Alter et ego (Carnet)

Itinéraire d'une ouverture à soi et vers autrui

07 novembre 2009

Ambivalence et dépendance

Il y a longtemps que je ne me suis pas ouvertement interrogé sur ma pratique de l'écriture publique. Pourtant ce sont des pensées qui me reviennent régulièrement mais que je tais parce que....  parce que... le croirez-vous : je déteste écrire (ou parler) sur moi publiquement.

Surprenant, non ?

Non, c'est plus complexe que ça et nettement plus ambivalent ! En fait il m'arrive de ressentir le besoin d'écrire à mon sujet mais je déteste alors le fait d'en avoir besoin ! À ces moments-là c'est toute ma dépendance à une image de moi en besoin de réassurance et d'affirmation que j'expose sans pudeur. Un égo qui se cherche et dont je ne cache pas la sensibilité. Lorsque je cède et libère le flot de mes maux intimes je me sens prétentieux et infatué, semblant ne pas me soucier du fait que ma vision étroite de mon monde minuscule s'étale aussi largement que s'il s'agissait d'une pensée géniale digne d'être abondamment diffusée.

Je me disculpe en me disant qu'il est nécessaire et sain que je réponde à ce besoin [qui sous-entend, gêne supplémentaire, que mes autres besoins sont satisfaits...] et que c'est la meilleure façon de le réduire. Démarche introspective, que j'essaie de poursuivre sans trop de complaisance, l'écriture publique me permet de mieux me connaître, avec tous les avantages que cela induit : c'est une façon de cerner qui je suis et de conquérir une confiance en mes pensées. Avec, au final, une capacité d'échange avec autrui amplifiée.

Cependant, m'appesantir publiquement sur mon égo m'étant assez pénible à vivre, je le fais au prix d'un certain mal-être post scriptum. Parfois à la limite du supportable, avec la tentation de tout effacer. J'entre alors en silence, dans un repli solitaire qui me maintient à l'abri des regards. Façon de respecter mes limites d'exposition en revenant dans mes zones d'équilibre.

Il arrive, pour éviter cet écueil, que je me détourne des pensées égocentrées et tente d'élargir le champ de mes investigations en généralisant ce que je constate, non seulement en moi mais aussi autour de moi. Très vite je réalise que je n'ai d'autre légitimité qu'une interprétation subjective, éventuellement soutenue par un savoir théorique. C'est peu ! Ce qui me ramène souvent à m'astreindre au "Je" pour bien rester à ma place. Avec les inconvénients du malaise sus-cité...

Bref... quand je suis en période de "travail" sur mes représentations il m'est parfois assez compliqué d'écrire ici, en public et exposé aux commentaires.

Me vient alors la tentation de retourner vers un espace plus intime où je pourrais m'épancher avec une liberté accrue. Je pense là à mon journal en ligne, actuellement délaissé, nettement plus confidentiel. Il présente le grand avantage de n'être clairement qu'à moi, c'est à dire qu'aucune interaction publique avec vous, lectrices et lecteurs, n'y est visible. Ce qui s'échange se fait en toute discrétion et j'aime assez cette part privée. Cela m'est plus... confortable.

Cependant, je le répète souvent et vous le constatez autant que moi, vos commentaires riches et porteurs de différence me sont souvent une assistance précieuse. Ils me permettent d'aller vers cette destination que je chéris tant : « plus loin ». Par ailleurs je sais, parce que certain-e-s d'entre vous me l'écrivent régulièrement, que mes réflexions - et les commentaires qui les complètent - participent a votre cheminement. Pour moi c'est extrêmement important parce que cela légitime que je continue : mon égo est utile à l'altérité. Je "donne" de moi en échange de votre regard et de vos appréciations. Sans cela je crois que j'aurais depuis longtemps disparu de mon petit coin de scène blogosphérienne.

S'ajoutent à cette notable ambivalence quelques effets parasites avec lesquels j'ai un rapport des plus ambigus. A tel point que ça devient parfois un véritable casse-tête de m'épancher avec spontanéité ! Le langage photographique qui prend peu à peu place ici en témoigne.

Je pense à deux aspects en particulier. Le premier c'est que vos commentaires, et surtout vos appréciations, constituent pour moi des "signes de reconnaissance". Or c'est une substance dont j'ai cruellement manqué quand j'en aurais eu besoin, dans ma jeunesse. J'ai donc une insécurité à ce niveau et j'ai... hum... besoin d'un rappel constant que je vaux quelque chose. Je n'ai pas besoin de beaucoup, mais à petites doses régulières. D'ailleurs je sature très vite en ressentant un "trop" qui m'indispose. Vos regards m'apportent cette reconnaissance mais mon souci c'est qu'il m'arrive d'en devenir "dépendant". À ces moments-là je me pose des questions si je n'en reçois pas. En quelque sorte j'en attends et... je déteste ça !!! Je déteste la dépendance à quoi que ce soit !

Dépendance à l'expression publique et aux commentaires qui en découlent ! Dépendance à l'appréciation des autres... Quelle renoncement à la liberté !

L'autre aspect parasite est bien plus difficile à décrire, bien que je sache parfaitement en quoi il consiste. Il n'aura échappé à personne que je parle beaucoup, et de façon récurrente, de relations. Notamment autour de l'amitié, de l'amour, du désir. Bien plus rarement autour de la famille et du travail. Parfois je digresse, ou explore la périphérie, mais le coeur de mon propos reste stable : l'affectif dans les relations. Or je crois savoir pourquoi je « tourne autour du pot » indéfiniment : je m'empêche de rentrer vraiment dans le vif de ce qui me préoccupe. Pour une raison très simple : ma subjectivité, mes ressentis, mes interprétations, risquent fort de ne pas correspondre à la subjectivité de personnes qui me lisent et avec qui, quelles qu'en soient les modalités, je suis en lien. Et ce d'autant plus que le lien est disons... non-fluide. Or je tiens à ne vexer personne et à respecter une certaine confidentialité, ce qui me contraint à passer sous silence... le coeur de ce que je voudrais explorer !

Compliqué d'écrire, vous dis-je !

Mais, ô paradoxes et contradictions, c'est aussi cette retenue volontaire qui me pousse à arpenter des zones d'ombre et de lumières qui seraient restées en marge si je m'étais senti totalement libre. Aller droit au but n'est pas forcément le chemin exploratoire le plus judicieux à long terme.

Conclusion : plus ma recherche de liberté d'expression progresse et plus celle-ci est complexifiée par des contraintes qui l'enrichissent. Ce cercle vertueux est parfois difficile à tenir mais je me demande si je n'apprécie pas d'avoir une certaine dose de difficulté...

C'est ce qui fait toute la saveur [ou l'ennui ?] de ce que vous trouvez sur ce blog.

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Se faire remarquer...

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13 septembre 2009

Décontenancé

Je ne ressens plus le besoin d'écrire. Ni même l'envie. Ou du moins... pas de la même façon. Je n'ai plus le même rapport à l'écriture. Je crois que se cherche une nouvelle façon d'être en mots, un nouveau registre d'expression. Et cela passe par un relatif "silence".

Peut-être ai-je épuisé une source ? Peut-être me faut-il un peu de temps pour en sentir une autre bruire ? M'orienter vers de nouveaux champs de réflexion ou de narration ? Parler d'autre chose ?

