Alter et ego (Carnet)

Itinéraire d'une ouverture à soi et vers autrui

14 avril 2008

Écriture et démesure d'internet

Je lis Lou depuis que j'ai découvert l'écriture de soi sur internet. C'est à dire depuis à peu près huit ans. À cette époque antébloguienne le cercle des écrivants en ligne dépassait à peine la centaine dans toute la francophonie. La plupart étaient originaires du Québec, précurseur en ce domaine. Autant dire qu'il s'agissait d'un groupe représentable, conceptualisable, qui avait presque les dimensions d'une grande famille ! Si on ne se connaissait pas tous, du moins nous étions plus ou moins indentifiables. Chacun disposait d'une relative visibilité, d'une parcelle d'existence. Voire même d'une possibilité d'influence dès lors qu'une synergie se mettait en place.

C'est sur ces bases que s'est construit ma représentation du monde d'internet. Totalement anachoniques maintenant... ou alors à une toute autre échelle.

Voici ce qu'écrit Lou aujourd'hui : « (...) lorsque j'avais trouvé le chemin du Web et que je m'y étais mise à répandre mes mots, j'avais découvert enfin le retour des pensées et des idées. Mes mots devenaient partie prenante d'un procédé de communication ; de trésors cachés sous les chaussettes du dernier tiroir, ils se transformaient en papillons, et ce que j'y déversais trouvait écho parfois et finissait par créer d'autres mots. des échanges sont nés, des conversations, des relations qui m'ont aidée à progresser, à avancer, à faire un pas de plus, toujours...

Puis, écrire sur le Web est devenu une mode, un engouement, presque un must. J'avais eu l'illusion de participer à une sorte de mouvement de contre-culture dans lequel quelques uns de mes idéaux pouvaient s'exprimer. Et je réalise que ce plaisir m'a quittée. Non pas que l'écriture sur le Web soit devenue médiocre, bien au contraire. On y côtoie des plumes magnifiques et des réflexions profondes, parfois. Mais on y trouve aussi de tout, comme dans la société, celle qui étouffe l'individualité.

Je crois que cela m'amène à éprouver moins de plaisir à écrire. Je n'ai pas envie d'arrêter, pas encore, parce que je ne veux pas perdre cette liberté que je me suis donnée de communiquer, de m'exprimer et d'échanger. Mais ça explique un peu mon moins grand enthousiasme à ouvrir ce carnet et à y déposer mes mots ou mes images. »

Je me retrouve assez largement dans ces impressions. L'écriture personnelle sur internet représente une immense diversité, impossible à imaginer. Elle n'a plus rien d'un groupe, encore moins d'une pseudo famille, tant les sphères se sont démesurément multipliées. Dans la vastitude de ce monde tentaculaire je me sens parfois un peu perdu. J'essaie de ne pas trop y penser, me contentant de déposer mes pensées. Je suis resté dans un petit coin, ayant conservé un lectorat sensiblement équivalent en nombre. Par contre je crois que, pour une grande part, il se renouvelle constamment. Beaucoup de personnes qui commentaient au début de ce blog ont "disparu". Restent cependant quelques fidèles, avec qui des contacts plus ou moins épisodiques sont maintenus. J'appelle ça "entrelecture", une forme épistolaire adressée à un groupe aux contours flous. Je me sais lu, ils savent que je les lis. Peu importe que ce soit en continu ou en picorant de temps en temps.

Et puis il y a cette part de renouvellement, ces gens qui découvrent mes écrits et s'y intéressent plus ou moins durablement. La prise de contact est différente de ce qui se passait autrefois. Je sais ne pas porter la même attention aux personnes qui s'adressent à moi que lorsque j'ai commencé à écrire. Probablement parce que je sais que la plupart de ces échanges ne dureront pas. Ils sont de circonstance. Le petit monde des écrivants-lecteurs du net est devenu trop grand.

Comme Lou je lis des personnes qui écrivent avec talent, pertinence, intelligence. À côté d'eux je me sens tout petit, insignifiant. Finalement la multiplicité à mis la barre très haut. Tenir un blog d'amateur alors que tant le font à un niveau professionnel à quelque chose d'insatisfaisant. Quant au blog convivial, celui qui permet de se faire des "amis"... il ne me tente pas. Mes amitiés internautiques se sont faites dans le temps, par affinités spontanées, mais sans avoir cela comme objectif. Je reconnais que, maintenant, pour qu'un échange se crée avec moi il faut que l'autre le veuille vraiment et s'accroche un peu. Je ne cherche pas ces liens et ne les encourage pas. C'est certainement dommage...

Pourtant, malgré un enthousiasme nettement atténué, je continue à écrire en ligne. J'aime les échanges de réflexions qui, de temps en temps, apparaissent inopinément. C'est probablement dans cette perspective que je persiste. Pour moi l'écriture reste un support de compréhension à partir de ressentis ou d'expériences vécues. L'expression du narrateur, issue de sa recherche personnelle, sert alors de ferment émotionnel pouvant éventuellement stimuler le lecteur concerné par le sujet développé. Un système qui fonctionne mieux s'il est nourri d'apports extérieurs...


Edit du lendemain : une erreur de la pateforme canablog a fait se mélanger le texte que je citais et le mien. J'ai rétabli la bonne continuité.

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14 janvier 2008

De l'oeuvre, le fond et la forme

Eva tient discrètement son journal en ligne depuis plus de huit ans. Cette expérience lui confère un recul sur la pratique à long terme, qui n'exclut pas des questionnements. Ainsi, elle se demandait récemment : « Est-ce qu'écrire son journal sur Internet, c'est produire une oeuvre ? Une oeuvre littéraire, probablement pas. Une oeuvre d'art, encore moins. Mais enfin, je crois bien tout de même qu'il s'agit bien d'une oeuvre. »

Avec une pratique légèrement moindre dans la durée, je partage largement cet avis. Assembler des mots autour de soi durant des mois, a fortiori des années, constitue un travail et produit quelque chose qui s'inscrit dans la personnalité. Un peu comme si l'on se travaillait soi-même, faisant corps avec "l'oeuvre". C'est d'autant plus le cas si le "je" est exposé, interrogé, mis en scène dans l'écriture intimiste.

