Canalblog Tous les blogs Top blogs Environnement & Bio
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Alter et ego (Carnet)
Alter et ego (Carnet)
Derniers commentaires
Archives
Newsletter
25 décembre 2025

Le temps qui reste

 

Lundi 22 décembre, je suis dans une librairie en recherche de quelque cadeau. Je découvre par hasard, sous le présentoir, une pile de livres intitulés "Là où tu vas". Le dessin me plaît et m'intrigue, le sous-titre davantage encore : "Voyage au pays de la mémoire qui flanche". Ce n'est pas du tout ce que je cherchais pour un cadeau mais je feuillette quelques pages et suis d'emblée séduit par le thème. Je me l'offre ! Je pourrai le faire circuler plus tard dans la famille. Après ma mère, dont la mémoire s'est dissoute à cause de Parkinson, c'est au tour de mon père de perdre ses facultés cognitives. Lui, l'ingénieur aux idées vives et percutantes, le voilà de plus en plus égaré dans les repères temporels. C'est évidemment la mémoire récente qui "s'imprime" mal, devient confuse, floue.

 

 

 

 

Jusqu'à il y a une quinzaine de jours, mon père menait sa vie très (trop) tranquille et quelque peu monotone, en sentant bien qu'il se déconnectait du monde. Chaque jour il s'efforçait de sortir un peu, marchait très lentement jusqu'à la petite épicerie située à 500 m et revenait parfois en tram, parce que fatigué. Un kilomètre, quarante minutes de marche hésitante, c'était déjà beaucoup pour lui.

 

Et puis il y a deux semaines, donc, alors qu'il arrivait chez lui après sa petite excursion quotidienne, accompagné de la dame qui chaque jour vient le voir pour lui préparer ses repas et lui tenir compagnie, paf, il s'est retrouvé par terre dans la rue. Il n'a pas compris comment il est tombé mais il ne pouvait pas se relever. Appel aux urgences, évacuation, radiographie. Bilan : fracture du col du fémur et de l'épaule. À 93 ans, une fracture du col du fémur c'est embêtant. Il a dû subir une intervention chirurgicale et l'anesthésiste nous a prévenu : à cet âge-là, une anesthésie générale n'est pas sans risques. Finalement tout s'est bien passé. Sauf qu'en pareil cas le mieux est de reprendre la marche le plus rapidement possible. Dans les jours qui suivent. Mais avec une épaule cassée, pas possible de prendre appui, donc difficile d'entreprendre la rééducation nécessaire. Résultat, mon père est alité depuis sa chute. Hôpital, puis établissement spécialisé.

 

Les défaillance de sa mémoire à court terme compliquent la situation : il ne comprend pas bien ce qu'il fait-là, ne reconnaît pas les gens qui viennent le voir (personnel soignant) et a l'impression d'être délaissé. Il ne se souvient pas non plus que ses enfants et petits-enfants viennent lui rendre visite. Je lui ai téléphoné hier soir pour lui dire que je passerai le lendemain après-midi, donc aujourd'hui. Ce matin il me téléphone parce que « personne ne [lui] répond » et qu'il a vu mon nom dans la liste de ses contacts téléphoniques. Je lui rappelle que je passe dans l'après-midi (ce qu'il avait déjà oublié) et cette perspective semble le rassurer. Echange bref, comme à son habitude, allant droit à l'essentiel.

 

Moi, ce matin, je m'étais levé tôt : 6h. Ma soirée d'hier fut solitaire, mes enfants étant éparpillés je ne sais où. Seul, alors que l'injonction sociale voudrait que personne ne le soit un 24 décembre, cela m'allait très bien. Je n'ai même pas cherché à rejoindre une comparse que je savais seule aussi de son côté. Parce que... tout simplement je sentais que je passerais une meilleure soirée en solo qu'en présence d'une personne pour qui le regard sur sa vie n'est pas joyeux. Or j'ai besoin de joie, de vie, de légèreté et de profondeur, de bienveillance et de générosité. J'ai trouvé cela dans le groupe de mes collègues devenues quasi-amies, d'une génération plus jeune que moi. J'apprécie énormément ce groupe féminin et pétillant, avec qui il est souvent question de relations de couple défaillantes. Parce que c'est leur réalité commune et que cela rencontre ma réalité d'autrefois. Nous nous entendons très bien et nous apprécions démonstrativement. 

