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Alter et ego (Carnet)
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28 janvier 2026

Un petit biais d'optimisme

 

Printemps précoce - Fleurs d'Hamamelis


Hier soir j'assistais à une conférence intitulée « Le climat change, pourquoi pas nous ? ». L'intervenant est connu comme "sociologue du climat" et « cherche à mettre en évidence les freins et les moteurs qui conditionnent les changements de comportement ». L'approche sociologique m'intéresse doublement : d'une part en tant qu'individu-citoyen ; d'autre part en tant qu'élu communal écologiquement engagé à l'échelle territoriale. Sur ce point, hélas, le titre de la conférence sonne juste : après 18 ans de mandat, la dynamique de changement que je croyais avoir impulsée au niveau local a finalement été neutralisée. J'ai ensuite été discrètement évincé des instances d'élaboration, conséquence probable d'une prise de position collective médiatisée. N'ai-je pas été un peu trop ambitieux d'espérer persuader avec la seule force de mes convictions ?

 

S'il suffisait de convictions, qui plus est solidement étayées scientifiquement, il y a belle lurette que le monde politique, économique, financier, agricole, aurait bifurqué. Si ce n'est d'eux-même, au moins par le pouvoir que représentent les mouvements de citoyens éclairés. Las... les choses ne fonctionnent pas ainsi. Nous ne sommes pas des êtres rationnels. Notre cerveau dispose de moult circuits neuronaux lui permettant de contourner ce qui lui est désagréable. Or bifurquer, changer de trajectoire, aller vers l'inconnu est particulièrement inconfortable. Sans un effort mental il sera presque toujours plus simple, spontanément, d'aller vers la facilité immédiate.

 

J'écoutais donc ce conférencier, déjà rencontré, expliquer pourquoi "nous", collectivement, ne changions pas alors que, globalement, nous en identifions assez clairement la nécessité. Rien de bien nouveau pour moi, qui connais la pesanteur de ma propre inertie et sais combien je trouve des arrangements avec ma propre dissonance cognitive. Ce qui a commencé à tinter bizarrement à mes oreilles c'est lorsque l'éminent orateur a adopté, sans l'indiquer clairement, un biais d'optimisme. Selon lui, si on regardait davantage les choses qui vont bien, les progrès, les évolutions positives, les bonnes nouvelles, nous aurions de quoi nous réjouir et ainsi trouver l'énergie d'avancer. En s'y prenant habilement, nous pourrions même faire changer les choses en mettant en évidence des bienfaits immédiats agréables, donc acceptables... au service d'une cause plus bénéfique encore, mais socialement inacceptable actuellement. En quelque sorte, ruser pour éviter un refus face à des changements perçus comme trop radicaux. Donner envie plutôt que contraindre. Pourquoi pas... si l'on dispose de suffisamment de temps pour cela. Sauf que ce n'est pas le cas. Et un sociologue du climat sait forcément cela.

 

À partir de ce moment-là je me suis mis à douter de la pertinence de certains propos tenus, que je sentais teinté d'une subjectivité auto-protectrice. Comme si cet homme - comme d'autres scientifiques - avait besoin de diffuser un message optimiste. À mon sens il ne parlait plus seulement en tant que scientifique mais aussi en tant qu'individu détenteur d'un savoir... qu'il choisissait de colorer d'optimisme. En caricaturant, c'était un peu « il suffirait qu'on y croie tous (et qu'on s'y mette sérieusement) pour que les choses changent ». Certes, à première vue, l'argument semble imparable. Fréquemment employé, il est valide en théorie. Dans le réel il ne tient pas. Les changements à mettre en place restent socialement inacceptables.

 

Au moment des questions de l'auditoire je n'ai pas voulu prendre la parole pour apporter un éclairage qui, à mon sens, aurait été plus réaliste. Le public semblait se réjouir des propos rassurants du conférencier et je rechigne désormais à endosser le rôle démoralisant de Cassandre. De quel droit pourrais-je m'autoriser à violenter l'insouciance ? 

