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Alter et ego (Carnet)
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9 décembre 2025

Principe vivant

> Suite de "Après l'amour"

 

Aborder la question de la liberté au sein des relations juste après avoir écrit un texte évoquant ma post-relation avec celle qui fut longtemps une précieuse alliée, voilà un cheminement de pensée que je n'avais pas anticipé. Il aura suffi, pour cela, que je ressente le malaise instantané qu'a pu susciter un micro-évènement d'interaction avec elle. Par rapport à la sérénité relationnelle durablement installée que je vivais depuis des mois, le décrochage a été net. Et ce, seulement parce que la compagne d'autrefois n'a pas jugé utile de répondre à un courrier affectueux que je lui ai adressé... J'assume évidemment l'entière responsabilité de mon ressenti désagréable. Je ne vais pas lui "reprocher" de n'avoir pas répondu à mon initiative. C'est son choix et je n'ai aucune exigence à formuler à cet égard. Je ne peux que constater, une fois de plus, le décalage inapproprié de mon souhait/désir - assez flou au demeurant - de fluidifier le peu de contacts que nous avons encore. En fait, si je me mets à l'écoute de ce qui a motivé ma démarche, je me rends compte que j'aimerais pouvoir retrouver ma dimension "vivante" en sa présence, plutôt que redouter je ne sais quelle remarque piquant ma sensibilité. Celles-ci pouvant arriver au moment où je ne m'y attends pas [quoique, à force...]. Je perçois, je sens, j'ai l'intuition qu'elle se méfie de moi. Ou plutôt du souvenir qu'elle a de celui que j'étais, teinté de représentations postérieures qui me sont inconnues et dans lesquelles je ne me reconnaîtrais sans doute pas. Après tant d'années déconnectés l'un de l'autre, son imaginaire comme le mien ont forcément généré des réalités parallèles. Je pourrais en prendre acte et me dire qu'après tout nous n'avons plus grand chose en commun [hormis des enfants et petits-enfants, ce qui est loin d'être insignifiant]. Opter pour une forme d'indifférence, de semi-effacement. Un peu comme lorsque, occasionnellement, nous nous côtoyons dans une réunion familiale : on évite les croisements de regard, sans pour autant se tourner le dos. Nos interactions sont restreintes. Parfois ça se passe bien, et j'apprécie ces brefs moments d'échange sans tensions. Je crois alors que nous sommes parvenus à avoir enfin retrouvé une relation apaisée. Mais d'autres fois je perçois je ne sais quoi de gêne, de malaise, d'étrangeté. D'étrangèreté, même. Nous sommes comme redevenus des étrangers l'un pour l'autre. En apparence, du moins...

 

Euh... quel est le lien entre ce que je décris et les hommes immatures et violents mentionnés dans mon texte précédent ? Pas grand chose, si ce n'est le fait d'avoir, comme eux, un jour senti le vide s'ouvrir sous mes pieds en apprenant la menace, puis la décision d'un divorce. Ce qui diffère, c'est qu'il ne m'est alors pas venu un instant à l'idée de contrer sa démarche. J'ai consenti à tout ce qu'elle me demandait, quoi qu'il m'en coûte [non sans désarroi ni tristesse]. Je n'ai refusé qu'une seule exigence, qui m'aurait conduit à un reniement... et c'est ce qui l'a décidée à trancher dans le vif. Un autre jour je me suis mis en colère, parce qu'elle tentait d'abuser du "pouvoir" que je lui laissais avoir sur moi, alors maximalement conciliant afin que tout se passe au mieux. Ce jour-là je lui ai déclaré que si vraiment elle voulait que les choses se passent mal entre nous, alors elle me trouverait en face. Ma détermination l'a visiblement convaincue puisqu'elle n'a pas recommencé. Finalement notre divorce s'est passé... disons... "en douceur". Au mieux, en amis. Sans autre violence que celle résultant du processus douloureux inhérent à la séparation. J'ai cru longtemps que notre entente apparente durerait, moyennant quelques ajustements au fil du temps. J'étais confiant : nous trouverions bien un moyen de rester en lien "de confiance". Dans mon esprit il ne pouvait en être autrement. Jusqu'à ce que je réalise, bien après le divorce, que mon alliée d'autrefois ne l'entendait pas ainsi. L'invitation que je lui fis de prendre un moment pour discuter ensemble, faire le point et clarifier ce qui pouvait gagner à l'être, me fut refusée. Abasourdi, sonné, j'ai instantanément compris que je n'avais plus sa confiance et quelque chose s'est douloureusement rétracté en moi. Depuis ce jour, ayant compris que la peur qu'elle avait de moi la rendait distante, j'ai adopté un profil bas. Je n'ai plus rien proposé, plus rien entrepris. Docilité maximale, en vue de ne pas aggraver la situation. En l'écrivant je prends conscience qu'en sa présence, depuis des années, je nie mon principe vivant. Je m'efface, par crainte de ses réactions dont je crains le potentiel vulnérant. Neutre et insipide, je n'ai plus tenté d'humour avec elle, ni même avec nos enfants en sa présence. Mais que suis-je devenu ? C'est simple : je ne me reconnais pas !

 

En mettant cela en mots je réalise à quel point la retenue que je m'inflige, véritable négation de moi-même, m'affecte souterrainement, insidieusement, en étant restée invisible à ma conscience. Il aura donc suffit d'un micro-évènement pour que cette tristesse contenue jaillisse, teintée d'une colère muette et d'un sentiment d'injustice. Se retenir d'être soi, c'est non seulement idiot, mais aussi mortifère. Je ne gagne rien à fuir un éventuel différend avec elle [hypothèse pessimiste]. Ma posture d'humilité rampante devient auto-humiliante. Ce qui est... fort peu admirable.

 

Cessez d'être gentil, soyez vrai, ai-je lu autrefois. Ce titre me rappelle le chemin à suivre...

En cherchant le lien vers cet ouvrage, je suis tombé sur la vidéo présentée, qui m'a absolument réjoui. Je vous la conseille si mes écrits erratiques ont suscité quelque écho en vous. Quant à moi, je sais que déjà elle m'a ouvert des portes que, bien que connues, je ne franchis pas assez.

 

( à suivre, peut-être...)

