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Alter et ego (Carnet)
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6 avril 2026

Quatre mois seulement

 

Mon précédent billet a été publié quelques heures avant que deux chefs de guerre mégalomanes, dans leur arrogance à se voir comme justiciers, lancent leur offensive sur un pays sous régime dictatorial fondamentaliste. Cinq semaines plus tard, une demi-douzaine de pays sont impliqués, les morts se comptent par milliers et une large part de l'économie mondiale est à la peine. Et ce n'est sans doute pas fini...

 

Dans la même temporalité je n'ai rien écrit. Sans lien de cause à effet direct. Sauf, peut-être, une relativisation due à la superficialité de ce que j'aurais pu évoquer. Ce que je vis actuellement, quoique notable pour moi, est en effet d'une importance toute relative. Forte réduction de mon activité professionnelle, fin de mes 18 années de mandat municipal... que vais-je faire de cet accroissement de mon temps libre ? J'en étais donc là, aux premiers jours d'avril, à me demander si j'allais narrer ce que ce petit bouleversement produisait dans mes représentations... Cela valait-il un billet ? Pour qui ? Pour quoi ?

 

Et puis il y a deux jours, presque subitement... mon père est mort. Seul. Bien plus rapidement que ce à quoi nous nous attendions. Nous qui redoutions de voir s'éterniser une fin que nous imaginions pénible, il nous a tous pris de court. Tristesse et soulagement mêlés : enfin il ne souffre plus ! Pour lui cette vie ne valait plus la peine, n'avait plus de sens. « Je suis foutu », avait-il dit dès ses premiers jours d'hospitalisation. Devenu incapable de se mouvoir, totalement dépendant, il en a vite eu marre de cette vie-là. De plus en plus "perdu", mais néanmoins suffisamment lucide, il a progressivement cessé de lutter, puis de s'alimenter et enfin, depuis quelques jours, de parler. C'est comme s'il s'était replié en lui-même et laissé glisser vers la mort.


Quatre mois auront suffi.

