21 avril 2008
Pozdrawiam !
Aujourd'hui j'ai reçu une lettre d'Espagne, dont je vous livre le contenu :
Witam
Jestem kierowca ciezarowki znalazłem saszetke z tymi dokumentami dn 07.02.08 u lesie, obok Colmar. Mam nadzieje ze pomoce wysyłajac je mi tez skradziono dokumenty ale jeszcze nikt mi nie przysłat. Pozdrawiam
Trucker - PL
Avec cette mention : « Polonaise --> France - traducer »
Je ne comprend pas le polonais, mais voici la traduction que j'ai pu obtenir grâce à internet :
I greet
I am driver ciezarowki znalazłem saszetke with these documents dn 07.02.08 at forest, beside Colmar. I have hopes with help wysyłajac it me arguments stolen documents but still anyone me not przysłat.
I greet
C'est déjà pas si mal !
Quelqu'un saurait-il me donner le sens des mots manquants ?
Le texte est écrit sur un petit papier accompagnant mes documents d'identité, volés en novembre dernier près de Colmar. Ne manquent, sans surprise, que mes deux cartes de crédit, les 100 euros de monnaie que j'avais dans ma sacoche, et mes lunettes (que je n'ai toujours pas remplacées...). Je ne m'attendais plus à revoir ce qui m'est revenu, à peine dégradé par les intempéries...
J'aimerais bien remercier cet aimable routier polonais dont j'imagine les difficultés à s'orienter dans un pays dont il ne connait pas la langue...
Accepter ou renoncer, espérer ou croire
Il y a sept mois, en reprenant un travail salarié, je savais que je disposerais de moins de temps pour penser-écrire tout en me disant que c'était peut-être une bonne chose. Excellente occasion de tester le bon vieil adage : « faut pas trop se prendre la tête ! ». Heu... je ne peux que constater que cela n'a fait que diminuer mon temps disponible sans supprimer ma réflexion...
Il y a quatre mois, m'engageant dans une formation centrée sur l'écoute et les relations affectives, j'ai au contraire choisi de privilégier une pensée plus aboutie, plus étayée, plus construite. Cela diminue le temps disponible pour la pensée sauvage, tout en stimulant des réflexions à approfondir.
Maintenant je me demande si, en prenant des responsabilités municipales, je n'ai pas cherché à réduire encore mon temps d'évasion [d'aliénation ?] par la pensée. Comme si quelque chose en moi voulait m'empêcher de penser librement. Mais cela me frustre de n'avoir même plus le temps d'écrire mes pensées volantes ! J'ai l'impression de laisser partir des fragments essentiels, des particules de compréhension, des poussières de lumière.
Résultat : dès qu'elles ne sont plus contenues par les obligations d'un l'emploi du temps chargé mes pensées se libèrent en tumulte. Mais le temps d'écrire-penser me manque. Serait-ce devenu un besoin ? J'ai l'impression que mon activité actuelle me dévore, qu'une vie trop remplie m'empêche de vraiment vivre. Comme si je vivais mieux lorsque j'avais la place de rêver...
« On se met à rêver lorsque la réalité ne nous satisfait pas », ai-je entendu hier à la radio. Oui, c'est probable. Encore faut-il disposer du temps nécessaire. Les rêves ne construisent de la réalité que s'ils peuvent l'élaborer !
J'ai toujours été d'un naturel rêveur. Mais travailleur, aussi, lorsque j'aime ce que je fais. Ces attitudes ne sont pas toujours compatibles et, selon les périodes de ma vie, l'une ou l'autre a pu devenir prépondérante. Par exemple, après une dizaine d'années consacrées à une activité professionnelle soutenue, j'ai progressivement investi la sphère relationnelle. Famille, amitiés, et "relation avec moi-même" (c'est à dire : être plus attentif à mes ressentis).
