24 janvier 2008
Terres inaccessibles
La lecture des blogs m'inspire souvent quelques pensées, que je ne prends pas le temps de consigner. Des milliers de fragments éphémères qui s'éparpillent sans en garder trace. Ils n'ont d'autre importance que de me faire prendre conscience de ce qui m'anime.
Ce soir, je me suis demandé « ce que je voulais vraiment », pour reprendre l'expression qui a déclenché ma réflexion. Ce que je voudrais vraiment faire, en tant que projet.
Et bien... je crois que je fais déjà ce que je voudrais faire ! Je vais vers ce que je désire vivre. Patiemment, « un pas après l'autre », mais avec l'assurance tranquille de suivre chaque jour mon chemin. J'avance en conscience, prenant chaque moment pour ce qu'il est et en essayant de voir ce qu'il m'apporte de bon. Même quand ce que je vis n'est pas très agréable.
En d'autres termes, je "positive" chaque chose, chaque évènement infime ou grandiose qui croise ma trajectoire. Il y a beaucoup plus des premiers que des seconds, mais ceux-ci sont comme des balises lointaines. Des souvenirs pour orienter un futur souhaité.
Il y a quand même quelque chose que je voudrais faire : voyager. Il n'y a pas de plus grande ouverture au renouvellement que le voyage.
Hélas, les voyages dont je rêve en grand sont lointains. Donc chers. Donc hors de mes moyens actuels. Et puis... ma conscience de la part de terre dont je dispose me met face à mes responsabilités : est-il juste que je contribue à la surexploitation des réserves limitées utiles à l'humanité ? Est-il juste que je prenne part à cette fuite en avant, yeux fermés, qui consiste à accroître sans souci une catastrophe annoncée ?
Puis-je me permettre, au nom de mon confort personnel, de mes intérêts particuliers, faire fi de l'intérêt commun de l'humanité ? Je vois les années passer et je me demande si je vais pouvoir continuer à rêver de parcourir un jour les terres lointaines et leurs grands espaces, loin de ce monde tellement coupé des racines de l'essentiel.

Voir l'immensité de ce monde fini.
Jusqu'à quand, et à quel prix ?
01 juillet 2007
Libre escapade
Je n'ai pas pour habitude de programmer mes activités longtemps à l'avance, sauf lorsque c'est nécessaire. C'est à dire lorsque je dois m'organiser avec les autres. Mais pour une petite escapade impromptue avec mes enfants, nous pouvons nous décider au dernier moment. Il avait seulement été question d'une date et d'une direction : cap au sud !
Jeudi matin rien n'avait été organisé, mais le temps radieux et le désir de partir étaient amplement suffisants... Les deux plus jeunes se sont rapidement préparés, tandis que l'aîné, rentré la veille d'un périple en auto-stop était suffisamment rassassié de voyage pour ne pas se joindre à nous.
Une fois dans la voiture, à part de tourner à gauche au bas du chemin, il n'y avait rien de plus précis. Ce n'est qu'au fil de la route que le tracé s'est dessiné. Première étape, le Trièves, entre les massifs du Vercors et du Dévoluy. Le temps d'admirer ensemble le paysage, tenter de nommer quelques sommets, et prendre des photos.
Ensuite c'est par les chemins touristiques, c'est à dire à l'écart des autoroutes, que nous avons poursuivi notre parcours d'étapes. Détour par la petite ville de Sisteron, adossée à un escarpement rocheux qui barre la vallé de la Durance. Promenade dans les rues sous un ciel bleu intense, accent méridional des commerçants... ça sentait déjà bon les vacances.
En approchant des Mées, nous avons pris le temps d'admirer cette curieuse formation rocheuse, connue sous le nom de "pénitents".
C'est à ce moment que, vu la saison propice, nous avons décidé de nous diriger vers le plateau de Valensole, bien connu pour ses grands champs de lavande. Fin juin, ce devait être l'époque de pleine floraison. Le soleil déclinait déjà sur l'horizon et la lumière était belle...
Nous nous sommes longuement attardés, admirant et photographiant sans limites ces étendues violettes sous un ciel immense.
Grignotant une salade préparée sur le toit de la voiture, dans le silence de ce plateau inhabité, nous avons profité des derniers rayons du soleil...