J'avoue être un peu.. décontenancé que cela survienne après tant d'années d'écriture régulière sur internet, même si je sens venir cette mutation depuis quelques mois. Je m'étais installé dans une sorte d'habitude en racontant mes pensées et réflexions dans des registres bien spécifiques et voila que l'envie d'en parler se tarit. Et pourtant je continue à expérimenter la vie ! Mais sans doute de façon plus aguerrie. Plus mature et moins candide. Moins impatiente, aussi.

Du coup ma réflexion est moins surprise. Moins exaltée. Plus intériorisée, sans nécessité de la "partager" en vue de la solidifier. Je crois que maintenant je sais suffisamment m'orienter pour ne plus ressentir le besoin constant de me confronter à des avis extérieurs.

Alors je me vois m'éloigner d'un mode d'échange qui m'a apporté beaucoup et à profondément changé mon regard sur l'existence. Quel rapport ai-je maintenant avec ce monde parallèle ? Que peut-il encore m'apporter ? J'en connais la plupart des recoins et, de ce fait, il m'intéresse moins. Il ne me surprend plus. Je n'ai plus la soif de la découverte, plus cette curiosité envers ce qui se jouait grâce à l'interaction entre lecteurs et écrivant. Pour moi c'est un peu du passé...

Blasé ?

Pourtant je crois que j'ai encore à dire. Encore envie d'écrire. Envie de continuer à "partager" et proposer mes réflexions. Mais autrement. J'aime ce qui peut apparaître grâce aux échanges. J'aime m'enrichir des réflexions des autres [les vôtres] . Et j'aime savoir que mes écrits peuvent apporter quelque chose à ceux qui me lisent... et apprendre d'eux.

Mais... autour de quoi ? Longtemps j'ai puisé dans mon vécu personnel, en même temps que je découvrais les retentissements que la rencontre de l'autre provoquaient en moi. Maintenant ce regard égotiste m'indispose. L'étalage de moi me met mal à l'aise. Ma vie intime retrouve le goût de la discrétion.

En revanche proposer mes regards, partager ce qui m'anime me plaît.

Peut-être me faut-il m'accorder le temps d'une évolution. Laisser mûrir...

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Évolution

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19 juillet 2009

Chiffonnier d'idées

« Je te lis mais franchement à la fin c'est lassant cette introspection toujours sur le même sujet à savoir l'exprimable ou le non exprimable sur un blog. »

En lisant ce bref commentaire j'ai respiré un grand coup... pour ne pas proposer aimablement à cette lectrice d'aller voir ailleurs dans le vaste blogomonde s'il n'y avait pas mieux à lire.

Aaah, l'exigence du lecteur ! Comme s'il était attendu de moi des sujets diversifiés, plaisants, et pourquoi pas drôles tant qu'on y est ? Ben tiens, je suis payé pour ça !

Hé oh, c'est encore moi qui choisis de quoi je parle ! Je comprends qu'en tant que lectrice, la question de l'exprimable ne se pose pas, mais pour moi elle est cruciale.

Bon, mais cette remarque, ainsi que d'autres de ces derniers jours, ont eu le mérite de me faire réfléchir [encoooooore ?] sur l'intérêt de ces interactions entre l'écrivant (moi, en l'occurence) et les lecteurs. C'est parti d'un constat : d'après les commentaires je me voyais renvoyer une image contradictoire. On me trouve trop froid et détaché et, en même temps, trop sensible. Pas assez d'émotions d'un côté et trop de l'autre. Bigre ! Comment diantre cela est-il possible ?

À l'évidence, pour ceux à qui ça aurait échappé, ma froideur toute chirurgicale, mes décortications austères et sans affects, mon observation glaciale de la mécanique humaine, sont des moyens de vivre avec ma sensibilité émotionnelle exacerbée. Ma distance apparente est protectrice. C'est, pour le moment, le moyen que j'ai trouvé pour bien vivre : j'intellectualise les émotions. Je dois, pour donner un sens à mes émotions, les faire transiter par la raison. La pensée rationnelle. Du genre : « je ressens cela parce que... ». Il faut que mes émotions soient justifiées pour avoir le droit d'exister.

Compliqué, hein ?

Mais allons, va t-on me rétorquer, les émotions c'est spontané, c'est naturel, il n'y a qu'à s'y laisser aller ! Ben oui... mais non. Pas si, comme je l'ai fait, j'ai intégré que mes émotions n'étaient pas les bonnes. Pas si je me suis construit sous le fameux principe cartésien : « ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément ». Ce qui a impliqué, dans ma p'tite tête, que ce qui s'exprimait difficilement était infondé. Or exprimer des émotions n'est pas la chose la plus simple... quand il s'agit d'être rationnel.

Le travail que je fais par écrit consiste donc, depuis des années, à donner parole à mes ressentis. Il s'agit d'une reconstruction narcissique en même temps que d'une prise de conscience de ce qui m'abime anime [je laisse le lapsus]. C'est donc trèèèèès égocentré. Répétitif et tourne en rond. Donc... potentiellement lassant. Mais je ne suis pas là pour plaire ! [enfin si, ça compte quand même aussi...]

Ce que je donne de moi, ici, c'est de la matière à penser. Oh, ne nous emballons pas : toute cette matière n'est ni précieuse ni essentielle. Il y a un peu de tout, en vrac. Beaucoup de rabachage remâché, parfois un peu d'idées nouvelles et, peut-être, de temps en temps une idée intéressante. Chacun fait son tri. Vous comme moi. C'est le but de ce partage d'idées. Et chacun peut faire part de son avis, montrant ses trouvailles ou critiquant la piètre qualité des idées, ou estimer qu'elles sont erronnées.

Je vide mon tas et ceux qui veulent viennent picorer ou se nourrir, comme des mendiants sur un tas d'immondices. Je pourrais aussi comparer ça avec une nourriture que je vous sers, mais j'aime assez l'idée d'un recyclage d'objets hétéroclites venus d'on ne sait où.

Et là... là... il y a transformation. Certains d'entre vous se saisissent d'une idée, la colorent de leur subjectivité, l'assemblent avec leurs propres idées et présentent leur trouvaille aux convives. IL peut en sortir des trésors. D'autres observent sans rien dire et repartent avec leur petit butin, ou frustrés de n'avoir rien trouvé de valable. D'autres encore rouspètent parce que c'est toujours le même genre de choses qui leur est présenté.

Je me verrais bien en chiffonnier d'idées.

« Chaque fois que j'écris je me découvre en rassemblant toutes les parties morcellées de mon être; je me construis. J'accomplis ainsi un acte d'unification qui me rend plus cohérente, plus solide, plus novatrice. Par conséquent l'écriture a, au sens large du terme, un effet thérapeutique incontesté. Elle est un des principaux facteurs de connaissance de soi et de libération de la personne humaine »

Colette Portelance dans "La liberté dans les relations affectives"

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10 avril 2009

Stratégies intimes

Vous attendiez, j'en suis certain, avec une impatience de tous les instants, mes impressions recueillies lors de la table ronde « Intime, privé, public » qui s'est déroulée à Paris le 14 mars dernier. J'accède donc à votre demande informulée en extrayant de mes notes manuscrites quelques éléments de ce qui s'est dit ce jour là.