En Margeride, Lozère, juin 2025

Commentaires
M
Bonjour Couleur Pierre,<br /> <br /> En relisant ton tout premier message on a bigrement dévié...<br /> <br /> Merci pour tes bons mots et tes analyses.<br /> Je précise, je n'ai jamais vécu avec ce couple.<br /> J'ai vécu dans un milieu très artistique, mais autre! d'autres arts et pédagogies/ psycho. <br /> <br /> Mais je suis allée chez mon père, tardivement, durant certaines vacances.<br /> <br /> Ça change un peu la donne. <br /> <br /> Oui, j'ai sans nul doute une forme d'admiration pour certains aspects de sa vie!<br /> et puis il avait beaucoup de charisme et aussi une affection certaine et chaleureuse pour moi, ça compte!<br /> mais il a été physiquement très absent ( ça pèse, autrement).<br /> Et j'ai également de la distance pour d'autres aspects de sa personnalité. <br /> <br /> Tu dis : <br /> Puisque tu me questionnes à ce sujet, oui, il est certain que j'ai mis des protections vis à vis de mon père. Elles sont toujours en place, même aujourd'hui ou, entré dans la sénescence, il est devenu inoffensif. Pour moi la marque est indélébile. Je peux cependant maintenir un lien et être attentif à lui, à travers des chemins bien balisés. Mes lignes de protections laissent des passages sécurisés. ( etc). <br /> <br /> Ton texte ainsi que sa suite m'a touchée.<br /> Mais oui, mais c'est bien sûr !<br /> C'est exactement ça.<br /> L'analyse des processus est très juste et fouillée. <br /> <br /> Les enfants sont marqués, ont monté des protections intérieures, se sont fabriqués des repères, laissent passer l'affection là où cela est encore possible, donnent ce qu'ils peuvent encore et des fois c'est peu ou alors très intériorisé. <br /> <br /> D'où l'attirance pour les promesses éducatives de " la communication non violente". <br /> Sincérité, expression de son ressenti propre, écoute active, acceptation des différences , affirmation saine de soi, respect de l'autre et bienveillance.<br /> Pour ce que j'en ai compris ( peu,parce qu'on vit avec très peu d'exemple de communication bienveillante, dans ce monde ma foi pas mal ahurissant  et humainement assez " bof ") . <br /> <br /> Combien de fois, enfant, j'ai essuyé les humeurs/ états de ces pères ou hommes, en me demandant pourquoi ils ne nous parlaient pas juste normalement pour nous apprendre la vie et nous expliquer nos erreurs après tout légitimes , puisque nous la connaissions encore si peu, cette vie ? <br /> Et pourquoi ils se et nous mettaient dans des états toxiques?<br /> <br /> Alors, oui, Pierre, je crois que cette communication intime est naturelle aux humains,( mais en même temps,ton interrogation m'interroge,j'avoue )<br /> mais qu'elle a été écrasée par des systèmes de toutes sortes ( financiers économiques, religieux, familiaux, moraux etc) <br /> Paradoxalement, Je crois aussi que quand on est centré on ne parle pas énormément, car une forme de calme,de silence intérieur, nous habite.<br /> On parle quand il faut.<br /> <br /> Si la communication du monde intérieur est naturelle a tous les humains,  une part de la trop grande pudeur masculine pourrait être : <br /> que les hommes du passé ont appris a être " forts " à savoir ne plus ressentir, ne pas exprimer leurs ressentis , <br /> à prendre dans la société beaucoup sur eux,<br /> à donner une image de puissance, de chef,<br /> ou de soumis, <br /> d'hommes courageux quoiqu'il en soit, <br /> à devoir dominer des situations et pourquoi par les autres, <br /> ou à devoir se soumettre pour survivre, <br /> à devenir des hommes capables d'affronter le monde quotidiennement ,<br /> le monde du travail, le monde d'autres hommes, le monde de la force physique, psychologique,<br /> Etc etc...<br /> La vie des hommes étaient et est encore assez dures!<br /> Même avec des moyens financiers, ce que peu de gens avaient. <br /> <br /> Le monde des femmes a été dur aussi, autrement.<br /> <br /> il y a eu beaucoup de courage des deux côtés, en vérité . <br /> <br /> Mais je crois que d'être arrivées à se confier les unes aux autres, à exprimer ses ressentis , à accueillir ceux des autres, à se mettre dans la peau de l'autre, ne serait ce que celle de nos petits enfants,<br /> à essayer d'être un peu solidaires, tout ça à pu préserver un peu de souplesse et de tendresse dans ce monde.<br /> Mais certaines femmes étaient et sont isolées aussi, ou s'isolaient. <br /> <br /> A nouveau on ne peut pas généraliser, il y a des hommes très tendres qui se maîtrisent bien sans être contrôlants,<br /> et des femmes fermées,égoïstes et dures... <br /> <br /> Pour les groupes d'hommes: <br /> Oki, je connais bien les écrits de ce très cher Guy Corneau et la mentalité québécoise de son époque, pour y avoir vécu. <br /> <br /> La vie au Québec avait aussi été très dure, le climat, l'inconfort, les conditions de travail et le pouvoir religieux.<br /> Ma génération en sortait tout juste, avec de sérieux dégâts intergénérationnels. <br /> <br /> Ce que Corneau avait découvert entre autres, c'est qu'il y avait un lien entre la violence masculine et cette difficulté pour eux, à poser des mots sur leurs ressentis, contrairement aux femmes qui les exprimaient plus facilement et des fois un peu trop facilement.<br /> Elles avaient la force du verbe et du verbe piquant aussi.<br /> Ce qui plaçait les hommes dans un sentiment d'infériorité face à elles et déclenchaient des besoins d'auto protection qui pouvaient passer par de la violence corporelle, de l'alcoolisme etc etc <br /> <br /> Tout ça généré aussi par des éloignements dans le passé de leur famille pour les hommes, pour le travail en pleine nature reculée, immense, donc lointaine, avec des métiers durs , dans les générations précédentes ,<br /> ( on peine à se rendre compte des difficultés professionnelles,financières,<br /> de conforts, de .... nos arrières grands parents, c'est encore très frais). <br /> <br /> Donc ces groupes, il les a créés pour que les hommes apprennent à oser ressentir et à mettre des mots sur leurs ressentis.<br /> A communiquer au lieu de fuir ou de frapper ou encore d'entrer en addictions. <br /> Afin de "civiliser "tout ce monde intime...<br /> <br /> C'est très intéressant ses découvertes, ses écrits,ses conférences, ses transmissions. <br /> <br /> Corneau était assez génial , je trouve, je l'ai beaucoup aimé ( et on en parle si peu actuellement , j'en prends conscience, merci à toi pour ce rappel). <br /> <br /> Je pensais que tu parlais de groupes d'hommes qui auraient existé en France dans les années 70 en parallèle  du mouvement féministe et dans lesquels ton père ne serait jamais entré.<br /> Je voulais m'assurer de ce que tu mettais dans ces mots. <br /> <br /> Je ne sais pas si tu acceptes mal ta part masculine?<br /> Ne serait ce pas plutôt que l'homme nouveau est entrain de naitre et que tu peinerais à le reconnaître ou a le sentir reconnu, <br /> car les repères deviennent autres et... que les anciens sont entrain d'être dépassés ? <br /> ( tu parles de nos fils,nos neveux,leurs amis, qui ont d'autres valeurs.<br /> Perso, je les trouve assez...perdus ,pour beaucoup ) <br /> <br /> On participe en tant qu'individus et qu'humains à des processus lents de transformations générales et un jour" hop tout est là" et on se rend peu compte du temps qu'il a fallu pour...et du travail souvent souffrant des anciens , pour y arriver.<br /> <br /> A te lire , parfois tu parles de toi comme d'un homme ( hyper) sensible ,avant gardiste, intuitif, qui aurait tendance à préférer se couper du monde  ( et ça ma foi, je comprends ...<br /> même si je pense qu'on peut se piéger aussi dans une trop grande solitude ou plutôt un trop grand isolement) <br /> <br /> Et parfois,tu parles de ton travail, de toute ton implication dans notre société ( merci),<br /> de ta nombreuse famille, de tes amours et de tes amies,<br /> Ce qui me semble rempli de contacts divers et variés. <br /> <br /> Comment on se définit soi même?<br /> Comment on se perçoit,alors?<br /> Est ce qu'on peine à voir de ses facilités,  dans le fond? <br /> <br /> Très bonne journée Pierre<br /> Et peut être, belles photographies
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C