Plus récemment, ces dernières années, je me suis octroyé beaucoup de temps pour penser. C'est aussi durant celles-ci que j'ai le plus profondément changé ! Je laissais vagabonder mon esprit librement, alternant la jouissance simple de l'instant et le "travail" sur ce qui m'intéressait ou me préoccupait. Ce dernier m'a parfois totalement absorbé, jusqu'à délaisser mes centres d'intérêt, mon entreprise, mes passions. Mon couple aussi, partiellement, et même mes enfants...
J'explorais l'inconnu, élargissant ma vision de la réalité. J'ai découvert, appris, compris, expérimenté, et surtout partagé. Période faste durant laquelle je me sentais vivre intensément, sans être submergé. Des projets de vie s'élaboraient, un souffle m'animait, un monde nouveau s'ouvrait...
Et puis la réalité s'est imposée, différente de ce que je désirais, différente de ce que j'avais imaginé. Je me suis retrouvé solitaire dans des désirs que j'avais cru solidaires. Alliances brisées, liens déchirés, coupures et blessures. Un certain nombre de mes rêves ne pouvaient aboutir, d'autres se sont effondrés avec fracas... et moi avec. L'élan pour le grand saut s'est écrasé contre un mur. Est venu le temps des pertes, des deuils, de la souffrance. Longtemps.
Pour en sortir, j'ai dû accepter un certain nombre de réalités. Apprendre à voir le monde autrement, m'ouvrir à d'autres modes de pensée et de réaction. J'ai dû aussi renoncer à certaines de mes aspirations. Nouvelles alternatives pour de nouvelles perspectives. Garder précieusement en mémoire tout ce que j'avais découvert et mettre le reste en jachère. Reporter ce qui n'était pas réalisable, différer, observer ce qui se passe et comment ça se passe. Années de reconstruction, douloureuses mais particulièrement enrichissantes, nécessaires pour étayer une confiance en moi qui me faisait défaut.
J'en suis là.
J'en suis las.
« Il faut cesser de parler aux décombres ». Citée par une amie de galère, cette phrase de René Char m'a interpellé. Parler au décombres, n'est-ce pas espérer encore une réponse de quelque chose qui n'existe plus ? Conglomérat informe, vestige suranné, souvenir vertigineux, des décombres ne peut qu'être reconstruit autre chose.
Accepter ce qui n'est plus, renoncer à ce qui ne sera pas, agir pour ce en quoi je crois.
Mais en quoi crois-je ? Jusqu'où, jusqu'à quand, et vers quoi ai-je envie de poursuivre cette reconstruction ? Qu'est-ce que j'attends de ce "travail" intérieur qui reste prépondérant malgré les activités et investissements externes des derniers mois ? Comment utiliser ce que j'ai compris pour "rebondir" et retrouver un élan porteur, une énergie durable, une confiance ? Comment retrouver un réel désir de vivre et l'enthousiasme qui va avec ?
Éléments de réflexion :
> J'ai souvent écrit que je n'étais plus dans la souffrance, par rapport à des désirs essentiels inassouvis. Finalement l'expression me parait réductrice. Pour une part, en élucidant les origines de certaines souffrances, je leur ai effectivement fait perdre leur pouvoir de nuisance. Pour une autre part, je me suis simplement habitué à la situation, de telle sorte que j'accepte à chaque instant l'inconfort dans lequel je me trouve.
> Accepter de ne pas obtenir satisfaction n'implique pas forcément d'y avoir renoncé. C'est dire "oui" à ce qui est, en s'ouvrant à une situation nouvelle. Mais accepter est un acte du présent tandis que renoncer supprime un futur possible. Renoncer c'est dire "non" à son désir, de manière définitive. Renoncer, c'est lâcher prise.