Devant une centaine de personnes l'animateur rappela ce qui, pour nombre d'écrivants en ligne, tient du constat quotidien : « Les sphères intimes et publiques sont de moins en moins séparées ». Avec immédiatement les questions qui en découlent : « comment échapper à la confusion des genres ? quelles mesure de protection prendre quand les frontières sont brouillées ? ». A l'heure où l'identité intime des "people" est mise en scène, révélée dans une presse souvent avide de sensations, les intervenants allaient nous montrer, dans une registre plus discret, quelles stratégies ils ont employé...

Michelle Perrot, historienne, aborda la question sous l'angle de la chambre, notamment dans l'aristocratie où l'accès des pièces publiques vers celles de l'intimité était savamment organisé selon une progression qui se méritait. Dans les milieux modeste l'intimité n'avait guère de place... L'historienne évoqua aussi la chambre comme lieu d'écriture qui, plutôt que le bureau, semble avoir eu la faveur d'une majorité de femmes. Quoique fort intéressante cette intervention ne correspondait pas vraiment au sujet que j'aime à explorer.

C'est avec Marie Chaix que la discussion s'est résolument tournée vers le rapport entre écriture et vie privée. Considèrant son journal intime comme étant « un réservoir de mémoire » elle énonce, par différence, que « l'écriture de soi est un miroir tendu à l'autre ». Marie Chaix est venue à l'écriture trois ans après la mort de son père, n'ayant auparavant pas voulu lire ce qu'il lui avait légué sans lui demander son avis : des écrits rédigés durant des années de détention en tant que "collabo". Alors que, jusque là, elle n'avait rien cherché à savoir de ce tabou familial, elle a suivi les conseils d'une amie et a été bouleversée par la lecture des écrits paternels. Elle s'est alors lancée dans l'écriture, en parfaite néophyte, avec l'idée de témoigner de sa version d'enfant (elle est née en 1942), puis de « se délivrer de son histoire ». Marie Chaix parle d'une innocence dans l'écriture, qu'elle perdra dans ses livres suivants : « je sens comme un hibou sur mon épaule qui me scrute ». De ce premier ouvrage elle dit ne s'être jamais posé de questions sur le droit d'écrire sur soi. Elle expliquera cependant que sa soeur, personnage public (chanteuse), était « terrifiée » par la divulgation de l'intime et refusa pendant très longtemps d'être identifiable dans un tel récit autobiographique.

Pour Marie Chaix, qui n'établit pas de distinction entre le roman et l'écriture de sa propre histoire, tant pis pour le lecteur qui chercherait à démêler le vrai du faux. Manifestement cela ne la préoccupe guère !D'ailleurs, comme beaucoup, elle dit que « le livre terminé n'est plus à soi ».

Philippe Vilain, née en 1969, à écrit un plaidoyer pour l'autofiction : "La naissance de Narcisse". Pour lui écrire sur soi n'est pas forcément du narcissisme, ni une thérapie, et j'en déduis que des remarques en ce sens lui ont probablement été faites pour qu'il s'en défende d'emblée. Il se plaît à écrire autour des situations amoureuses, des sentiments, de la jalousie, de l'adultère, mais aussi de ce qui peut en découler : une naissance à venir, une paternité non souhaitée. Philippe Vilain s'est dit décontenancé par le sujet de la table ronde : pour lui intime et privé sont des concepts difficiles à distinguer pour le lecteur. Il y a un rapport de synonymie entre « le privé intimisé et l'intime privatisé ».
Il voit son écriture comme une « recréation imaginaire de [son] vécu ». Parlant de « fiction personnelle »,  de « faux intime », il clame que l'intime est un leurre, une illusion référentielle puisque « l'intime est fictionnalisé ». Il parle, vis à vis du lecteur, de « contrat de lecture » : qu'un texte soit intitulé roman ou récit change le contrat implicite, donc les attentes. Cherchant manifestement à rester dans un flou il considère son écriture comme « liée à un rapport faussé à l'intime ». De fait il évoque sa relation avec une écrivaine connue, qui a donné lieu, dans la narration, à une part d'invention : il a romancé sa version de la rencontre, exagéré la jalousie et inventé la séparation. Il parle « d'aveux tronqués », d'une « écriture partielle du dévoilement », brouillant ainsi les pistes d'une hypothétique vérité. Pluralité des vérités en l'occurence puisque A.E, avec qui il avait eu cette liaison avait raconté dans un de ses livres ce qu'elle a vécu avec un certain Philippe V. Expérience de récits croisés surfant sur le risque de confusion des registres entre intime, privé et public... qui n'est pas sans me rappeller certains épisodes de ma pratique !
D'une manière plus générale Philippe Vilain analyse ses sentiments « d'intermittent du coeur », tel qu'il se définit. Il observe les passages de l'indifférence à la passion et de la passion à l'indifférence. Pour lui « écrire c'est s'extimer », « s'autruifier ». Il parle de « l'illusion d'un moi extensible », et dit « qu'écrire sur soi est une écriture dialogique de l'intime ». Par rapport au reproches de dévoilement intime, voire d'exhibitionnisme, il renvoie le lecteur dans ses filets : « c'est un jeu de mauvaise foi avec les lecteurs, qui sont injustes de fustiger un texte dont ils sont curieux », rappellant le succès de "Ma vie sexuelle", de Catherine M.

A titre personnel j'ai été séduit et intéressé par cet homme sensible avec qui j'ai trouvé nombre de correspondances dans la démarche d'observation de soi en situations faisant appel aux sentiments.

Connu de nombreux lecteurs de blogs, Valclair intervenait à cette table ronde en tant que blogueur et avait choisi ce jour pour un dévoilement partiel de son identité. Le hasard faisant parfois bien les choses, au moment où il prit la parole pour « cramer son anonymat » l'assemblée put voir que, devant lui, était tombée l'étiquette portant son nom !
Avant même d'écrire en ligne, action mûrement réfléchie et anticipée, Valclair se demandait dèjà ce que cela pourrait induire comme changement dans son écriture. Il évoqua ses résistances avant le clic décisif de sa première mise en ligne, immédiatement suivi d'un questionnement angoissé : « mais qu'est-ce que j'ai fait ? ». Je ne reprendrai pas le détail de son intervention puisqu'il l'a mise en ligne, mais je retiens une idée qui conforte mes impressions : tant qu'on est désincarné on a toute liberté d'expression. Se démarquant des auteurs publiés l'ayant précédé à la table ronde, Valclair montre son souci constant du respect de l'autre : « ne pas tout dire, ni n'importe comment ». C'est que dans l'écriture directe il n'est pas question de se retrancher derrière une éventuelle fiction... Valclair a donc appris à manier l'allusion, devenant discret sur l'intime et offrant différents niveaux de lecture selon que les lecteurs soient initiés ou non. Il choisit de « rester dans la véracité et l'authenticité plutôt que dans la recherche de vérité ». Il s'interroge aussi sur une éventuelle déformation du récit pour atteindre d'autres buts. « Suis-je moi-même ? » est la réponse qui autorisera la mise en ligne.

Tandis que Valclair poursuivait son intervention en parlant de la puissance de l'immédiat que confère l'écriture en ligne, Marie Chaix, visiblement impatiente et agitée depuis un bon moment, l'interpella en lui demandant des exemples concret des apports de cette écriture de soi en ligne. Elle reconnaîtra y être totalement étrangère et se montra inquiète des velléités littéraires de cette foule d'écrivants dont le talent lui semblait encore à démontrer. Je ne pus m'empêcher de penser à son aveu de n'avoir jamais écrit avant son premier ouvrage...