« Ce journal est également une oeuvre au sens le plus noble du terme : un ensemble organisé de signes qui ne sont pas tout à fait juxtaposés les uns aux autres par hasard, mais qui, secrètement, voire inconsciemment, concourent à une fin, à un sens. Ce n'est par pour rien que je noircis des pages ici et que je les empile les unes sur les autres. »

Voilà une réflexion qui me plaît : tout ce que l'on fait à un sens, et d'autant plus que l'on y consacre une énergie, du temps, de l'implication personnelle. Or consacrer ce travail à parler de ce qui nous touche, nous interroge, nous agrée ou nous déplaît, c'est prendre conscience de soi. Prendre aussi conscience du monde et du regard que l'on porte sur lui. L'écriture peut-être fort révélatrice, pour peu que l'on accepte d'observer ce qu'elle nous montre de nous. Nos préoccupations y apparaissent du fait de leur récurrence. Cette trace visible est en quelque sorte le résultat de l'ouvrage sur lequel on travaille et qui, en tant que tel, nous offre la possibilité d'en modifier indéfiniment la finalité.

C'est ce que décrit très bien Eva : « Je ne sais pas très bien pourquoi j'écris. Je sais qu'il y a en moi ce besoin de se dire, cette nécessité de se comprendre, cet espoir aussi d'arriver un jour à s'accepter. Je voudrais comprendre pourquoi je suis ici, dans cette vie et parvenir enfin, une bonne fois pour toutes, à lui donner un sens. En écrivant ma vie, j'ai l'illusion que je ne vis pas pour rien, que les mots que j'aligne pages après pages ont un sens. Pour moi, pour les autres. »

Donner un sens à sa vie, ou du moins trouver le sens que l'on souhaite lui donner. N'y a t'il pas là la plus belle oeuvre à accomplir ? Cependant Eva y voit une illusion. Cette fois je ne partage pas entièrement son avis : je ne crois pas que l'on vive pour rien [mais c'est là une considération de philosophie personnelle]. Au contraire, selon moi, c'est à chacun de trouver/donner un sens à son existence. En cela le journal peut être utile, et même essentiel. Ne serait-ce que parce qu'il permet un temps de retour sur soi et d'auto-interrogation. C'est en cela qu'il est oeuvre, et non pas simple déversoir : il y a bien un sens !

« Mon journal n'est pas une oeuvre terminée. Il est en mouvement, car je ne pense pas que j'aurai fait un jour le tour de ma vie écrite. Mon journal est une oeuvre qui prend son sens dans son inachèvement. »

Pour ma part je dirais, de façon très proche mais avec mes mots, que mon journal me permet de trouver un sens tant que je ne considère pas l'oeuvre qu'il constitue comme achevée. C'est en cela qu'il est très différent d'un livre, qui ne pourrait que constituer un état du moment. Mon journal, en vivant, s'inscrit dans une continuité et c'est celle-ci qui, jusque-là, me permet de suivre un fil invisible. Le sens de ma vie je le vois largement révélé dans la trame de mes écrits. Il m'apparaît dans ce travail constamment remis sur l'ouvrage. Je suis certain que si je n'avais pas eu ce "compagnon de route" ma vie aurait été bien différente, et assurément bien plus éloignée de l'état de congruence duquel je me rapproche. En consacrant un temps considérable à l'ouvrage, j'ai pu quitter l'insatisfaction de me trouver devant une matière que je ne savais pas comment travailler. J'ai constitué l'ossature de l'oeuvre que je peux désormais affiner pour la faire tendre vers ce qu'elle m'indique. Ce n'est plus vraiment moi qui oriente les choses, je me contente de suivre la "matière" que mes mots indiquent.

Ainsi c'est davantage les mots qui me travaillent que l'inverse. Moi je n'agis que sur la forme, eux sur le fond.

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12 janvier 2008

Écriture de soi, blogs, et durabilité

À l'occasion du lancement des blogs de France culture, une émission à été consacrée à « La planète des blogs entre intime et extime ». Le sujet n'est pas nouveau, mais on ne peut que constater qu'il prend de plus en plus une place "institutionnelle". Étaient notamment invités Philippe Lejeune, co-fondateur de l'apa,et quelques autres voix bien connues des membres de cette association.

Autant le dire tout de suite : pour peu que l'on soit déjà un peu porté à l'exploration des questions soulevées par la mise en mots et en scène de soi en public, on restera sur sa faim. En effet les interrogations soulevées furent nombreuses, fort intéressantes, mais le temps accordé au réponses au cours d'une heure d'émission est forcément très réduit. Le nombre d'intervenants et "d'illustrations sonores", l'amalgame fait entre blogs thématiques et blogs intimistes, tendaient aussi à disperser le sujet. Il n'empêche que le panel d'idées-clé était large... et donne envie d'aller plus loin.

En préambule Philippe Lejeune à rappellé que, depuis Pascal, « le moi est haïssable ». La méfiance vis à vis de l'expression de soi reste tenace. D'ailleurs, on sait que nombre de blogs s'en tiennent à la périphérie et rejettent l'idée de "journal intime". Cependant il est indéniable que ce mode d'expression peut aider à surmonter des crises.

Par rapport au journal intime la spécificité de l'expression du soi intime en ligne est double. D'une part il y a une quasi-simultanéité de l'écriture et de la lecture, et d'autre part le nombre des destinataires est d'emblée envisagé comme élargi. Danielle Rappoport, sociologue, a fait part des questions qui lui apparaissent avec l'explosion de l'expression de soi sur internet : « pourquoi ce besoin de mettre en scène sa vie, ou son morceau de vie ? ». Besoin de reconnaissance, de visibilité ? Mais aussi : « quel rôle donne t-on au destinataire ». S'agirait-il d'un besoin de valoriser sa vie en l'exposant ? Pour elle il est intéressant d'explorer ce nouveau rapport au temps et à soi. Comprendre aussi « ce qui se passe dans une société où [se modifie] la frontière entre l'intime et le privé, le public intime et non-intime ». Pour moi il y a là une interrogation essentielle car apparaît sous nos yeux un nouveau modèle de relations sociales.

Un des grands avantages d'internet, et en particulier des blogs, c'est que cela permet à n'importe qui de créer un réseau de relation et de solidarité. Avec un bémol, toutefois : si pour beaucoup cela débouche sur des rencontres "terrestres", d'autres en restent à du relationnel à distance, symbole de rapports virtuel qui ne se confrontent pas à la réalisation. Ce comportement serait fréquent chez les adolescents. C'est précisément dans cet enjeu que se situe le risque de dérive : conduites addictives et perte de contact avec le réel. Là encore des questions se posent.