Commentaires
F
Bonsoir Pierre<br /> Je passe de temps en temps chez toi, mais je ne dépose pas de commentaires. Mais lorsque je lis ce billet, je ne peux partir sans laisser un mot. Je n'avais que 14 ans lorsque mon père a disparu subitement, c'était donc il y a bien longtemps, mais je sais que ce départ peut laisser un grand vide. Aussi, je t'adresse mes pensées les plus amicales. <br /> Françoise
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C
Bonsoir Françoise, et merci pour ces amicales pensées. Je me souviens que ta famille, et toi, avez eu à faire face à la mort de proches "avant l'heure". Perdre son père à 14 ans, c'est très tôt et forcément très marquant pour le reste de la vie. Tu as aussi perdu un frère relativement jeune, si je me souviens bien...<br /> <br /> Alors merci pour tes pensées, qui me touchent.
L
C'est difficile de perdre son père.<br /> Mais, je parle d'expérience, il vaut mieux pour tous, éprouver du chagrin de la mort d'un proche qu'éprouver du soulagement après une agonie de près d'un an...<br /> Pour le reste, ma foi, la seule différence que je note entre Poutine et Donald Trump, est que l'un bidouille la constitution à son avantage et l'autre semble (encore un peu) s'y soumettre.<br /> Les deux ont un point coommun : Ils ne supportent aucune divergence de vue...<br /> Le troisième tente tout pour rester au pouvoir car il sait très bien qu'il quittera le Parlement pour la prison (en plus il aura beaucoup concouru à l'augmentation de l'antisémitisme en se comportan,t comme ceux dont il reproche le comportement...)
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C
Comme je le répondais hier à Maty, le rapport à la mort est eminemment personnel, dans toutes ses composantes. Qu'il s'agisse de la mort au sens général, de la mort d'un proche ou de la perspective (plus ou moins proche) de notre propre mort.<br /> <br /> Je suis tout à fait d'accord : le chagrin de la perte coïncide avec la fin des souffrances lorsqu'on en a été le témoin impuissant. Émotions contradictoires et entremêlées, simultanées.<br /> <br /> Le fait que la dépouille puisse être vue n'implique pas que l'on doive la regarder. Choix personnel, là encore. Il peut être perturbant de voir le corps mort, il peut tout aussi bien paraître nécessaire de constater cet état. Pour ma part il était important que je voie mes parents juste après leur mort. Ne serait-ce que pour être sûr qu'ils l'étaient. Je les ai vus figés, sans respiration. Je les ai observés pendant plusieurs minutes, ne parvenant pas à détacher mon regard. Je suis certain que ce bref moment, par rapport à la durée du temps passé avec eux de leur vivant, ne fera pas oublier l'image des moments heureux. D'ailleurs il reste de très nombreuses photos "vivantes" alors qu'il n'y en aura aucune de la mort. Il y en a quelques unes des derniers jours, que je ne regarderai sans doute pas trop. Ou que je ferai disparaitre, parce que montrant une image trop différente de ce que je veux garder en mémoire. De même, je ne suis pas allé les voir dans leur cercueil, image peut-être plus marquante, perturbante. Mais je le répète, il ne s'agit là que de ma perception individuelle.
L
Le soulagement de la fin des souffrances fait apparaître le chagrin de la perte.<br /> Une longue agonie fait ressentir une terrible impuissance face à la souffrance d'un proche (ou de quelqu'un qu'on ne peut aider en aucune façon sauf à le tuer...)<br /> Quand cette agonie prend fin, si on a la chance de ne pas voir un inconnu inerte dans un lit, on a perdu un proche et le souvenir de meilleurs moments irrémédiablement terminés cause du chagrin.<br /> C'est pour ça que je ne suis pas pour cette façon d'exposer un cadavre qui fait oublier l'image du ou de la même dans des moments heureux, ces moments qui devraient le souvenir au lieu de le masquer par la vue d'un cadavre.
C
Bonjour Le-goût-des-autres, et merci pour ton intervention.<br /> <br /> Une agonie de plus d'un an c'est long, me semble t-il. Comment ne pas éprouver du soulagement (ce que j'appelle "délivrance") lorsqu'elle prend fin ? L'agonie n'est-elle pas une des pires façons de mourir ? J'ai l'impression qu'il me manque des éléments pour comprendre le sens de ta phrase. D'autant plus que le soulagement n'empêche pas le chagrin...<br /> <br /> Il est encore trop tôt pour moi pour que je sache s'il m'est difficile d'avoir perdu mon père. Je pense que cela dépend du rapport que l'on entretenait avec lui.<br /> <br /> Quant aux trois piètres guignols mais vrais malfaisants, je n'ai plus entendu parler d'eux depuis une semaine que le décès paternel a mobilisé mon temps et mon attention. Je m'en porte fort bien :)
M
Cher Pierre,<br /> Une pensée profonde pour toi dans ce moment .<br /> <br /> Peut-être au fil des semaines, des mois, tu auras besoin ou envie d'en parler.<br /> De parler des ressentis.<br /> <br /> Chaque décès est si différent, je trouve...<br /> On ne sait jamais trop où ca va nous éveiller...un peu plus +<br /> <br /> Douceur pour Soi ,<br /> le printemps et ses merveilles ,si tu le souhaites ,<br /> t'aideront à passer ce cap si particulier que la " perte" du père. <br /> <br /> Pensées amicales
