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Alter et ego (Carnet)
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22 février 2026

La vie n'attend pas

 

Il est des périodes de l'existence plus trépidantes que d'autres, lissées par la routine. L'heure de la retraite en ferait-elle partie ? Si je me fie à ce que je vis et ressens depuis quelques mois, je pourrais répondre par l'affirmative. L'impression pourrait toutefois être trompeuse et résulter d'une conjonction hasardeuse. D'une synchronicité.

 

Je m'explique : alors que je suis dans la singulière phase de passage entre la vie dite "active" et celle de "retraité en emploi", il se trouve que je suis confronté à d'autres mutations, placées par le hasard dans la même case temporelle. La mauvaise chute de mon père, en décembre, a des conséquences qui vont bien au delà des séquelles physiques : ses facultés mentales, qui avaient dégringolé avec une célérité qui nous a tous pris de court, continuent de se détériorer. Ces derniers temps il a des accès de profonde tristesse, de découragement et d'angoisse. « Je suis foutu ! », clame-t-il, désespéré. Il est partiellement lucide : sa mémoire récente s'efface et il le sait. Il le constate, en parle, mais peine perdue : ça n'imprime plus. Il commence à se rendre compte que dans son brouillard mental il ne sait plus vraiment qui est en face de lui. Il hésite sur le prénom de ma soeur, qui va pourtant le voir chaque jour. J'ai l'impression qu'il va, comme ma mère, perdre ses facultés intellectuelles en toute conscience. Une conscience intermittente, certes, qui s'effiloche, mais avec des vrais moments de lucidité. Je trouve ce genre de fin assez horrible. Et en même temps c'est une "fin" qui peut s'éterniser, tant que les fonctions vitales ne sont pas atteintes.

 

Nous sommes désormais certains qu'il ne pourra pas revenir dans son appartement. Il va donc entrer en EHPAD et y rester... jusqu'à la fin de ses jours. Il sort de deux mois de soins et d'une rééducation... qu'il refusait de faire, "oubliant" qu'elle lui était indispensable pour retrouver sa mobilité. Personne n'aurait pu l'y forcer.

 

Sa fin de "vie" - c'est à dire de conscience et d'interaction avec les "vivants" - coïncide donc avec la fin de ma vie professionnelle... qui, elle, s'ouvre à de nouvelles potentialités. Pour moi ce croisement de trajectoires est un peu troublant. Cela exacerbe mon envie de profiter d'être vivant.

 

En fait son triste sort ravive mes réflexions sur ma propre finitude ; réactive des pensées qui s'empoussiéraient dans l'ombre : qu'ai-je envie de vivre ? Je pense là en termes de relations et de temps partagé. Mon accommodement avec la solitude, désormais bien implanté, va-t-il faire bon ménage avec la liberté qui arrive au galop ? Suis-je vraiment prêt à aller jusqu'au terme de ma vie "seul" (formulation abusive : ma famille est proche) ? Mes choix d'autrefois, nés des contingences d'une époque, sont-ils toujours valides ? Je dois reconnaître que le plaisir que me procurent des échanges joyeux et sans heurts, avec un microcosme féminin généreux et empathique, me rappelle combien cela me nourrit d'intensité vivante, quelle que soit la configuration. J'ai actuellement la chance de vivre cela et j'en profite : l'expérience m'a enseigné que "rien ne dure". Ou plutôt que "rien n'est acquis". J'accueille donc, avec une bénéfique joie, ce qui se vit au présent.

 

Récemment l'une des participantes du petit groupe m'a incité à dévoiler un peu ma vie sentimentale, moi qui écoute les leurs depuis plus d'un an. Jusque-là je m'étais brièvement décrit comme célibataire, heureux de l'être par la liberté que ce statut m'octroie. Lorsqu'elles évoquaient leurs difficultés de couple, passées ou présentes, il m'arrivait de vanter les indéniables avantages de la vie en solo. Quant à mon expérience du divorce, connue, elle permettait quelques échanges fondés sur deux décennies de recul. Alors cette fois, lorsque j'ai commencé à lâcher mes confidences, les questions ont fusé en salves continues. Cela m'a incité à dévoiler des pans entiers d'un parcours relationnel dont elles ignoraient tout. Manifestement ce que j'ai vécu jadis les intéressait grandement. Quelques questions au sujet de ma détermination à la vie solitaire m'ont alors été posées : « est-ce vraiment la vie que tu veux, toi qui aimes tant approfondir ? ». Réponse standard : je ne suis pas hermétiquement fermé à une rencontre mais, jusque-là, je n'ai plus vu l'indispensable alchimie réciproque opérer. Alors j'évite de me laisser aller à imaginer des dimensions qui, actuellement (et depuis fort longtemps), ne s'incarnent pas. Et ça me va comme ça.