 

Donc ce matin, avant l'aube, j'ai poursuivi ma lecture de la veille : la BD mentionnée en début de texte. Elle me touche, m'émeut, me permet de mieux comprendre le rapport aux personnes affectées par des maladies neuro-dégénératives. Je lis par petite lampées, afin de me laisser imprégner, mais aussi de ressentir vers quoi cela me renvoie. Mon père, sa dégénérescence. Ma mère,  qui "vivait morte", privée d'interactions avec ceux qu'elle aimait et qui l'aimaient. Saloperie de maladie !

 

Je lis, je lis... et je tombe sur cette case : 

 

 

Et là je sens couler sur mes joues des larmes que je ne retiens pas Je ne suis pas triste, c'est juste que ça résonne fort avec ce que je perçois en moi depuis quelques temps. Imperceptiblement je suis entré dans l'automne de ma vie. J'ai beau être en pleine forme physique, ne sentir aucune limite de ce côté-là (ce en quoi je me sens très chanceux), je mesure bien qu'une échéance certaine, quoique à date inconnue, a fait son nid dans mes pensées. Ces derniers temps l'idée devient plus palpable. Je n'en ai pas peur, l'ai bien intégrée, la vois prendre place avec une relative sérénité. Il n'empêche que je n'ai pas du tout envie d'en voir le terme. Ce en quoi je me différencie de mon père qui, résigné, glisse lentement vers l'atonie. Mais il est vrai qu'à côté de lui je ne suis qu'un gamin...

 

Ce n'est pas la perspective de ma propre fin (ou pas que) qui a déclenché mon émotion, mais celle de la fin des liens qui existent avec mes enfants et ma présence à la vie. J'ai pas envie que ça se termine ! « J'ai pas fini, j'ai pas fini ! » clamait le poète dans le bouleversant "Le temps qui reste". Mes larmes furent de joie, de gratitude face à cette émotion qui me submergeait, mais aussi teintées d'un chagrin face à l'inéluctable finitude qui nous achèvera tous, tôt ou tard. Un jour je céderai la place, c'est absolument naturel. Je vais aussi "disparaître" de l'horizon de mes descendants comme mon père disparaît du notre.

 

Il se trouve que, par coïncidence, il y a quelques jours seulement, la grande famille collatérale s'est réunie pour accompagner une de mes cousines qui venait de perdre son mari. Un homme attentif aux autres, généreux, érudit, apprécié. Mais de ça, les métastases cancéreuses s'en foutent. « Je ne me suis pas préparée à être veuve », m'a t'elle glissé, émue, quand on s'est pris dans les bras. Tous, nous nous comme retrouvés ensuite et c'était un bon moment. Heureux, triste et joyeux à la fois. Nous étions plus intensément vivants ensemble, reliés. Six mois plus tôt, au même endroit, on avait enterré le père de ma belle-soeur. Quatre ans plus tôt, toujours au même endroit, on venait choisir le cercueil pour ma mère. Encore avant, d'autres membres de la famille avaient été mis en bière ici. Et, pour la première fois, je me suis dit qu'un jour c'est moi qui serai dans la boite, peut-être au même endroit !

 

Ne vous méprenez pas sur la tonalité de ce texte, en ce jour de célébration d'une nativité bimillénaire : je ne fais que célébrer la vie et les liens qu'elle nous permet de tisser. Ils nous rendent forts et infiniment vivants.

