que les rencontres ne sont parfois que conjoncturelles. D'ici à penser qu'elle ne sont que temporaires et que viendra le moment où elles ne seront plus suffisamment stimulantes, il n'y a qu'un pas. Je me demande cependant si cette conception des choses ne pousse pas à le franchir un peu trop facilement, ce pas...

Quoi qu'il en soit, fort de mon bagage expérienciel, je me vois vivre aujourd'hui chacune de mes relations au jour le jour. J'ai été transformé en traversant mes désillusions. Apre et cruel, tel une épreuve initiatique, ce rite de passage m'a été nécessaire pour acquérir une certaine consistance. Illusions perdues qui font que je n'ai désormais plus à m'en protéger : j'ai cessé d'y croire. Je me sais pourtant avoir conservé une certaine candeur sentimentale et affective, que je pourrais qualifier de militante, mais que je m'efforce de débarasser de toute trace d'infantilisme (dépendance). Je crois toujours en la volonté de tenir, qui crée les liens véritables. J'y crois fondamentalement, sans faille. C'est ma façon d'être. Mais je suis devenu prudent... Je sais que tout le monde ne partage pas mes conceptions. Je reconnais que j'ai appris à me protéger un peu. D'abord avec quelques regrets et une certaine tristesse, puis en acceptant que le monde se révéle être différent de ce que mes idéaux et rêves imaginaient. Alors puisque je ne pouvais pas changer le monde, c'est mon regard sur lui devait changer... Je me suis adapté. A tel point que je ne sais plus vraiment ce que je suis...

La question des relations et des liens, qu'ils soient de nature amicale ou sentimentale, est une des trames principales de mon "oeuvre" [wow !] diaristique. Sujet dont l'importance s'estompe à force de passer et repasser sur les chemins qui s'y croisent. D'autres pistes devraient trouver la place d'émerger, probablement plus diversifiées, moins chargés émotivement. Je continue néanmoins à tourner encore autour de ce pôle, autour duquel s'est infléchi mon parcours. Fortement marqué par mon vécu j'ai choisi de faire des relations sentimentales, et plus spécifiquement de celles du couple (au sens large), l'axe majeur de ma réorientation professionnelle.

Si dans ce billet je reviens une fois de plus sur le sujet c'est parce qu'au cours d'une récente session de formation, un homme au délicieux accent québecois nous présenta la distinction qu'il fait entre des termes plus ou moins confondus: communication, écoute, relation, lien.

J'ai bien aimé ce qu'il disait du lien : il ne peut naître que s'il y a relation mais n'a pas besoin de relation pour perdurer. Et de nous parler des liens qui demeurent entre des personnes qui ne sont plus en relation : séparations, fâcheries, décès. Le lien n'existe que lorsque l'affectif est convié, ce qui n'est pas le cas des relations. Je suis en relation avec mon banquier, par exemple...

Si je me fie à cette acception des termes, je devrais plus souvent parler de liens lorsque j'évoque certaines relations d'amitié, qu'elles aient pris naissance sur internet ou dans le monde réel. Peu importe le lieu et les circonstances : les disparitions qui m'ont le plus affecté sont évidemment celles qui étaient le plus chargées d'affectif. Ce qui explique pourquoi aujourd'hui je me tiens très à distance de l'affectif, tout en cherchant des échanges qui se dérouleraient avec une intimité comparable. La proximité sans risque de fusion, en quelque sorte. Le lien sans la dépendance.

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Sable et blocs de lave

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12 décembre 2008

Un monde de silence

De nouveau relié au monde ! Aux pensées et paroles des autres, aux sons, à la vie...
Je retrouve en même temps la possibilité de m'exprimer.

Employée au début du siècle dernier l'expression "la fée électricité" a aujourd'hui un côté suranné et naïf. Mais il suffit d'être privé des confortables bienfaits que procure cette invention géniale pour mesurer la révolution qu'elle a pu représenter dans la vie quotidienne d'alors.