Jusque tard dans la soirée...
Sous la pleine lune nous avons alors fait quelques kilomètres pour trouver un espace abrité au bout d'un petit chemin à l'écart. Nous n'avions pas prévu de tente et les nuits sont fraîches, à la belle étoile...
D'autant plus que dans l'impréparation du départ j'avais oublié de prendre mon duvet...
Le lendemain matin le temps était splendide au bord du Lac de Sainte-Croix, où nous avons pris notre petit déjeuner en trempant les pieds dans l'eau.
Direction les Gorges du Verdon, le bien nommé
Route sinueuse, étroite et escarpée, vue plongeante sur la profondeur du sillon tracé dans la roche. Nous avons fait des haltes nombreuses, profitant des panoramas et de la faible fréquentation touristique. Les enfants étaient ravis, moi aussi. Je n'étais pas revenu ici depuis une vingtaine d'années, alors que n'étais pas encore marié avec ma future à qui je faisais découvrir une région que j'affectionne particulièrement.
Mais là ce n'est pas à elle que je pensais, devant ces paysages grandioses et ces vertigineuses verticales que j'aurais bien aimé faire découvrir à une autre...
Léger sentiment de nostalgie, qui m'a accompagné pour la suite du voyage.
Ce qui ne m'a pas empêché de profiter du spectacle. Vu d'en haut ou vu d'en bas.
Nous avons passé une bonne partie de la journée dans ces gorges, nous hasardant même à parcourir de longs tunnels creusés dans la roche, pieds-nus (à cause de l'eau) et dans le noir (faute de lampes). Sensation étrange et plutôt fraîche...
Monter et descendre, panoramas et points de vue, lacets et routes en corniche, nous avons largement exploré le secteur.
Direction la mer, puisque c'était notre objectif premier. L'Estérel aux roches rouges et aux forêts sauvages, pour être plus précis, où nous espérions pouvoir trouver un lieu tranquille pour une nouvelle nuit de pleine lune. Détour par Cannes, juste pour voir la croisette. Ville de riches, incontestablement. Beaucoup de femmes très élégantes. Parfois jolies...
Je gare notre veille voiture décatie entre une Porsche et une gigantesque Mercedes...
Dans les vitrines, des bijoux sans prix affichés. Une robe à plus de 5.000 euros.
Drôle d'ambiance quand, passant devant un hotel de luxe notre attention est attirée par une foule. Devant il y a des limousines surallongées "comme dans les films", avec vitres noires. Tout d'un coup des silhouettes sortent, la foule s'agite. Gardes du corps qui bloquent la circulation dans un énorme 4x4. Des visages indéterminés qui manifestement sont connus par les badauds qui les attendent. Pas par nous. Démarrage en trombe de voitures décapotables, cheveux au vent et grand signes de la main. Impression d'assister à un évènement aussi important que l'épaisseur d'un papier à cigarettes... Contraste total avec la densité des falaises du Verdon et leur silence sauvage.
Nous observons encore un peu ce défilé de voitures de luxes, de déambulations surfaites, ces terrasses de restaurant sur la plage, un cocktail de happy-few tous de blanc vêtus... et filons vers l'Estérel sauvage. Ouf !!
Hélas les routes sont fermées durant la nuit et je sais qu'il est impossible de prendre le moindre chemin, aux accès interdits par crainte des incendies. Un peu dépités nous regardons les montagnes rouges depuis la route du bord de mer, puis retournons vers l'intérieur des terres pour trouver un lieu où passer la nuit. À proximité de la mer ça semble impossible : tout n'est que barrières, résidences privées, chemins fermés par des chaînes. Drôle de monde d'isolement barricadé...
Finalement nous dormirons sur les hauteurs, dans un coin sauvage. Le lendemain matin visite impromptue chez ma soeur, installée avec sa famille dans un lieu très reculé de ces montagnes. Nous y restons jusqu'en fin d'après-midi. Retour à la maison hier soir...
Au total moins de 72 heures de voyage, un millier de kilomètres parcourus [hum... bilan écologique déplorable...], mais l'impression d'être partis depuis des jours ! Coupure totale. C'est fou ce que les voyages sont dépaysants !