Bonjour miel<br /> <br /> En lisant dans le développement de ta contribution le passage sur la communication non-violente et la "toxicité" qui pouvait en découler, j'ai réalisé que finalement je n'y suis plus directement exposé depuis des années. Ou alors très exceptionnellement, et pas de la part de personne avec qui je suis en relation proche et/ou habituelle. En revanche je perçois aisément cette toxicité, assez fréquente à faible dose, dans des échanges auxquels j'assiste. Y compris chez des proches. Cela me mets toujours et étant de vigilance et en situation de malaise. J'ai même bien l'impression que, lorsque je découvre qu'une personne peut avoir des attitudes toxiques, ma vigilance à son égard devient permanente. Comme si je sentais qu'elle pouvait récidiver à tout instant.<br /> <br /> Cela a induit en moi une forme de prudence, qui me semble correspondre à ce que tu décris : un recentrage. Pour être à l'écoute de ce qui se passe en soi afin de rester stable, éviter les remous intérieurs. Comme tu dis, « quand on est centré on ne parle pas énormément, car une forme de calme, de silence intérieur, nous habite.<br /> On parle quand il faut. »<br /> <br /> Il m'est difficile de caractériser ce qui serait du masculin et du féminin même si, bien sûr, de grandes tendances sont observables. Pour ma part, je me range du côté de celles et ceux qui n'essentialisent pas. Cette précaution étant posée, oui, je te rejoins, tant les hommes que les femmes font face à des injonctions sociales, desquelles on ne s'extrait pas sans l'effort que représente la différenciation. Et s'il est parfois difficile de chercher à correspondre aux "normes" de genre, il peut l'être tout autant de s'en distinguer. Notre chance est de vivre à une époque qui nous permet de choisir. Et d'en parler librement :)<br /> <br /> Je constate que tu connais mieux Guy Corneau que moi ;)<br /> L'époque à changé, mais il semble que beaucoup d'hommes ont encore des difficultés à exprimer leurs sentiments et leur vulnérabilité, si on se fie à la remontée en puissance des masculinistes.<br /> <br /> Non, mon père n'aurait jamais fréquenté un cercle d'hommes en 1970. Ni avant ni après. Un tel monde lui aurait été totalement étranger, tout comme l'était sa propre sensibilité.<br /> <br /> Pour ce qui est de ma part masculine, ce que je n'accepte pas c'est celle qui correspondrait à un "modèle" unique, tel que ce que j'évoquais un peu plus haut. Je ne m'y suis jamais retrouvé. En revanche, dans une dualité masculin-féminin je me retrouve bien. En cela, si changement il y a eu, ce n'est pas dans un changement de modèle (de stéréotype) mais dans l'acceptation de ne pas en avoir. Cela m'a sans doute permis de trouver des semblables. Comme du dis, : « et un jour" hop tout est là" ».<br /> <br /> Tu relèves judicieusement une sorte de contradiction : « parfois tu parles de toi comme d'un homme ( hyper) sensible ,avant gardiste, intuitif, qui aurait tendance à préférer se couper du monde » (...)<br /> <br /> Et parfois,tu parles de ton travail, de toute ton implication dans notre société ( merci), de ta nombreuse famille, de tes amours et de tes amies, Ce qui me semble rempli de contacts divers et variés. ».<br /> <br /> J'ignore qui j'aurais été si mon enfance n'avait pas été marquée par un lien père-fils difficile (toxique) mais j'ai tendance à penser que j'aurais pu développer une personnalité nettement plus assurée dans un autre contexte. Je crois que, spontanément, ma nature profonde m'aurait porté vers la part "ouverte aux autres" que tu décris. L'autre part de moi, qui "préfère" la solitude, correspond à celle qui s'est adaptée à un monde perçu comme "dangereux" pour ma sensibilité. J'alterne donc entre ces deux mondes, selon que je me sens en confiance ou pas. Je précise que le "choix" de la solitude après avoir vécu en couple durant près d'un quart de siècle, résulte lui aussi d'une adaptation au réel. Fondamentalement je n'ai jamais souhaité vivre seul ;)<br /> <br /> Ce qui m'apparait de ces quelques échanges, une fois de plus avec évidence, c'est que ma vie aurait été autre si mon père avait porté un regard différent sur celui que j'étais. Et moi, aujourd'hui, aurais sans doute une autre attitude avec le vieillard fragile qu'il est devenu...<br /> <br /> <br /> Comment se définit-on soi-même ? Probablement en sentant ce qui, en soi, "sonne juste". En tâtonnant, on finit par trouver, au fil du temps, des expériences, des rencontres, ce qui nous correspond. Cela peut demander, aussi, de rayer des définitions erronées qui nous avaient été attribuées.<br /> <br /> Merci pour tes réflexions, miel. Elles ensemencent les miennes :)
M
Bonjour Pierre <br /> <br /> Il est vrai que le mouvement féministe des années 70 a révélé et transformé d'autres aspects, que le féminisme actuel.<br /> C'est le socle,les fondations.<br /> Je ne crois pas que la société serait réveillée sur ce qu'il vient,sans cette première part.<br /> D'autres aspects de l'existence entre humains, sont mis en lumière maintenant pour être transformés à leur tour.<br /> C'est la Vie,j'ai envie de dire... <br /> <br /> J'ai beaucoup d'admiration et de respect pour nos anciennes et ce soulèvement occidental.<br /> Je trouve que ces femmes ont été fortes et qu'elles le sont encore pour beaucoup maintenant, malgré l'âge qu'elles ont.<br /> Elles sont incroyablement débrouillardes, autonomes, sociables, cultivées, créatives, pour certaines. <br /> <br /> Comme chez toi, j'ai été témoin des limites de la compréhension du féminisme dans ma famille paternelle.<br /> La fierté ou plutôt le contentement de mon père de "faire les cafés", après les  repas plein d'invités ,repas concoctés par sa femme et service idem,puis rangements bien sûr.<br /> Mais aussi fier de sa capacité à débarrasser le lave vaisselle quotidiennement et d'en ranger son contenu.<br /> Ainsi que de se faire à manger si sa femme s'absentait.<br /> Ça m'amusait ( gentiment) beaucoup,je dois avouer... <br /> <br /> Ça m'amusait beaucoup moins,quand il observait mon compagnon apporter et monter les valises, changer un bébé, m'aider en tout et qu'il posait un regard réprobateur sur moi ,de type " mais pourquoi,elle ne s'occupe pas de tout,pendant qu'on boirait un coup, nous, les mâles ". <br /> <br /> Il y avait vraiment un décalage générationnel ,qui m'agaçait, puis m'humiliait et parfois me...paniquait, au bout de quelques jours. <br /> <br /> Par contre,il était verbalement et affectivement, fort conscient et reconnaissant des tâches accomplies par sa femme.<br /> Et ça, ça compte, beaucoup,pour les femmes . <br /> ( enfin, la gratitude sincère compte beaucoup pour les humains!).<br /> <br /> Puis, il travaillait énormément pour son art.<br /> En somme ils avaient trouvé leur rythme et leurs petits arrangements à eux.<br /> Je pense que sa femme aurait aimé être plus créative artistiquement, mais sans s'y mettre réellement malgré les nombreuses possibilités. <br /> <br /> En tous les cas, elle l'a "magnifiquement "soutenu, sur différents plans et ça, ça n'est pas rien, ça a contribué beaucoup à la qualité de leur existence! <br /> <br /> Ça leur a permis alors, grâce à cette forme d'alliance ,de rôles décidés par les deux me semble, d'avoir une vie de rêves par périodes. <br /> <br /> Ils ont construit un voilier, sont partis " faire le tour du monde" ( on ne fait jamais le tour du monde) <br /> ont pu rencontrer un ou deux peuples reculés, ont travaillé avec des gens de talents en Italie + à Carrare,<br /> ont exposés dans différents pays,<br /> ont côtoyé tout un monde artistique de valeur dans différents arts,<br /> se sont fait des amis précieux,solidaires, <br /> ont évolués dans leurs profondeurs, <br /> ont vécu dans un mas (hélas peu entretenu) avec une vue splendide, acheté 20 000 fr francais dans les années 70 ( incroyable) .<br /> Et ils ont aussi bouffé de "la vache enragée" ,comme on dit, par moments. <br /> <br /> J'en parle un peu, car mon père s'est envolé pour des Cieux que je lui souhaite agréables, apaisants et intéressants ,en ce début d'année et c'est pas tout simple pour moi.<br /> D'où mon " silence" à ton message très riche. <br /> J'ai beaucoup d'interrogations , de chaos, de besoin de solitude ou de liens intimes, <br /> de peine aussi et .... d'envie tout envoyer en l'air, paradoxalement.<br /> <br /> Et comme toi, ta réponse éveille des souvenirs et un fil conducteur. <br /> <br /> Comme leur aventure n'est pas totalement inintéressante, je me permets d'en faire usage pour te répondre.<br /> <br /> En fait, notre milieu est très différent, mais dans tes mots, je ressens des similarités. <br /> <br /> Je crois que peu de pères de cette époque, savaient entrer en lien profond avec leurs enfants?<br /> Et donc avoir de vraies discussions sincères, profondes, agréables , enrichissantes qui donneraient un peu envie d'y retourner ... <br /> <br /> J'aurais aussi aimé un autre lien...avec le mien. <br /> <br /> Et j'aurais aussi aimé être une autre mère avec mes enfants ( et pourtant j'ai fait beaucoup d'efforts et... beaucoup d'erreurs).<br /> Bon... <br /> <br /> Comme quoi atteindre un haut idéal, n'est pas possible sur cette terre. <br /> <br /> Ce que j'ai pu remarquer ces dernières semaines, c'est que j'ai mis, moi même, beaucoup d'obstacles entre mon père et moi.<br /> Des protections.Des tas de protections ( faut dire que le bon-homme était... intense) <br /> <br /> Je ne sais pas si tu peux voir ça en toi?<br /> Ta part.<br /> Ta part d'auto protection ( peut etre nécessaire)<br /> <br /> Comme je suis loin d'avoir fini le travail de conscience,c'est difficile d'être vraiment plus claire ... <br /> <br /> Mais nous, les enfants ( devenus " adultes") on met aussi des obstacles à la Rencontre. Je pense.<br /> Celle qui nous ferait tant de bien,durablement...<br /> <br /> Pour les cercles d'hommes,<br /> Ça existait de leur temps?<br /> Qu'appelles tu "un cercle d'hommes "? <br /> <br /> Les hommes sont très riches intérieurement, ils sont surtout pudiques , non?<br /> Me semble...<br /> Pour révéler leur intimité, il leur faut un sentiment de sécurité ( les femmes aussi,mais on se confie à nos amies ,nos soeurs, depuis longtemps, je crois... on a appris au fil des millénaires, alors, peut etre ?) <br /> <br /> Et les hommes ont besoin de loyauté, de confiance , d'affection, je pense...pour se raconter. <br /> <br /> C'est peut être un peu cliché ?<br /> En tout cas rien n'est absolument généralisable, on est tous si divers .<br /> La diversité, en somme... <br /> <br /> Pensées amicales Pierre<br /> Et joyeuse journée <br /> ( je vis au pays du chocolat)