Un peu plus tard, tandis que Valclair évoquait les apports dynamiques des échanges avec le lectorat des blogs, Marie Chaix reviendra à la charge en demandant ce qu'il en était de la sexuation des relations nées de ces échanges... Question qui aurait pu être délicate en présence de l'épouse de Valclair dans la salle ! Mais les faits sont là : une trés grande proportion des écrivants et lecteurs de l'intime en ligne sont des femmes. Difficile, dès lors, d'établir une corrélation directe. Même si cette sexuation des échanges ne peut pas être écartée sans y regarder de plus près...

Ce que je retiens de cette table ronde c'est que le rapport à l'intime et au privé divulgués publiquement était fort différent selon les intervenants : questionnement quasiment absent selon les déclarations de Marie Chaix, pistes floues afin d'égarer les lecteurs pour Philippe Villain, questionnement anticipé et récurrent pour Valclair, écrivant du direct.

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Feuilles d'écorce protectrices

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Butiner au coeur

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06 avril 2009

Surexposition intime

L'expression de l'intimité en public est un paradoxe qui demande un réajustement constant de la ligne d'équilibre. La présentation de soi, qui peut s'assimiler à une représentation - au sens théatral du terme -, peut vite conduire à un sentiment de surexposition.

J'ai une certaine habitude de la pratique et perçois rapidement lorsque je m'aventure un peu plus loin que mon point d'équilibre. En écrivant mes réflexions personnelles et mon parcours ce n'est pas tant "moi" que j'expose, mais un homme parmi tant d'autres. Ce que je désire partager c'est la part universelle, ou du moins extrapolable, d'un cheminement singulier. Je ne me sens pas l'âme d'un exhibitionniste et suis vite gêné lorsque mon intimité propre est mise en évidence sous autant de regards.

Lorsque j'écris, j'ai toujours en tête l'idée de partage. Mon écriture en est teintée. Par contre, dans l'exercice plus délicat de la réponse aux commentaires, ne souhaitant pas me dérober et toujours avide de lucidité sur moi-même, je me sens parfois entraîné plus loin que je n'aurais imaginé en jouant le jeu de la liberté de parole. Je ne contrôle pas les commentaires et la maîtrise des orientations que prennent les échanges m'échappe.

Il m'arrive alors de sentir mon intimité surexposée, pour reprendre le titre d'un ouvrage du psychanalyste Serge Tisseron. Je choisis alors de prendre un peu de distance avec l'extime...
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Voila une excellente occasion de me lancer dans le compte rendu de la table ronde "Intime, privé, public", à laquelle j'ai assisté il y a déjà quelques semaines. A suivre prochainement, donc...

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14 février 2009

Je est plusieurs

L'ami Valclair se pose d'importantes et nécessaires questions avant de décider s'il préfère conserver ou pas son anonymat sur internet. Sujet qui, depuis plusieurs années, reste en toile de fond chez quelques membres de ma blogobulle de prédilection. Questionnement inépuisable tant qu'une option ferme n'est pas choisie. Et encore...

Je fais partie de ceux qui s'interrogent régulièrement à ce sujet, en fonction des étapes de mon cheminement. Avec des tentations contraires : soit me réunifier en une seule entité identitaire, soit au contraire scinder mes identités pour y avoir une plus grande liberté d'expression. La première version est du type « j'assume ! ». Ce serait choisir de ne pas me cacher, revendiquer mes éventuelles incohérences et contradiction, mes propres faux-semblants, en vue de me sentir plus libre, et voir vers quoi ça me mène. Démarche de transparence... dont je sais à quel point elle peut être dérangeante tant pour l'entourage que pour soi. Avec, finalement, un « qui suis-je vraiment ? » peut-être un peu angoissant...

L'option de scinder différentes vies, ménager des identités quelque peu différentes selon les cercles relationnels, bien qu'elle mette clairement face à une pluralité du soi, présente l'avantage de préserver une plus grande liberté d'expression... tout en soustrayant la liberté (illusoire ?) d'un « être soi » unifié.

En fait, quel que soit l'ordre choisi, les questions seront là, pour peu que l'on soit porté à l'introspection. Le tout est de savoir si la question suit l'évolution du soi ou l'induit. Je crains que les deux aillent de pair...

Il me semble que l'écriture de l'intimité en public nous place face à cette prise de conscience avec davantage d'acuité que dans la vie de tous les jours. Par le simple fait que la spontanéité est moindre dans l'écrit, les pensées y sont davantage sous contrôle. Dévoiler son intimité sur le net est un savant stip-tease qui se déroulerait devant un miroir sans tain : je choisis ce que je montre de moi et me vois le faire. Mené par l'inconscient, il ne doit rien au hasard.

Je crois aussi que, en quelque domaine que ce soit, la virginité par rapport à l'irréversibilité du passage à l'acte peut apporter quelque chose de bon. Le moteur du désir est fécond, celui de la jouissance de l'objet du désir ouvre vers quelque chose de différent. Tant que je suis dans le questionnement autour du dévoilement identitaire j'apprend quelque chose sur moi. Je garde une certaine naïveté, une ignorance, voire une protection. Si un jour je franchis le pas je ne pourrai plus m'interroger de la même façon. Il y aura eu une forme d'aboutissement... Il peut être utile de le reporter, ou au contraire le saisir, selon que l'on se sent prêt ou pas à franchir cette étape vers un autre stade de connaissance.

  • Voir aussi: Contrôle d'image, texte écrit en juin 2006 à la suite d'un dévoilement d'identité inopiné.

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23 décembre 2008

Écriture publique, de l'intime au privé (4)

Avec mon texte à épisodes je me suis lancé dans quelque chose sans trop savoir où j'allais. Au fil des jours je mesure à quel point mon état d'esprit peut influer sur ma vision des choses et ma façon d'en parler. Le simple fait qu'une amie partage avec moi son bonheur et l'élan de vie qui l'anime, ce matin, m'a fait reprendre le texte que j'avais rédigé hier en y ajoutant une tonalité plus optimiste... qui est celle que je préfère avoir. Il reste cependant assez sombre, mais bon... je vais quand même pas tout rectifier, hein !

Ça montre que je me laisse parfois "empoisonner" par un esprit négatif, animé par la frustration et la colère. Colère contre un ressentiment que je combats, parce qu'il ne correspond pas du tout à ma façon de percevoir l'existence. Je me laisse parfois envahir par des approches de la vie qui sont trop éloignées de la mienne, et que j'ai le tort de vouloir colorer selon mon propre arc-en-ciel. Il me faut accepter que des personnes aiment vivre dans d'autres colorations que les miennes, voire dans des tonalités de gris, et peut-être même le noir. C'est à respecter.

Jamais je ne devrais oublier mon être profond et la lumière intérieure que je sens en moi. J'ai la chance d'être doté d'un tempérament positif, optimiste, espérant... hélas contrarié par un manque de confiance en moi. Mais je sais très bien dans quelle direction j'irai toujours, au final. Si parfois je baisse les bras, me laisse atteindre par le pessimisme et l'amertume, c'est parce que, temporairement, je ne crois plus suffisamment en la validité de mes convictions. Mais ma force est bien là, profondément enracinée : la vie est belle pour qui veut bien la voir ainsi. Pour qui se donne les moyens d'aller vers ce qu'il désire. Pour qui agit en vue d'être heureux.