La courte expérience que je viens de vivre est riche d'enseignements. De façon assez inattendue, ce n'est pas l'absence de lumière qui m'a surpris, mais l'absence de son. Comme dirait Cabrel : « c'est le silence qu'on remarque le plus ».

Impressionnant silence. Les ténèbres de l'ouie. Le vide, l'absence. Vivre à la lueur des bougies n'a rien eu de désagréable, quoique cela demande une certaine organisation pour chaque déplacement dans la maison. Mais vivre aux seuls sons que je produisais avait quelque chose de très... vide. Me revient le film « 2001 odyssée de l'espace », dans lequel un homme se retrouve absolument seul dans le silence d'un espace trop grand pour lui. Le silence restreint l'espace à la dimension des pensées de l'individu, comme la nuit marque l'apparition de l'imaginaire.

Dans ce silence total, sans autre vie que celle que j'insufflais, j'ai mesuré l'ampleur de la solitude. Un repas partagé aux chandelles c'est amusant, rétro ou romantique... mais seul c'est... étriqué. Aucun son, sauf celui de ma fourchette, de mes pas. Il n'y avait que le vacillement des bougies et le ronronnement du poële pour apporter un peu de vie indépendamment de la mienne !

J'ai songé à la solitude des célibataires d'autrefois. L'enfermement mental que cela pouvait représenter, quoique je suppose que des occupations adaptées permettaient d'y remédier. C'est l'aspect insolite de la situation qui m'a pris au dépourvu, hier soir.

J'ai compris à quel point les temps partagés pouvaient être importants pour vivre, échanger. Ensemble, éloigner le silence et l'obscurité, les remplir de vie. Aujourd'hui son et lumière envahissent largement l'existence de la plupart d'entre nous. Cette vie artificialisée à quelque chose de... virtuel. L'analogie avec ce qu'on peut comparer d'internet et de la supposée "vraie vie" s'en trouve largement relativisée.

Cette comparaison n'est pas anecdotique : je crois que l'individualisme tient beaucoup de cette artificialisation. La création d'une vie artificielle, qu'elle se développe sur internet ou grâce aux artefacts des sons et des images reproduits, nous a beaucoup éloignés de la réalité brute. Celle d'un monde inquiétant, austère, où la solidarité était vitale. Non seulement pour s'entraider ou se défendre, mais aussi pour partager la vie. Pour ne pas devenir fous de solitude.

Je me rends bien compte que si j'apprécie de vivre seul c'est parce que je sais que cette solitude est choisie. Je dispose de l'inestimable liberté d'être en contact avec le monde, dans le registre qui me plaira, au moment où je le voudrais. Ou presque...

Être coupé du monde indépendamment de ma volonté, avec une quasi impossibilité de communiquer (les relais téléphoniques sont restés opérationnels dans mon secteur...) m'a fait prendre conscience de la fragilité de cette réalité.

troncs_neige

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07 décembre 2008

La tyrannie de la sensibilité

Qu'est-ce que je gagne à surprotéger les autres, me demandais-je dans mon dernier billet.

De la tranquillité !

J'évite ainsi les conflits, ou de voir apparaître leur mal-être... que je supporte mal. Dans les deux cas c'est moi que je protège. Du moins à court terme...

Parce qu'en fait c'est à moi que je fais du mal. En gardant en moi ce qui me dérange, par peur de blesser l'autre, je m'emprisonne et m'empoisonne l'existence tout seul. Et à la longue je peux en vouloir à l'autre des trop lourdes contraintes que je m'inflige.

Pour autant je ne peux pas tout dire. Je ne veux pas "forcer" l'autre lorsqu'il bloque ma parole. Si je dispose bien d'une totale liberté pour me libérer, sans me soucier d'autrui, elle ne serait pas sans conséquences. Je dois donc composer entre mon besoin de me libérer et le besoin de l'autre de se protéger.