 

Par chance j'ai eu l'opportunité d'avoir une brève conversation avec le conférencier en quasi tête à tête. Je lui ai demandé comment il faisait pour rester optimiste alors qu'il dispose de toutes les données scientifiques mondiales, dont on sait les constats alarmants. Il a alors lâché, comme un demi-aveu, qu'il se mentait peut-être à lui-même. Puis, alors que le terme d'éco-anxiété est venu, il a eu cette affirmation étonnante : « les éco-anxieux sont des gens qui avaient déjà auparavant un fond anxieux ». Ce à quoi j'ai immédiatement rétorqué que, de ma propre expérience, j'incarnais précisément un cas contraire. Et que j'en connaissais d'autres. Il en parut étonné. J'ai perçu alors chez lui un de ces accommodements inconscients qui permettent de se tenir à distance des réalités qui dérangent. Ce qui est parfaitement humain.

 

En marge de cette conférence j'ai retrouvé deux élus de communes voisines, avec qui nous partageons les mêmes préoccupations. Eux se présentent de nouveau au suffrage citoyen. Je leur ai indiqué que pour ma part, trop déçu par l'inertie politique locale et l'entre-soi décisionnaire, je ne me représentai pas. Une des deux personnes m'a alors dit « tes prises de paroles vont manquer, en commission ». J'ai avoué ma résignation devant leur manque d'effet. Elle a insisté en disant qu'elles étaient importantes, parce que dérangeantes dans le conformisme ambiant. En effet, j'étais un des seuls à vouloir porter un regard lucide sur les turpitudes à venir. Tant pis, d'autres, lorsqu'ils seront élus, pourront prendre le relais. Je ne peux que souhaiter que les questions de réelle importance vitale soient davantage prises en compte lors des prochains mandats électifs, à quelques échelle que ce soit.

 

Quant à moi je vais continuer à garder discrètement ma lucidité dans ma poche et continuer à vaquer à mes cogitations.

 

* * *

 

« La lucidité (...) est la première vertu pour un intellectuel. C’est une exigence de probité dans les analyses scientifiques qui oblige à voir et présenter la réalité telle qu’elle nous apparaît à la lumière de nos observations, même et surtout quand elle est dérangeante, voire démoralisante. Elle est « l’amour de la vérité, quand elle n’est pas aimable ». Elle consiste à « voir ce qui est comme cela est, plutôt que comme on voudrait que cela soit. » (Comte-Sponville) Cet amour de la vérité supplante même le désir d’être heureux et de se protéger des vérités qui blessent ou ruinent la sérénité. À l’opposé de la facilité avec laquelle on peut s’installer dans une vision faussée et confortable du réel, la lucidité est une forme de courage de l’intelligence. Dès lors, « La lucidité ressemble beaucoup au pessimisme. » Les deux font l’expérience d’un ordre du monde qui contrarie celui de nos désirs. Toutefois, le pessimisme en tire l’idée que toute la condition humaine est désespérante. La lucidité, loin d’être une conception générale de notre situation, ne s’exerce que sur les vérités les moins réjouissantes. »

Source : https://www.appep.net/lucidite-et-pessimisme/

 

