Alter et ego (Carnet)

Itinéraire d'une ouverture à soi et vers autrui

10 mars 2007

Violence ordinaire

J'ai lu chez Samantdi, ici et , ce qui se dit autour de la violence faite aux femmes. Il y a des commentaires et des ricochets qui témoignent. Et je reste hébété. L'idée de violence me tord le ventre d'angoisse et me trouble l'esprit. Cette peur me happe et aspire mes pensées, les projetant dans des souvenirs lointains.

Pourtant je n'ai pas connu la vraie violence, celle qui brutalise physiquement, qui belle [lapsus!???] blesse ou tue. Non, juste de la simple violence ordinaire, autorisée (autrefois) et "normale" : la violence "éducative".

D'ailleurs on n'appellait pas ça violence, mais "éducation". Il m'a fallu quelques décennies pour que j'ose employer ce terme innommable de "violence".

Parce que... en fait... il y avait bien brutalité physique, même s'il n'y avait pas de traces visibles. Il y avait bien blessure... mais morale, là encore invisible. Quant à tuer... non, il n'y a pas eu de mort, mais est-ce que pour autant rien n'a été "tué" ?

Ce qui est certain, c'est qu'il y avait bien de la terreur. C'est elle qui se réveille et me tord le ventre. Mais... non, je ne parviens pas à en parler. Trop d'idées qui se bousculent.

Comme par hasard, ce thème survient alors que mes mots marquent le pas devant les prochains ricochets...

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19 février 2007

La violence dorée de l'enfance

Sans trop me poser de questions j'ai suivi l'invitation à faire des ricochets groupés. La démarche m'a plu d'emblée, alors que je ne participe pas aux divers exercices d'écriture proposés ici et là. Cet intérêt ne doit certainement rien au hasard...

Sagement j'ai commencé à raconter mes premières années de vie. Rien de bien impliquant, faute de souvenirs directs. Mais je sens bien que cette évocation du passé lointain me fait gamberger. Quelque chose s'est mis en marche dans ma tête. Je pense déjà à ce qui va se présenter bientôt, avec l'évocation de la petite enfance, puis de l'adolescence...

Comment vais-je aborder ces années-là ? De quoi vais-je parler ? Rester dans les petites anecdotes gentillettes et superficielles ou bien sonder un peu plus profondément ? J'ai déjà largement exploré mon enfance en thérapie et je sais à peu près ce qui s'y trouve. Selon le regard choisi elle a été douce et favorisée... ou bien déchirée par la violence subie. Les deux à la fois, bien sûr, indissociablement liées. Que vais-je faire émerger ? L'ombre ou la lumière ? Ou les deux simultanément ?

De cette enfance entre douleur et douceur je garde les traces. J'en porte le poids invisible autant que les trésors. Ma vie actuelle est encore largement contaminée par ce passé à double face, inhaïssable, bien plus perturbateur de personnalité que je ne l'avais imaginé. J'en reste handicapé, écartelé, tout fissuré de l'intérieur et trop lucide pour l'oublier.

C'est peut-être pour me distraire de cette violence, ou bien en relativiser les effets à long terme, que j'essaye aussi de faire l'exercice des ricochets à l'envers, en remontant le temps. Mais dans ce sens antichronologique c'est la fraîcheur des souvenirs qui est un obstacle. Surabondance d'impressions. Je ne veux pas revenir sur mon passé récent, trop chamboulé. Trop lié au présent. Trop sensible. Je suis encore trop proche de la charnière infléchissant ma vie pour en parler sereinement.

Ironiquement, ces perturbations actuelles sont très probablement une conséquence tardive de la violence dorée de mon enfance. Un écho, ou un effet de miroir. Quelle que soit l'extrémité par laquelle je lance mes ricochets, ils me reviennent en pleine figure.

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27 janvier 2007

[1960:00] Pour la vie !

C'est en lisant la talentueuse conteuse Samantdi que j'ai découvert l'initiative de Kozlika, reprise par Otir, Veuve Tarquine, et quelques autres. Je m'inscris donc dans le mouvement des petits cailloux et ricochets...

Je ne transcrirai pas forcément ici ce que j'écrirai là-bas...

* * *

En 1960 un austère jeune homme de 28 ans, au crâne passablement dégarni, déclare sa flamme empressée à une mince et rougissante jeune fille. Elle n'a que 22 ans mais il l'a vue grandir depuis qu'elle est née, leurs parents étant de proches collègues de travail. L'inverse est moins vrai puisque six ans d'écart, vu depuis un regard d'enfant, c'est autant qu'une génération. Très impressionnant. Le regard de l'un sur l'autre n'était pas équivalent.

Très pragmatique et sûr de son coup, le brillant jeune homme n'attendit pas trois jours pour transformer sa déclaration, acceptée, en demande en mariage. Il aurait bien aimé que ça se fasse dans la quinzaine qui suivait (« pourquoi attendre puisqu'on s'aime ? »), mais la farouche et timide jeune fille avait quand même osé demander un peu plus de temps de réflexion. C'est que... c'était pour toute la vie ! Et tout cela allait si vite...

Trois mois plus tard ils se mariaient. Gaieté un peu triste puisque la jeune épouse venait de perdre sa mère, soit un tiers de ce qui restait de sa famille. Son frère, immuablement âgé de huit ans, était mort alors qu'elle n'avait que quelques mois. Auréolé de cette innocence idéalisée, ce décès précoce avait laissé planer une ombre sinistre sur celle qui resterait à jamais fille unique. Elle n'égalerait jamais ce frère inaccessible et irremplaçable, choyé et sanctifié de son vivant en attendant son trépas. Sa maladie ne se soignait pas, à l'époque.

A 22 ans, celle qui se mariait portait donc déjà deux deuils marquants, mais aussi la charge d'un père sénéscent de soixante-dix ans, perdant la mémoire et ses facultés mentales. Sans parler de la grand-mère acariâtre et aveugle, qui constituait le troisième élément de cette lignée restreinte. Toute sa famille de limitait désormais à ces deux vieillards.

Un jeune homme sérieux, plus âgé qu'elle, ne pouvait être qu'un soutien efficace face à ces trop lourdes responsabilités...

Le besoin de vie était très puissant pour celle qui avait toujours souffert de sa solitude parmi un entourage de vieux. Son rêve unique était d'être mère de nombreux enfants, et de les aimer sans limite. Depuis qu'elle avait été en âge de jouer à la poupée elle imaginait déjà ses futurs enfants. A douze ans elle prévoyait que le premier serait un garçon, et il s'appellerait Pierre.

En se mariant alors que sa mère venait de mourir, le besoin de transmettre la vie n'en devenait que plus impérieux. Deux semaines après son mariage elle était enceinte, tandis que sa grand-mère mourrait. Mes premières cellules commençaient leur division...

Posté par Coeur de Pierre à 20:08 - Petits cailloux et ricochets - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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