Ma mère a ainsi défini autour d'elle un périmètre de protection de sa sensibilité en "bloquant" l'évocation de certains sujets sensibles. Pourtant ces mêmes sujets nécessiteraient être abordés selon ceux qui souffrent de l'opacité qui les entoure, afin de "vider l'abcès". Alors un équilibre s'est progressivement établi, pour éviter les crises de larmes et le profond mal-être de ceux qui ne supportent pas les conflits. Des zones de non-dit, de non-évocable, ont été placées par ajustements progressifs. C'est une question de respect des sensibilités. Le plus sensible délimitant en quelque sorte le champ des possibles.

Une de mes belles soeurs a pour habitude de changer de conversation en famille lorsqu'on se hasarde vers ce qui la dérange. Elles prend alors bruyamment la parole, faisant diversion sur n'importe quel sujet qui n'a rien à voir avec ce dont il était question.

D'autres "interdisent" d'aborder certains sujets en réagissant violemment dès que le sujet leur déplaît ou touche à leurs sensibilités. Ce peut être par une colère soudaine, une fuite de l'espace de conversation, des fâcheries et bouderies, des refus de dialogue, des silences imposés, ou carrément des interdictions clairement énoncées. On a vu des familles se haïr autour de sujets "interdits" par certains de leurs membres.

Le respect des sensibilités n'est donc pas sans danger et peut aboutir, là encore, à se soumettre à une sorte de tyrannie. Un chantage muet.

Pour ma part je me situe dans une logique de mise en lumière. C'est à dire que je ressens le besoin d'éclaircir tout ce qui peut (me) poser question, tout ce qui est caché, sombre, obscur. Je ne sais pas d'où me vient ce désir, si ce n'est du sentiment de libération que j'ai trouvé dans l'expression intime. Je pars du principe que tout ce qui pose problème doit être mis à jour, je dirais presque "mis à vif", ne serait-ce que pour voir ce qui s'y cache. Et après seulement il peut-être décidé de ne pas trop toucher à ce qu'on a identifié. D'un commun accord, ou de façon unilatérale, mais acceptée par les deux parties.

En écrivant cela je me rends compte à quel point mon désir de trouver des points d'accord est important dans ma conception des rapports humains. Faire en sorte que chacun se sente entendu, respecté dans ses désirs et dans son être. Hum... ne me dites pas que j'en demande trop par rapport à la réalité... je le sais déjà.

Il n'empêche que je cherche toujours cet accord, ou du moins l'acceptation, même si cela doit passer par des concessions, donc des renoncements. C'est pourquoi je prône indéfiniment le dialogue, qui passe par l'écoute de soi et de l'autre, idéalement sans jugement, dans le respect des différences [amen...]. Ouiiii, je sais bien que c'est un discours idéaliste, si ce n'est utopiste, mais bon... c'est pas une raison pour y renoncer, hein ?

Cela dit je m'efforce de m'adapter à la réalité et accepte, par principe, qu'il n'y ait pas accord sur les vertus du dialogue. Je crois que c'est un des grands enseignements de mon expérience de ces dernières années, notamment grâce à l'accélérateur et intensificateur relationnel qu'est internet. J'ai gagné du temps et me suis évité bien des désillusions...

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06 décembre 2008

Les bloqueurs de parole

Au sortir de l'enfance je suis devenu silencieux. Renfermé. Je gardais tout en moi. Lorsque j'ai rencontré Charlotte elle est devenue ma confidente unique. Des années plus tard, ayant besoin d'aller plus loin, je suis allé chez un psy. Il m'a permis d'aller explorer là où Charlotte n'avait pas la capacité de m'entendre. C'est ainsi que, progressivement, par la libre parole, j'ai mis à jour ce qui était maintenu caché.