Nouvelle pratique culturelle, la démocratisation de l'expression personnelle permet aussi à des gens de commencer à écrire. Et cela peut les emmener très loin... En quelque sorte cela répond à la question d'un auditeur qui se demandait si ces pratiques n'étaient pas « une fuite du questionnement de soi à soi ». Philippe Lejeune s'interroge néanmoins sur les vertus thérapeutiques de l'absence de destinataire. En effet, la communication avec les autres, un des aspects primordiaux de l'écriture en ligne, fausse la sincérité avec soi. On le sait, le blogueur est en représentation. Cependant cette spécificité n'est pas totalement nouvelle : forme hybride entre journal et correspondance, dialogue avec soi et avec les autres, le blog ne fait que réactualiser une pratique qui existait déjà au 19eme siècle avec des lettres destinées à circuler.

Quant à la relecture, ce regard que l'on peut porter sur un soi disparu dans le passé, si pour Philippe Lejeune elle peut être « exercice de méditation grave, douloureux », pour un autre elle était considérée comme « très instructive » pour constater un parcours évolutif. La question de la (re)lecture en différé ne se limite toutefois pas à ça. Car en marge de la problématique intime/extime a été abordée la question de la conservation de ces mots répandus sur la toile. L'apa étant spécialisée dans la conservation des écrits autobiographiques, elle a su saisir l'importance du changement en cours : le support papier n'est plus adapté aux formes d'expression actuelles. En particulier pour ce qui se passe sur l'internet mouvant. Vous apprendrez donc qu'un partenariat a été mis en place avec la Bibliothèque Nationale de France pour archiver ce qui est publié sur la toile selon un ciblage "expression personnelle". Pour ce qui concerne les blogueurs, cela implique que leurs écrits sont régulièrement archivés, au titre du dépot légal obligatoire pour toute publication. Archivage pour les siècles à venir, garantie plus efficace que le simple hébergement sur une plateforme de blogs dont rien ne garantit la pérénnité. Mais... avec comme corollaire un élément pas toujours connu de tous : une fois archivés les écrits virtuels demeurent indéfiniment conservés. Qu'ils soient encore en ligne ou pas.

C'est ce qu'à brièvement exposé ce cher ami qu'est le webmestre du site de l'apa, lui-même spécialiste de l'observation des blogs depuis de nombreuses années.

> écouter l'émission


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27 juin 2007

Truisme

Je viens de comprendre quelque chose, là, en lisant des connivences en coin de commentaires…

Ici n’est pas un lieu intime ouvert au public.
Non… c’est l’inverse :

Un lieu public ouvert sur l’intime.


Ou du moins ouvert sur ce qui m'est personnel.

Aaaaah, ça change tout !

Voila ce qui m’était inconfortable : j’avais inversé l’ordre des priorités.
Vouloir maîtriser un lieu ouvert au public afin qu'il réponde à des exigences personnelles ne peut que mener, tôt ou tard, à une impasse. En découlent alors à des mesures de protection, ou de fuite dans le silence. Tandis qu’ouvrir un lieu et, selon l’atmosphère qui s’en dégage, s’autoriser soi-même à se lâcher laisse beaucoup de liberté.

Ici ce n’est pas un journal intime que je tiens en public, mais une scène où je dévoile certains éléments de ma vie, parfois intimes. Choisis, adaptés selon mon humeur et les réactions de la salle. Et dans cet auditoire il y a des habitués, des nouveaux venus, des bavards, des silencieux, des applaudisseurs…

Vous !

Ici est aussi un salon où je clame mes opinions et convictions, ouvertes autant à l’approbation qu'à la critique constructive (celle qui encourage au débat). Je suis l’artiste, animateur principal du lieu, mais pas le seul contributeur. Vous, lecteurs et lecteuses, faîtes partie intégrante du show. Vous pouvez vous manifester dans la salle des commentaires et interagir avec moi, qui me mets en scène. La qualité du spectacle dépend aussi de vous.

Bon… cette façon de concevoir les choses m’avait été soufflée à l’oreille il y a très très longtemps par un authentique artiste de scène [J.A, alias « Henri le diariste »], volontiers moqueur de nos travers d’écrivants de soi. C’était au tout début de l’apparition des blogs et à l’époque j’étais encore dans la continuité du journal intime mis en ligne. J’avais été incapable de comprendre le sens de ses propos éclairés…

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26 juin 2007

Les mots vers l'autre

Voila une dizaine de jours que, pris dans un désir de changement dans mon rapport à l'écriture, j’ai tenté l’expérience de ne plus rendre les commentaires publics. Vous aurez remarqué que j’ai rapidement fait une entorse à cette décision en restituant la possibilité de commenter un billet dont le sujet, me tenant à cœur, pouvait susciter l’échange d’opinions (et il aurait été fort dommage de se priver de cette possibilité…).

Juste auparavant, mettant immédiatement à profit le mûrissement des premiers jours de recul, j’avais réfléchi à vos commentaires, discrètement glissés sous ma porte entrouverte à l’abri des regards. Je remercie ceux et celles qui se sont ainsi exprimés. Sans les divulguer je vais en citer des extraits, parce qu’ils m’ont permis de mieux comprendre ce qui était en jeu et préciser les objectifs vers lesquels je compte m’orienter.

D’abord, plusieurs de ces messages laissés en coulisses exprimaient clairement une frustration :

«
Te dire ma déception à perdre cette convivialité intelligente et rare qui s'exprimait ici ne serait qu'une démarche égocentrée »

« Je regretterai je pense de ne plus lire ce que les autres pensent de tes entrées. Parce que tu es un des rares qui pond des notes qui nous font réflechir, qui nous interpellent. C'est vrai que j'aimais bien cet echange via les comm's et que ça me manque, là, par exemple, de ne pas savoir comment le prennent tes autres lecteurs. »

« Tu nous prives quand même du plaisir de rebondir sur les commentaires des autres »

Oups… c’est là que je me suis rendu compte qu’en ouvrant ce blog personnel j’avais aussi créé un espace de convivialité et de réflexion qui ne m’appartenait plus totalement. Il est devenu en partie celui de ceux qui passent ici et rencontrent d’autres pensées entrecroisées. Cela m’a fait très plaisir de lire ceci : «Ton journal était pour moi précisément aussi un lieu de rencontres... Une sorte de café de flore :) que j'affectionne, un deux magots sympa :) »

Je considère donc ne pas être vraiment libre de disposer de ce lieu à ma guise. Mais loin de m'en sentir contraint, c’est avec bonheur que je constate que ce lieu plaît. Qui plus est, il plaît à des gens qui apprécient de s’entre-lire… Et je vais vous dire : moi aussi j’aime beaucoup certains échanges. Je voudrais donc rester dans cette continuité, tout en évoluant vers une juste distance me permettant de me sentir à l'aise.

