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Alter et ego (Carnet)
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20 février 2026

Faire durer le plaisir

 

Il y a deux façons d'obtenir ce que l'on désire : se faire plaisir tout de suite... ou laisser diffuser la satisfaction. Croquer le carré de chocolat noir ou le laisser subtilement fondre en bouche. Boire cul-sec ou se délecter par petites lampées gouleyantes. Faire l'amour le premier soir ou laisser le temps de l'apprivoisement opérer.

 

Étant plutôt adepte de la diffusion lente, je n'ai pas dérogé à cette tendance pour la fin de mon activité professionnelle. Voilà pas moins de 29 mois que je savoure une retraite progressive. J'ai pu goûter mon plaisir et ajuster la date de libération.

 

Cependant, un peu pris de court, je découvrais en septembre dernier mon impréparation mentale en constatant qu'il ne me restait plus que 99 jours de travail à effectuer. Et beaucoup de congés à solder. À partir de là, réduisant mes jours de labeur à deux et demi par semaine, j'ai commencé à anticiper l'arrêt total, me laissant aller à imaginer tout ce que j'allais pouvoir faire du temps libre dont j'allais disposer...

 

Sauf que deux mois plus tard, alors que le processus de "débranchement" était enclenché, mon employeur me proposa de jouer les prolongations. Il avait perçu mon ambivalence face à la perspective de l'arrêt définitif et s'était rendu-compte que personne n'aurait le goût de reprendre les missions que j'assure avec conviction. Sa proposition fut donc la suivante : un contrat de travail d'un jour par semaine, jusqu'à la fin de l'année 2026. Voire au-delà si je le souhaitais. Bigre, la proposition était alléchante ! D'un autre côté, je m'étais déjà projeté vers un temps libre perpétuel, quelque peu attirant. Je demandai donc quelques semaines de réflexion... au terme desquelles j'ai dit oui au cumul emploi-retraite. Cela allait me permettre de reporter sine die ma fin totale d'activité, tout en me laissant un large champ de liberté temporelle. Solution plutôt plaisante.

 

Depuis mi-décembre j'ai pu me rôder à l'alternance du travail et du temps libre, en ressentir les avantages et inconvénients respectifs. Le plus appréciable est l'allègement de charge mentale, dû au fait de ne plus avoir de fonctions organisationnelles. Cependant je continue à m'investir, restant engagé dans les réflexions collectives. Je participe à des groupes de travail, contribue aux projets et grandes orientations stratégiques en cours. 

 

Aujourd'hui il me reste moins de quinze journées de travail à effectuer, parmi lesquelles je vais insérer des congés. Je sens bien, viscéralement, que le changement de rythme est imminent. Très bientôt, je vais être encore moins présent au boulot. Ce que ça me fait ? Eh bien je me rends compte que, finalement, ce qui me fait un peu gamberger, c'est moins la réduction de fréquence des interactions sociales professionnelles que celle des liens amicaux qui s'y sont développés. Si je n'étais pas intégré dans le petit groupe de femmes qui s'est constitué autour de confidences relationnelles, affectives, sentimentales, dans une joyeuse ambiance de rires et de bienveillance, j'aurais assurément beaucoup moins de motivation à prolonger mon implication professionnelle. En fait mon ambivalence s'est précisée là où je ne l'attendais pas : si d'un côté j'aspire au temps libre, de l'autre je ressens un immense plaisir à côtoyer de près des personnes avec qui j'apprécie énormément la qualité des échanges. Au travail, mais surtout en dehors. Quelle ironie : durant mes plus de quarante années de vie professionnelle, je n'avais jamais eu la chance de partager une telle affinité, un tel plaisir à « être en présence de » !



Pas étonnant que j'ai envie de faire durer le plaisir.

 

 

Galanthus nivalis, plus connu sous le nom de Perce-neige

 

 

Commentaires
M
Bonjour Pierre<br /> <br /> Oh moi, ces histoires de genres, je m'y suis pas trop penchée, j'avoue.<br /> <br /> Je suis oki avec ton analyse, il y a des différences flagrantes entre un groupe d'hommes ou de femmes.<br /> Je ressens les mêmes choses que toi.<br /> <br /> Je suis très confrontée aux groupes d'hommes depuis l'après pandémie (pour une raison qui m'échappe totalement) et je sens clairement les différences de liens, de rapports, de partages verbaux,d'interrogations quant à l'existence, etc<br /> Pourtant je me suis toujours bien entendue avec les hommes, j'ai de bons amis et avec les femmes aussi. <br /> Mais claro,c'est différent!<br /> Surtout en groupe.<br /> <br /> Il semble aussi que dans les familles ou il y a des filles et des garçons,l'ambiance soit plus agréable, plus attentive aux besoins des uns et des autres,plus généreuse
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M
Si je n'étais pas intégré dans le petit groupe de femmes qui s'est constitué autour de confidences relationnelles, affectives, sentimentales, dans une joyeuse ambiance de rires et de bienveillance, j'aurais assurément beaucoup moins de motivation à prolonger mon implication professionnelle. <br /> ***********<br /> Comme je te comprends...Pierre<br /> <br /> Cet univers si féminin , je l'aime aussi beaucoup.<br /> C'est si réconfortant, profond, rassurant, simple et complexe en même temps.<br /> <br /> Et ça fait plaisir de lire que certains hommes y soient sensibles et l'apprécient <br /> <br /> Qu'est ce qui t'empêcherait de faire perdurer ces liens? <br /> Même ailleurs.<br /> Finalement?<br /> <br /> ( je ne t'ai pas oublié, je t'ai lu.<br /> J'ai peu eu de temps et le temps que j'ai eu, je m'en suis servie pour me retrouver et me réconcilier avec ces parts en soi, qu'on écoute pas toujours assez. <br /> Et qui finissent par se fâcher avec nous-mêmes.<br /> Un comble.<br /> <br /> C'est mon ressenti)
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C
Honnêtement, je connais mal l'univers masculin dans le registre de groupe amical. Je ne m'y suis jamais senti à l'aise et les évite autant que possible. Probablement parce que j'y perçois un contexte de rivalité, de posture virile. A contrario, et sans vouloir faire de généralités, j'ai l'impression qu'il est plus courant de trouver de l'attention réciproque et de l'empathie dans les univers féminins. Cela me gène un peu de dessiner ainsi des différences genrées (qui ont forcément des contre-exemples) mais cela correspond à mon expérience.<br /> <br /> Rien ne m'empêchera de faire durer ses liens... pour peu que les circonstances restent favorables :)<br /> <br /> C'est important ce que du dis de toi et de la réconciliation avec des parts de soi qu'on n'écoute pas toujours assez. Je m'y retrouve bien.