Commentaires
J
Bonjour, Pierre <br /> À propos des "mauvaises herbes", connais-tu le joli synonyme d'adventices ? Sûrement...<br /> Juste pour te faire un petit coucou 😊
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J
À présent je le sais :) <br /> Merci, Pierre 🙏
C
À propos de jolis mots, sais-tu comment on nomme l'étude des adventices ?<br /> La malherbologie :))
C
Une adventice, c'est un plant de blé dans un champ de maïs, et inversement. Ou un pied de tomates dans un champ de fraises : une plante qui n'est pas celle que l'on a choisi de cultiver. C'est vrai que le synonyme est moins stigmatisant que "mauvaise herbe" :)<br /> <br /> Bonne soirée.
M
Bonjour Pierre<br /> <br /> Puis, alors que le terme d'éco-anxiété est venu, il a eu cette affirmation étonnante : « les éco-anxieux sont des gens qui avaient déjà auparavant un fond anxieux »<br /> <br /> Je pense que c'est vrai.<br /> <br /> On peut être conscient,être engagé, faire sa part,sans s'angoisser.<br /> C'est affaire d'humilité, on ne sera jamais tout puissant.<br /> <br /> Et c'est sans doute plus agreable quand on retransmet.<br /> Les gens alors s'ouvrent mieux car ils sont pris par l'enthousiasme, la joie, <br /> l'intérêt de l'enfant qui reste en nous en découvrant des petites merveilles.<br /> Car dans l'ecologie,il y a beaucoup, beaucoup de merveilles à découvrir et a faire naitre.<br /> <br /> Ceci dit,je comprends tes inquiétudes...
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C
Ah mais bien sûr, tout est important, parce que c'est la diversité qui fait qu'un tout est cohérent. C'est un des principes de la biodiversité, d'ailleurs. On sait bien qu'il n'y a pas de "mauvaises" herbes, pas avantage qu'in n'existe de "nuisibles".<br /> <br /> Je me souviens avoir vu, en son temps, le film dont tu parles. Je pense que j'étais alors trop jeune pour en percevoir directement la charge critique. Peut-être a t-il cependant ouvert des fenêtres dans ma conscience ?<br /> <br /> Je ne sais pas si « la majorité des gens » sont pris dans des soucis tels qu'ils empêchent toute réflexion. Je constate que ceux que je côtoie préfèrent se faire plaisir à court terme que de s'embêter à penser à leur place dans ce monde. C'est vrai, le système dans lequel nous sommes insérés est "écrasant"... mais chacun de nous dispose de son pouvoir de grain de sable dans la machine. Il en va de notre responsabilité... ou de notre soumission.<br /> <br /> Dire qu'on n'a pas le temps ou l'énergie signe une démission par rapport à cette responsabilité, qu'il faut traduire en langage clair. Cela veut simplement dire : « je préfère consacrer le temps et l'énergie dont je dispose à autre chose qui m'est plus agréable/gratifiant ». Par contre cette dissonance nous est désagréable et c'est pourquoi les incitations à aller vers des comportements écologiquement vertueux sont souvent qualifiés de "culpabilisantes" et "punitives".<br /> <br /> La question d'être physiquement ou psychiquement en capacité d'agir c'est autre chose. Il y a évidemment des limites et l'âge ou la maladie ne sont pas dépassables. Mais il s'agit là de minorités. Et puis il y a ce découragement dont tu parles (et que je connais bien), qui finit par prendre place quand on constate que l'énergie et le temps que l'on met pour "changer son petit bout de monde" ont autant d'effet que les battements d'aile d'un papillon. Le "système" (dont nous sommes parties prenantes) est fait pour s'auto-entretenir et rejeter les grains de sable, ou même s'en nourrir. Notre société dite "occidentale" (qui n'est qu'une partie des sociétés humaines) est malade et suicidaire. Malheureusement elle dispose de puissance et de ressources... jusqu'à épuisement. Dans cette fuite en avant il est difficile d'envisager une issue heureuse pour tous, humains et non-humains.<br /> <br /> D'ici à ce que cela devienne, je te souhaite une belle journée :)
M
En fait,en te lisant, je me dis que peut être tout est important?<br /> Tu sais,comme ces herbes qu'on pensait mauvaises et qui ne le sont pas,qui ont leur rôle et qui est essentiel. <br /> <br /> Bon,j'avoue que ce monde m'attriste souvent et parfois fortement, Pierre. <br /> <br /> J'avais, très jeune ,vu un film de Jean Yanne " tout le monde il est beau,tout le monde il est gentil" qui m'a fortement marquée.<br /> Je crois que ce film m'a en partie éduquée,éveillée, réveillée.<br /> Le souvenir qu'il m'en est resté, c'est de se méfier des modes et du monde de la publicité, de la manipulation des masses au travers de la télévision ,des journeaux, etc etc <br /> <br /> Il m'a mis des repères.<br /> J'suis pas certaine qu'un autre film aie autant influencé ma conscience, jeune et pour la vie.<br /> Et permis de garder une forme de méfiance vis a vis de notre monde , méfiance pourtant non tyrannique. <br /> <br /> Tu sais, Pierre, la majorité des gens sont pris par de tels soucis!!