Ce lieu est fréquenté par pas mal de personnes avec qui il existe à divers degrés des liens d’amitié, de confiance, de confidences, d’affinités. Des personnes qui comptent dans ma vie, et d'autant plus lorsque je les ai rencontrées de visu [ou envisage de le faire le moment venu...]. Je sens bien que ce blog constitue un fil de reliance entre nous. Finalement j’aime ces liens et je ne souhaite pas les déséquilibrer inconsidérément. Par nature je m’inscris dans une démarche de fidélité relationnelle, et, pour le moment, mes espaces d’expression font partie intégrante de ce qui nous relie.


J’ai donc compris que mon problème n’était finalement pas celui du maintien ou non des commentaires publics, ni du mélange des genres, mais ce que je peux assumer d’exprimer publiquement. « En devenant publique la vie privée, ne l'est plus et appartient à ceux qui la lise. À l'auteur (qui a délibérément choisi de la rendre publique), d'assumer les échos. Là est tout le problème... ». C’est à moi de faire le tri.

À vous aussi, peut-être, car j’ai reçu vos impressions appréciant la soudaine intimité du lieu.

« Je ne sais pas si j'aurais écris cela dans un commentaire au vu de tous, je me pose la question... »

« Tu vois, je ne l'écrirais pas si les comms étaient publiés »

« Je profite de ce que les commentaires son "off" pour te dire qu'en effet, je trouvais que parfois (…) »

« Le fait de rendre privé les coms me libère finalement de cette peur d'aller vers l'autre, sans avoir lu et comparé avec les autres, ce que j'aurais pu dire. C'est donc pour moi une bonne nouvelle. Ca me permet de m'étaler un peu sur mes coms, sans avoir à rougir de ce que je dis ».


On le voit, c’est toujours cette dualité de l’espace public et de l’expression privée (mais pas nécessairement « intime ») qui pose problème. A moi, donc, de n’évoquer ici que les sujets pour lesquels je me sens suffisamment à l’aise pour les voir commentés, ou de les aborder avec la distance qui le permette. Et à vous de m’écrire en privé, comme au bon vieux temps d’avant les blogs, pour des échanges plus personnels. Ou même pour de simples remarques complices, comme certain(e)s d’entre vous le font déjà…

Je constate que tant que je suis dans l’ambiguité de ma posture mal définie, entre besoin de distance et ouverture au public, cela peut aussi susciter un trouble pour vous.

« C'est difficile comme positionnement pour le lecteur...de trouver une juste distance que tu appelles de tes voeux... tout en gardant une main tendue dans l'ombre... »

« Te laisser redéfinir sans intervention ce que l'on pourrait appeler ton "périmètre de sécurité" ».


D’une manière générale la ligne d’équilibre délicat de l’intimité publique vous est connue, et j’ai eu droit à quelques confidences...

«Il y a quelques temps, j'ai commencé un blog. J'ai vite abandonné parce que tous ces problèmes d'anonymat, de vie intime mélangée à l'inconnu m'ont effrayés... »

«Pour ma part j'ai choisi de garder l'anonymat sur mon blog, parce que ce qui peut échapper de l'intime n'a pas à être supporté par ceux dont je pourrais éventuellement parler. »

« Ce que j'écris de plus intime concerne des faits anciens voire très anciens pour lesquels il y a eu lent filtrage intérieur (en moi-même, je dirais "prescription"), pour certaines choses intimes actuelles, je n'en parle que quand je me sens capable de mettre une distance »

« Le besoin pour moi d'écriture, je le ressens avant tout comme quelque chose qui doit m'apporter un plus et non me perturber, même si ce qui s'écrit parfois malgré moi peut m'amener à me remettre en questions »


Vous m’aidez à prendre conscience de mes contradictions, qui sont toujours une excellente façon de se confronter à soi :
« Au fond si tu ne fermes pas cette boîte c'est que tu éprouves encore le besoin d'un retour. »

«Tout ton billet appelle la discussion et l’échange, au moment même où tu nous en prive :) »

Je réalise aussi que je donne parfois un sens à des « silences » qui n’ont pas nécessairement celui que je redoute : « Le fait de vouloir un retour, qui passe forcément par un commentaire et donc pour toi par une appréciation positive de ce que tu écris t'induit en erreur, parce que tout simplement beaucoup sans doute te lisent très attentivement, sont touchés par ce que tu écris, par ces mots qui leur parle. Sans pour autant entamer un dialogue avec toi à travers les coms ». Ce qui peut se résumer à « cette bonne vieille peur du regard de l'autre... »


Il y a aussi mise en évidence d’aspects avec lesquels je ne suis pas très au clair, et qui sont probablement au cœur du trouble qui a suscité la restriction des commentaires en public: « Je pense que tes lecteurs souhaiteraient te connaître un peu sous un autre jour que celui du philosophe qui analyse le pourquoi et le comment ». Hum... Non seulement je n’imagine pas vraiment qu’on puisse désirer connaître qui je suis [vieille phobie d’être « inintéressant »…], mais surtout je me demande si je ne le redoute pas autant que je le désire ! D’où cette difficulté à me situer à la distance qui m’est confortable. Rester « insaisissable » tout en me dévoilant. Contradiction parfaitement mise en évidence avec ce commentaire : « Si je comprends bien tu as voulu reprendre le contrôle...maitriser ce qui semblait t'échapper...je comprends ce souci et le partage mais comment articules tu cela avec le "lâcher prise" qui (quand nous y arrivons!) nous facilite tellement la vie ? »

Lâcher-prise tout en essayant de maîtriser… Cette flagrante contradiction trouve probablement son explication avec cette remarque : « là se créent des relations plus ou moins profondes et réelles, en fonction des réactions, interprétations du lecteur qui souhaite mieux connaitre l'auteur, (engager une complicité intellectuelle ... et plus "si affinité") ou pas ». Car au-delà de l’expression de mes pensées il y a, sous-jacent, un désir de rencontres. Celles de personnalités singulières, de différences, d’enrichissement mutuel. Mais surtout désir de rencontres dans le registre personnel, intime. Celui qui m'est complémentaire : le féminin. Toucher le fond de l’être, dépasser les blocages, franchir les tabous personnels. C’est cette vibration que j’aime trouver. Mes mots et mes idées sont autant de messages glissés dans des bouteilles lancées à la mer, destinées à toucher une altérité qui vibrerait de façon concordante.

