Principe vivant
> Suite de "Après l'amour"
Aborder la question de la liberté au sein des relations juste après avoir écrit un texte évoquant ma post-relation avec celle qui fut longtemps une précieuse alliée, voilà un cheminement de pensée que je n'avais pas anticipé. Il aura suffi, pour cela, que je ressente le malaise instantané qu'a pu susciter un micro-évènement d'interaction avec elle. Par rapport à la sérénité relationnelle durablement installée que je vivais depuis des mois, le décrochage a été net. Et ce, seulement parce que la compagne d'autrefois n'a pas jugé utile de répondre à un courrier affectueux que je lui ai adressé... J'assume évidemment l'entière responsabilité de mon ressenti désagréable. Je ne vais pas lui "reprocher" de n'avoir pas répondu à mon initiative. C'est son choix et je n'ai aucune exigence à formuler à cet égard. Je ne peux que constater, une fois de plus, le décalage inapproprié de mon souhait/désir - assez flou au demeurant - de fluidifier le peu de contacts que nous avons encore. En fait, si je me mets à l'écoute de ce qui a motivé ma démarche, je me rends compte que j'aimerais pouvoir retrouver ma dimension "vivante" en sa présence, plutôt que redouter je ne sais quelle remarque piquant ma sensibilité. Celles-ci pouvant arriver au moment où je ne m'y attends pas [quoique, à force...]. Je perçois, je sens, j'ai l'intuition qu'elle se méfie de moi. Ou plutôt du souvenir qu'elle a de celui que j'étais, teinté de représentations postérieures qui me sont inconnues et dans lesquelles je ne me reconnaîtrais sans doute pas. Après tant d'années déconnectés l'un de l'autre, son imaginaire comme le mien ont forcément généré des réalités parallèles. Je pourrais en prendre acte et me dire qu'après tout nous n'avons plus grand chose en commun [hormis des enfants et petits-enfants, ce qui est loin d'être insignifiant]. Opter pour une forme d'indifférence, de semi-effacement. Un peu comme lorsque, occasionnellement, nous nous côtoyons dans une réunion familiale : on évite les croisements de regard, sans pour autant se tourner le dos. Nos interactions sont restreintes. Parfois ça se passe bien, et j'apprécie ces brefs moments d'échange sans tensions. Je crois alors que nous sommes parvenus à avoir enfin retrouvé une relation apaisée. Mais d'autres fois je perçois je ne sais quoi de gêne, de malaise, d'étrangeté. D'étrangèreté, même. Nous sommes comme redevenus des étrangers l'un pour l'autre. En apparence, du moins...
Euh... quel est le lien entre ce que je décris et les hommes immatures et violents mentionnés dans mon texte précédent ? Pas grand chose, si ce n'est le fait d'avoir, comme eux, un jour senti le vide s'ouvrir sous mes pieds en apprenant la menace, puis la décision d'un divorce. Ce qui diffère, c'est qu'il ne m'est alors pas venu un instant à l'idée de contrer sa démarche. J'ai consenti à tout ce qu'elle me demandait, quoi qu'il m'en coûte [non sans désarroi ni tristesse]. Je n'ai refusé qu'une seule exigence, qui m'aurait conduit à un reniement... et c'est ce qui l'a décidée à trancher dans le vif. Un autre jour je me suis mis en colère, parce qu'elle tentait d'abuser du "pouvoir" que je lui laissais avoir sur moi, alors maximalement conciliant afin que tout se passe au mieux. Ce jour-là je lui ai déclaré que si vraiment elle voulait que les choses se passent mal entre nous, alors elle me trouverait en face. Ma détermination l'a visiblement convaincue puisqu'elle n'a pas recommencé. Finalement notre divorce s'est passé... disons... "en douceur". Au mieux, en amis. Sans autre violence que celle résultant du processus douloureux inhérent à la séparation. J'ai cru longtemps que notre entente apparente durerait, moyennant quelques ajustements au fil du temps. J'étais confiant : nous trouverions bien un moyen de rester en lien "de confiance". Dans mon esprit il ne pouvait en être autrement. Jusqu'à ce que je réalise, bien après le divorce, que mon alliée d'autrefois ne l'entendait pas ainsi. L'invitation que je lui fis de prendre un moment pour discuter ensemble, faire le point et clarifier ce qui pouvait gagner à l'être, me fut refusée. Abasourdi, sonné, j'ai instantanément compris que je n'avais plus sa confiance et quelque chose s'est douloureusement rétracté en moi. Depuis ce jour, ayant compris que la peur qu'elle avait de moi la rendait distante, j'ai adopté un profil bas. Je n'ai plus rien proposé, plus rien entrepris. Docilité maximale, en vue de ne pas aggraver la situation. En l'écrivant je prends conscience qu'en sa présence, depuis des années, je nie mon principe vivant. Je m'efface, par crainte de ses réactions dont je crains le potentiel vulnérant. Neutre et insipide, je n'ai plus tenté d'humour avec elle, ni même avec nos enfants en sa présence. Mais que suis-je devenu ? C'est simple : je ne me reconnais pas !
En mettant cela en mots je réalise à quel point la retenue que je m'inflige, véritable négation de moi-même, m'affecte souterrainement, insidieusement, en étant restée invisible à ma conscience. Il aura donc suffit d'un micro-évènement pour que cette tristesse contenue jaillisse, teintée d'une colère muette et d'un sentiment d'injustice. Se retenir d'être soi, c'est non seulement idiot, mais aussi mortifère. Je ne gagne rien à fuir un éventuel différend avec elle [hypothèse pessimiste]. Ma posture d'humilité rampante devient auto-humiliante. Ce qui est... fort peu admirable.
Cessez d'être gentil, soyez vrai, ai-je lu autrefois. Ce titre me rappelle le chemin à suivre...
En cherchant le lien vers cet ouvrage, je suis tombé sur la vidéo présentée, qui m'a absolument réjoui. Je vous la conseille si mes écrits erratiques ont suscité quelque écho en vous. Quant à moi, je sais que déjà elle m'a ouvert des portes que, bien que connues, je ne franchis pas assez.
( à suivre, peut-être...)
En Margeride, Lozère, juin 2025