 

Un jour, peut-être... Ou pas. La vie n'attend pas.

 

 

Bouleaux de Chine, immortalisés en février 2017

Commentaires
M
J'aime bien ce que tu me suggères : « juste laisser faire la vie ». C'est vrai, pourquoi cogiter encore sur l'éventualité de ce que tu appelles "romance"... alors que ce n'est tout simplement pas là ? Mes cogitations viennent probablement d'un déni de réalité, d'une difficulté à accepter de me dire que ce temps-là de ma vie est passé. Non qu'il soit impossible que je ne sais quoi survienne encore, mais parce que cela devient de plus en plus improbable (même si je sais qu'à tout âge on peut faire des rencontres qu'on pensait impossibles). Alors disons que ce qui travaille en moi, et que je tente de partager par l'écrit, c'est peut-être cette acceptation-renoncement ;)<br /> <br /> Je crois qu'il y a un moment où il devient sage de renoncer (ce qui ne veut pas dire que j'aie atteint ce moment, hé hé...).<br /> <br /> Ma perception de ce qu'on appelle "couple" est très incertaine/instable/fugitive. Elle ne ressemble certainement pas à ce que généralement l'on met derrière ce terme. Ce qui est sûr c'est que la notion de "bon", telle que tu la mentionnes, y est centrale. Quant à l'entraide, oui, absolument. Encore faut-il qu'elle puisse être donnée ET reçue, en toute simplicité. Et ça, c'est peut-être une alchimie particulière qui le permet.<br /> <br /> Lorsque ça existe, oui, c'est beau un couple qui dure dans le respect de chacun.<br /> <br /> Merci pour ta contribution à la réflexion, miel :)<br /> ***********************<br /> 2em message<br /> Désolée, je ne peux toujours pas répondre directement sous tes messages.<br /> <br /> "Je crois qu'il y a un moment où il devient sage de renoncer (ce qui ne veut pas dire que j'aie atteint ce moment, hé hé...)."<br /> <br /> Hé hé <br /> Ça m'a fait bien rigoler.<br /> Mais pourquoi renoncer?<br /> Après tout,il y a des amours qui naissent tard dans les vies.<br /> C'est surprenant, mais c'est sympa.<br /> Les gens qui y mettent le + de freins sont la famille et les soignants ( ehpad), pas les individus.<br /> <br /> Renoncer pour ne pas rester dans l'attente qui pourrait générer de la souffrance?<br /> Autres?<br /> <br /> C'est vrai qu'on fait des petits deuils à répétition en prenant de l'âge.<br /> De certaines de nos facultés corporelles + de la beauté de notre jeunesse, de celle de nos peaux, de la vigueur, de la capacité à passer une nuit blanche sans mettre 3 jours à s'en remettre , etc etc<br /> Et sur des plans plus subtils, désillusions,déceptions,lassitude, mini perte de concentration, de mémorisation, sensibilité a fleur de peau par moments etc .<br /> On se sent petit à petit un peu diminués, non?<br /> Ça rend un peu + humbles et peut être + simples ?<br /> <br /> Mais bon, l'amour est doux et fort et rend fort et doux.<br /> C'est beau l'amour.<br /> Pourquoi y renoncer? Le décider?<br /> <br /> Juste laisser faire... <br /> De toute façon, à moins de vraiment fermer les portes à triple tours, qu'est ce qu'on décide quand l'amour s'en vient?
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P
Bonjour miel<br /> <br /> Tu me poses une intéressante question : qu'entends-je par « rencontres qui transforment une vie » ? Avec cette formulation je pensais à ces rencontres qui font entrer dans de nouvelles dimensions, qui ouvrent de nouvelles perspectives, qui poussent à la remise en question. En bref : qui bousculent et incitent à se surpasser. Chaque rencontre apporte sa part de découverte et d'inattendu, bien sûr, mais je crois que dans certains cas il y a un rare potentiel « hors du commun ». Et peut-être est-ce d'imaginer encore possibles ce genre de rencontre qui vient me titiller, au moment ou une pensée rationnelle (et rabougrie) pourrait me pousser à renoncer à ce que cela advienne de nouveau (posture défaitiste). Alors qu'en fait, généralement, je suis plutôt dans l'acceptation de « ce qui est » (et je préfère cette seconde option).<br /> <br /> Ce petit chapitre explicatif me fait prendre conscience des contradictions de mes aspirations...<br /> <br /> Pour ce qui est de la citation d'Eric-Emmanuel Schmitt, je me demande si l'on peut parvenir à « la résolution de toute difficulté ». Mais peut-être que l'extreme simplicité doit être vue comme une boussole, pas nécessairement un objectif atteignable ?<br /> <br /> J'aime bien « les fleurs naissent subtilement sans un bruit ». C'est tout à fait ça, en ce moment !<br /> <br /> Bonne soirée