Depuis que j'écris en ligne je libère publiquement une expression qui restait bloquée dans la sphère privée. Je permets à ce que je refoulais d'exister. J'expose publiquement mon intériorité afin de ne plus pouvoir fuir devant moi-même. De ce fait je m'interdis de pouvoir oublier ce que je découvre. Je garde cependant une indulgence avec moi-même en m'accordant le temps nécessaire à un travail en profondeur. Je cherche la pleine conscience, la pleine responsabilité.

Mais sans aller au delà.
Ne pas imposer aux autres mes défaillances, ne pas endosser les leurs.

C'est par ce travail constant que j'ai pu remonter jusqu'à l'origine d'une colère : un père tyrannique qui, par ses comportements, empêchait l'émergence d'autres personnalités que la sienne. Je sais maintenant que la prééminence qu'il s'octroyait masquait sa propre vulnérabilité.

C'est exactement dans le sens l'opposé que j'avance. J'ai choisi la lucidité, la connaissance de mes failles, leur non-dissimulation. Je ne veux pas exercer un rôle de composition. C'est en étant au plus près de ce que je suis vraiment que je me sentirai bien avec les autres, donc ouvert à leur différence, réceptif, accueillant. Sans trop de craintes. Être avec autrui comme je m'efforce de l'être avec moi-même : honnête.

Ce n'est pas facile...

Tout au long de mon existence j'ai rencontré beaucoup de personnes qui avaient des attitudes semblables à celle de mon père : autoritaires, apparemment sûres d'elles, imposant leur vision des choses, décidant pour autrui. Je ne savais pas qu'elles dissimulent leur fragilité sous de tels comportements. J'étais impressionné, apeuré, maintenu captif par la ressemblance avec l'image tutélaire de mon père. En fait l'existence grouille de ce genre de personnes, dont certaines parviennent probablement à s'élever très haut dans le pouvoir et la domination. Mais même au niveau des relations humaines au quotidien, je crois que chacun pourrait citer en grand nombre, dans son entourage, quelques tyranneaux sans envergure néanmoins capables de perturber la fluidité des échanges interpersonnels. Voire de nuire à tout un groupe...

C'est un peu ce qui se passe avec mon collègue Fred. Homme plutôt jovial, relativement sympathique tant que tout va dans le sens qui lui convient, il réussit pourtant à instiller dans l'équipe de travail un climat insidieusement délétère. Il a une perception sombre et pessimiste de notre structure, critiquant la direction, évitant d'en faire plus que le minimum, ne s'embarassant pas de scrupules, cherchant à imposer son point de vue et ses méthodes. Impulsif, il est rapidement agressif, houspille de manière vive certains salariés qui lui déplaisent et a une capacité de remise en question fort limitée. De plus, il se plaint surtout en l'absence des personnes concernées et se tait en leur présence. Bref... pas le genre de personne avec qui je peux avoir une réelle affinité. Il n'est d'ailleurs pas très apprécié, de façon générale. Et pourtant je dois faire avec. Et ne pas le laisser prendre un ascendant puisque nous sommes au même niveau hiérarchique.

Cette situation m'agace parce que je me vois rester impressionnable, comme si j'étais conditionné par la peur de l'autoritarisme et de la colère. Dans le fond je sais que ce système ne fonctionne plus vraiment avec moi. Ou pas très longtemps. Je ne me soumets plus. Par contre il me faut du temps pour savoir comment me positionner, comment rester stable, comment être "moi-même" face à l'autoritarisme. Voulant éviter la logique conflictuelle... je résiste passivement. Je n'ai pas la capacité de verbaliser de façon calme et déterminée que je vois les choses autrement. Ce qui fait que je reste dans une certaine retenue... avec risque d'accumulation potentiellement explosive. Voulant éviter l'explosion conflictuelle je libère de temps en temps ma parole, mais je sais alors que je ne suis pas aussi calme que je voudrais l'être. Et puis ça reste incomplet. Partiel.

C'est tout un apprentissage de se dire en temps réel...