> Renoncer, comme accepter, sont des actes (ou non-actes) qui s'appuient sur le principe de l'étroite réalité, face au domaine immense du désir, du rêve, du fantasme, de l'idéal. Mais les deux sont fondamentalement neutres : ils peuvent porter aussi bien vers une pulsion de vie (épanouissement, ouverture, courage) que vers une pulsion de mort (étiolement, repli, lâcheté). Affrontement au coeur des volontés conscientes et de celles de l'inconscient.
> Renoncer à un désir aussi puissant qu'un "élan vital" de grande envergure est un processus extrêmement long et complexe, douloureux en lui même car totalement contre nature : il s'agit d'une lutte interne entre la raison (principe de réalité) et une pulsion de vie, par essence "indestructible". L'énergie de vie portée par un tel désir est particulièrement résistante, très difficile à arracher, prompte à resurgir. On n'arrête pas un élan vital, c'est pourquoi y renoncer consiste en une réorientation de cette énergie vers des dérivatifs. Une transformation vers des palliatifs pouvant dissiper ce flux venu du plus profond de l'être. La difficulté étant de leur trouver un attrait suffisant : une pulsion n'est pas isue d'un choix froidement décidé.
> Pour éviter de dépendre d'autrui ne jamais confondre une pulsion individuelle et une alliance de pulsions, fussent-elles un jour partagées dans un essentiel compatible. Les pulsions sont temporelles, fluctuantes, échappant à la volonté consciente.
> Renoncer à une pulsion essentielle consistera longtemps à renouveller constamment l'acceptation de l'impasse. Chaque étape de l'acceptation renvoyant à un nouvel état de conscience, qui ouvre à un nouvel espoir de parvenir enfin à la délivrance tant attendue. Tentatives réitérées qui peuvent durer jusqu'à l'épuisement de toute trace d'espoir. Travail de Sisyphe...
> Seule la mort est un processus irréversible et définitif, sans aucun espoir de retour. Parfois la mort véritable sera la seule capable de tuer l'espoir.
> L'espoir peut être un enfermement, voire un enfer tout court...
> L'espoir est un non-acte. Passif et vain il entretient une illusion, tandis que croire est un acte déterminé qui pousse à l'action jusqu'à l'aboutissement... ou le renoncement.
Reste à savoir en quoi croire...
Peut-être en soi ?
01 avril 2008
Lapsus occuli
Nous connaissons tous les lapsus linguae, ceux qu'on prononce. On connaît aussi les lapsus calami, ceux qu'on écrit. Il y aurait même une variante récente, pour les adeptes du clavier : lapsus clavi.
Mais comment appelle t-on les lapsus qu'on lit ? Lapsus occuli ?
Je m'interroge, parce qu'à la place de « N'éteindre que la douleur », j'ai lu « N'étreindre que la douleur ». Intéressant, non ?
D'autant plus significatif que c'est moi qui avait écrit ces mots...
24 mars 2008
Besoin, désir et manque
Une correspondante anglophone s’exprimant dans un très bon français m’a proposé, au cours d’une conversation écrite, « a riddle » (selon le dictionnaire : crible, énigme). Si j’en ai bien compris le principe, cela consiste à assembler trois mots proches afin de trouver comment ils sont liés. Les trois mots étaient :
besoin - désir - manque.
Elle m’a proposé des exemples d’arrangements : « le besoin crée le désir, qui crée le manque », ou « le désir crée le besoin qui crée le manque », me demandant ce que j’en pensais, et dans quel ordre moi je les assemblerais.
Plutôt intéressé par l’exercice j’ai répondu sans prendre le temps de réfléchir et les choses se sont précisées au fil de la conversation. En voici le cheminement condensé. Au début j’ai dit que pour moi le désir créait le besoin (ou plutôt l'impression d'avoir besoin de ce qu'on désire) et que si ce besoin n'était pas assouvi, alors venait le manque. Le besoin étant quelque chose de vital, d'indispensable : besoin de manger, de boire, de dormir.
Ma correspondante m’a alors demandé: « le désir naît d'un besoin de quelque chose, non ? ».