 

Commentaires
J
Bonjour Pierre, que deviens-tu ? <br /> En pleine séduction municipale peut-être ? 😊<br /> Pensées chaleureuses, Julie.
Répondre
C
Bonjour Julie,<br /> Je n'avais pas vu ton commentaire, hier, mais le billet que j'ai posté dans la soirée répondra amplement à ton invitation à m'exprimer :)<br /> <br /> Merci pour tes aimables pensées.
C
Bonjour Pierre, <br /> bien que je passe rarement sur les blogs depuis un certain temps, je te souhaite, malgré ces temps compliqués que nous traversons et ceux qui arrivent à grands pas, le meilleur pour 2026.<br /> Une nouvelle vie de retraité, un nouveau rythme pour profiter de ce que la nature nous offre encore malgré notre entêtement et de belle découvertes humaines ou pas ;)<br /> Bien des choses douces, sereines et remplies de petites joies de ma part. <br /> Je t'embrasse
Répondre
C
C'est un plaisir de te lire, Calamity :) <br /> Merci pour ton signe et tes doux souhaits,cela me touche. <br /> Tu parles des temps compliqués que nous traversons et ô combien je suis en résonance avec cela. Cependant je m'efforce d'en faire abstraction... sans jamais parvenir à l'oublier durablement. En quelque sorte "c'est là", dans mon esprit (pas un jour sans que je n'y pense plusieurs fois), mais j'essaie de faire comme si cela n'y était pas. Drôle de gymnastique mentale que le "Carpe diem"... Une philosophie de la simplicité pour les esprits complexes, peut-être ?<br /> <br /> Que sera l'année qui commence ? Nous verrons bien. Je te la souhaite aussi douce, pleine, nourrissante et reposante que tu le souhaites.<br /> Je t'embrasse
C
Me voilà, après moult période d'occupations familiales et diverses, j'ai un instant d'accalmie où je peux prendre le temps d'une vraie réponse. La première était une boutade. Moi qui ne suis que joie de vivre légère et profonde, je trouvais amusant de la prendre au pied de la lettre, et de te faire un colis, comme si tu avais dit : « j'ai besoin de pâtes, de clémentines et de camembert. »<br /> Mais trèfle de plaisanterie : comment va ton père, en tout premier lieu ? Se remet-il de son accident ?<br /> Ton billet, et la chanson qui lui sert de titre, m'interpellent profondément. En l'entendant pour la première fois au moment de sa sortie, j'avais eu la même réaction que toi : cette chanson prend aux tripes. L'air et les paroles sont faits pour nous « bradasser » en tous sens, comme on dit dans le Cantal. Je comprends que l'approche de la retraite déclenche forcément des interrogations existentielles sur la courte durée de la vie. Mais je ressens aussi au fond de toi un désir de projets, de mouvement, bref de vie qui est tout à fait réjouissant. Soixante ans, mais non, ce n'est pas vieux. C'est la force de l'âge, avec les emmerdes en moins. Que du bonheur, quoi. Surtout quand on a de quoi vivre décemment. <br /> C'est très bien, de prendre conscience de notre finitude. Et très humain aussi de vouloir qu'elle arrive le plus tard possible. Même si, comme Jacques Brel que je cite sur mon avant-dernier billet, mieux vaut une vie courte mais intense qu'une vie longue où il ne se passe rien. Pour ma part, j'apprécierai qu'elle soit longue ET intense (eh oui, je suis gourmande). Pour cela, je garderai, je l'espère, le plus longtemps possible ma soif d'apprendre, de découvrir, d'avancer, de construire : bref, tout le contraire d'«une usure, une lassitude, qui te semble correspondre à ce tu comprends de l'avancée en âge», comme tu le dis dans ta réponse à Maty.<br /> En même temps, je n'ai pas 95 ans...Peut-être qu'on révisera à la baisse à ce moment-là. Mais je n'en suis pas certaine. Odette, la centenaire de ma famille, dont j'ai parlé à deux reprises dans mon blog, a toujours des envies, des émerveillements, des projets. L'autre jour, elle m'appelle pour que je lui achète un chemisier. (enfin, un corsage, (un mot de son époque c'est le mot qu'elle a employé) j'ai trouvé ça ravissant qu'elle ait encore envie de s'acheter des fringues à bientôt 103 ans) Sans se dire « à quoi bon, je ne vais peut-être le porter que deux semaines » et alors ? La belle affaire ! Nous aussi, on n'a peut-être plus que deux semaines à vivre et on ne le sait pas. On s'appuie juste sur des statistiques...