J'ai commencé à écrire cette série pour me libérer. De quoi ? Euh... de mes scrupules, peut-être. D'une culpabilité stupide. D'un excès de respect, au détriment de celui que je me dois. Me libérer de mes craintes de blesser, d'irriter. Autant de contraintes que je m'impose. J'ai parfois une très forte envie de tout faire exploser...

Ce texte, comme les précédents, tourne autour du pot. Avec un peu de recul ça me fait sourire de voir à quel point il m'arrive de me laisser envahir l'esprit par... ce dont j'évite de parler ! Que c'est chiant de garder le silence ! Parfois j'ai vraiment envie de tout balancer. Dire bien clairement le fond de ma pensée. Sauf que ma pensée n'est pas claire. Elle est encore contradictoire, mouvante, instable. Je pense alternativement chaud et froid, dur et doux, cassant et carressant.

Enfin bref, voila un texte assez représentatif de ce flottement. Il clôt la série... en s'écartant pas mal du sujet initial.

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Je suis devenu très contradictoire en ce qui concerne la libre expression de l'intime. Je la vois à la fois comme une force et une faiblesse. Une force quand elle transmet une énergie positive, une vérité profonde, une foi lumineuse, une ouverture au monde. Une faiblesse quand elle est dans la plainte, le renoncement, le défaitisme, la demande facile. J'aimerais avoir la force sans tomber dans l'ornière de la faiblesse. Ne dire que l'utile, le nécessaire, le vital, le beau et garder le superflu, le vil et vain. Être porteur d'espoir. J'ai envie d'oser me dire sans me soulager à bon compte. Avoir le courage, simplement le courage de dire ce en quoi je crois. Être juste [et pourquoi pas parfait, tant que tu y es ?]. Si j'y étais parvenu dans mes écrits publics, je ne me serais pas posé autant de questions sur les limites de la vie privée.

Devenu vigilant face aux risques de dérive d'une trop libre expression, je ne sais parfois plus comment me situer. C'est le signe d'une déconnection avec mon être profond, le résultat d'un parasitage. J'ai des difficultés à dépasser mes illusions déchues, porté par une espérance tenace qui dépasse ma voilure. Par réaction je me vois être devenu prudent dans ma vie réelle. Presque méfiant. Ça me désole un peu... mais j'y vois aussi le signe d'une vigilance face à des conditions de sérénité insuffisantes. Si les choses ne se font pas, c'est que le moment n'est pas favorable.

Il me faut désormais des preuves de fiabilité accrues pour que j'accorde ma confiance. Je suis devenu plus exigeant. Pour chaque rencontre il me faut du temps pour que je me laisse aller à quelques confidences sensibles, mesurées, et je ne le fais pas sans réciprocité. J'ai besoin de sentir se dessiner des correspondances. Tout cela paraît évident, mais résulte d'un patient travail de reconstruction.

En ce moment j'ai l'impression de ne pas donner autant que je le pourrais... si j'étais plus ouvert. Je me vois aux aguets, comme enfermé dans une forteresse. En disant cela je pense surtout aux approches féminines. Je sais que je ne suis pas facile à approcher. J'accueille assez volontiers les éventuelles situations favorables qui se présentent mais reste prudent. Et puis je ne provoque rien. Je ne me sens plus vraiment demandeur en matière d'échanges... Je me satisfais de mes amitiés les plus anciennes, dont je sais la fidélité et connais l'état d'esprit, mais me vois incapable d'investir concrètement de nouveaux liens affectifs. Cette passivité généralisée pourrait presque passer pour de l'indifférence...

Il n'en est rien : c'est du détachement. Excessif, c'est certain, mais probablement conjoncturel. À ne plus  vouloir jamais dépendre de qui que ce soit j'ai des difficultés à capter mes désirs relationnels. Suis-je seulement capable de les cerner ? Oui, quand je les retrouve au hasard des échanges. Non quand je m'égare trop loin de mon axe.

Aujourd'hui je suis devenu tellement détaché qu'il me semble ne plus rien attendre de quiconque ! J'en suis le premier surpris. Je ne me reconnais pas. Je ne dépend plus de personne ! Je le vis très bien en pratique, moins bien intellectuellement...

Mouais... je sens quand même qu'il n'y aurait pas beaucoup à gratter pour que je reconnaisse que cette posture ne me convient que par réflexe de protection : ce n'est pas moi que d'être ainsi sur la défensive. Et puis ça ne va pas dans le sens que je désire : améliorer mon rapport aux autres. Simplifier les liens, les fluidifier, les vivre harmonieusement.

J'en suis à un tel point de détachement que j'en viendrais presque à m'inquiéter : vivant en solitaire, n'ayant pas besoin de quelque autre en particulier, détaché, ne demandant rien... est-ce véritablement une forme d'autonomie ou le glissement vers une autarcie abusive ? Ne serais-je pas en train de m'éloigner de l'archipel humain ? En même temps je sens bien que je suis devenu beaucoup plus réceptif, perceptif, intuitif, attentif aux autres. Je capte mieux, suis plus sensible aux ambiances, au signes imperceptibles. Je suis devenu plus observateur, avec de meilleurs outils de perception, moins faussés par ma propre subjectivité. J'ai l'impression de bien vivre, plutôt sereinement... mais essentiellement en solitaire. Un peu en marge.

Tout ce que je viens d'évoquer se déroule hors du monde d'internet, riche vivier relationnel dont... je me détache aussi. Le monde d'internet continue cependant de capter mon attention, de me distraire, de m'absorber. Dans ce monde immatériel, protégé par la distance, je vois bien que j'attends encore quelque chose, sans trop savoir quoi. De l'échange ? De la réflexion ? De la contradiction ? Aller au delà de ce que je sais ou crois ? J'ai envie d'être bousculé, ébranlé dans mes convictions. Ou alors touché dans mes émotions. J'ai envie de mise en mouvement intérieur. Est-ce pour retrouver les sensations du temps de la découverte ?

Honnêment, dans ce monde immatériel je ressens de plus en plus rarement ces secousses qui me faisaient vibrer. Probablement parce que j'ai épuisé pas mal de mes sujets de prédilection, qui finissent par ne plus apporter leur moisson d'idées nouvelles. Peut-être aussi parce que l'intime s'y dévoile moins... ou que j'en suis devenu blasé. Plus exigeant, peut-être... Il se peut aussi que je sois lassé de l'expression de l'ego qui se cherche. Du mien comme de celui des autres. J'ai envie d'être surpris, ému, ébranlé, agacé... ou de rire, de trouver de la joie et de l'espérance. Bref, que ça vive, que ce soit inattendu ! Et moi même, avec mes textes alambiqués et mes réflexions poussées, je ne contribue en rien à cet inattendu.

En fait... je crois que je m'ennuie un peu sur internet. Comme si j'attendais le grand retour de ce qui ne viendra plus : l'euphorie du début. Je crois que je reste figé sur le souvenir d'un crescendo dans le partage humain qui s'est brutalement effondré. Au moment précis où une amitié amoureuse marquante a explosé en plein vol. Les mots d'alliance sont alors devenus impuissants, muets, perdus. Probablement parce que cette alliance ne pouvait pas se faire...