Selon moi désir et besoin sont très différents. Le désir de manger n'est pas comme le besoin de manger. Il y a le plaisir et la nécessité. Souvent on croit que nos désirs sont des besoins. Quand on dit « j'ai besoin de toi », en fait c'est du désir. Le désir naît d'un besoin, et il naît d'un manque aussi.
« Le désir crée le manque, en tout cas », me proposa ma correspondante.
Non, le désir ne crée le manque que s'il n'est pas assouvi. Et encore… je peux désirer faire un voyage... mais sans ressentir de manque. Pour ma part je pense que le manque apparaît quand on croit qu'un désir est un besoin. Si je désire et que cela crée un manque (un vide), c'est que j'ai fait de mon désir un besoin, donc que je surévalue mon désir, je m'en rends esclave. Il y a souvent une confusion entre les deux termes. Par contre, quand on dit "le Désir" il s'agit de quelque chose de plus fort (pas forcément sexuel, quoique souvent). On peut aussi dire que le Désir est une nécessité vitale...
Finalement, j’enchaînerais les mots ainsi : un manque crée un besoin, qui crée le désir. Et je note au passage que notre société de consommation tend à nous faire inverser cette logique…
Notre conversation a ensuite dérivé vers d’autres considérations, toujours en lien avec ces trois mots de départ, permettant de les préciser encore.
- écrire, pour toi, c'est respirer, m’a-t-elle dit.
- oui, c'est presque un besoin. Ça me manque lorsque je n'ai pas le temps
- un désir?
- un désir oui...
- alors... ce désir crée le manque
- il crée le manque seulement quand je ne peux pas écrire et que je le désire
- c'est comme une personne qui n'est pas disponible ou atteignable
- oui, c'est ça. Ce n'est pas le désir qui crée le manque, seulement l'impossibilité d'accéder à ce désir
- non... je crois que le manque est là éternellement. Même si on réalise ce désir, il crée de plus en plus les besoins
- non... désir et manque ne vont ensemble que dans un seul sens : le manque crée le désir et pas l'inverse. Le manque crée un désir qui parfois devient un besoin... qui génère alors un manque. On est alors dans une mauvaise situation !
- et quand on désire quelqu'un(e) ou quelque chose ça crée un manque, un trou qui n’est jamais rempli. Je crois que c’est un état existentiel qui dure avec ou sans l'objet du désir
- seulement si l'autre n'est pas là et qu'on croit avoir "besoin" de lui. Comme tu dis : le désir est un état existentiel avec ou sans l'objet du désir. Moi je cherche à ne pas devenir esclave de mes désirs. Tu vois, je désire retrouver ma grande amie absente... mais je ne ressens plus le manque, parce que je n'ai pas besoin d'elle pour être heureux.
- oui… ok, mais quand le Désir est là, le manque reste et dure.
- non, je ne le ressens pas comme ça, et je ne voudrais plus le vivre comme ça. Je n'aime pas ressentir le manque, c'est douloureux, ça rend exigeant, ça complique les relations. Je ne suis plus dans la douleur, je suis dans un manque... sans en souffrir.
- quel manque ?
- la relation me manque... mais je vis bien sans.
- la relation en géneral, ou avec elle?
- le manque de tout ce qui me reliait à elle.
- pareil pour moi avec X : le manque de qui j'étais avec lui pendant ce temps là
- ah oui, c'est bien dit, ça !
Cette petite réflexion à deux autour du manque, du besoin et du désir, aboutit peu ou prou à que ce que m’écrivait récemment une autre correspondante : « on ne souffre pas d'aimer, on souffre de la relation et notamment de la dépendance à la relation, et ce n'est pas une dépendance à une personne ».
J’ai trouvé cela très juste.