<br /> Nos systèmes sont très écrasants, je trouve. <br /> <br /> Du temps et de l'énergie pour l'écologie, pour y réfléchir vraiment, ils n'en ont pas tant que ça ( et moi même , j'ai mis en place certaines choses depuis des années, que je peux faire perdurer même en cas de tempêtes, <br /> mais j'aurais vraiment aimé etre impliquée autrement,encore! <br /> <br /> Parfois, j'ai envie de partir en pleine nature.<br /> Je sens la Nature qui m'appelle.<br /> Mais j'ai ni l'âge et alors pas ce courage.<br /> Le peu d'aventures un peu rudes, me perturbent corporellement sur des semaines.<br /> <br /> Et pourtant, entourée de gens intelligents, doués, voir surdoués, sensibles, ayant rencontrés Rabhi et autres Amanins, ou Ardéchois plutôt impliqués, etc <br /> J'ai vu des proches interpellés, touchés, les yeux et le coeur ouverts un temps, puis happés à nouveau par les préoccupations autres, les soucis, les ennuis, la santé/ maladies,<br /> assez rapidement. <br /> <br /> Je me souviens que malgré mes nombreux appels aux changements, il y a 20 ans déjà, <br /> emmenant mon monde dans des lieux sympas, intelligents, avec des gens éclairés. <br /> Malgré  mes recherches actives, mes transmissions dans l'enthousiasme , <br /> + des réunions familiales,amicales,<br /> Je ne suis arrivée à RIEN ( très peu)! <br /> <br /> C'est effectivement déprimant,quand on sent que la cause est juste, cruciale, vibrante, belle, passionnante<br /> Et qu'on voit sa vision, ses besoins s'effacer comme une esquisse qui s'évanouirait. <br /> <br /> J'ai du faire des deuils importants et ça me coûte assez cher. <br /> <br /> C'est un domaine extrêmement riche et passionnant, mais qui demande du temps pour s'y plonger et une forme de clarté mentale et peut être affective aussi, je trouve. <br /> <br /> Je ne comprends pas pourquoi certaines personnes y sont si sensibles et d'autres ne ressentent...rien ou très peu de temps. <br /> <br /> Quand on voit les Beautés de la planète c'est quand même incroyable que les gens s'en tapent "royalement" et ne pensent qu'a surconsommer.<br /> Et à voyager mais sans s'éveiller.<br /> <br /> Et les masses sont gravement manipulées pour et vers ça!! <br /> <br /> Tu sais, les dirigeants + ces réseaux puissants, qui se tiennent les coudes et agissent sur nos ignorances...<br /> En se foutant de nos existences, combien + du Vivant qui pou eux ne vit pas mais est a piller pour des raisons obscures.<br /> <br /> Cupidité et pouvoir! <br /> Pour en faire de la M<br /> ( désolée, mais c'est le cas! <br /> <br /> Ils ne font RIEN de sain de leur pouvoir !) <br /> <br /> Ce monde est...fou ( et encore + qu'on est capable de l'imaginer,je crois a voir les infos négatives, infâmes , qui s'accumulent ) <br /> <br /> Je crois qu'on va y aller dans le mur , comme on dit. <br /> <br /> J'espère qu'il y aura des passages secrets...<br /> Il est bon de continuer de suivre son coeur et d'agir autant qu'on le peut.<br /> <br /> Ca restera, mais je ne sais pas encore comment...<br /> <br /> Pensées amicales
C
Bonjour miel<br /> <br /> Il existe un clivage assez net entre deux perceptions de l'attitude la plus utile, la plus "efficace" pour changer de trajectoire : certains disent qu'il faut "donner envie" d'aller dans cette direction, d'autres qu'il faut tirer la sonnette d'alarme (et donc alerter du danger) parce qu'il y a urgence. Chacun peut s'appuyer sur des études comportementales démontrant que dans telle ou telle situation une des deux approches convient mieux. Je pense que c'est la perception du danger et de la temporalité qui est déterminante. L'avenir nous dira peut-être qu'elle approche nous aura mené vers... vers quoi, en fait ? Je ne suis pas du tout sur qu'il y ait convergence de visions.<br /> <br /> Tu as raison, on ne sera jamais tout-puissant individuellement. C'est par la force du collectif que les choses changent. J'apprend à accepter cette réalité-là : rien ne sert d'avoir raison si on a raison tout seul. Et même si on est nombreux mais très minoritaires. Et même si on s'appuie sur les sciences, parce qu'en fait ce qui compte c'est l'acceptation sociale. Que les gens soient d'accord pour changer de comportement.<br /> <br /> J'entends bien ce que tu dis des petites merveilles à découvrir. Je pense que les éco-anxieux sont effrayés de les voir disparaître. Les autres, eux, se réjouissent de les voir encore exister. L'un n'empêche pas l'autre, d'ailleurs : on peut très bien louvoyer entre la part de conscience qui "sait" et la part d'acceptation des réalités humaines.<br /> <br /> De mon côté je comprends le choix - volontaire ou inconscient - de l'insouciance. Il permet de bien vivre le présent et, d'une certaine façon, c'est le seul temps qui compte. Nous verrons bien ce que nous offrira l'avenir ;)
J
Bonjour, Pierre<br /> Excellent le jeu de mots du titre, bravo 👍 <br /> Quant à l'optimisme... Je passerai plus tard 😀
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