Avec Fred je n'y parviens pas vraiment. Sa façon d'être bloque mon expression. Le plus souvent je le laisse dire, acquiescant mollement lorsqu'il me parle. J'ai l'impression qu'il cherche à faire alliance, notamment contre la direction, mais je ne partage que très partiellement ses avis. En ne disant rien, parce que discuter sur de telles bases ne m'intéresse pas, je le laisse peu à peu m'empoisonner l'existence. Son esprit critique, négatif, me dérange. Souvent il contamine mon autre collègue, Artémis, qui devient revendicatrice et désabusée. Fred a un pouvoir contaminant mais je n'ose pas vraiment m'opposer à lui, pour éviter les désaccords trop flagrants.

Par crainte d'affirmer ma différence de pensée ?

Ça commence à me poser problème. L'énergie passée à maintenir une certaine cohésion entre collègues ne va pas là où elle le devrait : chercher ensemble à améliorer les choses, proposer, inventer. Travailler dans le même sens. Peu à peu, parce que je la sens nécessaire, je prends une place de "médiateur" au sein de l'équipe, tout en ne m'y sentant pas très à l'aise. D'une part parce que je n'aime pas m'imposer, et d'autre part parce que cela m'expose à la critique. Fred me renvoie une image de « trop gentil » quand je défends les salariés, de « trop naïf » quand j'essaie de comprendre les choix de la direction. Maintenant il ajoute « cireur de pompes » parce que je consacre du temps supplémentaire à essayer d'améliorer les conditions de travail et que je m'entends plutôt bien avec notre responsable commun. Même si c'est dit sur le ton de la plaisanterie... c'est une façon de bloquer l'apparition de ce qui le dérange. En négativant mes attitudes, il me demande de dépenser une énergie à les défendre. Il cherche à me ralentir. Habile, il sait aussi faire alliance avec Artémis en constituant un bloc de résistance et de critique, dont le résultat ne produit ni ne propose rien. Cette agitation stérile est même nuisible. Artémis se rend compte du pouvoir contaminant de Fred et me dit n'avoir pas du tout le même type d'échange selon celui des deux avec qui elle discute. Constructif avec l'un, dénigrant avec l'autre.

Lorsque j'observe Fred je me sens ambivalent : je sens bien que ses attitudes trop rigides masquent ses fragilités. Je me dis que si je le voulais je pourrais lui renvoyer une image assez peu flatteuse, et même carrément l'enfoncer, mais je ne gagnerais rien à procéder ainsi. Par contre je mesure bien la dose d'énergie qu'il me faudrait pour tenter d'amener Fred à prendre conscience de son attitude envers les salariés, ses collègues, et même toute la structure de notre (petite) entreprise. Et rien ne me dit qu'il aurait la capacité de remettre en question ses certitudes !

C'est ça qui est désolant avec les personnes trop sûres de leur vérité : elles résistent fort à toute éventualité de changement. Parce que leurs certitudes leur sont nécessaires pour tenir debout, et que si on leur retire cette illusion de pouvoir elle risquent de s'effondrer. Je crois que je sens leurs failles, comme je sens les miennes.

Mouais... en écrivant cela je me demande si je n'aurais pas tendance à surprotéger les autres.

Question subsidiaire : Qu'est-ce que j'y gagne ?

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06 novembre 2008

Fermeté et saine colère

Parfois j'ai l'embarras du choix en m'installant devant mon clavier pour rédiger mon billet du jour. Ce soir j'en avais au moins quatre, avec, par ordre d'apparition :

  • ce que j'ai ressenti, hier soir, en lisant les 25 pages du  « projet de liquidation de communauté » qui mettra officiellement fin à l'engagement conjugal conclu il y a 26 ans.
  • le « Yes we can » d'Obama, et le principe d'oser sans se résigner à la fatalité ou au défaitisme
  • l'espoir collectif et l'émotion ressentie par tant d'Américains avec son élection
  • la situation que j'ai vécue aujourd'hui au travail, en me servant utilement d'une saine colère.