Et la satisfaction pour nous trois d'avoir vécu quelque chose de bon ensemble, en prenant le temps, sans contraintes d'horaires ni de lieu. Liberté choisie. Quelque chose proche de l'idéal qui nous convient...
03 avril 2007
Ça décoiffe !!!
Je viens de suivre en direct le record de vitesse du TGV. Impressionnant ! 574,7 km/h
Une vraie fusée sur rails. Cette vitesse n'a pas duré très longtemps, mais la montée en puissance avait quelque chose d'à la fois fascinant et opressant. Je pensais à une possible catastrophe à une vitesse pareille... Je suppose qu'il restait encore une marge de sécurité suffisante.
Les exploits technologiques m'ont toujours impressionné.
20 mars 2007
Flânerie parisienne
Demain c'est le printemps ! Mouais... mais aujourd'hui c'est l'hiver ! Vent glacial, paysage tout blanc, 10 cm de neige sur les bourgeons qui s'épanouissaient un peu trop tôt, figés brutalement dans leur élan débridé. C'était prévisible...
Hier j'étais complètement épuisé. Je n'ai pas écrit. J'avais sans doute besoin de me poser, de laisser décanter ce qui s'est passé durant ce week-end. Sensations fortes, rencontres, discussions. Face à face avec un auditoire... Pour le semi-sauvage que je suis, ça fait beaucoup à la fois. J'aime beaucoup, et en même temps ça me fait "vibrer" fort, toutes ces émotions
Peut-être étais-je un peu fatigué par mes déambulations de la veille, aussi. J'ai marché tout l'après-midi dans Paris. A la découverte, au hasard. Le matin c'est sous la pluie et le vent que j'avais traversé un marché coloré et chargé de fragrances exotiques. Itinéraire me menant du lieu où j'étais aimablement accueilli pour la nuit à celui ou l'on m'avait très gentiment proposé de prendre un brunch. Transition d'un quartier quasi villageois à une des anciennes rues de la capitale.
C'est de là, après une très longue, chaleureuse, et confortante conversation, que j'ai commencé mon périple. J'ai commencé par le jardin du Luxembourg, presque vide. Un groupe de filles, en uniforme traditionnel scout, avait établi ses quartiers pour quelque grand jeu sous les arbres aux feuilles hésitantes. Plus loin c'est une bande de jeunes italiens qui arrivaient pour un pique-nique frisquet.
Je me suis dirigé vers le Panthéon, à l'imposante architecture classique. Puis j'ai découvert, contiguë, la rue de la Montagne Ste Geneviève, qui a de toutes autres proportions. Encore un quartier qui ressemble à celui d'un petit bourg aux rues sinueuses.
Filant vers la Seine, en contrebas, je me trouve sur le Boulevard St Germain. Ce n'est qu'en débouchant sur le quai que j'ai eu la surprise de voir la cathédrale Notre Dame, côté jardin. C'est ça qui est fascinant, à Paris : se trouver subitement, au détour d'une rue, devant monument archi-connu, reconnu.
J'ai alors fait le tour, pour aller sur le Parvis. Il était envahi par une foule cosmopolite. Entretemps le soleil était apparu et réchauffait agréablement l'air vif. Puisque j'étais devant, je suis entré dans la cathédrale. Bof... pas vraiment propice à la méditation. Foule dehors, foule dedans. Je me suis assis dans la travée principale pour me réchauffer un peu, constatant à quel point je ne ressentais rien en un tel lieu. Probablement à cause de la foule. Et puis... honnêtement, je n'ai rien trouvé de bien intéressant à l'intérieur de cette Cathédrale, excepté ses dimensions. Quand je pense aux églises de Venise et à leurs tableaux... Par contre l'extérieur est assez remarquable, hormis cette façade assez massive.
J'ai repris mon itinerrance, fendant la foule des badauds. Me voila place de l'Hôtel de ville, quartier que je connais un peu mieux. Puis Beaubourg, avec ses animations. Jongleur de feu sur un monocycle surélevé. Un peintre qui, les yeux bandés, en se plaçant à l'arrière de sa toile, dessine un approximatif portrait de Che Guevara. Belle performance...