J'ai beaucoup de difficultés à accepter le verdict du silence définitif alors que je sais le pouvoir libérateur dont sont dotés les mots. Privé de ces clés j'erre encore devant un espace amputé où aucun écho ne parvient à remplacer celui qui s'est éteint. Silence renforcé, sentence durcie, sans espoir de rémission. Parce que je trouve cette condamnation absurde je peine à quitter ces terres devenues glacées, me souvenant de leur lumière de jadis. La fermeture des derniers sentiers a cristallisé ma colère. Cette colère retenue dont j'exploite l'énergie pour trouver une piste de sortie honnête et juste, respectant de ce qui doit l'être.

Je veux m'ouvrir de nouveau aux surprises de l'existence, poursuivre mon chemin vers ce que je n'ai que brièvement touché mais qui a définitivement orienté la direction que je veux suivre.

Mais ce n'est certainement pas dans le monde désincarné d'internet que j'obtiendrai satisfaction...

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21 décembre 2008

Écriture publique, de l'intime au privé (3)

L'arborescence de mes réflexions autour du rapport que j'entretiens avec l'écriture en ligne m'amène à dériver un peu de ce qu'annonce mon titre. Le fil de pensées reste toutefois dans la même ligne directrice : l'expression de soi face à autrui.

Bon... mais tout cela est bien sérieux profond.

Je m'agace à être aussi profond. Je cherche quoi ? À me faire bien voir ? Par qui ? Mais quelle est donc la représentation que j'ai de "vous" pour être aussi souvent dans les profondeurs sérieuses ?

Ben j'sais pô !

J'crois bien que c'est une façon de ne pas parler de ce qui est important. Une diversion, des circonvolutions, du tournage autour du pot.

Vous savez quoi ? En vrai de vrai si j'écris tous ces trucs soporifiques c'est parce que je me dis que ça me mènera bien quelque part. Vers ce qui a besoin de sortir... J'espère que quelque chose glissera d'entre les mots, s'échappera malgré ma vigilance, m'obligeant alors à revenir dessus. Je compte sur des aveux malgré moi, j'espère une délivrance. Non que je souffre... [quoique, en suis-je certain ?], mais parce que quelque chose est à naître.

Vous vous souvenez de cette colère que je contiens ? Ben ça a quelque chose à voir avec ça. Tout ce que je déblatère au sujet de l'intime et du public, c'est ça : l'intérieur qui n'ose pas se montrer à l'extérieur. Alors j'ergote, je tergiverse, je pseudo-analyse et philosophe vaguement. Tout ça pour arriver à mes fins : briser mes chaînes !

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Précédemment j'ai écrit « la continuation ne peut plus se faire sous la même forme. Je constate que mes pensées redeviennent plus intérieures. Intimes ». Ce qui m'interpelle dans ce blabla c'est que ça ne concerne pas uniquement le blog et son aspect public, même si c'est par ce détour que j'ai vu s'écrouler le mythe du tout dire. Non, c'est toute mon expression intime, sous quelque forme que ce soit, qui semble vouloir se rétracter. Un peu trop à mon goût. Bah... ça correspond sans doute à un besoin d'ajustement et de réorientation.

Il y a quelques années, lorsque j'ai perçu à quoi pouvait mener une transparence excessive, j'ai commencé par retenir le flux de mon expression intime... alors que j'étais lancé dans un processus de libération ! J'ai inversé la vapeur en plein élan. Progressivement c'est par respect de la sphère privée que j'ai accentué la rétention : j'ai évité d'écrire publiquement mes ressentis les plus chargés. Ensuite, par prudence, cette retenue s'est étendue à toute nouvelle relation un tant soit peu complexe [les relations simples semblent plutôt rares...]. Je crois qu'après m'être dévoilé plus que je ne pouvais l'assumer sans retour équivalent j'ai eu besoin de retrouver une pudeur protectrice. Peut-être ai-je appris à ne plus me dire au delà de ce qu'on me demande ? C'est pas plus mal...

En même temps je crois avoir augmenté ma capacité à me dire ! À être *vrai*. Ce paradoxe n'est qu'apparent : je me livre plus facilement, mais moins intimement. Je redeviens "secret", quoique exprimant assez aisément mes pensées.

C'est bizarre ces croisements de mouvements.

Ma connaissance des conséquences d'un dévoilement excessif, potentiellement menaçant, fait que désormais j'évite de trop "donner" de mon intériorité. J'essaie de ne dire que ce qui est nécessaire au moment présent, en fonction de qui est en face de moi. Je prends garde aussi à ne pas trop "reçevoir", car la libre expression peut être lourde à porter. C'est parfois compliqué d'être dans la juste mesure et de savoir où s'arrêter.

Auparavant, lorsque je donnais trop et acceptais trop, j'étais dans la confusion. Je croyais que se dire sincèrement était à la fois un acte courageux et une preuve de confiance. Erreur grossière : ce peut tout aussi bien être une faiblesse et une surcharge posée sur l'autre ! Une confiance abusive dans sa capacité à gérer une situation qu'il n'a pas choisie. Un défaussement à bon compte. Alors maintenant j'apprends à me protéger de ce qui pourrait m'alourdir. Je tend à me tenir à l'écart des problématiques que je ne sais pas, ou ne veux pas gérer, parce que je connais mieux mes failles et mes vulnérabilités. Réciproquement j'essaie de ne pas trop faire porter sur autrui ce qui m'appartient... sans pour autant suprotéger !

Là encore le dosage n'est pas évident à trouver...

Vouloir  « tout dire », ou même simplement « dire ce que je pense », demande l'acceptation que des limites puissent être posées à cet épanchement. Il y aurait quelque chose d'immature à rêver d'être accepté et compris dans tous nos ressentis intimes. Car à qui peut-on « tout dire » sans craindre d'être rejeté... si ce n'est à nos parents ?

D'ailleurs je me demande si l'écriture intime sur internet ne s'assimilerait pas à une régression. Je ne suis pas loin de l'illusion d'être accepté tel quel. Forcément, puisque ceux qui reviennent et se fidélisent me trouvent suffisamment "aimable", je pourrais être tenté de me croire assez largement apprécié ! Quant à ceux qui ne seraient pas d'accord avec ce que j'écris je pourrais toujours leur suggèrer poliment d'aller voir ailleurs. De là à me cantonner peu à peu dans le rôle que le lectorat semble apprécier, il n'y a qu'un petit pas qu'il me serait aisé de franchir. Mais pas sans états d'âme... pas sans la perdre. On se trouve autant qu'on se perd sur nos blogs intimistes.

J'ai beau le savoir, j'ai tendance à oublier que le "public" n'a rien de représentatif. On s'agglomère par affinités. Sur nos blogs on s'aime...

J'ai bien l'impression que cette distorsion me dérange depuis l'origine, me conduisant régulièrement vers un métadiscours alambiqué autour de ma pratique. En fait c'est mon rapport aux autres, ici les lecteurs, qui me dérange. Ce besoin d'être aimé tel que je suis... sans oser l'être vraiment !

Ah merde, c'est toujours là que ça coince : oser être soi !