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C
Tout d'abord mes pensées vont vers toi, fille qui vient de perdre son père. J'imagine ce que cela peut mettre de pensées en mouvement. Même quand on a eu le temps de s'y préparer (autant que cela soit possible), ça bouscule. Ce que tu décris de ton père, de tes parents et de leur relation, de votre vie, témoigne effectivement d'une diversité, d'une richesse, d'une densité. Cela t'a imprégnée, modelant tes représentations des rapports à l'autre et l'existence. D'une certaine façon je te sens admirative de ton père, de son audace, de son ouverture au monde... et sur un autre versant je te sens frustrée de n'avoir pas établi un lien à la hauteur de ce que tu aurais aimé. Tu dis aussi que tu a mis des "obstacles" , des "protections" entre lui et toi.<br /> <br /> On se protège de ce qui pourrait nous faire mal (ou de ce qu'on imagine comme tel...). <br /> <br /> Puisque tu me questionnes à ce sujet, oui, il est certain que j'ai mis des protections vis à vis de mon père. Elles sont toujours en place, même aujourd'hui ou, entré dans la sénescence, il est devenu inoffensif. Pour moi la marque est indélébile. Je peux cependant maintenir un lien et être attentif à lui, à travers des chemins bien balisés. Mes lignes de protections laissent des passages sécurisés.<br /> <br /> Tu écris : « Mais nous, les enfants ( devenus " adultes") on met aussi des obstacles à la Rencontre. Je pense.<br /> Celle qui nous ferait tant de bien,durablement... ». Voilà une réflexion que je me suis souvent faite, depuis qu'une personne m'a dit l'importance de sa propres démarche réconciliatrice avec son père. C'était il y a vingt-six ans. Depuis, d'autres m'ont fait part d'un cheminement similaire. Pour ma part, et en lien avec ma conscience jusque-là, j'ai entrepris une démarche sensiblement différente, depuis presque autant d'années : le pardon. La compréhension lorsque je le pouvais, l'acceptation dans les autres cas. Je suis parvenu à dissocier (partiellement) le père dont j'avais à me protéger et d'autres aspects de ce père-homme-fils pour qui j'ai aujourd'hui de l'affection et de la tendresse. J'ai préféré maintenir ce lien ambivalent plutôt que chercher à dire ce qui aurait pu soit le meurtrir, s'il comprenait les conséquences de ses attitudes passées, ou me meurtrir si je ne l'avais pas senti les prendre pleinement en considération. Qui ai-je cherché à protéger ? Lui, moi, ou nous deux solidairement ? Finalement... n'ai-je pas pris un rôle "protecteur" (paternel) pour nous deux ?<br /> <br /> Pour ce qui est des "Cercles d'hommes", ils sont contemporains des hommes de ma génération, lorsque mon père était déjà grand-père ;)<br /> Wikipédia les présente ainsi : « Le Réseau Hommes a été créé en 1992 au Québec, par Guy Corneau, psychanalyste et écrivain, qui le définit comme « un laboratoire d'expérimentation où se crée une véritable intimité entre hommes et d'où émerge une parole masculine dégagée des jeux de pouvoir et de séduction ». »<br /> Je n'y ai jamais participé, étant mal à l'aise en compagnie de mes homologues masculins (cette simple phrase en dit long sur ma difficulté à accepter ma part masculine...).<br /> <br /> Est-ce que "les hommes" sont pudiques quand il s'agit de révéler leur intimité ? Je dirais que oui, majoritairement, surtout pour les vieilles générations, mai je n'en suis pas sûr. Il me semble que les jeunes sont bien plus à l'écoute deux-mêmes, n'ont pas besoin de se protéger autant, si je me fie à ce que je vois de mes fils et neveux. Mais en fait je ne connais pas grand chose des hommes, à l'exception de celui que je suis.<br /> <br /> Je confirme que pour la plupart des femmes que je côtoie, elles font preuve d'une aptitude aux partage de confidences infiniment supérieure. Ce que je ne prends pas pour une compétence "naturelle", mais bien comme une acquisition sociale (à moins que ce soit les hommes qui seraient socialement conditionnés à s'éloigner de cette aptitude naturelle, si elle est commune à tous les humains ?).<br /> <br /> Comme toi je n'irai pas plus loin sans prendre le risque de la tentation généralisante.<br /> <br /> Merci pour tes réflexions qui, tu le constateras une fois de plus, auront simulé les miennes :)
C
Merci pour ce dont tu témoignes. Cela demande une réponse approfondie. J'y reviendrai ultérieurement ;)
M
Bonsoir Pierre,<br /> <br /> Rentrée dans mon pays depuis une semaine,mais suroccupée...<br /> J'ai malgré tout pensé à ces échanges avec la promesse d'y revenir.<br /> <br /> Pour ton père , <br /> Je crois que la vie intérieure des hommes de ces années là n'a pas été simple pour eux.<br /> Bien sûr il y avait l'éducation qu'ils avaient eux mêmes reçue, mais je crois que les mouvements féministes des années 60-70 ont fragilisé beaucoup d'hommes.<br /> C'était un bouleversement profond , pas toujours pleinement conscientisé, avec des peurs je suppose assez fortes de perdre une forme de pouvoir sur la vie de leurs femmes, donc sur ce qu'ils construisaient, dans ce pourquoi ils s"investissaient etc...<br /> <br /> On parle beaucoup des femmes et c'est important, essentiel et tout n'est pas accompli encore.<br /> Mais on entend très peu parler les hommes de cette époque et de ce qu'ils ont sincèrement ressenti! Vécus.<br /> <br /> Et je trouve que c'est pareil à l'heure actuelle.<br /> Hormis les dérapages sur internet et certains mouvements extrêmes.<br /> Ça manque de paroles sincères et beaucoup d'écoute, je trouve<br /> *******<br /> Évidemment le comportement des pères est très différents pour beaucoup, dans les générations qui suivent.<br /> <br /> Je comprends les difficultés que ça a pu générer pour toi et l'enfant sensible que tu étais ( que nous sommes tous , chacun dans notre nature).<br /> Mais c'est quand même épatant que tu aies pu te sociabiliser et mettre ton énergie dans un domaine qui te parlait, en t'investissant comme tu l'as fait.<br /> Et construire ta famille.<br /> <br /> Parceque le père , c'est un peu le représentant de la société, du monde et quand le lien est difficile avec lui, c'est souvent difficile de trouver sa place dans le monde.<br /> D'oser y faire sa place.<br /> <br /> Le chemin analytique a du être sincère et par moments éprouvants,<br /> pour arriver à te retrouver et à agir pour le bien de la création et des générations suivantes...<br /> Et en + a y trouver une forme de plaisir en y faisant des liens.<br /> <br /> Même si tu gardes un fond pessimiste sur l'avenir, il est possible que ce pessimisme soit un peu teinté, coloré par cette enfance mal vécue aussi.<br /> <br /> Bien sûr on se soigne des traumatismes, surtout si on arrive jusqu'a l'auto compassion ( pas la pitié mais vraiment une compassion aimante pour cet enfant, c'est très guérisseur)...<br /> <br /> Mais quand les traumas sont à répétition " quotidiens" on reste marqué, je suis d'accord avec cette constatation et ce ressenti.<br /> Et d'une manière ou d'une autre, on se protège, c'est normal...<br /> <br /> D'autant que ce genre d'éducation était fréquent et que tant de.gens ont souffert sans se rendre compte que pour le voisin il y a aussi eu des parallèles et qu'alors, pour la plupart, il y a des séquelles en vérité... <br /> <br /> C'est assez incroyable quand les gens se confient d'entendre toutes ces enfances si difficiles...ces ressentis si pénibles, éprouvants, qui agissent sur les vies durant toute l'existence.Meme si on a pu y mettre de la cohérence.<br /> <br /> Dans le fond, l'écologie et l'éducation sont vraiment des priorités, pour la continuation de l'humanité.<br /> On est encore si... ignorants...je trouve et limités <br /> <br /> Pensées amicales
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C