<br /> La seule chose sur laquelle je suis d'accord, c'est que des foutues maladies graves s'invitent trop souvent quand on vieillit.<br /> Et qu'à ce moment là, la vie doit vite devenir un fardeau. On peut tenter d'en éviter quelques unes par une bonne hygiène de vie. Et un mental positif, ça j'en suis persuadée.<br /> C'est là que l'instant présent prend tout son sens. Ce n'est pas de l'inconscience ou de la puérilité, c'est de la sagesse pure: déjà qu'il ne nous reste que peu de temps, si en plus on se le pourrit en pensant à ce qui pourrait éventuellement arriver...<br /> Bon voilà, cher Pierre. Tu vois que l'on ne me changera pas. Je reste une indécrottable optimiste, et je suis sûre que mes cellules en bénéficient. J'ai beaucoup moins de rides que certains du même âge que moi. Pas de rhumatisme, pas d'arthrose, pas d'essoufflement, pas de douleurs au réveil. Une vraie extra-terrestre au royaume des tamalous :-)<br /> C'est pas un signe ça ?<br /> Bises réjouies.<br /> •.¸¸.•*`*•.¸¸☆
Répondre
C
Oh, merci de "revenir" pour apporter ta contribution, Célestine :)<br /> <br /> Tu confirmes que le statut de retraitée n'est en rien synonyme de disponibilité à foison et que le temps "libre" reste une denrée précieuse.<br /> Pour répondre à ta question sur l'état de santé de mon père, hélas, sa chute n'a pas eu que des conséquences physiques. Le psychique a pris un grand coup. Principalement par rapport à son appétit de vivre (qui était déjà plutôt faible). Mon père se sent" foutu" (bien qu'il ne comprenne pas tout de ce qui lui arrive et "oublie" régulièrement les raisons de son maintien dans un lieu qu'il ne reconnaît pas). Il n'a pas la volonté d'entreprendre sa rééducation et attend (voudrait) une présence constante des personnes proches qu'il reconnaît. Depuis son accident il a perdu toute autonomie et ne fait rien pour la retrouver. Bref... c'est compliqué. Et pour nous, ses enfants, un peu bizarre de constater à quel point cette chute l'a fait basculer de l'autonomie à la dépendance totale.<br /> <br /> La chanson de Reggianni, je l'avais entendue il y a quelques années et avait éprouvé sa justesse. Mais la réentendre là, maintenant que la perspective de ma propre fin devient plus "palpable", m'émeut davantage. Pour autant ce n'est pas de la tristesse (ou alors par anticipation) mais plutôt de la joie quant à la préciosité de la vie (le sentiment d'exister) et la gratitude face à cette chance d'être au monde :)<br /> <br /> Tu as bien ressenti ce qui m'anime, en cette période ou l'approche de la retraite me « bradasse » (j'aime bien cette expression) : un surcroît de vie, de projets. C'est comme si « le temps qui reste » prenait davantage d'épaisseur, de saveur, d'intensité en sensations. Et c'est plutôt bon !<br /> <br /> Et je te rejoins : la soixantaine, c'est la force de l'âge. Je m'y sens très bien ! Parce que, comme tu le soulignes, je fais partie de ceux qui peuvent vivre décemment (et même confortablement, ayant davantage d'appétit pour "l'être" que pour "l'avoir"). C'est le bonheur au présent :)<br /> <br /> Hier j'écoutais Comte-Sponvile sur France-Culture, qui parlait du bonheur comme étant l'absence de malheur.<br /> <br /> Je partage ton souhait d'une vie longue ET intense (tant que l'intensité est perçue comme l'appréciation de l'instant, pas nécessairement en exploits extraordinaires). Et même réflexion que toi quant à notre perception actuelle : qu'en sera-t-il quand nous serons bien plus avancés en âge, moins lestes dans nos gestes, peut-être moins malléables dans nos esprits ? Nous verrons bien...