M
Bonjour Pierre<br /> <br /> J'essaie de répondre sous mon message alors<br /> <br /> "Je veux parler des ces rencontres hors du commun, qui transforment une vie."<br /> Tu voudrais transformer ta vie?<br /> Ou transformer une ou des parts de ta vie intérieure, de problèmes non résolus encore?<br /> <br /> ****<br /> Il a cette Grâce de l'extrême simplicité ,<br /> Extrême simplicité qui n'est pas l'ignorance des difficultés mais la résolution de toutes les difficultés <br /> <br /> (Eric Emmanuel Schmitt parlant de Mozart<br /> Hier soir à "la grande librairie" thème l'enfance,le père, la mère)<br /> <br /> Joyeuse journée , Couleur Pierre<br /> <br /> ( les humains sont bruyants,dès 7h00 du matin.c'est pas possible.<br /> <br /> Les oiseaux chantent, c'est harmonieux, <br /> les fleurs naissent subtilement sans un bruit.<br /> <br /> Et les humains ont créé tant d'outils et de machines aux sons désagréables, qu'ils aiment tant utiliser )
P
Pour répondre à mes réponses, il faut cliquer sur "Répondre" dans le commentaire initial (donc les tiens). Mais le truc est mal fichu puisque le plus récent commentaire viendra se placer en tête des réponses, ce qui est fort peu logique....<br /> <br /> En parlant de "renoncer", je voulais dire "renoncer à espérer (re)vivre des rencontres puissantes" (pas forcément identifiées en "amour"). Je veux parler des ces rencontres hors du commun, qui transforment une vie. Mais en fait j'ai tort : ce serait idiot de renoncer à "ce qui est là" (cette forme d'espérance passive, tant qu'elle n'induit pas une souffrance). Après tout, on ne sait jamais ce que les hasards peuvent permettre :)<br /> <br /> J'écris blanc un jour, noir le lendemain, mais c'est normal : je n'ai rien décidé. L'inattendu peut toujours surgir. Et même, oui, l'amour peut s'inviter sans crier gare ;)<br /> <br /> Merci et bonne soirée !
M
Pour moi,l'essence n'est pas liée au vécu ( je crois)<br /> C'est la base de l'humain.<br /> Chez le tout petit il y a déjà une essence qu'on ressent à la naissance, puis au fil des années aussi, justement au delà de la personnalité, des egos, des erreurs,des comportements.<br /> <br /> D'un autre côté ce que tu dis m'interpelle, car si je me souviens bien, la lavande par ex devient meilleure quand elle pousse dans des lieux un peu plus difficiles: climat un peu plus rude, coin montagneux, par ex...<br /> La lavande vraie, lavandula vera ( elle sent si bon,quand on aime la lavande,bien sûr ).<br /> <br /> Oui c'est difficile de transmettre de l'affection quand on en reçoit pas ou peu, d'autant plus à ceux qui nous en ont privé...<br /> <br /> Mais la présence, ce peut aussi être une forme d'affection.<br /> Une main sur l'épaule, un sourire,un mot bienveillant... pas besoin de spectaculaire finalement<br /> <br /> Pensées douces<br /> Et joyeuse journée Pierre<br /> ( c'est l'été, j'abuse un brin mais on en est pas loin pfff)
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M
Il y a encore l'essence de la personne.<br /> Je suis très sensible à l'essence des êtres.<br /> C'est subtil et si présent pourtant.<br /> <br /> Je crois que tout est fini sur terre quand l'essence s'envole...<br /> <br /> Je crois aussi que nos manifestions de tendresse comptent beaucoup.<br /> Pourquoi? Je n'ai pas les mots, a dire vrai.<br /> <br /> Et puis,oui, pour toi c'est important pour la suite.<br /> Et oui tu l'exprimes bien, sentir le lien , le don d'un peu de soi au plus fragiles.<br /> <br /> Je vous souhaite à tous cette affection pour les temps à venir,cette simplicité du Coeur qui passe au delà du mental et qui apaise
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C
Oui, bien sûr, l'essence. Ce qui fait que chacun de nous est unique. Cela tient de la personnalité, de l'histoire d'enfance (voire antérieurement...) , du parcours de vie et des apprentissages qui en découlent...<br /> <br /> Effectivement cette essence est indissociable de l'être, donc volatile. Il en reste cependant quelque chose dans la mémoire de ceux qui restent.<br /> <br /> La tendresse... difficile d'en donner quand on n'en a pas reçu. Mais de la présence (signe du lien) ça, oui, c'est possible.<br /> <br /> Merci pour tes souhaits :)
M