C'est pour ce dernier sujet que j'opte, désireux de poursuivre l'exploration d'une pulsion que je connais mal. Je me laisse la possibilité de revenir sur les autres sujets ultérieurement.

Mon travail d'encadrant de salariés en insertion me conduit à mener des équipes très disparates de personnes en grande difficulté face à l'emploi, pour de fort variables raisons. Dans ce rôle de "chef", je suis globalement considéré comme étant plutôt "cool" par les salariés dont je m'occupe, et "trop souple" par certains de mes collègues nettement plus stressés. Nous divergeons parce que je considère d'abord les personnes individuellement, tout en m'efforçant d'appliquer un traitement égalitaire, tandis que les collègues cités prônent davantage un traitement unique, strictement égalitaire. Du moins est-ce ainsi qu'ils présentent leur façon de faire, que la réalité dément : il y a bien des différences, sauf qu'elles ne sont pas assumées. Finalement nous avons trouvé un modus vivendi, acceptant nos propres différences dans nos méthodes d'encadrement. La complémentarité est intéressante.

Aujourd'hui j'ai eu à faire avec un salarié récalcitrant. Habituellement, acceptant qu'il soit très lent dans son travail, je ne cherche pas à le bouculer outre mesure. Par contre je veille à ce qu'il ne cède pas trop à sa propension à l'inactivité. D'ailleurs les autres salariés ne manquent pas de faire remarquer, à haute voix, quand ce jeune homme se laisse un peu trop aller à l'immobilisme. Généralement je n'interviens pas, mais montre ostensiblement que je suis la situation du coin de l'oeil. Je laisse ainsi l'équipe s'auto-réguler, observant autant les réactions du salarié objet de critiques que la dynamique du groupe. Quand je vois que les critiques restent sans effet, j'interviens.

C'est ce que j'ai du faire aujourd'hui. C'est mon rôle, puisque je suis garant de la cohésion du groupe autant que de la réalisation du travail. Le jeune homme ignorait manifestement les remarques de ses coéquipiers et je les ai donc reformulées clairement : il ne pouvait pas rester sans rien faire alors qu'autour les autres s'agitaient. Appuyé sur son outil il me regarda... sans bouger. Sans arrogance non plus. Il était impassible, avec son habituel regard doux, un peu comme s'il avait l'image mais pas le son. Je l'ai prévenu que ce n'est pas parce que j'étais habituellement cool que je ne m'énervais jamais, lui conseillant de ne pas me pousser vers ces extrêmités. Là encore, peu de réactions. Je lui ai alors ordonné, fermement, de participer au travail. Il s'est exécuté mollement, en gardant une main dans la poche. Je lui ai ordonné se sortir cette main, le menaçant de sanctions s'il continuait ainsi. Devant sa quasi-inertie... je ne me suis pas énervé. Je ne suis pas entré dans une colère qui aurait démontré que je perdais contenance. Je me suis seulement référé au cadre du travail, lui montrant que s'il en sortait délibérement cela ne pourrait qu'avoir des conséquences. Tout cela se passait devant le reste de l'équipe, montrant à tous que je tenais compte de leur remarques et du nécessaire équilibre dans la répartition du travail.

Quelques instants plus tard j'ai quand même pris le jeune homme à l'écart, lui proposant de me faire part d'éventuels problèmes, ou au moins de me donner des raisons valable de ne pas faire le travail. Il me répondit qu'il n'en avait aucune.

Il me faut préciser qu'il n'a pas caché, depuis plusieurs semaines, ses tentations pour les thèses anarchistes et révolutionnaires, revendiquant même son appartenance à un groupe "anarcho-syndicaliste". Je pensais que sa "rebellion" pouvait trouver explication dans ce registre, puisque je représente une autorité dans un système qu'à priori il rejette, mais il n'a pas répondu.