Je ne m'attarde pas. Je file sans trop me préoccuper de l'itinéraire. Je ne connais que mon objectif. Je vois des noms de rues connus. Parfois ceux du jeu de Monopoly... Puis Place de la République, dont j'entrends parler lorsqu'il y a des manifs. De là je décide d'aller vers le Canal St Martin, qui dans mon imaginaire est un lieu de promenade. Ce n'est que devant les dizaines de tentes que je me souviens de ce qui s'y passe depuis l'hiver. Le vaste camp de SDF, en plein vent, me donne une impression de malaise : qu'est-ce que je fais là ? En même temps je me dis « et si un jour c'est moi qui me trouvais dans ce genre de situation ? ». Ma réflexion n'est pas totalement insensée...
Pour l'heure je n'en suis pas là. Je regarde manoeuvrer un pont pivotant qui laisse passer un bateau à touristes. Le haut-parleur m'apprend que c'est sur cette écluse, juste avant le tunnel, que commence le film Amélie Poulain, quand elle fait des ricochets. Des ricochets ? Tiens tiens... Je continue mon parcours. Les quartiers se succèdent, tous différents. Tantôt larges avenues bordés d'immeubles cossus, tantôt rues banales aux bâtiments sans âme. Ça monte, ça descend. Paris est une ville de collines. Je monte, je monte... et j'arrive à mon but : le Parc des Buttes Chaumont. Un jardin dont j'ai entendu parler depuis très longtemps. L'endroit est assez dépaysant. En plein coeur de Paris, un espace boisé au relief marqué. Vallons, forêts, falaises... et à quelques centaines de mètres, des immeubles.
Je ne reste pas très longtemps, ma longue marche ayant largement entamé le temps qu'il me reste avant le départ du train de retour. Toujours limite dans ma gestion du temps, je néglige les délais d'attente du métro, celui des correspondances... et j'arrive à la gare une minute avant le départ du train ! Course folle, bousculant au passage les gens pas pressés, j'arrive sur le quai au moment où le départ est siflé. Je saute par la première porte, essouflé... mais j'ai eu mon train !
Pour le compte-rendu de la table ronde, objet de mon voyage, la suite (c'est à dire ce qui précède) au prochain épisode...
24 février 2007
Voyage dans le temps
Cet après-midi je suis allé faire un tour dans le passé.
Non, pas ce qui s'est passé il y a quelques années. Ni même dans mon enfance. Non, un passé bien plus lointain.
Pas davantage du côté de l'histoire de mes parents ou grand parents. Non, à cette échelle de temps il n'y a eu aucun changement entre eux et moi.
Je suis allé à la découverte de l'histoire du paysage. Qu'est-ce qui a façonné le paysage dans lequel je vis ? En voila une idée, hein. Tout ça parce que je devais rédiger un petit texte présentant le site où je réside, afin de participer à une opération patrimoniale. De liens en liens je suis tombé sur un site passionnant. Pour ceux que ça passionne, évidemment...
Dans ma région, ce qui a façonné le paysage, ce sont les glaciers. Bon... ça fait quand même une dizaine de milliers d'années qu'ils se sont retirés. Mais les marques de leurs avancées sont encore nettement visibles. J'avoue que ça me fascine un peu... J'imagine le paysage tel qu'il pouvait être, recouvert par 1000 mètres de glace. Dans mon secteur c'est assez intéressant parce que c'est une des limites maximales d'extension. Les moraines frontales, ces amas de cailloux poussés par la langue glaciaire, sont restés tels quels, seulement recouverts par les forêts et l'activité humaine. Des vallées mortes, sans rivières actuelles, correspondent aux lit des torrents qui dévalaient de ces langues glaciaires. J'ai ainsi appris à mieux "lire" le paysage que je connais bien, mais dont je n'avais pas remarqué toutes les cicatrices éloquentes laissées par ces fleuves de glace.
Mais ma curiosité est insatiable... avant les glaciers, qu'y avait-il ? A quoi correspond ce sous-sol constitué de galets pris dans une sorte de béton de sable durci ? On m'avait parlé du fond d'une ancienne mer...