Puisque tu as " l'immense chance" de te sentir si bien seul,<br /> mais aussi d'avoir une famille qui semble capable d'entourer, <br /> mais encore d'être riche intérieurement, <br /> mais aussi de vivre dans un lieu que tu aimes,<br /> de pouvoir encore t'impliquer dans les affaires de ce monde dans un domaine qui te tient à coeur,<br /> et d'avoir quelques amies précieuses, <br /> Et quelques moyens pour manger,voyager,sortir etc...<br /> <br /> Alors juste laisser faire la vie...<br /> Les drames et les romances c'est un peu fatiguant à la longue,<br /> à un moment on désire autre chose, il me semble que tu es sur cette voie.<br /> Mais comme elle est peu empruntée dans notre monde, on a peu de repères aussi.<br /> J'en ai pas non plus à offrir des repères, c'est juste une pensée intuitive.<br /> <br /> En réalité, ce me semble logique que dans le domaine " couple" tu cherches aussi le bon mouvement, le bon rythme, la bonne association.<br /> <br /> On dit " que les fraises préfèrent les poireaux"<br /> Et que les plantes s'entraident ,<br /> ou peu ou pas, <br /> ce doit être pareil pour les humains?<br /> <br /> C'est si rare,un couple qui se rencontre jeune et s'aime sincèrement toute une vie.<br /> Quand on les entend, c'est très beau...<br /> La bonne association!
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C
J'aime bien ce que tu me suggères : « juste laisser faire la vie ». C'est vrai, pourquoi cogiter encore sur l'éventualité de ce que tu appelles "romance"... alors que ce n'est tout simplement pas là ? Mes cogitations viennent probablement d'un déni de réalité, d'une difficulté à accepter de me dire que ce temps-là de ma vie est passé. Non qu'il soit impossible que je ne sais quoi survienne encore, mais parce que cela devient de plus en plus improbable (même si je sais qu'à tout âge on peut faire des rencontres qu'on pensait impossibles). Alors disons que ce qui travaille en moi, et que je tente de partager par l'écrit, c'est peut-être cette acceptation-renoncement ;)<br /> <br /> Je crois qu'il y a un moment où il devient sage de renoncer (ce qui ne veut pas dire que j'aie atteint ce moment, hé hé...).<br /> <br /> Ma perception de ce qu'on appelle "couple" est très incertaine/instable/fugitive. Elle ne ressemble certainement pas à ce que généralement l'on met derrière ce terme. Ce qui est sûr c'est que la notion de "bon", telle que tu la mentionnes, y est centrale. Quant à l'entraide, oui, absolument. Encore faut-il qu'elle puisse être donnée ET reçue, en toute simplicité. Et ça, c'est peut-être une alchimie particulière qui le permet.<br /> <br /> Lorsque ça existe, oui, c'est beau un couple qui dure dans le respect de chacun.<br /> <br /> Merci pour ta contribution à la réflexion, miel :)
M
Pierre,<br /> <br /> Ton histoire avec ton papa résonne avec celle du mien et ces pertes de mémoire, qui partent qui reviennent, c'est très difficile d'en être témoin et de voir leurs angoisses.<br /> Décidément la vie des humains est bien...douloureuse, par moments.<br /> <br /> J'ai fini par penser que la conscience de ces parents, s'en va petit à petit.<br /> Jusqu'à la fin,où ils ne sont déjà plus là.<br /> Ils sont ailleurs, je crois.<br /> Ils s'envolent petit à petit,oui...<br /> <br /> Si j'ose... si tu le peux, prends soin de lui, des petits gestes d'attention, d'affection...ça comptera pour lui, mais pour toi aussi.<br /> <br /> Je repasserai pour le reste, intéressant.<br /> <br /> Je voulais juste faire un petit signe<br /> <br /> Pensées amicales
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C
Oui, c'est difficile de constater l'effacement d'un être qui, bien que physiquement présent, n'est plus vraiment là. Il y a éloignement du vivant que l'on a connu. Même si on peut encore le toucher, lui parler, ses réponses trahissent la distance croissante du "monde des vivants". Et pour moi un corps qui fonctionne encore, mais déserté par ce qui faisait la personnalité, la pensée, l'esprit... et bien ce n'est plus grand chose. Ni mort, ni vivant.<br /> <br /> Je prends soin de lui, en me disant que ces moments partagés lui apportent probablement quelque chose d'agréable, mais je sais que cela ne construit plus rien puisqu'il les oublie aussitôt. Pour moi ça m'apporte certainement quelque chose, mais je ne sais pas bien quoi...<br /> <br /> Peut-être seulement la sensation d'être encore en lien ?