Oh zut ! Je n'avais pas vu ton commentaire ! Désolé miel, d'y répondre si tardivement.<br /> <br /> Quand tu parles de « ton pays », duquel s'agit-il ? Si tu me l'as déjà dit... j'ai oublié (oups !)<br /> <br /> Tu as raison, la vie intérieure des hommes, en général, n'était pas encouragée. Ce n'était pas dans leur culture. Certains y étaient cependant plus ouverts que d'autres. Je peux en juger aux lettres que mon grand-père écrivait à sa mère (affectueuses) et celles que mon père écrivait à sa mère ou à son épouse (factuelles). Il y a donc aussi une culture familiale qui joue, ainsi qu'une propension individuelle.<br /> <br /> Il n'a jamais été question de féminisme avec mon père, dans les années 60-70 (ni après, d'ailleurs), en revanche je l'ai toujours connu "ouvert" sur le plan des droits des femmes. Bon... pour le comportement égalitaire dans les tâches domestiques, c'était pas vraiment ça. Assurément il a bénéficié des avantages du patriarcat ;)<br /> <br /> Pour rester sur la question de l'intériorité, je ne pense pas qu'il ait été ébranlé par l'évolution de la place des femmes dans la société. Ce n'était tout simplement pas dans son registre de pensée. J'ignore s'il dû faire face à des prises de consciences des avantages de la position masculine lorsque ma mère lui demandait une plus juste répartition des tâches. Toujours est-il qu'il y a partiellement consenti (et a allégé ma mère des tâches les plus ingrates en payant une femme de ménage...).<br /> <br /> Sur le fond, mon père n'a peut-être jamais eu accès à son intériorité profonde (il n'en a jamais parlé et semblait hermétique à cette dimension). Je pense aux "cercles d'hommes", par exemple, ou la prise de parole entre pairs peut leur permettre d'y accéder. C'est quelque chose qui aurait été inenvisageable pour lui. D'ailleurs je pense qu'il n'a jamais compris ma pratique introspective (dont il n'a eu qu'un très vague et partiel aperçu). En cela, nous sommes deux étrangers l'un à l'autre. Plus que ça : comme des extra-terrestres ! Une seule fois il a demandé à me parler pour tenter de comprendre ce qui m'animait : lorsque j'ai choisi la liberté relationnelle. Mon choix lui était tellement incompréhensible, allant jusqu'à menacer la pérennité de mon couple... avec le risque de me retrouver seul (une perspective qui, s'il la transposait sur lui-même, devait être effrayante). Mon père n'a eu aucun ami (au sens de confident), seule ma mère l'était pour lui.<br /> <br /> Donc oui, c'est « épatant » (littéralement) que j'aie pu accéder à mon intériorité dans un tel contexte et me sociabiliser... partiellement. Car il reste difficile pour moi d'interagir en face à face s'il n'existe pas un contexte adéquat (confiance et respect). Ne pas se fier à mes écrits pour en déduire une aisance sociale : le contexte y est très particulier ;)<br /> <br /> Tu parles de la place/du rôle de père... J'hésite un peu, parce que le rôle de père que j'ai eu a été influencé par celui qu'à eu mon père. Autant dire que par rapport à cette référence (que je qualifierait de défaillante) il ne m'a pas été simple de trouver ma place de père. Peut-être est-ce le cas par beaucoup d'hommes ? J'ai entrepris une thérapie en ce sens dès la trentaine... et c'est sans doute le meilleur "investissement" (engagement personnel) que j'ai fait ! Non seulement pour mes enfants, mais aussi par rapport à mes représentations de moi-même. C'est à partir de là que j'ai pu entreprendre une reconstruction plus en phase avec ma nature profonde.<br /> <br /> Je te rejoins totalement sur ce point : « le père , c'est un peu le représentant de la société, du monde et quand le lien est difficile avec lui, c'est souvent difficile de trouver sa place dans le monde. »<br /> <br /> S'il a bien une chose dont je suis fier, c'est d'avoir brisé la chaine de reproduction des dommages psychiques :)<br /> Même si je n'ai pas été le père que j'aurais aimé (?) être...<br /> <br /> J'ignore si ma vision, dite "pessimiste", de l'avenir découle de mon parcours et de mes traumas mais j'ai l'impression que c'est disjoint. Je dirais que mon fond est par nature optimiste et enchanté, tendance poète naïf, mais qu'à la fois l'existence (qui m'a aguerri) et la curiosité (qui m'a apporté des connaissances), ont nuancé (voire terni) ma candeur spontanée. Sur le plan personnel j'ai perdu ma naïveté ; sur le plan humain j'ai gagné en lucidité. Et la curiosité d'aller au-delà du savoir initial, de même que l'esprit critique/scientifique, je les dois... à mon père !<br /> <br /> Je suis d'accord avec toi : on peut se soigner des traumatisme, être indulgent avec soi. Mais je ne sais spas si on peut véritablement "guérir". Comme s'il y avait une empreinte indélébile. On est "formaté" par cette empreinte initiale. Non pas comme une fatalité indépassable, mais comme un handicap acquis. Je pense qu'on peut apprendre à "vivre avec" et, de là, restaurer un être-à-vivre pleinement. L'idéal étant de ne plus ressentir le besoin de se protéger d'autrui, coûteux en énergie et dommageable à l'épanouissement.<br /> <br /> Tu as raison : beaucoup trop de gens restent marqués par les traumas de leur enfance. Et parfois (souvent ?) les importent dans leurs relations d'amour, les transmettent à leurs enfants. C'est triste :(<br /> <br /> Tu dis : « Dans le fond, l'écologie et l'éducation sont vraiment des priorités, pour la continuation de l'humanité ». J'ai vraiment la sensation que les deux sont de même essence. On peut porter attention au milieu dans lequel on vit, faire en sorte que chaque élément qui le compose s'épanouisse en fonction des dispositions/disponibilités... ou on peut chercher à contraindre ce milieu pour un tirer un bénéfice personnel. C'est ce qu'on appelle l'exploitation, avec des dominants et des dominés. Une personne "mal construite" pourra avoir tendance à exercer un pouvoir excessif sur son entourage relationnel comme sur son milieu de vie, les deux lui étant pourtant indispensables. Il y a un comportement "destructeur" - et in fine suicidaire - à vouloir imposer son point de vue comme étant le seul valable.<br /> <br /> Marshall Rosenberg, inventeur du concept de la Communication NonViolente, disait que « on a le choix, dans la vie, entre être en paix et avoir raison ». S'ouvrir à la relation, c'est laisser une place à l'autre et à sa différence. Quel que soit cet "autre", quelle que soit son "humanité" et sa "nature".<br /> <br /> Hebert Reeves, quant à lui, disait que « l'homme mène un combat contre la nature. S'il gagne, il a perdu ».<br /> <br /> Merci miel pour ta contribution qui, comme souvent, me permet de clarifier mes idées :)<br /> Belle journée à toi.
M
Bonsoir Pierre <br /> <br /> Des fois, quand on est seul ( e)s on se pose aussi beaucoup de questions...<br /> Ca peut paraître comme de la rumination, mais perso, j'aime bien l'analyse, la profondeur ,l'intimité, les découvertes intérieures, les processus humains<br /> Etc... <br /> <br /> Et à nos âges, on fait aussi régulièrement le point sur nos passés en explorant nos vies sous différentes facettes. <br /> <br /> On aimerait aussi partir en ayant fait la paix avec ceux qu'on a aimés, voir blessés. <br /> On s'y prépare.<br /> <br /> C'est plein d'arrivées et de départs. <br /> <br /> Et puis l'autre parent de nos enfants garde une place toute particulière, quoiqu'il en soit, non? <br /> <br /> On a mûrit,<br /> On perçoit mieux nos erreurs.<br /> On les accepte mieux.<br /> On connait mieux nos besoins.<br /> On revoit ce couple autrement,nos familles aussi.<br /> <br /> Et on garde une forme de tendresse et aussi d'agacement faut bien avouer. <br /> Oooh... <br /> <br /> Enfin c'est quand même un âge très riche, la soixantaine, en terme de prises de conscience sincères. <br /> <br /> Tu écris : <br /> Parce que c'est éprouvant de voir nos tentatives inopérantes, voire repoussées, et que l'on peut atteindre soi-même des limites d'endurance. <br /> <br /> ******<br /> oui...<br /> Et après il y aura peut etre d'autres étapes.<br /> Pour ma part c'était des mini deuils en cascades (et c'est sans doute pas terminé)<br /> Deuils des illusions que j'entretenais.<br /> Deuils des attentes que j'avais.<br /> Deuils des " vieux restes romantiques incomblés"  ( ça se dit?)<br /> Etc etc<br /> Lachez prises divers.<br /> Acceptations,déceptions,<br /> acceptations,<br /> tout en spirales. <br /> <br /> Décidément on apprend sans fin.<br /> <br /> Et des fois,avant d'apprendre, on souffre...<br /> Avant de trouver les bonnes voies. <br /> <br /> Oui, je pense comme toi, que nos inconscients ne sont pas pleinement remplis de lumière. <br /> <br /> Et nos cultures familiales souvent sont différentes.<br /> On y est bien attachés en plus, ce sont tout de même nos racines.<br /> Ça nous porte aussi. <br /> <br /> Merci pour le rappel du liban,joli.<br /> très juste. <br /> <br /> Tu dis: <br /> Blessé ? Oui. Dans ma vie sentimentale à plusieurs reprises, et auparavant dans mon rapport à la confiance depuis toujours (ceci expliquant peut-être cela <br /> <br /> ***<br /> C'est quand même fort ce " depuis toujours"<br /> Mais qu'y a t'il derrière une telle phrase?<br /> Sens toi libre d'y répondre ou pas ,bien sûr. <br /> <br /> Ah,la vie d'humains n'est pas simple!<br /> Et notre époque ne l'est point non plus.... <br /> <br /> Je crois,que la connexion est bonne ce soir.<br /> Je tente.