En fait j'habite sur le delta d'un ancien fleuve qui se jetait bien dans une mer, apparue au début du surgissement des Alpes. Pas très loin il y a des couches de dépots de sables. Paysage radicalement différent. Ici tout est inscrit dans les roches, les falaises.
A quoi ça sert de s'intéresser à ça ? Peut-être à relativiser l'échelle du temps et de la vie, resituer notre minuscule place d'humains. Peut-être à assouvir cette curiosité éternelle: d'où venons-nous ? Où allons-nous ?
A quoi ça sert de sonder un passé aussi lointain ? Pourquoi des gens passent des années de leur vie à étudier ce genre de choses "inutiles" ? Pourquoi ce besoin de savoir ? D'aller toujours plus loin, dans le temps et l'espace ? Dans la connaissance ?
Quand on dit que seul compte l'ici et maintenant, tient-on compte de cette curiosité intrinsèque à l'homme ? La vie aurait t-elle la même saveur en n'étant que dans l'ici et maintenant ? Sans passé, sans avenir, quel est le sens de la vie ?
Oui, je me pose de drôles de questions de temps en temps...
10 janvier 2007
Dans les brumes de Venise
Bon, et ce voyage à Venise alors ? Vous pensiez y échapper, hein ? Que nenni, vous allez y avoir droit.
Allez, on aligne les chaises, on sort le projecteur de diapos et l'écran qui se déroule, et on écoute tonton Pierre qui commente.
Ouais bon, mon cérémonial date un peu...
Je vous le fait en Powerpoint ?
Naaan, vous sauvez pas, je vais faire ça comme d'habitude: avec mes mots.
Oui, quelques photos aussi, pour faire joli.
Ordoncques nous partîmes un beau matin d'hiver... ouais bon ok, j'arrête...
Euh... Venise, donc.
Voyage enrichissant culturellement et humainement. Dépaysant, déconnectant [d'internet]. Transportant et transformant. Voyage dans la tête autant que par les pieds. Voyage qui m'a fait revenir différent.
Mise en situation: arrivée le soir, après dix heures de train et autant de bavardage avec mon amie Caroline, son homme Lucas, et leur ami Barnabé [y sont pas mignons leurs pseudos ?]. Vision fugitive de la ville, à la nuit tombée, toute éclairée des décorations de fin d'année. À peine le temps de voir, chargés de bagages que nous étions. Il faut attendre le lendemain pour partir en l'exploration.
Première impression: un viol.
Oui, une pénétration trop rapide, sans préliminaires, à la hussarde, en suivant au pas de course Barnabé, qui connaissait la ville et voulait absolument nous en donner un aperçu dès le premier jour. Vite, prendre le pont qui se trouve face à la gare. Vite, arpenter les rues et traverser les canaux. Merde, c'est beau... pourquoi on va si vite ? Oui, il fait froid et ça réchauffe, mais quand même. Ah ! une grande place. Et une église, San Polo . Woow, il y a là dedans des tableaux de peintres célèbres du 16eme siècle, pof, accrochés comme ça aux murs. Des tableaux qui ne rentreraient même pas dans mon séjour. Du genre trois mètres de haut sur cinq de large. Impressionnant de voir ces oeuvres magistrales.
Mais déjà, zioup, on sort et on reprend la visite rapide. Dédale de rues d'une étroitesse rare. À peine un mètre, parfois. Heureusement que des pancartes indiquent la seule direction à suivre pour les touristes: Le pont du Rialto... ou la gare en sens inverse. Ces ruelles zigzagantes sont en fait un des axes principaux de la ville !
Voila le Rialto, plus grand pont de Venise, largement envahi d'échoppes touristiques.

Sur le pont du Rialto (imaginez la foule en été...)
Boaf... un peu décevant. Un coup d'oeil sur le grand canal en passant au sommet du pont. Mais pas le temps de s'attarder, notre compagnon Barnabé hâte le pas. Virage à droite [bruitage: crissement de pneus], nous le suivons sans nous poser de question: il semble savoir où il va.