Mouais... j'ai beau m'en défendre et essayer de m'éloigner de toute forme de dépendance du regard d'autrui, je constate que ça me retient toujours par un côté. Ici je me conforme à ce que j'imagine de vos attentes, mais dans ma vie c'est un peu pareil. Je m'enferme dans l'immobilisme à chaque fois que je n'ose pas me singulariser.

Voyez vous, je me suis mis à l'écriture publique en espérant devenir « effrontément désinvolte avec les confidences ». Cette idée m'avait fasciné et enthousiasmé, jadis. Elle correspondait à un très fort désir d'affirmation. Je pensais qu'être capable de "tout dire" représentait un summum de l'être soi. Maintenant j'ai compris que ce n'était pas aussi simple. Ni de se dire vraiment, ni d'être accepté en le faisant. Me dire c'est me heurter aux limites de l'autre. Celles de ce qu'il accepte d'entendre, de ce qu'il veut bien entendre, de ce qu'il est capable d'entendre. C'est une guerre de défense de territoires intimes. Elle peut être violente...

En écrivant cela je ne fais pas vraiment de distinction entre l'expression dans le monde internet, devant un public pluriel désincarné, et l'expression de soi en présence réelle d'autrui. Les deux registres ont des portées fort différentes, mais la logique est la même : l'affirmation de soi.

Dans la vie réelle s'affirmer ne se fait pas sans exercer une pression sur le milieu ambiant. C'est prendre une place, s'approprier un espace vital que d'autres ne cèderont pas forcément de bonne grâce.

(à suivre, probablement)

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20 décembre 2008

Écriture publique, de l'intime au privé (2)

Mes engagements municipaux et mes activités professionnelles occupent parfois beaucoup de mon temps. C'est l'autre versant de ma vie, souvent très éloigné de l'intimiste de mes écrits. Pas moins divertissant...

Ces derniers jours j'étais en montagne. Pour travailler ! Entre ciel bleu, brouillard et vent glacial chargé de flocons cinglants, devant des paysages altiers dont je ne me lasse jamais. M'enfonçant avec mes coéquipiers dans une profonde couche de neige, nous étions chargés de délimiter une grande zone de protection pour les Tétras Lyre, oiseaux menacés qui ont besoin de calme pour hiberner.

J'apprécie la chance que j'ai de travailler dans ces conditions.

Les notions d'intimité et de vie privée varient selon le contexte dans lequel elles sont employées. En famille, au travail, ou selon le droit, la culture, la sociologie, la psychologie.

Dans le cas particulier de l'expression de soi, je définirais ainsi les trois termes intime, privé, public  :

L'intime c'est moi face à moi. C'est le dialogue du moi, c'est mon intériorité.
Le privé c'est moi avec l'autre. C'est la relation. C'est le nous, dans une bulle commune.
Le public c'est moi avec vous. C'est vous, ce sont des regards extérieurs sur la scène du moi.

Dans chacun de ces registres je peux être dans le partage, ou au contraire dans la rétention. Dans le récit fermé ou dans l'ouverture au dialogue. Dans l'affirmation ou dans le questionnement.

Raconter mon intériorité devant autrui, ça ne regarde que moi. Si je le fais j'en assumerai seul les conséquences.

Parler d'une relation, puisque ça ne concerne pas que moi, devrait théoriquement nécessiter l'accord de l'autre concerné. En pratique, tant que cet autre n'en sait rien, ça ne pose pas de problème. Il s'agit bien de vie privée... mais assimilable à ma vie intime : l'autre n'est pas connu hors de ce que j'en dis. Il est comme externe à ce nous que je dévoile. Par exemple, lorsque j'évoque ici de ce que je vis avec Charlotte, avec Artémis ou Fred... ça ne dérange personne a priori (sauf par identification, peut-être ?). Par contre, si vous connaissiez une ces persones par un autre biais ça pourrait vous mettre mal à l'aise. En porte-à-faux. Surtout si cet autre ignore que je dévoile l'intimité (subjective) de notre bulle commune !

En racontant ma vie sur internet j'exacerbe considérablement les effets du dévoilement si je me hasarde sur le terrain privé.

Et si j'y parle de mes relations avec des personnes qui elles mêmes me lisent... alors ça peut très vite devenir problématique. Potentiellement explosif. Surtout si elles sont, de surcroît, identifiables ! C'est la raison pour laquelle j'évite désormais ce piège dans mes écrits publics, après m'y être profondément enfoncé jadis. Depuis je suis devenu extrêmement prudent avec la vie privée. Et pas que sur internet ! C'est une question de bon sens vis à vis de la notion de respect, qui, sur l'internet intimiste, m'aura demandé une redéfinition précise et rigoureuse : le respect ce n'est pas seulement ce que je crois devoir à l'autre, mais aussi ce que cet autre considère comme lui étant dû. Connaissant cette règle il y a des choses que je ne pourrais pas dévoiler sans conséquences. Même en y étant autorisé, voire encouragé. Malgré le désir d'expression l'intime s'effacera devant le respect dû à la vie privée. Et ce n'est pas qu'une question d'éthique...

« Ah ben t'as beau jeu de jouer les esprits vertueux, toi qui t'es vautré dans le déballage de vie privée », vont penser les lecteurs dotés d'une mémoire encore vaillante ! Ils n'auront pas tort... sauf que je n'en suis arrivé à mes conclusions d'aujourd'hui que par la force de l'expérience. Ce fût un combat épique qui m'aura pris quelques années : apprendre à taire. Soit l'inverse, en apparence, de ma démarche de libération de l'expression. Finalement je crois que je ne pouvais pas chercher la lumière sans accepter en même temps l'importance que l'ombre lui apporte...

Volontairement j'ai évité de parler trop ouvertement de cette lutte ici, ce blog ayant été créé pour m'en tenir à distance. Le renoncement à évoquer ce qui me tenait à coeur et allait teinter mes choix existentiels aura été difficile mais salvateur. Travail essentiellement solitaire, souvent pénible, dans le refus constant de recourir à un lâcher-prise dévastateur. Mon ego intime avait besoin de se dire, mais était contrarié par le désir de respecter la vie privée et l'intimité d'autrui. Mes périodes de silence ont souvent été dues à cette rétention.

Jusqu'à ce que, récemment, de fort opportuns aléas informatiques me privent de mon journal intime en ligne, lieu privilégié de mes épanchements graphomaniaques. Il ne m'est plus accessible pour effectuer des mises à jour et ça tombe fort bien ! De ce fait il ne me reste actuellement qu'ici pour résorber, si nécessaire, le reliquat d'une fort longue et absurde histoire...

Histoire liant deux écrivants en ligne. Deux intimités ayant généré une vie privée commune.

Je n'en dirais pas beaucoup plus puisque je suis au coeur d'une affaire privée. En son temps elle avait été rendue publique, et je crois que c'est précisément dans cette modification du rapport entre le privé et le public que réside toute la complication qui allait en découler.

Aujourd'hui je ne cherche plus à tirer le moindre fil : une inextricable pelote est au bout, sur laquelle est posée un bocal de nitroglycérine.

Tout ce que je peux en dire c'est que des limites à la libre expression intime se sont dressées là où j'avais cru qu'elles seraient combattues ensemble. L'essence même de la relation en a été radicalement changé. Et comme mon expression publique, écrite, était totalement imbriquée avec ce qu'elle décrivait d'intime et de privé confondus... la situation est devenue un imbroglio intime-privé-public à rendre fou un gars comme moi !