Dès le retour à notre local d'équipe j'ai rapidement exposé la situation à mes collègues, qui se plaignent souvent de la molesse de cet individu. Je leur ai proposé d'adresser un avertissement écrit, ce qui est rarissime. Surpris de cette inhabituelle fermeté de ma part, apparemment impressionnés, ils ont acquiescé. Immédiatement j'ai convoqué le récalcitrant, avec le chargé d'insertion qui s'occupe du suivi des salariés, tandis qu'un de mes collègues s'est joint à l'entretien. J'ai pris la parole de façon claire, sans tension ni animosité, tout en rappellant très nettement qu'une telle attitude était inacceptable dans le cadre du travail. La signature du contrat de travail vaut acceptation des conditions, et tout manquement répété entraîne une sanction. C'est clair et net. Tout au long de l'entretien, que j'ai mené en l'absence de mon supérieur hiérarchique, j'ai régulièrement posé des questions au salarié. Je lui ai demandé s'il avait des désaccords, ou des explications à fournir, éventuellement une philosophie à exposer tout en lui rappellant qu'en acceptant le travail il ne pouvait que mettre ses convictions entre parenthèse.

Le gars n'a pas vraiment semblé comprendre, soit se taisant, amorphe, soit s'excitant en chipotant sur des détails de phrases, voire en tentant de débattre dans le champ sémantique (il a fait des études supérieures diverses, quoique ne les menant jamais jusqu'à leur terme). Il y avait de quoi agacer, avec un comportement provocateur. Mais je suis resté très calme, m'appuyant exclusivement sur le cadre du travail et l'équité vis à vis des autres salariés.

Pourquoi ai-je raconté cette histoire ? Et bien parce que j'estime avoir bien géré cette situation qui aurait pu mener à un conflit frontal stérile, mais... je reconnais que je le dois à cette colère sourde qui travaille en moi depuis quelques temps. Subitement j'en ai eu marre d'être considéré comme "gentil". Maintenant... faut pas trop m'chercher !

L'apprentissage, ou du moins l'intégration de la notion de "cadre", m'a été précieuse dans cette situation. La définition du cadre est fondamentale dans les relations professionnelles, et plus encore dans l'accompagnement des personnes en difficulté. C'est ce qui permet de disposer d'une liberté clairement définie, en sachant ce qui est acceptable ou pas.

Je pense qu'avoir une bonne connaissance de soi-même constitue en quelque sorte le cadre dans lequel peuvent s'inscrire nos rapports aux autres. Tous nos rapports, pas seulement professionnels. Je me suis trop laissé "envahir" par des personnes à qui je ne montrais pas mes limites, à cause de craintes plus moins identifiées. C'est ce qui a souvent généré des tensions, du stress... et une colère contenue, bridée, qui ne s'échappe qu'en état de surpression. Donc souvent de façon inappropriée.

Dans la situation que j'ai décrite je crois que j'ai transformé un sentiment de colère en actes proportionnés, adaptés, immédiats. Bref... ce qu'il convenanit de faire. D'ailleurs, en sortant du bureau ma collègue Artémis, impressionnée, m'a félicité pour ma maîtrise de la situation. Elle ne me pensait pas capable de faire preuve d'autant de fermeté, elle qui a souvent critiqué ma conciliance...

Bon... en rentrant chez moi je me suis quand même demandé si je n'y avais pas été trop fort avec le jeune homme, dont je ne connais pas les antécédents, les éventuels problèmes psychologiques et fragilités. En même temps... je lui ai fait la proposition de me donner des explications. Il y a probablement quelque chose qui m'échappe, mais le cadre de mon travail exige aussi que je ne me charge pas l'esprit avec ce genre de choses. Ne pas me laisser envahir pour rester opérationnel, et disponible pour chacun.

Posté par Coeur de Pierre à 01:05 - L'autre et moi - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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