Je commence à réaliser que ça va *un peu* vite... C'est à ce moment-là que je me suis dit que j'étais en train de violer Venise (rhôôôlala !!). Tous ces monuments, ces places, ces canaux qu'on entraperçoit dans notre cavalcade... pfff... ça va plus! Je dis à notre acolyte qu'on n'est peut-être pas obligés de tout voir le premier jour, vu qu'il nous en reste six. Et puis bon... la mythique Piazza San Marco, j'aimerai bien prendre le temps de la découvrir doucement. De la sentir venir, de la voir s'approcher. Un peu de respect que diable !. Trop tard: lorsque je lui dis ça il avance encore de quelques mètres, et nous y voilà. Zut... J'ai défloré Venise.
Grmbllll...
Traversée rapide, dans le brouillard qui masque le sommet de Big-ben... euh... non, c'est pas ça... ah oui, c'est le Campanile de San Marco.
Des pigeons de partout, et les touristes qui se font photographier avec ces volatiles perchés sur leur tête. Le sol est jonché de leurs fientes. Oui, je sais, c'est pas le sol qu'il faut regarder. Mais le brouillard n'est pas engageant. Et puis je sais que je reviendrai en prenant le temps, en laissant monter le désir de l'approche sensible.
Hop, retour vite fait vers la maison où nous avons passé la nuit, pour un rendez-vous... avec le ramoneur. Ben oui, c'était lui la raison de cette charge de cavalerie. Ouf... on peut enfin ralentir le rythme.
* * *
Première impression un peu mitigée, donc.
Heureusement ça a changé ensuite. Notre aimable et zélé guide, prof d'italien de son état, grand habitué de Venise comme accompagnant de ses élèves, à compris que nous ne connaissions pas la ville aussi bien que lui et qu'on était là pour la découvrir. Mais pas comme des touristes japonais ! A partir de là nous avons pris le temps.
Et ça a fait toute la différence.
Marcher le long des canaux, s'arrêter. Flâner. Regarder les façades, découvrir des détails... Ces balcons où les vénitiennes faisaient dorer leurs cheveux au soleil. Se repérer, faire des liens entre les lieux, situer cette artère aquatique qu'est le grand canal, qui conditionne, avec ses trois ponts, tous les trajets. Apprécier... non pas le silence, parce que les touristes parlent aussi fort que les italiens, mais l'absence totale de véhicule. Pas même un vélo ! Tout se fait à pied, ou en bateau. Vaporetto (bateau-bus), gondole (à touristes), bateau-taxi, bateau de livraison, bateau-marché, bateau-ambulance, bateau-pompier, bateau-éboueur, bateau-facteur... Je n'ai pas vu de bateau-corbillard mais je suis sûr qu'il existe (ben quoi, ça peut servir...).
Oui, je suis dans l'anecdotique, mais c'est aussi ce qui fait la particularité d'une ville comme celle-là.
Pour les choses plus sérieuses... ben j'avais beaucoup à apprendre. Pour moi Tiziano (Le Titien), Tintoretto (Le Tintoret) ou Veronese, ce n'étaient que des noms de peintres. Je n'avais qu'une vague idée de ce qu'ils avaient pu peindre, par les reproductions que j'avais vues dans les bouquins. Mais bon... tous ces tableaux d'inspiration religieuse, avec des anges dans le ciel et des scènes bibliques en habits anachroniques, ça me laissait assez froid. Ben oui, c'est ça la culture : tant qu'on ne connaît pas un minimum de bases, ça laisse froid. La froideur de l'ignorance qui s'ignore.
Par contre, avec quelques explications généreusement distribuées par l'érudit du groupe, insérées dans un contexte et dans une trame historique, ça prend un tout autre relief [mais non, c'est pas de la peinture en 3D...]. Et puis ces toiles... mazette, je vous dis pas les dimensions. C'est pas des demi-cartes postales comme dans les livres ! Il y avait aussi des plafonds entiers en trompe l'oeil. Pour un peu on croirait vraiment se situer au centre d'un monument colossal à ciel ouvert, avec de vrais anges qui volent en masse dans un ciel chargé de gros nuages. Ouais, bon... avec un peu d'imagination quand même... N'empêche que je me demande comment faisaient les peintres pour réaliser de telles perspectives. Et puis les tableaux... woufff : 10 mètres de haut ! Ah ben c'est sûr que là on voit les détails ! Et puis les couleurs, là c'est du vrai, avec nuances et tout et tout.