09 janvier 2007
Du bien et du bon
J'ai lu très récemment, sans me souvenir où (ce qui n'a guère d'importance), que si les notions de "bien" et de "mal" n'avaient aucun sens parce qu'elles dépendent du point de vue, ce n'était pas le cas de celles de "bon" ou "mauvais".
Est bon ce qui contribue au bonheur, au bien-être, à l'harmonie, la paix, la sérénité. Est mauvais ce qui nuit à ces états, et qui conduit au trouble de l'esprit.
Chacun peut orienter sa vie, et agir pour sentir le "bon" en soi et pour la vie, alors qu'agir pour un supposé "bien" peut générer beaucoup de tensions. L'idée de bien est mauvaise.
Il me semble que "bon" et "mauvais" indiquent l'idée de mouvement, d'évolution, tandis que "bien" et "mal" correspondent à des états figés, donc morts. En outre ils constituent la base des notions de faute et de culpabilité, elles aussi mortifères. Il me semble que "bon" et "mauvais" sont des appréciations intimes, que l'on ressent en soi, alors que "bien" et "mal" sont plaqués selon un regard socialisé, comme extérieurs à soi. Je crois aussi que le "bon" n'a pas besoin de s'expliquer : il se ressent indubitablement. Alors que le "bien" est toujours discutable à l'infini, et finalement sans fondement.
J'ai l'impression que ces distinctions sont importantes.
J'aime bien intégrer les nuances du sens des mots.
Je trouve que ça leur donne davantage de relief.
Voila, j'avais juste envie de le noter quelque part...
23 novembre 2006
Responsable mais pas coupable
On se souvient de cette formule rendue célèbres par Georgina Dufoix lors du scandale du sang contaminé. Pour ma part c'était la première fois que je faisais attention à cette distinction entre deux concepts parfois confondus et pourtant fondamentalement différents.
Comme il en a été question dans les commentaires de mon texte précédent, je suis allé voir ce que je trouvais à ce sujet sur le net.
Wikipedia pose les bases:
« Le terme culpabilité possède deux sens différents selon qu'on l'envisage sur le terrain juridique ou psychanalytique.
En droit la culpabilité est un état déterminé à l'issue d'un jugement porté sur le comportement d'une personne.
En psychologie ou en psychanalyse la culpabilité est un sentiment qui affecte un sujet que cette celui-ci soit justifié ou non. On distingue le sentiment de culpabilité conscient du sentiment de culpabilité inconscient.»
Je crois qu'il y a déjà là de quoi réfléchir sur l'association qui est souvent faite entre culpabilité et faute, concept issu du droit.
Ensuite, dans la culpabilité qui se développe au sein des relations interpersonnelles, il apparait bien cette distinction entre sentiment conscient et sentiment inconscient. On peut se croire dégagé de toute culpabilité, par une construction de l'esprit, tout en agissant sous l'influence d'une culpabilité refoulée.
Sur le toujours intéressant Redpsy, on trouve une autre distinction: la "bonne" et la "mauvaise" culpabilité.
La saine culpabilité serait « l'expérience que je vis quand je pose délibérément un geste qui est en désaccord avec mes valeurs. »
L'autre forme, appellée "culpabilité-camouflage" serait « un déguisement de mon refus d'assumer mes propres désirs, sentiments ou choix. »
Dans le premier cas elle sert à comprendre que « l'action que j'ai posée a créé un déséquilibre en moi. Ce déséquilibre consiste essentiellement en un désaccord avec moi. La culpabilité m'indique donc que j'ai été infidèle à moi-même dans une situation où j'avais le choix d'être fidèle à moi. »
Dans le second, elle sert à « me donner bonne conscience et contrôler la réaction de l'autre. Elle est pernicieuse parce c'est un subterfuge pour éviter de s'assumer. »
La première est utile est constructive, tandis que la seconde produit les effets inverses. Voila peut-être une explication à quelques malentendus sur le sujet.
Il y a tellement de mots importants qui ont des sens multiples...