<br /> <br /> J'aime bien cet exemple que tu donnes avec Odette (hi hi, je me souviens aussi du mot "corsage", devenu désuet aujourd'hui) et son envie de se faire plaisir. Un de mes "modèles" de vieillesse est Edgard Morin, l'esprit toujours vif à 104 ans ! En voilà un qui garde un mental positif.<br /> <br /> Je retrouve ici nos subtiles différences de perception puisque je ne saurais omettre ce qui est pour moi un nécessaire équilibre : positif... et néanmoins lucide ;) Je reste un indécrottable avide de lucidité et de nuances (et toi aussi, je le sais, à ta façon). On ne te changera pas et on ne me changera pas :))) Et c'est très bien ainsi : chacun de nous deux sait ce qui lui correspond et maintient ainsi son équilibre. C'est ça le signe du bien-être : à chacun sa recette (quitte à piquer de temps en temps les ingrédients intéressants dans la recette des autres).<br /> <br /> Un grand merci, Célestine, pour le partage de tes inspirations et recettes de sagesse.<br /> Je t'embrasse.
C
« Or j'ai besoin de joie, de vie, de légèreté et de profondeur, de bienveillance et de générosité. »<br /> Je te fais un paquet avec tout ça et je te l'envoie en colissimo... 😁<br /> •.¸¸.•*`*•.¸¸☆<br /> <br /> PS pas le temps de poster un grand commentaire mais je reviendrai.<br /> Kisses
Répondre
C
Mais pourquoi m'en faire un paquet ? Je trouve déjà cela sur ton blog :)<br /> Bises
M
Pour moi le futur sans désir et imagination ce n'est pas de la lassitude c'est une prise de conscience que désir et imagination ne font pas partie du réel, de la réalité de ma vie.<br /> <br /> Il y a ce monde extérieur rempli de chaos un monde qui change sans cesse dans lequel on se retrouve souvent coincé par les concepts qui nous ont été inculqués et qui nous enlèvent notre liberté, nous en éloignent car ces concepts, ces façons d'interpréter la vie sont bien souvent des chaînes. <br /> <br /> Pour moi désir et imagination m'enchaînent je veux juste faire partie de cette vie qui s'anime en moi et qui aime ce monde dans lequel je vis, qui aime l'humain et en fait aime tout ce qui est vivant. <br /> <br /> Le passé j'en garde de beaux souvenirs, demain je ne le connais pas il n'existe pas en fait car dès qu'il se pointe c'est maintenant donc j'essaie de plus en plus de vivre ce moment, ce présent et dans ce présent tous les désirs sont comblés. <br /> <br /> Oui oui tu es beaucoup plus jeune que moi mais l'âge est pour moi une autre chose qui existe juste dans la pensée dans le coeur il n'y a pas d'âge. <br /> <br /> Je n'ai pas ton talent pour décrire tout ce que je vois, ressent c'est la raison du pourquoi du peu de commentaires. Au plaisir de te lire Pierre. maty
Répondre
C
Hmmm, c'est intéressant cette idée que désir et imagination ne font pas partie de la réalité de ta vie. Et le lien que tu fais avec les concepts aliénants qui nous ont été inculqués.<br /> <br /> Il faudrait certainement nuancer parce qu'il y a des désirs "porteurs de liberté" qui ne sont pas aliénants et plus encore ceux qui sont "porteurs de vie", mais j'entends bien que certains désirs et imaginaires sont factices, conditionnés et donc aliénants. Pour ma part j'en suis à une période de ma vie où mes désirs me portent vers davantage de sérénité relationnelle et mon imagination m'incite à croire que c'est atteignable. Et je me sens aussi en résonance quand tu parles d'aimer le monde, l'humain et le vivant. En revanche mon imaginaire est un peu endolori quand j'observe les atteintes à cela. Même si demain est inconnu... il se trace quand même au jour le jour et pas forcément dans des directions réjouissantes. Peut-être ne suis-je pas encore parvenu à suffisamment de détachement par rapport à cela...<br /> <br /> Tout à fait d'accord avec toi pour ce qui est de l'âge. Le mien est déjà suffisamment avancé pour avoir constaté que le coeur n'a pas d'âge :)<br /> <br /> Je te dis à nouveau merci pour ce que tu partages ici de ta perception.
M