Bon, je fais l'ignare un peu benêt mais c'est l'impression que j'ai ressentie devant tant d'oeuvres "réelles" (par analogie les reproductions sont comme le "virtuel": il manque ce que transmet la présence). Il émane parfois un je ne sais quoi de... prenant. Oui, il y a des oeuvres qui "prennent", devant lesquelles je restais longtemps. Fasciné. Touché. Rien à voir avec une reproduction miniaturisée. Je ne sais pas ce qui fait ça, et ce n'est pas la première fois que je le remarque en face à face avec un vrai de vrai tableau. Il y a parfois quelque chose de bouleversant dans certaines oeuvres d'art.
De l'art, on en a vu beaucoup. Peintures, sculptures, églises, monuments... mais aussi art moderne. C'est inattendu pour Venise, mais pourquoi faire de la ségrégation ?
Une exposition Picasso sur les années 1945 à 1948, intitulée "La joie de Vivre" (en français dans le texte). On y voyait le travail du peintre, une progression vers une sorte d'épure tout à fait typique du style du maître. Là encore mon manque de culture s'est fait sentir. Je ne connais de Picasso que ses oeuvres les plus célèbres. Bon... tout ne m'a pas semblé être "oeuvre d'art", et c'est bien normal. Tout comme l'écriture, travail qui donne des résultats de qualité inégale, la peinture "en recherche" produit des objets qui ne sont que des transitions.
Tant que je suis dans le moderne, il y a dans un des Palazzo [Palazzi ?] qui bordent le grand canal, le musée de la fondation Peggy Guggenheim, du nom d'une des héritières de la famille du même nom. Beaucoup d'oeuvres d'artistes célèbres, dont elle a parfois été mécène. Des oeuvres qu'on pourrait aussi bien qualifier de "foutage de gueule" que de création brute. Je pense à un tableau de Pollock, qui pourrait ressembler à des éclaboussures de peinture faites par une colonie d'enfants laissés sans surveillance, mais duquel émanait une sorte de souffrance. J'ai eu l'impression de sentir la souffrance de l'artiste en recherche, comme s'il avait voulu transcrire en image ses tourments et le fouillis de ses pensées. Je suis resté songeur en me disant que ce tableau pouvait autant être "n'importe quoi" qu'une oeuvre magistrale. Oui, l'art est parfois quelque chose d'assez bizarre, et abstrait en l'occurence. Ça me fait penser au film "Le goût des autres", quand un inculte de mon acabit est saisi par une oeuvre qu'il ne comprend pas... Ce dont il se contrefout: il est touché et c'est ce qui importe.
Il y avait aussi un Magritte, de grande taille (les reproductions des livres ne peuvent pas donner idée des dimensions, même si elles sont indiquées), dans un genre qu'il a répété: une maison dans la nuit... avec un ciel comme en plein jour. Cette impossibilité m'a toujours fasciné (oui, je suis assez naïf...).
Et puis tous ces artistes dont souvent je ne connais que le nom, ou quelques toiles. Chagall, Kandinsky, Mondrian, Braque... D'autres me sont totalement inconnus. La plupart étaient en recherche, adaptant la peinture aux progrés techniques dans ce qu'il apportait de représentations nouvelles. Assez fascinant de voir ce mouvement dans la peinture, au début du siècle dernier qui s'inspirait du cinéma et de la décomposition image par image. Il y avait des couleurs, des textures...
Et puis il y avait Caroline qui me faisait écouter son truc à audio-visite (un appareil qu'on se colle à l'oreille et qui décrit les oeuvres)... pas désagréable de regarder avec elle et de commenter nos visions respectives des tableaux. Les deux autres comparses du groupe allaient beaucoup plus rapidement de salle en salle. Nous on s'asseyait de temps en temps, face à un tableau.
Euh... je ne sais pas dans quoi je me suis lancé en racontant mes impressions de voyage ! Je suis parti pour tout un roman, là. Pfff, c'est dingue comme je me laisse prendre par l'écriture. Je revois les scènes et j'essaie d'en raconter des bribes, mais c'est tellement insignifiant par rapport à la réalité.
(suite au prochain épisode)




