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C
Bonsoir miel<br /> <br /> Presque une semaine s'est écoulée depuis la rédaction de mon texte et mon état d'esprit a bien changé. Je suis maintenant tranquille par rapport à la situation que je décrivais. Les éclairages qui m'ont été apportés et la clarification effectuée grâce au processus d'écriture n'y sont certainement pas pour rien :)<br /> <br /> Je partage ton avis sur la soixantaine, qui permet d'avoir un recul sur l'existence, une maturité... mais aussi un petit murmure qui nous susurre à l'oreille que nous ne serons pas éternels et que se mettre en état de paix pourrait être bénéfique pour tous. Oui, « on s'y prépare ».<br /> <br /> L'autre parent de nos enfants reste bien sur une personne qui compte, ne serait-ce parce que pour eux c'est une personne très importante. Quand il n'y a pas de raison d'être fâchés il serait idiot de ne pas se parler. Mais peut-être faut-il parfois du temps pour dépasser les blessures. Il me semble que c'est pas tant avec l'autre "d'avant" (quand on était ensemble) que la relation est difficile, mais l'autre au moment de la séparation, lorsque chacun essaie de sauver sa peau dans l'épreuve. C'est du moins ainsi que je vis les choses.<br /> <br /> Tu as raison, le temps écoulé permet l'introspection et la prise de conscience de nos propres erreurs et manquements. Il permet aussi de confirmer les choix opérés. J'aime bien ce que tu dis de la tendresse qui demeure... et l'agacement aussi :)<br /> <br /> Il y a des deuils à faire, c'est certain. Il faut parfois des années pour cela, parce qu'on ne mesure pas tout de suite ce qu'on a perdu. Pour ma part le plus difficile aura été de faire le deuil de la confiance, comme cela transparaît dans mon triptyque. Il est passé par des lâcher-prise successifs, à chaque fois que j'ai constaté notre décalage. À la longue la douleur s'atténue et le détachement s'amplifie. Et c'est très bien ainsi. L'important est que chacun retrouve un équilibre. Et il est peut-être préférable que celui-ci ne soit pas trop bousculé par d'inutiles frictions.<br /> <br /> * * *<br /> <br /> Tu me propose d'en dire davantage sur cette phrase : « [blessé] dans mon rapport à la confiance depuis toujours ». Je veux dire par là que je me suis construit, depuis l'aube de l'enfance, dans un milieu insécurisant, avec un père autoritaire, versatile et colérique. Avec des violences physiques (méthode éducative courante à l'époque) et psychologiques (dénigrement, humiliation). Bref : mon modèle paternel et masculin n'a pas été propice à l'établissement de rapports de confiance. J'ai entrepris de m'en "guérir" autant que je le pouvais (auto-analyse + thérapie analytique) il y a fort longtemps mais les séquelles sont encore là, promptes à se raviver. Bon, on a tous nos séquelles, hein ! Rien d'exceptionnel avec les miennes :)<br /> <br /> Merci pour ce que tu exprimes, miel.
M
Bonjour Pierre,<br /> Je profite des quelques secondes de connexion qu'il y a enfin, pour te dire que je répondrai a tes messages que j'ai pu lire, dès que possible !<br /> depuis le fin fond ardéchois où je me trouve ces jours.<br /> C'est, certains jours très compliqué, je ne sais même pas si celui ci t'arrivera.<br /> Sinon au retour, autour du 20...<br /> <br /> Bonne soirée et merci
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M
Pseudo corrigé
J
... quelqu'un qui me lirait sans me connaître pourrait penser que j'aime toujours ma "seule amie" d'autrefois... ; écris tu plus bas.<br /> <br /> Seule amie... d'autrefois, ouf !😀<br /> <br /> Me permets 😋 parce que je me souviens bien d'avoir un jour lu, ici ou ailleurs, révéler ton amitié à Célestine 😊<br /> <br /> Pour faire court, le temps d'un éclair j'ai cru comprendre que toi et notre adorable Celle, étiez exs. <br /> <br /> Un faisceau d'indices qui n'engage que mon imaginaire... C, comme Charlotte, trois enfants, etc 😀 <br /> Vous ai-je démasqués ? 😂<br /> <br /> Bonne journée, doux Pierre.<br /> Bises affectueuses.
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C
J'apprécie tes questions directes, Julie :)<br /> <br /> Charlotte était bien, autrefois, "ma seule amie", ce qui était un peu limité, tu en conviendras. D'autant plus qu'elle était aussi "mon seul ami", si je puis dire. Autrement dit elle était la seule personne en qui j'accordais ma confiance. Mais ça, c'était avant 2000 et les nombreuses amitiés développées grâce à internet. Célestine en fait partie et je ne me souviens pas d'avoir un jour "révélé" cette amicale relation : notre accointance s'est exprimée sans dissimulation particulière dans les commentaires sur nos blogs respectifs. Les indices que tu as relevés avec perspicacité, quoique exacts, t'ont menée vers une fausse piste ;)<br /> <br /> Belle journée à toi, détective des relations cachées ;)
K
Bonjour Pierre, <br /> Je suis arrivée ici par hasard étant donné que tu écrivais peu depuis un bon bout, j'oubliais de te visiter. Il fut un temps où tu disais ne plus avoir rien à dire, que tu te sentais tourner en rond. En tout cas c'est ce que moi j'avais compris de tes écrits de cette époque. <br /> Mais là je ressens qu'une autre porte s'est ouverte pour toi et il me semble qu'elle mène très très loin.<br /> J'ai écouté le début de la vidéo et il m'intéresse beaucoup de la poursuivre.<br /> Je trouve que tu as une grande capacité d'auto-observation. "Tu" observes Pierre, ses comportements, ses attentes, ses non-attentes et moi je me dis qu'il y a ici deux en un. Il y a Pierre et il y a celui qui observe Pierre. Alors, "qui susi-je?" Pierre ou l'observateur de Pierre ? Les deux en fin de compte. Pierre est le fruit de ce qu'il a vécu, les circonstances de son parcours, etc. comme chacun de nous d'ailleurs. Mais qu'en est-il de l'observateur ? Pas mal plus difficile d'en faire l'analyse de celui-là ! <br /> Pour ma part, je vois qu'il a toujours été là à m'observer. Mes premiers souvenirs datent de mes 3-4 ans environ. Je me vois au pied de l'escalier à observer la scène qui se déroule devant moi. Je suis bien, heureuse, comblée je dirais. Mais je vois que l'observateur était là bien avant ces souvenirs et il m'est arrivé en thérapie de revoir des événements traumatisants de ma vie avec tous les détails, les personnes présentes, leur place dans la pièce, leur visages, leurs expressions, leurs pensées quasiment, mes pensées à moi qui se déroulent sans mon consentement et tout tout tout.<br /> Revivre un événement passé comme s'il se passait présentement, c'est assez percutant. L'observateur n'a pas loupé un seul détail de l'événement. <br /> Alors oui c'est ce que tes derniers écrits suscitent en moi. Je ne sais pas si cela à des échos pour toi mais moi, c'est ce qui me vient de dire. Kéa
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C
Bonjour Kéa<br /> <br /> C'est vrai, il y a quelques mois j'écrivais que je n'avais plus rien à écrire :)<br /> Visiblement mon état d'esprit a changé. Comme quoi, une vérité ne vaut que pour l'instant où elle est énoncée ;)<br /> <br /> Je ne suis pas surpris de ces variations : il y a des réflexions qui, parfois, oscillent entre forte présence à l'esprit et quasi-oubli. Il suffit d peu de choses pour les réveiller et alors tout ce qui avait été enfoui remonte à la surface. C'est ce qu'il se passe en ce moment pour moi à propos d'un lien de nature incertaine.<br /> <br /> Tu as raison "je" observe "moi". Le Pierre du présent, utilise le recul qu'offre le temps et l'expérience pour observer (factuel) et apporter une analyse (subjectivité) actualisée. C'est une sorte de "mise à jour" des analyses passées, quand je disposais de moins d'éléments de comparaison. Dans mon esprit il y a bien une distinction entre le "je" du présent et le "je" du passé. Il s'agit bien cela même personne mais pas dans la même temporalité. Ce que tu questionnes à propos de l'observateur de soi, que nous sommes tous, me semble t-il (?) est judicieux : « Pas mal plus difficile d'en faire l'analyse de celui-là ! ». Cela reviendrait, en somme, à analyser en temps réel celui qui s'auto-analyse en différé. Voilà qui devient vertigineux :)<br /> Mais l'idée me plaît. D'ailleurs je pense m'y être livré de temps en temps, sans trop insister parce que je pense au lecteur qui pourrait avoir bien du mal à suivre ou à trouver une résonance personnelle dans de telles élucubrations. Quoique... j'y pense à l'instant, il m'est régulièrement arrivé, dans un autre espace d'écriture de m'auto-interroger, sous forme d'un dialogue intérieur mettant en scène deux instances du moi. C'est une forme connue de mise en évidence de pensées qu'elles, entre "moi" et "surmoi" (ou entre raison et en-vie). C'est assez puissant, comme outil.<br /> <br /> Merci de partager ta propre expérience d'observatrice de toi-même, avec cette "revivance" du passé au présent, avec tous ses détails. Cela m'évoque certains de mes souvenirs, très nets, parfois porteurs d'émotions qui me submergent (en fait c'est plutôt la survenance d'une émotion qui ravive des séquences vécues). Lorsque cela survient, je le perçois comme un précieux indicateur à suivre : il s'est passé quelque chose de très significatif, marquant, dans cette scène. Je ne perçois pas toujours le sens de l'émotion, mais cela crée une "note mentale", un "marque-page", qui signale qu'il y a là quelque chose à creuser. L'écriture partagée, comme je m'y livre ici, et les commentaires qui me sont offerts, mettent en évidence ces "marque-pages". Il n'est pas rare, comme dans la série de longs commentaires qui suivent mon triptyque de billets autour de ce qu'il reste de ma relation avec celle avec qui j'avais choisi de vivre, que surviennent des fulgurances autour d'idées qui tout d'un coup se relient et donne un sens, ouvrent des pistes. J'aime beaucoup ça :)<br /> <br /> Alors merci d'y avoir contribué, Kéa !