Je parle de toucher au sens figuré, mais serait-ce seulement ce genre de contact par l'esprit qui me motive ?

Confrontation à mes désirs mal assumés, mes zones sombres refoulées, mes peurs insuffisamment explorées. Mélange de désir et de crainte face à ce qui pourrait advenir. Bien caché derrière mon écran j’ai l’impression de maîtriser une situation dont je sais pertinemment qu’il ne naîtra rien de concret si je n'agis pas. Seule la confrontation à la réalité permet de vivre les sensations plutôt que de les intellectualiser. C’est bien pour cette raison que je délaisse de plus en plus les longues correspondances écrites et privilégie désormais les rencontres en face à face…

L'écriture de soi comme vecteur de rencontres.



En toute logique, je rétablis donc les commentaires publics...


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22 juin 2007

Engagé volontaire

Beaucoup de personnes arrivent ici via Google en recherchant des mots-clé. Voyez ce qui a été demandé parmi les récentes requêtes:

Confiance en l'autre
La franchise et l'honnêteté
Donner acte égoïste
Se trop donner
La différence entre l'erreur et la faute
L'humilité et les excuses
Non-dits
Éloge du secret
Non verbal humain partage des sentiments


Avec une régularité constante, il y a toujours beaucoup de recherches sur le couple, les sentiments, la séparation:

Si on s'est séparés en s'aimant encore, peut-on rester amis ?
Comment réussir sa rupture ?
Silence couple communication
Amour prendre du recul
Séparé et amoureux
Souhaiter anniversaire après séparation
Couples solidaires
Être lié d'amitié
Réussite d'un couple
Amour et sentiment
L'état amoureux

Plus inattendues, quoique dans le même registre de l'intériorité, des recherches sur la blogosphère:

Blogosphère critique égo
Blogosphère être profond

Voila, c'est tous les jours comme ça. J'aime lire ces requêtes, dans lesquelles il me plaît de voir des inquiétudes sensibles sur les relations interpersonnelles et des questionnements sur soi. Elles sont en plein dans les sujets de préoccupation que j'affectionne et voudrais développer préférentiellement ici. J'avoue ressentir un certain plaisir, voire une petite fierté, à me dire que peut-être mes écrits ont pu aider dans quelque cheminement... Je ne sais pas si ces personnes de passage ont trouvé satisfaction en lisant mes écrits, mais j'espère avoir contribué à leur recherche. Cette dimension de partage (j'écris, vous lisez) a toujours été primordiale dans mon écriture.

Je sais que certain(e)s d'entre vous ont trouvé un de mes sites en cherchant des mots-clé du genre de ceux qui précèdent, puis sont devenus fidèles lecteurs/lectrices. Cet espace vous convient, pour un temps plus ou moins long, et c'est un réel plaisir pour moi que nous cheminions ensemble, même si nous n'avons aucun contact direct.

C'est aussi ce qui fait que je me sens engagé (volontairement et unilatéralement...) et ne peux donc décider totalement égoïstement du devenir des sites que j'ai ouvert à une lecture publique. Certes, je suis entièrement libre de gérer ce que j'ai installé et je dispose du droit de vie et de mort sur mes espaces d'écriture. Je suis le dépositaire des clés et seul maître à bord.

Sauf qu'à bord je ne me sens pas seul... J'ai ouvert les portes et accueilli qui avait envie de venir et revenir. Je ne me sens pas le droit moral d'agir comme bon me semble sans me soucier de ceux qui sont "là". Sauf, peut-être, si je me sentais en danger ou devenu incapable d'écrire.

* * *

Et bien vous voyez, ce que je viens d'écrire, je n'aurais pas envie que ce soit commentable publiquement. Je n'aurais pas envie qu'on me rappelle que je peux faire ce que je veux parce que je suis chez moi ! Je n'aurais pas envie non plus qu'on m'encourage, ou me remercie, ou me félicite publiquement. Ça perturberait mon égo. Pas davantage envie qu'on me rappelle que nul n'est indispensable et que je me prends la tête pour pas grand chose.

Cette part de moi que j'expose, je la considère comme intime. Mes motivations d'écriture, les engagements que je prends, je n'ai pas envie de m'en justifier. J'affirme ce que je pense et ressens, mais ça n'est pas discutable devant l'arène publique. Pas tant que ce n'est pas suffisamment affermi en moi. Par contre c'est commentable en privé...

Mine de rien, le terme de "justifier" est certainement très important, et probablement une des clés de ma petite crise identitaire du moment...

Je peux expliquer mes choix mais ne veux pas chercher à les justifier. Or j'ai tendance à le faire quand on pense différemment de moi, et d'autant plus que je suis en public...

J'ai alors tendance à me sentir rapidement jugé, et à me "défendre". Problématique toute personnelle qui n'a pas à polluer ce site, que je souhaite "ouvert".

Finalement... ce n'est pas du lectorat que je veux me protéger, mais de ces parts de moi que les lecteurs révèlent. Ce qui m'est parfois insupportable dans l'intimité dévoilée ce sont mes contradictions internes. Si j'assumais entièrement ce que je suis, je n'aurais pas ce genre d'états d'âme.


[oui, je sais, je mélange ici allègrement public et intime alors que je clame mon désir de ne plus le faire. Mais je ne suis pas à une contradiction près...]


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19 juin 2007

Vie privée, vie publique

L'annonce de la séparation du couple Royal-Hollande, invitant la vie privée dans la sphère politico-médiatique, présente le même genre de problématique que ce que je ressens : une collusion d'intérêts entre l'intime et le public. C'est, je suppose, ce que vit toute personne qui évoque sa vie privée sur internet.

Sans pouvoir faire une analyse sociologique élaborée qui corroborerait mes dires, j'ai l'impression tenace qu'il est difficile de demeurer durablement dans l'expression intime devant un public. Si j'observe les "écrivants de soi" sur internet, et notamment mes favoris, je constate l'existence de deux pôles d'expression. D'un côté un registre factuel, anecdotique, relativement détaché d'une grande implication personnelle : on raconte, on partage des impressions, on évoque des atmosphères. De l'autre côté c'est l'inverse : on extirpe des profondeurs de soi, parfois péniblement, un vécu intime, des émotions, des doutes.
La première tendance a une tonalité souvent légère, parfois grave, mais à une certaine distance de l'intimité de l'écrivant : si cela fait appel aux émotions, c'est dans un registre universellement partagé, généralement assez consensuel. La seconde tendance est souvent grave, parfois légère, et complètement attachée à l'écrivant. Consubsantiellement. Les émotions lui sont propres, même si elles peuvent trouver une résonnance forte chez le lecteur.