Enfin, on peut aller plus loin en lisant sur psycho-ressources ce que des psychologues et philosophes en ont dit. On y découvre que la culpabilité appartient, selon la psychanalyse, aux fondements de la construction de la pensée... et en lien direct avec l'amour sous sa forme la plus primitive (nourrisson avec sa mère). Autrement dit : on n'est pas prêt de l'évacuer de soi !
On peut constater que les théories de Winnicot et Mélanie Klein sont tout à fait éclairantes à ce sujet, et expliquent tout ce qui se joue ultérieurement dans toute relation à l'autre, et notamment dans le lien amoureux.
Parmi toutes les intéressantes contributions, je retiendrai celle de Engel et Ferguson « quand une personne ne se sent pas capable de faire quelque chose, elle se sent coupable de son incapacité. Inversement, lorsqu'elle se sent coupable, cela la rend souvent incapable d'agir. »
Pour finir, je laisse la parole à Spinoza (qui la mérite cent fois plus que moi...): « C'est ce sentiment [de culpabilité] qui provoque la prise en charge de soi par soi (la responsabilité). »
Et voila, entre culpabilité et responsabilité, la boucle est bouclée...
05 octobre 2006
Errance...
L'emploi du mot "errance", dans mon dernier billet, a ouvert une béance.
Quelques présences à distance ont émis des doléances avec bienveillance. Croyait-on qu'avec élégance je tirais ma révérence ? Désirait-on une réassurance ? Y aurait-il accoutumance ?
Avec prudence je réponds à l'assistance, tant par bienséance que dans un souci de transparence:
Oui, dans sa mouvance, et sans que j'y pense, le mot mis en évidence dissimulait d'autres sens et quelques ambivalences.
L'errance a des résonnances...
Allons-y avec aisance: dans ma vie en balance, des mouvements sont en instance. Pas d'arrogance: bien que je garde ma contenance, c'est assez intense. Alternance d'espérance et de deséspérance, sans exubérance. Mes croyances sont questionnées en puissance, mais je garde ma consistance. Cure de jouvence faite davantage de carences que d'abondance, c'est la sentence... que je paye de quelque souffrance. Convalescence sans indulgence. Alors il arrive que ma vaillance subisse quelques défaillances, car il faut de l'endurance pour tenir la cadence. La concordance et les alliances de circonstance ne se font pas sans méfiance: pas de négligences ! Et gare aux influences.
Mais on ne passe pas de l'enfance à la sénéscence sans incidences. L'adolescence étend sa magnifiscence jusqu'à l'obsolescence. Finie l'ignorance: la confiance et l'innocence ont perdu de leur prestance. Parfois avec quelque véhémence, voire un soupçon de violence, mais le plus souvent avec tempérance et conciliance, qui ont ma préférence...
C'est donc la recherche d'une quintessence qui induit ma croissance, gage de ma consistance. L'indépendance est à ce prix, pour l'existence. C'est dire toute l'importance de la défense des apparences. Eh oui, la clairvoyance à ses exigences...
Dans mes errances, je suis donc loin de l'insouciance. Surtout que du côté des finances, il faut que je pense aux dépenses: pas question de faire bombance ! Il faudrait quand même que ma pitance me remplisse la panse...
Quant à la concupiscence... abstinence ! Toute turgescence d'une protubérance serait aussi déplacée qu'une flatulence : un manque d'élégance. En vacances de jouissance, c'est l'émollience qui mène la danse. Déviance ? La transe a un goût rance...
Hum... ma grandiloquence n'a t-elle pas un parfum d'indécence ? Honni soit qui mal y pense !
Bon, je me perds dans mon arborescence, mais c'est sans importance, sauf pour mon audience.
Ce qui garde sa pertinence c'est que, malgré tout, avec constance je tente ma chance. Et quoique sans concurrence, elle rencontre bien des résistances. Mais je ne ferai pas allégeance ! La déférence suscite l'indifférence.