C
Wouaou, Pierre. Trois billets en quelques jours, avec une densité, une profondeur presque insondables. <br /> Trois billets que j'ai lus (et relus) attentivement afin de comprendre (pardon, d'essayer de comprendre) où tu en es, de ta vie, de tes réflexions, de tes ressentis. Bref de ton chemin. Il me semble que des choses sont en train de bouger profondément en toi. Une sorte de séisme silencieux, sous-jacent, mais réel. <br /> La video m'a réjouie, comme toi, notamment la personnalité de Thomas d'Ansembourg, dont je me sens proche : voilà un homme qui parle de joie, de paix, d'amour, d'émerveillement, de spiritualité, d'enchantement, avec gravité autant que légèreté. Et sans peur de passer pour un bisounours. Quel bien ça fait...Le dernier paragraphe (lu par la jeune femme en voix-off) notamment est une grande claque aux préjugés, aux conditionnements, aux comportements étriqués. Je suis devenue vraie, au fil du temps, je me suis alignée, je crois que tu t'en es aperçu au fil des dernières années.<br /> Mais parlons de toi. <br /> Difficile de démêler l'écheveau de ta pensée bouillonnnante. La raison, je crois, est que tu n'es pas toi-même très clair avec tout cela.<br /> Quelqu'un qui ne te connaîtrait pas et qui lirait le passage sur la lettre que tu as envoyée à ton ex pourrait tout aussi bien imaginer que tu l'aimes toujours et qu'inconsciemment tu souhaites reprendre vie commune avec elle. Ce qui n'est bien sûr pas le cas...<br /> Un(e) autre qui ne te connaîtrait pas pourrait se dire que tu es un pervers manipulateur qui cherche à continuer son emprise sur une ex-relation. Ce qui n'est évidemment pas le cas.<br /> Je comprends (je parle d'expérience) qu'il est toujours plus agréable d'être en bon terme avec quelqu'un, notamment quand ce quelqu'un est la mère (le père) de ses enfants.<br /> Être en bons termes ne signifie pas forcément partager, dans le sens que l'on aimerait (discussions profondes, rencontres, repas, balades, ou que sais-je d'autre?)<br /> Cela signifie, à mon sens, simplement arrêter de se faire la guerre, d'être à couteaux tirés. Les enfants adultes apprécient en général que leurs parents soient simplement courtois l'un envers l'autre. Je pense que témoigner du respect pour l'autre parent leur donne une image apaisée des relations, et les rassure quant à leur propre histoire : qui est à l'abri d'une séparation ?<br /> Peut-être que ta lettre était trop affectueuse, (selon tes propres termes) et partant, trop « engageante » ? Peut-être qu'elle s'est dit : mais où veut-il en venir ? <br /> En ce sens, il est tout à fait possible que cela lui fasse peur, et qu'elle cherche à se protéger.<br /> <br /> J'en viens à ta possible motivation : réfléchir sur l'amour que vous avez vécu. D'abord, il faudrait être sûr que c'était bien de l'amour...Et ça n'est pas forcément le cas, dans une relation nouée au jeune âge où l'on est encore enfermé dans des conditionnements de toutes sortes. <br /> Désir, amitié, possession, admiration, jalousie, dépendance affective, toutes ces choses que l'on appelle amour et qui n'en sont pas...j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer cela avec toi.<br /> Quelle que soient les relations, professionnelles, amicales, amoureuses, si elles se terminent, c'est que les protagonistes ne sont plus en phase. Ou que le lien était toxique. <br /> Les bons moments passés ensemble restent, perdurent dans notre mémoire, mais ils ne reviendront plus. Aller de l'avant, c'est accepter ce deuil permanent. <br /> Nous pourrions faire pour nos relations comme nous agissons pour les voyages : quand le voyage est terminé, on rentre chez soi empli d'expériences, de photos, de paysages, d'émerveillements, on oublie (ou pas) les désagréments du parcours. Mais on rentre, on ne reste pas sur le quai, à se demander si le fait de rentrer fait de nous des voyageurs ingrats. Et on se prépare à d'autres découvertes, le cœur battant. Pour finir, j'aime cette phrase de toi que tu écris dans un commentaire : « je me suis délesté de l'envie restauratrice décrite dans mon texte. C'est un soulagement... et une bonne nouvelle ». Si c'est pas du progrès, ça... :-)<br /> Bonne route vers ton nouveau toi, cher Pierre. Tu n'es jamais aussi excellent que lorsque tu nous invites à remuer le tréfonds de nos âmes.<br /> •.¸¸.•*`*•.¸¸☆
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C
Suite (qui va malencontreusement se placer automatiquement au dessus de la pile...)<br /> <br /> « D'abord, il faudrait être sûr que c'était bien de l'amour... ». Bonne remarque ! Ce dont je suis sûr, c'est qu'il y avait de l'amour. Plusieurs composantes de l'amour. Pas toutes. Pour s'approcher de l'amour "vrai", il y a un préalable : s'aimer soi-même. Ce n'était le cas ni pour l'un, ni pour l'autre. C'est donc le regard que chacun portait sur l'autre qui "validait" (ou invalidait) la sensation d'être aimé·e. Co-dépendance, donc. Je te rejoins, si une relation ne fonctionne plus, ou mal, c'est que les personnes ne sont plus (ou n'ont jamais été) en phase.<br /> <br /> Il peut donc exister de l'amour partiel, car conditionnel. Ce qui s'entremêle avec l'affection, l'amitié, l'attachement... qui rentrent plus ou moins dans le grand registre de l'amour.<br /> <br /> Je te rejoins : aller de l'avant c'est accepter un deuil permanent. À ce sujet une phrase à propos du deuil fut pour moi libératrice : « vivre, c'est perdre ». Peut-être m'est-il difficile d'accepter la perte de ce qui me relie au "bons souvenirs" ? Je trouve intéressante l'analogie que tu fais avec les voyages. Nos relations seraient-elles, en quelque sorte, des voyages partagés ? Bon, l'analogie a ses limites puisqu'on peut refaire le même voyage, beaucoup moins revivre la même relation ;)<br /> <br /> Plus sérieusement, je pense avoir un rapport particulier à la pérennité. En termes relationnels, comme cela m'apparaît une fois de plus ici, mais aussi par rapport aux objets (qui ravivent le passé), au lieux, aux paysages (je suis un grand solastalgique). Ou encore par rapport à mon propre passé, mais aussi celui de mes ancêtres. J'avais parlé de mon rapport aux documents d'archives (textes, lettres, photos...), il y a quelques mois. Je dois simplement me rappeler que tout le monde ne vit pas les choses comme moi :)<br /> <br /> Merci pour tes encouragements à persévérer dans mon cheminement :)<br /> <br /> Et ta phrase finale, je vais pouvoir l'encadrer et l'accrocher devant mon ordinateur : « Tu n'es jamais aussi excellent que lorsque tu nous invites à remuer le tréfonds de nos âmes. ». Si tu savais combien je doute de l'intérêt pour autrui de ce que je raconte lorsque je me laisse aller à l'autoanalyse ! Alors merci, vraiment, de me le dire.<br /> <br /> Bises réjouies
C