Vous n'y comprenez rien ? Moi non plus...

Enfin si, maintenant j'ai compris que ces limites à l'expression auxquelles je me suis trouvé confronté m'ont donné en même temps accès à la liberté. Parce qu'elles m'étaient insupportablement trop contraignantes, et que la révolte se révélait être sans issue, je n'avais plus qu'à inventer des solutions pour rendre inopérantes ces barrières de silence. Par tous les moyens imaginables les dépasser, les abroger, les braver, les surmonter, les dissoudre, les inverser, les transcender, les pulvériser... L'exercice, pour enrichissant qu'il soit, ne pouvait cependant pas durer indéfiniment, faute de cibles. À la longue je crois avoir exploré la plupart des pistes dignes d'intérêt. Je me sens inexorablement aller vers l'assèchement de ce qui fut une des sources majeures d'inspiration de mes écrits publics. Sans avoir fait le tour de ce que j'avais à découvrir, j'ai l'impression que la continuation ne peut plus se faire sous la même forme. Je constate que mes pensées redeviennent plus intérieures. Intimes. Leur éventuel partage se fait en présence, dans l'instant, au détour d'échanges spontanés. Beaucoup moins par écrit. Je sens confusément que c'est préférable. Que c'est vers cela que j'avais à aller...

Retourner vers un certain silence.

Du coup je ressens de moins en moins le besoin d'exprimer mon intériorité en public. J'ai envie de m'ouvrir à d'autres sujets. Rompre avec mes habitudes. Changer de registre.

Peut-être d'aller vers une nouvelle identité ?

(à suivre ?)

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16 décembre 2008

Écriture publique, de l'intime au privé (1)

  • J'entame ici une série de réflexions autour de ma pratique de l'écriture publique intime et/ou privée. Le sujet m'intéresse depuis l'origine et n'a cessé d'accompagner ma démarche. Je crois savoir que cet engouement n'est pas partagé par tous les lecteurs, surtout s'ils ne sont pas blogueurs, mais bon... ce sera le menu des jours à venir. Et puis je sais qu'il y en a qui ont des réflexions du même genre...

Lorsque j'ai commencé à écrire en ligne, il y a plus de huit ans, j'ai suivi le mode d'écriture que j'avais antérieurement : celui du journal intime. J'ai donc raconté ma vie, comme d'autres le faisaient déjà à cette époque antébloguienne. Passé le paradoxe de l'intimité dévoilée en public, c'était assez simple : j'écrivais comme ça me venait, au fil du clavier. Quant aux échanges, fondements de ce mode d'écriture, ils se faisaient en privé.

Au fil du temps c'est devenu nettement plus compliqué... Le poids des mots s'est alourdi. Du coup c'est la dimension intime que j'ai allégée en ouvrant ce carnet-blog. Mais l'interaction avec les lecteurs-blogueurs y est devenue visible par tous [le genre masculin l'emporte, mais la logique proportionnelle voudrait qu'ici ce soit le féminin...]. Cette apparence de transparence a remis en question mon rapport à l'intime et à la vie privée. Je suis devenu plus discret. Et puis vous êtes devenus plus nombreux, plus diversifiés, plus présents...

Certaines lectures réciproques se sont révélées être durables, créatrices de liens, tandis que beaucoup d'autres se sont éteintes. Je passe sur les furtives traces des lecteurs de passage mais n'oublie pas ceux qui choisissent de lire en silence, fidèlement. De tout cela il résulte un lectorat pluriel, avec qui j'entretiens des rapports très variables, perturbant la représentation que je peux en avoir. Selon mon état d'esprit cela me fait orienter préférentiellement mes écrits vers ce que j'imagine des uns ou des autres. Du coup je ne me sens pas toujours cohérent et, là encore, ça me dérange un peu. Je crois que j'aimerais assez me sentir homogène, unifié. Sans failles, peut-être ?

Force est de constater que ce n'est pas le cas. Je suis, moi aussi, pluriel. Pas forcément celui que je crois être, et certainement pas celui que je tente de décrire. Le portrait n'est ni vrai, ni faux, mais toujours incomplet.

Oh la la, dans quelle gamberge il est encore parti, le Pierrot, se disent mes fidèles groupies !
Nan, vous inquiétez pas, c'est mon style d'écriture qui donne cette impression de sérieux. C'est une image faussée. En vrai je ne le suis pas autant, juré craché !

Tiens, c'est justement ce genre de trucs qui m'agacent un peu quand j'écris : l'image que mes écrits peuvent donner de moi. Toujours faussée, mais truffée de vérité. Allez faire le tri dans tout ça, après...

Mais bon, on s'en fout : j'écris parce que j'en ai envie et vous lisez parce que ça vous plaît [mes doigts se rebellent quand je veux écrire ces derniers mots...].

Cependant... ceux d'entre vous qui me lisent depuis plusieurs années auront remarqué, je suppose, que mon rythme d'écriture a notablement perdu en fréquence et en intensité. Autrefois j'écrivais quasi quotidiennement et souvent très longuement. J'étais alors dans une période de découverte, devenue recherche de sens, voire quête du Graal... L'ensemble déclencha une réflexion fébrile et persistante, de laquelle s'écoula une logorrhée qui semblait intarissable. Mais aujourd'hui je ne cherche plus ! Je trouve...

Enfin... disons plutôt que je laisse mon esprit cherchouiller sans forcer. Je me laisse porter sans me prendre la tête [héhé, ça se voit pas, hein ?]

Après m'être initialement intéressé à l'écriture de soi sur internet, puis aux relations qui pouvaient se nouer par ce biais, j'ai poursuivi mes réflexions autour de l'idée de liberté dans le couple. Finalement c'est dans tous les aspects de la séparation que se sont concentrées mes cogitations écrites. L'ensemble m'amenant à une sorte d'émancipation affective. Tout au long des différentes périodes j'ai gardé comme fil conducteur l'idée de relation, de lien, de dialogue... et les corrélations que l'on pouvait établir entre l'outil internet et la "vraie vie". Mais le véritable objectif c'est *l'être soi*. Au total voila près de dix ans que j'approfondis le sujet, dont plus de huit sont archivés en ligne.

À quoi ça sert d'avoir consigné tout ça ? Je n'en sais rien, sauf que cette expression publique aura notablement influé sur mon parcours existentiel. C'est déjà pas mal...

Pour différentes raisons que je ne saurais synthétiser je me suis progressivement trouvé contraint dans ma liberté d'expression, alors que je cherchais initialement l'inverse [tiens, tiens : chercher une chose... et en trouver une autre]. Depuis pas mal de temps il y a des sujets que je ne n'aborde plus. Parfois je tourne autour, en dessine les contours, en effleure les ombres, mais ne les attaque plus de face. Trop compliqué, trop dangereux. Terrain miné. Vie privée !

Il m'aura fallu beaucoup de temps pour que je parvienne à faire la distinction entre intimité et vie privée. Maintenant je sais...

Raconter ma vie comme je le faisait au début, dévoiler une partie de mes pensées intimes, n'a rien à voir avec la notion de "vie privée". Mon intimité m'appartient et j'en fais ce que j'en veux, alors que pour ma vie privée l'appartenance et l'usage sont nettement plus complexes à définir...

(à suivre )

Sur le même thème : "Dans les affres de l'hésitation", par Valclair

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