Cette distinction est évidemment taillée à la hache et demanderait à être précisée.

Lorsque je lis la prose actuelle des plus anciens écrivants en ligne, qui ont parfois commencé au siècle dernier, selon l'expression de l'une d'entre eux, j'observe que soit l'intime y est peu invité, soit il est retracé au passé, soit le contact avec le lectorat est maintenu à distance. A contrario, depuis que je lis ce genre de récits de vie j'ai vu apparaître et disparaître énormément de blogs (ou journaux, auparavant), entrant très profondément dans une intimité douloureuse vécue au présent. Ces sites ont eu une fonction d'exutoire, puis ont disparu une fois leur mission terminée. Ou bien ont "explosé en vol" tant le dévoilement public devenait insupportable. D'autres se sont transformés en lieux discrets, voire secrets, accessibles seulement sur invitation.

L'intime et le public, ce n'est pas surprenant, font difficilement bon ménage.

A cela s'ajoute la question de l'anonymat : dévoiler son intimité en public, tant qu'on reste complètement anonyme, ne pose pas forcément de problème existentiel. Il en va tout autrement lorsqu'on entre en relation avec ses lecteurs. Le problème n'étant alors pas d'être connu sous sa véritable identité, mais d'être identifié par rapport aux écrits et reconnu sous cette signature, fut-elle celle d'un pseudonyme. Faudrait-il, pour ne pas perdre la liberté d'écrire, ne pas entrer en correspondance avec les lecteurs ? Ou se donner des limites, comme celle de ne pas dépasser le stade des échanges épistolaires ?

Lorsque je sens monter en moi un malaise par rapport à ce que je dévoile de mes pensées, c'est toujours par rapport à des personnes que j'ai rencontré "en vrai". Ou parfois, dans une bien moindre mesure, par rapport à des personnes avec qui j'ai une correspondance relativement active. Bref, des personnes que je "connais" et qui me "connaissent", même si ces dans des proportions réduites.

Dès qu'il y a relation apparaît le risque de perturbations dans l'expression intime. Pourtant, je me sais lu depuis l'origine par des personnes que j'ai rencontrées, sans que ça ne me dérange. Peut-être parce que nous avons fiinalement très peu d'échanges. Je connais leur grande discrétion, leur total respect de ce que je suis, et je me sens en confiance. Je crois que la réciproque est vraie.

Inversement, si des échanges deviennnent fréquents, donc interfèrent dans ma vie d'une façon ou d'une autre, je me trouve pris dans un truc qui se mord la queue : parler de ce que je vis avec des gens qui me lisent, sous des regards extérieurs. Le blog est l'instrument idéal pour obtenir ce genre de situation ! Je pense que le trouble vient du fait que la subjectivité affronte l'objectivité. Ma vérité risque de se trouver en décalage avec la vérité de l'autre, ou des autres. Mon ressenti intime, que je vis comme "vrai", risque d'être différent de celui de l'autre. D'où un grand trouble intérieur sur la réalité des choses. Si je raconte une histoire vraie, que l'autre raconte la même histoire vraie, et qu'elle sont différentes, où est la réalité ? Tant qu'aucune contradiction n'apparaît, le plaisir ressenti à "partager" le même vécu à quelque chose de très agréable, qui tient de la communion de pensée. D'où une certaine exaltation après des rencontres de blogueurs. Mais, sans que je ne sache vraiment pourquoi, peut suivre une forme de "dépression" post-euphorie. Je pense qu'elle est d'autant plus marquée que le temps de partage à été fort, et à touché à quelque chose de profond, d'intime.

Ce trouble, cette dichotomie entre deux aspects de la vie, apparaît d'autant plus qu'il s'exprime publiquement. Il y a alors une sorte de déchirement intérieur entre deux "moi". Celui de la convivialité et du partage, et celui de l'intériorité intime.

Je pense aussi que nombre d'écrivants de l'intime sont des personnes qui n'ont pas une grande confiance en elles. S'exprimer dans ce registre particulier indique que quelque chose a besoin de sortir parce que ça ne sort pas ailleurs. L'écriture intime permet de mieux se connaître, mieux s'apprivoiser soi-même, mais simultanément expose et rend vulnérable. D'où le besoin de garder une distance de protection, absolument nécessaire. Distance et intimité, le paradoxe est là.

L'intime n'a pas à être commenté. Il ne peut qu'être accueilli, entendu, partagé. Le silence est souvent la meilleure façon d'y parvenir. C'est donc contradictoire avec les fonctionnalités conviviales du blog. Et si l'entraide peut y être efficace, et un très bon soutien moral, vient peut-être un moment où le besoin de se débrouiller seul se manifeste.



NB : Ma décision de rendre les commentaires "off", accessibles à ma seule connaissance, a surpris. Je reviendrai sur ce qui m'a été dit et sur les effets de cette mise à distance qui m'est tout à fait appréciable.

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16 juin 2007

Chercheur de sens

Hier je me demandais ce que je cherchais sur internet. La question n'était pas bien formulée, parce qu'internet n'a pas grand chose à voir là dedans, à part la facilité que cet outil offre pour ma recherche. En fait je cherche à comprendre ce qui nous fait. Je cherche à comprendre qui nous sommes, et qui je suis parmi les autres. En particulier dans nos relations, et surtout les liens les plus forts, constitutifs de l'être : amour et amitié, avec variations sur le couple.

Ce qui en moi crée un trouble avec internet c'est la juxtaposition de plusieurs registres, qui viennent perturber ma recherche. Je ne peux pas écrire au sujet des relations tout en étant partie prenante d'une ou plusieurs dynamiques relationnelles. Cette confusion des genres crée en moi un malaise et des tiraillements désagréables. Dans le passé cela a pu devenir ingérable, et ce blog en est d'ailleurs né.

En fait j'aimerais garder cet espace pour exprimer, avec un certain recul, mes impression et découvertes autour de l'égo et son rapport à l'altérité. Dans ce cadre [un cadre, pour fixer des limites], j'aime beaucoup les échanges de point de vue avec les lecteurs, qui élargissent mon champ de vision. Nous nous entraidons dans nos cheminements respectifs. J'apprécie alors les possibilités qu'offrent les commentaires.