"Le temps qui reste" à mon âge le temps qui reste est très significatif pour moi. Il y a tout le passé véçu avec du bon du moins bon, des choix qui seraient différents, et ce futur qui devient de moins en moins rempli de désirs, d'imagination. <br /> Que reste t'il? Le moment situé entre le passé et le futur ce présent si présent qui porte bien son nom un présent à vivre, à savourer car au fond depuis le début c'est le seul moment où on ressent, où on existe en fait. <br /> Le passé impossible de vivre dedans il est passé et le futur il n'existe que par l'imaginaire il n'arrive jamais en fait.<br /> Il me reste le présent et c'est mon souhait le plus profond de rester dans ce moment.présent.<br /> <br /> On est pas sans se projeter dans l'avant car même si l'on sait que l'on devra partir un jour souvent une inquiétude sournoise s'infiltre comment vais-je terminer ce voyage.... On ne sait pas et on en a aucun contrôle nous qui aimons et pensons contrôler bien des choses.<br /> <br /> Et cette fameuse maladie elle fait peur. Tu parles de ton père et je sais comment c'est difficile de voir une personne chère perdre son autonomie. Ma soeur 91 ans fait de la démence vasculaire et comme tu le dis la défaillance de sa mémoire à court terme apporte bien des problèmes. Même si elle reconnaît tout son monde et est capable de suivre une conversation elle est incapable de s'occuper d'elle même. Pourtant elle pense qu'elle fait tout elle même. C'est une maladie qui nous laisse sans mot.<br /> <br /> Je laisse peu de commentaires mais j'aime te lire et suivre ton cheminement. Maty
Répondre
C
Bonjour Maty<br /> <br /> Je ne connais pas ton âge mais je peux déduire de tes lignes qu'il est plus avancé que le mien, ce qui te donne forcément une approche plus "concernée" que la mienne. Une phrase me touche : « ce futur qui devient de moins en moins rempli de désirs, d'imagination ». J'ai l'impression qu'elle indique comme une usure, une lassitude, qui me semble correspondre à ce je comprends de l'avancée en âge. Je mesure donc ma chance d'être encore dans un élan de vie, de désirs, de renouveau. La perspective de la retraite m'ouvre certainement à cela.<br /> <br /> À te lire, la sagesse d'apprécier le moment présent prend davantage d'intensité. Je trouve cela plutôt réjouissant :)<br /> <br /> Accepter de ne pas contrôler sa propre finitude fait certainement partie de ce que l'on apprend/comprend au fil du temps qui passe et en étant confronté de plus en plus souvent à la mort des proches.<br /> <br /> Les maladies de dégénérescence mentale sont difficiles à vivre pour tous : celui ou celle qui réalise que ses facultés "s'effacent" de son vivant ; l'entourage qui constate aussi cet effacement et doit accepter que l'autre, pourtant bien présent physiquement, est de moins en moins "là". Psychiquement c'est difficile et douloureux à élaborer.<br /> <br /> Merci pour ta contribution, Maty, et de signifier ainsi ta présence discrète. J'apprécie d'autant plus que cela fait très longtemps que tu me suis :)
J
Ah le temps qui passe, toujours ce fichu temps... <br /> Mais le temps est déjà une mort en soi...<br /> La mort autrement n'existe pas, puisque trépassé on ne le sait pas 😂 Pour ceux qui restent que c'est difficile.<br /> J'aimerais juste ne pas souffrir ☹️<br /> Merci, Pierre, d'avoir partagé ce touchant billet égodécentré 😛 <br /> Bon rétablissement à ton papa, bise 😘
Répondre
C
J'aime bien l'idée de "billet égodécentré" :)<br /> <br /> Oui, bien sûr, chaque instant présent tue celui qui le précède et génère, en quelque sorte, de la mort... et de la vie. Sauf que le passé, somme de présents dépassés, "vit" encore dans notre mémoire et se pertpétue dans celle de nos descendants. Le réel se renouvelle donc bien à chaque instant en mourant-naissant, mais donne droit de vie perpétuelle dans nos pensées. Du moins jusqu'à ce que la dernière étincelle s'éteigne...<br /> <br /> Merci pour tes pensées et beau dimanche à toi :)