Ta réaction enthousiaste, Célestine, me fait du bien :)<br /> <br /> Lorsque je me lance dans ce genre de longue réflexion décorticante et autoanalytique de rapports humains complexes, à travers le prisme de mon expérience personnelle, je me laisse porter par l'enchainement des idées. Sauf qu'au bout d'un moment la place que prend ce "moi" central me gêne. En outre, pour la clarté du propos, je contextualise en rattachant ma perception à une situation, donc aux personnes avec qui celle-ci existe mais qui sont "hors-champ", muettes. Et ça aussi, ça me gêne... même si cette "présence" intériorisée, partiellement dévoilée ici, m'oblige à être le plus juste possible.<br /> <br /> Bref, écrire ainsi me place sur un fil, en recherche d'équilibrage... mais assez inconfortable à la longue :)<br /> <br /> Je comprends que le chemin d'ouverture et d'épanouissement interpersonnel de Thomas d'Ansembourg te soit familier. Ton rapport au monde, à l'émerveillement, à la joie, à la douceur et au "vrai" présente de grandes similitudes. Nous en avons souvent parlé puisque ce que j'appelle "lucidité", qui m'est importante aussi, me pousse souvent à nuancer ma propre tendance à espérer l'impossible. Mais je ne me lance pas vers ce thème, qui m'emmènerait trop loin. Il est cependant une clé importante de ma persévérance hésitante, que je dois garder en tête si je veux bien comprendre mes motivations invisibles.<br /> <br /> Car comme tu l'a remarqué, je ne suis pas très clair au fond de moi :) Des aspirations contradictoires en apparence me traversent et il peut me falloir du temps (beaucoup) pour comprendre vers quoi elles me font converger. Ma grande satisfaction du moment est d'avoir identifié (confirmé) que je peux ressentir une intense jubilation dans des échanges "vrais" avec des personnes ouvertes à cela. Je l'ai expérimenté-vécu mais, comme cela reste relativement rare, j'ai tendance à "oublier" que cela existe. Et, puisqu'à l'instant cette pensée me vient à l'esprit (par association d'idées)... je crois que ma quête de vivre ces moment de joie m'a attiré vers d'autres champs d'échange que le seul couple. Tu connais la suite, puisque cela à conduit à ce que je me retrouve "seul et libre" ;)<br /> <br /> Tu as raison, quelqu'un qui me lirait sans me connaître pourrait penser que j'aime toujours ma "seule amie" d'autrefois. Il faudrait alors repartir des bases : tu entends quoi, par "aimer" ? Je n'emploie pas le terme "amie" par hasard ici. Quant à l'idée de me croire manipulateur, elle pourrait effectivement éclore dans certains modes de pensée prompt aux projections. Tout est tellement plus nuancé que les catégorisations binaires, tellement pauvres, nous sommes bien d'accord.<br /> <br /> J'aime bien ce que du décris d'une relation "en bons termes". Je m'y retrouve parfaitement. C'est évidemment ce à quoi j'aspire. Je ne peux cependant que constater mon échec (total ou semi-échec) répété à maintenir cela avec les femmes dont j'ai été amoureux. Je ne peux que m'interroger sur ma part de responsabilité... qui tourne probablement dans une façon différente de voir la "déliaison amoureuse" (titre d'un livre sur ce thème, qui m'avait beaucoup plu).<br /> <br /> Je rejoins tes suppositions : ma lettre était certainement "trop" quelque chose, qui a pu l'inquiéter. Je suis, hélas, spécialiste de ce genre de lettres à visée réconciliatrice/apaisante qui se révèlent absolument catastrophiques ! <br /> <br /> J'arrête là pour le moment, je reviendrai un peu plus tard pour développer le chapitre "amour vécu".<br /> <br /> Merci pour ta contribution éclairée et éclairante ;)
M
Il me semble Pierre, que tu es aussi blessé dans ta vie sentimentale.<br /> <br /> Tu me diras,qui ne l'a pas été ?<br /> Peu de gens.<br /> <br /> Mais peut être que tu pourras résoudre cela en cessant "d'être gentil, en osant être vrai " <br /> ( ce qui ne veut pas dire d'exprimer n'importe quoi.<br /> Meme si ça peut arriver,m'enfin)... <br /> <br /> et puis ensuite, t'ouvrir autrement, sans plus de peurs "inutiles"
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C
Blessé ? Oui. Dans ma vie sentimentale à plusieurs reprises, et auparavant dans mon rapport à la confiance depuis toujours (ceci expliquant peut-être cela). Forcément, ça laisse des séquelles. Mais tu as raison : beaucoup l'ont été. Et parfois de façon particulièrement grave.<br /> <br /> « Être vrai » est bien le chemin libérateur à suivre. Pourquoi est-il si difficile ? Y aurait-il des avantages cachés à ne pas le suivre ?
M
Je comprends l'envie de passer à l'action avec un tel thérapeute!!<br /> Je le sens si juste, profond, sincère, spirituel ( il a grand esprit), intelligent, et puis il a un sérieux bagage en terme de connaissances de l'humain, des processus intérieur, du monde émotionnel, des ombres et des lumières.<br /> Pour moi,il est assez proche d'être réalisé dans son Humanité, je pense. <br /> <br /> C'est sûr qu'un stage avec lui, c'est des résolutions assurées. <br /> <br /> En + les témoignages sont sincères et les gens ont l'air vraiment d'être recentrés, sensibles et clairs.<br /> <br /> Pour le reste de ton message,<br /> J'ai sincèrement pas tout compris des relations amoureuses...<br /> Et je me pose beaucoup de questions sur ce sujet, encore. <br /> <br /> Je n'arrive pas à sentir ce qu'il s'est passé entre vous, pour qu'elle "décide" de mettre cette sorte de distance. <br /> <br /> Avec des enfants, petits enfants, les années, je comprends peu son attitude de rejeter la main qui se tend. <br /> <br /> C'est peut être sa nature?<br /> Ou une fragilité qu'il ne faut peut être pas toucher ?<br /> Ou des rancunes non digérées ?<br /> Ou des sentiments qu'elle refoule? <br /> <br /> Ou autres... <br /> <br /> Tu as fait ton pas,pour bien faire.<br /> Elle ne peut ou ne veut pas , pour le moment, entrer en matière. <br /> Oki...<br /> Alors,<br /> Penses à toi et tes descendants.<br /> Fais ta part, si j'ose...<br /> Puisqu'en plus ,tu t'en sens l'élan, j'ai envie de te dire :  YOUPIE!<br /> d'autant que tu as un peu de temps, pour explorer et cultiver ton jardin intérieur. <br /> <br /> Je trouve ça très beau!<br /> <br /> Sinon, personnellement et intimement, je ne crois pas à l'amour qui disparait définitivement.<br /> Je pense que deux êtres qui se sont aimés profondément, ça laisse forcément une trace forte et vibrante quelque part.<br /> <br /> Bien sûr, on peut ne plus vouloir rallumer les braises,mais elles restent vivantes...même en douce et subtile chaleur. <br /> <br /> L'amour c'est éternel et intemporel.<br /> Si il s'est révélé à un moment donné, il est là quelque part, meme tapi dans l'ombre.<br /> Autrement,différemment mais présent,il couve... <br /> <br /> C'est une conviction profonde. <br /> <br /> Après,si certains ont peur de le ressentir parce que trop blessés, ou égoïstes, ou a côté de leurs mocassins, c'est aussi un droit...<br /> L'amour vrai laisse libres ,aussi<br /> <br /> ( impossible de répondre sous ton message..les autres intervenants,si.<br /> Il y a un " réponse" mais pas pour toi.)
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C
miel,<br /> <br /> Je crois que ce sont les témoignages de la vidéo qui m'ont touché par la justesse de ce qu'ils expriment. Comme me touchent toujours les paroles incarnant la sincérité. Et pour que de telles paroles se libèrent, osent se dire avec cela comporte de vulnérabilité et de beauté, il faut des conditions de confiance. Dans la vidéo elles semblent bien présentes.<br /> <br /> Pour ce qui est des relations amoureuses, je me permets de recycler une maxime : « Si tu as compris comment fonctionnent les relations amoureuses, alors c'est qu'on t'a mal expliqué ». C'est que disent les libanais pour parler de leur pays ;)<br /> <br /> Je dirais volontiers que depuis mon premier émoi amoureux, j'ai cherché à comprendre ce qu'il se passait quand c'était "compliqué" (douloureux). Peut-être est-ce commun à tous, de chercher ? Et si je pense avoir compris pas mal de choses, par l'expérience, par l'analyse, par les mots des autres, cela me permet surtout de prendre la mesure de ce que j'ignore. Et d'accepter de ne pas comprendre certaines choses, en particulier ce qui régit les mécanismes inconscients (du côté des deux partenaires). Il demeurera toujours une part d'inexplicable (tant pour le favorable que pour le défavorable).<br /> <br /> Moi non plus je ne sais pas ce qui pousse une personne à se mettre à distance d'un amour, si ce n'est pour se protéger. De quoi, de qui... impossible de le savoir sans que cela soit formulé, discuté, écouté. Or la distance, précisément, l'empêche. Il ne reste donc plus, si le désir de comprendre reste présent, qu'à formuler en son for intérieur des hypothèses (comme celles que tu proposes)... qui ne pourront pas être confirmées. Pas simple pour qui a "besoin" de mettre un sens sur ce qui advient ;)<br /> <br /> Je ne blâme pas l'attitude qui consiste à se protéger : c'est la réaction perçue comme la plus adaptée par la personne qui met cela en place. Le mieux à faire, pour celui ou celle qui suscite une telle réaction, est de respecter cela. Même si ce n'est pas facile, voire à l'opposé de qu'on aimerait pouvoir apporter de rassurant. Je parle là de relation (ou de post-relation) dans laquelle l'amour au sens large (empathie, affection...) est encore présent. Mais précisément, si cet amour est encore là, alors la meilleure attitude à avoir est de laisser l'autre prendre toute la distance qui lui paraît nécessaire ("laisser libre", comme tu dis). Et, pour soi, trouver la meilleure attitude en conséquence, qui peut aller de la patience infinie à la fermeture définitive. Parce que c'est éprouvant de voir nos tentatives inopérantes, voire repoussées, et que l'on peut atteindre soi-même des limites d'endurance.<br /> <br /> Comme toi, « je ne crois pas à l'amour qui disparait définitivement.<br /> Je pense que deux êtres qui se sont aimés profondément, ça laisse forcément une trace forte et vibrante quelque part.. ». <br /> Cela dit, ce n'est pas parce qu'on le croit que c'est vrai ;)<br /> <br /> <br /> Merci pour tes mots qui, une fois de plus, entraînent les miens :)