Le problème vient du fait que j'entrecoupe ces réflexions "sérieuses" par une convivialité amicale avec certaines des personnes qui lisent et commentent. Là je ne suis plus dans le registre de la recherche de sens, mais directement dans le relationnel, voire l'affectif. Je n'ai donc plus le recul de la réflexion puisque je suis pris dans ce que j'observe.

Je n'ai jamais été très à l'aise avec ce double registre depuis que je blogue, mais à la longue ça me devient vraiment pénible. Pas en permanence, mais de temps en temps.

J'ignore pourquoi je ne parviens pas à mélanger "sérieux" et "convivialité", mais je le constate.

Je sais que des personnes apprécient ma réflexion [elles me le disent] et j'aimerais pouvoir continuer, mais ça cohabite mal avec le registre anecdotique et dispersé que j'ai parfois. Il m'arrive d'aborder des sujets qui n'ont rien à voir avec l'objectif de ce blog : « Itinéraire d'une ouverture à soi et vers autrui ». Je le fais pour montrer que je ne pense pas qu'à ma "recherche", et qu'en dehors du net j'ai une vie. Je le fais aussi parce que, précisément dans un registre de convivialité, j'ai envie de montrer d'autres aspects de moi. Montrer que je ne suis pas qu'un penseur monomaniaque, seulement à la recherche d'épaisseur humaine, seulement dans les hautes sphères du questionnement permanent.

Ce faisant, je me sens comme un conférencier qui, de temps en temps, sortirait du sujet pour lesquels les gens viennent l'écouter et parlerait avec force clins d'oeil à ses amis assis au premier rang. Eux-même l'apostrophant comme ils en ont l'habitude, le taquinant, plaisantant dans un registre accessible seulement aux initiés, ou le réconfortant à l'occasion... Et tout ça publiquement. De cette confusion des genres il ressortirait une impression de flou, le conférencier serait déconcentré, se décrédibilisant aux yeux du public "de passage".

Ce n'est pas que je veuille faire particulièrement "sérieux" [être crédible, oui], mais lorsque je suis dans un sujet que j'estime sérieux, je suis perturbé par ce qui s'en écarte. Je préfère être concentré dans la salle de conférence (ici) et rigoler ensuite dans les coulisses ou à l'extérieur de la salle (ailleurs). Avoir un cadre et m'y tenir. Peut-être parce que je ne me sens pas suffisamment structuré, pas suffisamment à l'aise pour passer d'un registre à l'autre, d'un auditoire à un autre ? Voila pourquoi j'envisage depuis longtemps un double blog... J'en diffère la création parce que je ne sais pas trop comment relier les deux. Sans compter que j'ai déjà un journal, qui est encore dans un autre registre, plus intime, revenant souvent sur les mêmes problématiques relationnelles mais cette fois avec une sensibilité non dissimulée. J'y exprime mes limites, ma difficulté à vivre selon ce que je théorise ici. Jusqu'à présent j'apprécie d'avoir ces deux espaces distincts.

Par ailleurs je ne souhaite pas me disperser en abordant des sujets d'intérêt qui n'ont rien à voir entre eux. Je reste donc, de fait, relativement focalisé sur mon sujet de recherche. De plus, pour des questions d'anonymat, nombre d'autres sujets de ce qui fait la richesse de ma vie ne sont pas abordables sur internet. Cela restreint largement l'éventail des possibilités. A moins d'avoir plusieurs identités...

Bref... je suis à la fois tenté par une fragmentation de mes espaces d'expression (blogs pluriels), tout en restant entier et authentique (donc n'avoir qu'un seule site d'expression). Je souhaite garder une coherence globale, en gardant une seule identité... mais qui s'exprimerait en plusieurs lieux. Protection dérisoire de l'intimité, probablement.

Pour corser le tout, je trouve que je passe trop de temps sur internet. Ouvrir un autre site, et alimenter tout ça à la fois n'irait pas dans le sens d'un désinvestissement...

Bon, c'est pas le tout, mais il fait très beau dehors, et je fais aller profiter du contact direct avec la nature. Une autre dimension essentielle de ma vie. Je n'ai qu'à ouvrir la porte-fenêtre et je serai pieds-nus dans l'herbe, devant le paysage des collines qui m'entourent, à l'ombre d'arbres agités par une légère brise. Les papillons volettent, quelque rapace tournoie dans le ciel qui se charge déjà des premiers bourgeonnements orageux. Cet après-midi je vais à un mariage familial où je verrai beaucoup de vrais gens, et ce soir... je ne dormirai pas chez moi.

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11 juin 2007

Effets de cour

En pleine circonspection autour de l'écriture en ligne, je continue la méta-écriture (c'est à dire écrire sur ce que j'écris, observer ma pratique de l'écriture). Non parce que je n'aurais rien d'autre à raconter, mais parce qu'actuellement c'est la seule chose qui me cause un léger malaise.

Dans un commentaire Pivoine à parlé d'une « cour de lectrices » qui serait à mes pieds, pointant le fait que certaines activités sont assez sexuées. L'écriture intimiste en fait partie. Il est vrai que j'ai souvent davantage de commentaires de femmes, et que leur pluralité est plus grande que celle de la poignée d'hommes qui se manifestent. Je suppose que la proportion de lecteurs ressemble à celle des commentateurs...

J'apprécie les commentaires masculins, ils apportent un autre regard, celui du "même que moi". Ils se situent dans un registre légèrement différent de celui des femmes, et sont généralement assez courts. J'apprécie aussi les commentaires féminins qui, outre leur différence d'avec le masculin, touchent probablement quelque chose du registre de la séduction : il ne m'est pas désagréable de sentir ces présences féminines, dussè-je me contenter la plupart du temps de n'en voir que le pseudo. Léger trouble en constatant que mes écrits plaisent à celles dont les écrits me plaisent [nan, y'aura pas de noms !]. Il y a probablement là une part subrepticement fantasmatique, sobre mais appréciable. Ceci dit je ne pense pas que cela influe sur mon écriture, qui ne cherche pas à plaire aux femmes en particulier. Il m'importe qu'elle me plaise d'abord, et j'essaie de la rendre plaisante aussi au lectorat, de façon non sexuée.