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C
Merci pour tes pensées amicales, miel :)<br /> <br /> Je ne sais pas encore comment je vais "incorporer" la perte de mon père. Pour le moment c'est surtout la sensation de délivrance qui prédomine. Pour lui, pour nous, ses enfants. La tristesse est là, naturellement, mais vient un âge où la mort à pris place dans l'imaginaire, et plus encore quand la dégradation mentale a montré ses capacités de destruction irréversible. Vient un moment ou la mort est attendue (et redoutée cependant). Vient un moment ou le temps de la fin est venu. Certes c'est un peu rude... et en même temps on sent bien que l'inévitable doit bien survenir un jour.<br /> <br /> Maintenant que mon père n'est plus qu'un petit tas de cendres dans une urne, et après avoir brassé pas mal d'émotions en préparant ses obsèques, en laissant remonter toute sorte de souvenirs, un "travail" intérieur opère. Il a déjà donné lieu à des échanges, des réflexions viendront sans doute ultérieurement. Peut-être écrirais-je à ce sujet, ou pas. Comme tu dis, on ne sait pas ce que ça va réveiller, bousculer, apaiser...<br /> <br /> Pour l'heure je suis un peu étonné d'être aussi serein par rapport à la perte de mon père. Sans doute parce qu'il y a fort longtemps que je l'avais anticipée.
J
Quatre mois seulement...<br /> Oui, pour vous, ses enfants c'est toujours trop tôt. Mais lorsque on souffre, quatre mois peuvent paraître une éternité.<br /> Que dire d'autre, cher Pierre... Je suis de tout cœur avec toi. Pensées chaleureuses également, courage à vous tous ☀️😘
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C
Maty, pour ce qui est de l'aide à mourir (lorsqu'elle est possible), c'est (ce devrait être...) un choix individuel, absolument personnel. Certaines personnes la demandent, d'autres n'en voudraient pas. Et lorsqu'une personne n'est plus en état de se prononcer... il revient aux proches de donner des directives quant à la prolongation du traitement ou la sédation prolongée. Choix de conscience, difficile.<br /> Pour mes deux parents, nous avons, frères et soeurs, demandé à ne pas prolonger la vie organique alors que la vie relationnelle avait atteint un point de non-retour et que l'envie de vivre n'était plus là.<br /> <br /> Pour ce qui est de la "présence" des disparus dans nos conscience, là aussi, la perception varie sans doute selon les personnes. Je trouve très juste l'analogie que tu fais entre la non-présence des éloignements temporaires et celle de l'absence définitive. Fondamentalement elles sont de même nature, seule la durée change. Je te rejoins dans cette perception. Et bien sur les liens ne s'effacent pas. Ils perdurent, même si c'est autrement que lorsque les interactions existaient.<br /> <br /> Je suis d'accord avec toi : on ne sait pas trop quoi dire face à ceux qui vivent la perte. Parce que c'est une expérience intime. On ne peut que compatir.<br /> Un coup de malchance assez extraordinaire à fait, hier, que pendant la cérémonie de funérailles de mon père, un de ceux qui était venu nous transmettre sa compassion a appris le décès de son propre père ! Spontanément je lui ai exprimé ma compassion, lui apportant mon soutien comme il l'avait fait pour moi quelques dizaines de minutes plus tôt à mon égard.<br /> <br /> Alors merci pour tes mots et le partage de tes impressions à la lecture de ce que j'avais écrit :)
C
Tu as évidemment raison : la perception du temps est toujours relative.<br /> Merci pour tes chaleureuses pensés, Julie.
M
Je retiens ce que tu dis tristesse et soulagement. à la fois. <br /> <br /> Toute une vie vécue avec eux père et mère avec les hauts et les bas il y a en nous un lien qui ne s'efface pas.<br /> Et dans le cas de ton père oui soulagement car il n'appréciait plus sa vie et dans cette maladie je pense bien que rien n'aurait pu lui redonner goût à la vie. <br /> <br /> Certains demandent l'aide à mourir mais moi j'aime mieux la mort tel que vécu par ton père. J'ai assisté à la mort d'une de mes soeurs qui avait demandé " l'aide à mourir" et je n'ai pas du tout aimé cette façon de quitter la vie même si elle elle était sereine dans son choix que je respecte moi je ne choisirai pas de quitter la vie de cette façon. Mais peut-être une souffrance trop intense peut jouer en faveur de ce choix. <br /> <br /> J'ai perdu beaucoup de personnes chères dans les 10 dernières années.frères et soeurs, mon conjoint mais je les sens tellement présents dans ma vie.que j'en suis surprise. Disons que quand mon conjoint partait de la maison et que moi je restais il n'était pas présent à ce moment là dans la maison avec moi mais en moi c'était comme s'il était là son absence ne me manquait pas et maintenant qu'il est parti pour ne pas revenir je ressens la même chose comme s'il était là, plus physiquement mais lui, son être qui vivait est encore là. Et c'est la même chose avec mes frères et soeurs et j'aime tellement que ce soit ainsi.<br /> <br /> Dans ces moments on ne sait pas trop quoi dire, quoi souhaiter mais je pourrais répéter mots pour mots ce que miel dis plus haut.