Voila, dans une signifiance restant dans l'évanescence, quelques raisons de mon errance. C'est une sorte de transhumance de toute mon essence, pour une renaissance.
On le voit: ne sont tristes ni sa fin, ni le temps de l'errance.
Ce sont des temps de passage qui ont un sens.
Comme les silences...
Temps de latence. De patience.
Des absences et des prises de distance.
Parce que c'est comme ça qu'on avance !
Sinon c'est l'impotence.
Ou carrément la potence...
Bref: la déchéance.
Alors c'est dit: je me lance !
Je suis en partance.
03 octobre 2006
Déshérence
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Déshérence
J'aime la sonorité allusive (et trompeuse) de ce mot valise
Désert... errance
Ça pourrait être une desespérance... sans père.
Sans pairs.
Pour l'heure ce sera déserrance... comme la fin d'une errance

Derniers jours dans ma maison à araignées...
19 août 2006
Aliéné au lien
En lisant dans un des commentaires le mot "aliéner", en parlant du lien, je me suis demandé si les deux termes avaient une origine commune. Aliéné, comme dans "asile d'aliénés", où des fous sont privés de liberté, et autrefois maintenu liés...
Sachant qu'il faut se méfier des similitudes apparentes, j'ai consulté mon dictionnaire étymologique. J'aime bien faire ce petit détour pour mieux cerner certains mots dont je pressens qu'ils peuvent être porteurs de sens.
Là, je n'ai pas été déçu, car si ce mot n'a aucun rapport avec "lien", il est par contre en... lien direct avec le titre de ce blog.
Aliéner vient d'une racine indo-européenne, *al, signifiant "autre". En grec allos, en latin alius (que l'on retrouve dans l'alias du pseudonymat).
Alienus, "qui appartient à un autre". Alienare, "faire passer sous la domination d'un autre". On voit bien qu'aliéner à un sens de soumission à autrui. C'est effectivement une forme de lien, mais dans un rapport inégalitaire, de dépendance. Parfois je me sens encore aliéné à l'écriture sur internet... Dédoublement de personnalité entre celui qui se voit dépendant du regard et celui qui voudrait en être libéré.
Aliénation à mon passé aussi, dont un autre moi est tenté de s'affranchir.
Mais Alien c'est aussi cet "étranger", en langue anglo-saxonne, rendu célèbre par un film angoissant. La peur de l'alien, l'autre menaçant et insaisissable, étant là portée à son paroxysme.
Alter c'est "l'autre" de deux, opposé à "l'un"... Alter ego c'est "un autre moi-même". Quand au titre de ce blog, en intercalant un "et" décalé, joue sur le double sens : l'autre et moi...
Alterare, c'est falsifier, dénaturer, choses qui peuvent fort bien se produire dans un lien. Adulterare c'est corrompre. D'ou adultère, où le lien conjugal est mis à mal. Tandis qu'altercari donne altercation, souvent présente dans l'adultère, mais aussi dans de nombreux rapport à l'altérité. Et si dans une relation l'alternance peut être souhaitable (Alternus "un sur deux"), les rapports subalternes sont à proscrire (subalternus "à la disposition de l'un ou de l'autre").
Le mot altruisme n'a été crée qu'au 19eme siècle par Auguste Comte, ce qui ne signifie aucunement que le souci de l'autre n'existait pas auparavant...
De la racine grecque allos on retrouve notamment la trace dans allégorie, "langage différent", et allergie, "réaction différente". Et si on n'emploie pas le premier terme pour dire qu'on ne se comprend pas, le second est fréquent pour signifier qu'on ne supporte pas un autre... Dommage qu'on ne fasse pas plus souvent de paralellos: placer en regard d'un autre.
Être lié sans être aliéné, toute une aventure d'émancipation.

Planches aliénées l'une à l'autre par le lien durable de clous