Quant à l'effet de "cour", même si je perçois bien l'humour de Pivoine, je ne le ressens pas ainsi. Je pense qu'il y a avant tout de la sincérité, et pas d'allégeance...
Quoique... en y réfléchissant bien... est-ce que le fait que les commentaires sont publics ne présenterait pas le risque infime d'être écrits pour "faire partie du cercle" de telle ou telle personnalité appréciée et reconnue ? Pas directement pour ça... mais aussi pour ça. Ce n'est pas exclu. Moi-même n'aurais-je pas parfois suivi ce travers ? Mais là encore ce genre de démarche est davantage égotiste que sexuée.

Pour résumer, si l'écriture de soi en ligne est en partie sexuée, je crois qu'elle est bien davantage outil d'expression-communication que de séduction.

D'ailleurs, je crains fort que les deux ne soient incompatibles en un même lieu public !

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09 juin 2007

Ouverture et dépendance

Salle d'attente de Madame Psy, ce matin. Je suis en train de me dire que je n'ai rien à raconter, tout en faisant confiance à ce qui viendra dans le face à face. Mes yeux se baladent sur les murs. Cette fois ce n'est pas la reproduction poussiéreuse d'une toile de Kandinsky qui retient mon regard, mais une affiche collée sur le mur en face de moi: « Drogue, dépendance », avec je ne sais quel numéro de téléphone d'aide. Drogue, dépendance... je ne peux que faire le rapprochement avec ce que j'écrivais hier ici, et tout un passage que j'ai supprimé parce que rendant trop flagrante au regard des lecteurs ma "dépendance"...

Devant Madame Psy j'ai mon amorce, et le fil se déroulera tout seul avec cette question formulée à voix haute, résultant de pensées en mouvement depuis plusieurs jours : « qu'est-ce que je recherche sur internet ?».

Des échanges. De la découverte. Des pensées humaines. Je suis passionné par ce qui se joue dans les rapports humains, et tout spécialement dans les rapports de couple. Je cherche donc ce qui peut m'enrichir à ce sujet. Les pensées des autres, leur regard sur eux-même et l'altérité. Je cherche la confrontation d'idées, les surprises, les chocs de la pensée inattendue.

Madame Psy me glisse quelques mots, profitant du lien que j'ai fait avec la dépendance. « Qu'est-ce que cherchent les personnes qui font usage de Cannabis ? Et je dis bien cannabis, et pas héroïne ». Bien qu'absolument non spécialiste du sujet (jamais touché à ces choses là...) je glisse l'idée d'évasion, de convivialité, de moments agréable. Elle confirme bien la différence entre des pratiques de groupe et celle, solitaire, du camé à l'héro.

Oui, convivialité, refaire le monde, imaginer, s'évader un peu du quotidien et de la matérialité des choses peu enthousiasmantes. Consommer, aussi.

Je recherche sur internet quelque chose qui me fait ressentir des émotions, qui m'enrichit l'esprit, qui me fait vivre des bons moments. Mais sans être jamais durablement rassasié.

« Une fuite ? » essaie Madame Psy. Non, je ne le ressens pas comme ça. Je ne fuis pas la réalité, mais je cherche ce qui la rend plus agréable. J'aime la richesse des échanges, je m'y épanouis, j'évolue, je grandis. Je vibre et vis. La vie quotidienne est parfois peu exaltante, presque fade. Je m'évade d'une façon similaire lorsque je marche dans la nature. Ou que je regarde un film, lis un roman. Sensations "hors la vie", mais transposées de la vie.

Et puis je peux fort bien me passer d'internet. Il suffit que je sois occupé ailleurs et que ça me plaise. Je n'ai pas besoin de ma "dose". Je ne suis pas "accro en manque". Le désir ne vient que lorsque je me trouve confronté à une réalité dont l'éclat me paraît moindre.

Je ne cherche pas à fuir la réalité, appréciant beaucoup les occasions de rencontrer en face à face le cercle de connaissances de ma blogobulle. Bien que... cette mise en face de nos réalités ne soit pas sans effets post-rencontre. Il se passe quelque chose de fort à ces moments-là. Quelque chose qui pourrait avoir des effets tels que ce recul décrit dans mon dernier texte. Je ne sais pas encore très bien...

Mais cette "évasion" par internet dans un monde idéalisé n'est pas que ça. Elle construit aussi quelque chose. Grâce à cette autre réalité, grâce à ces échanges immatériels, je ne suis plus le même. J'ai beaucoup amélioré mon rapport aux autres grâce à la confrontation des différences. J'ai trouvé une place. Je me suis trouvé. Je me sens exister, ce qui n'était pas le cas il y a quelques années. J'ai maintenant une aisance que j'étais loin d'avoir auparavant. J'ai beaucoup moins cette peur des autres et de leur regard supposé. Par le biais des échanges sur internet je me suis enrichi et ouvert l'esprit.

Voila les deux faces de mon rapport à internet : ouverture et dépendance. Le premier terme est positif, le second me perturbe. Je crois que depuis des années je cherche le moyen de bénéficier des avantages tout en me préservant des inconvénients. Internet est un merveilleux outil de communication, à condition de savoir s'en passer. Il améliore les échanges d'idées, mais ne doit pas faire oublier que c'est dans l'action que se réalise l'accomplissement. Or la facilité d'accès à ce qui ressemble au monde, dans l'instant, est un fameux piège. Il est infiniment plus facile d'ouvrir d'un simple clic la porte d'un monde connu que de pousser celle qui mène vers un groupe inconnu de personnes en chair et en os. Internet n'est évidemment qu'un moyen de progression, mais dont les bénéfices ne pourront exister que dans la concrétisation et les actes.

Je le sais fort bien... il ne me suffit que d'oser aller plus loin. Choisir la voie un peu plus difficile, celle qui permet l'ascension. Je sais que ces années internet ne sont pour moi qu'une étape temporaire. Un passage qui durera le temps nécessaire. Comme ma thérapie d'ailleurs... C'est un moyen d'avancer en mode accéléré, de hâter un peu l'excessive lenteur des changements de la conscience. Je sais depuis longtemps que je me livre à un "travail" thérapeutique en exposant mes idées et mes pensées intimes en public. Certains jours je suis fatigué de ce "travail" qui me met face à mes contradictions et paradoxes. Mais comme le souligne un commentaire du texte précédent : les contradictions sont le meilleur moyen d'avancer et de conforter de nouvelles idées.

Pas surprenant, donc, que régulièrement je m'interroge sur mon rapport à internet, alternant phases de loghorrée et périodes de silence.

Posté par Coeur de Pierre à 00:16 - Pourquoi écrire en ligne ? - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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