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Alter et ego (Carnet)
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7 décembre 2025

Après l'amour

 

Que devient l'amour lorsqu'il n'est plus partagé, ou plus partageable ? Tout comme les souvenirs communs, mémoire organique et traces matérielles que chacun se réapproprie, les sentiments autrefois conjugués ensemble sont-ils repris par devers soi ? Mais on en fait quoi, de ce passé désormais détaché du pot commun ? On garde ? on jette ? on trie comment ? on oublie tout ? on passe à autre chose ? 

 

Et le lien, on en fait quoi ? On coupe net ? on tranche dans le vif ? on le distend ? on l'étire jusqu'à la rupture ? on se voit encore ? ou plus du tout ? Et si on est pas d'accord avec les besoins de l'autre ? et si l'autre s'accroche ? et s'il devient menaçant ?

 

Et combien de temps faut-il pour opérer cette mue ? 
 

* *

Autorisez-moi une parenthèse de digression :


Il y a quatre mois, une de mes collègues trentenaires - que j'appellerai ici Juliette - a commencé à me parler, en hésitant un peu, de remous au sein de son couple. Après une situation tendue elle venait de dire à son compagnon qu'elle se sentait mal dans leur relation. Elle lui proposait qu'ils suivent ensemble une thérapie de couple. Il refusa catégoriquement. Quelques semaines plus tard, la situation se détériorant sans perspectives d'amélioration, Juliette lui a annoncé qu'elle allait vers une séparation. Là il s'est effondré émotionnellement, puis psychiquement. Son histoire d'enfance, poinçonnée par un traumatisme dissimulé jusque-là à Juliette, est remontée à la surface. Pleurant toute la journée, incapable de se rendre au travail et avec des propos suicidaires, il a été hospitalisé en centre psychiatrique. Une dizaine de jours plus tard il a demandé à en sortir, ne supportant pas ce régime d'isolement familial. Juliette était inquiète pour lui, soucieuse de ne pas brusquer les choses mais attentive a maintenir son propre cap. Je l'ai soutenue en ce sens. Prévenante, elle a encouragé son compagnon à se faire aider par un psy. Lui : pas question ! Jour après jour, avec une insistance croissante, il a supplié sa compagne de revenir sur sa décision. Elle a tenu bon. Alors il est devenu menaçant avec elle, jalousement suspicieux, manipulateur avec leurs enfants. À tel point que, vraiment inquiète, elle a dû faire appel aux gendarmes, qui ont été à l'écoute et réactifs. Rapidement convoqué, l'homme n'a pas tenu compte de cette sérieuse alerte par rapport à ses dérapages et a continué son détestable manège. Alors il a été mis en garde à vue et, depuis peu, il a interdiction de s'approcher de son domicile.

 

Scénario désolant, hélas trop banal. Quatre de mes collègues femmes subissent actuellement les comportements immatures et malveillants d'hommes dont elles se sont séparées, pères de leurs enfants. Mais c'est quoi ces hommes ? Comment ont-ils été construits pour imaginer que leurs exigences prévalent sur la liberté existentielle des autres ?

 

Oui, bien sûr, il peut être (très) douloureux de perdre un support affectif "aimant", rassurant, réconfortant. Difficile de se confronter seul au réel. Et pour certains, difficile de constater qu'ils n'ont pas le pouvoir d'influer sur les décisions de celles qui ne supportent plus leur "amour" égoïste. Frustrés de constater leur impuissance, ces hommes en viennent à user de la force des faibles : la violence. Pauvres hommes, pauvres petites choses fragiles... Je les vois comme "victimes" (consentantes) d'un système pathologique visant à perpétuer dominations et inégalités... à leur profit. Un système duquel chacun dispose pourtant du pouvoir de s'extirper. C'est là que le statut de "victime" (ici non dénué d'avantages...) renvoie au principe de responsabilité : tu as le pouvoir de t'en affranchir ! En matière relationnelle, tu n'es pas condamné à rester victime d'une situation qui ne te convient pas. Ce qu'ont très bien compris les femmes qui s'émancipent de leurs oppresseurs.

 

* *

 

Je clos la parenthèse et reviens au point central de mon thème : que devient une relation après la perte de l'appui (l'étaiement narcissique ?) que représentait le ou la partenaire. Que ce soit sur le plan amoureux, affectif, sentimental, relationnel, conversationnel, sexuel, organisationnel ou... ménager [rayer les mentions inutiles].


Il me semble que, souvent, la méthode privilégiée pour de ne pas perdre l'équilibre est de... trouver au plus tôt un nouvel appui. Remplacer le ou la partenaire perçu comme défaillant·e par un·e autre de substitution. Un échange standard, en somme, pourvu que les fonctions requises soient assurées. L'élément de rechange sera généralement étiqueté sous la marque "Amour", qui se vend très bien. Et c'est reparti pour un tour !


Oui, je grossis le trait. C'est généralement plus nuancé. Mais force est de constater que malgré les évolutions sociétales, la quête de « sa moitié d'orange » reste la représentation dominante. S'apparier serait-il le chemin du bonheur, pour que tant de gens y aspirent ? Je sais : « le bonheur ne vaut que s'il est partagé ». Mais pas nécessairement avec une seule personne.

 

Régulièrement je l'écris : je vis seul. Cet état me priverait-il du bonheur ? Que nenni ! Récemment je me décrivais comme « un homme heureux ». Pas pour m'en auto-convaincre [vraiment ?], mais parce que je constate à quel point le fait de vivre librement et paisiblement me correspond. Je me régale de tout ce temps disponible, de n'avoir nulle "concession" [arghhh !] à faire, d'aller et venir (ou ne pas) où bon me semble, de voir (ou ne pas) qui je veux et quand je veux, de choisir ce que je mange et quand, si j'écoute France-culture, de la musique, ou préfère le silence, en fonction de mes envies du moment. Cette liberté, ô liberté chérie, m'est tellement douce à vivre ! Je sais bien que tout le monde n'est pas mentalement construit comme moi et mon expérience ne saurait évidemment pas être un modèle d'épanouissement. Mais à moi cela convient et m'apporte le bien-être (le bonheur ?) auquel tant de personnes semblent aspirer et difficilement trouver. Mais le plus important, à mes yeux, le graal, la merveille des merveilles, c'est que personne ne me fait de reproches pour ce que je suis (ou pas), fais (ou pas), pense (ou pas), dis (ou pas) ! 

 

Ce loooong détour tortueux, qui navigue entre désir de possession, emprise et liberté, m'amène enfin là où ma pensée m'a guidé : l'après-relation de couple. 

 

(à suivre)

 

 

 

 

 

 

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