Quatre mois seulement
Mon précédent billet a été publié quelques heures avant que deux chefs de guerre mégalomanes, dans leur arrogance à se voir comme justiciers, lancent leur offensive sur un pays sous régime dictatorial fondamentaliste. Cinq semaines plus tard, une demi-douzaine de pays sont impliqués, les morts se comptent par milliers et une large part de l'économie mondiale est à la peine. Et ce n'est sans doute pas fini...
Dans la même temporalité je n'ai rien écrit. Sans lien de cause à effet direct. Sauf, peut-être, une relativisation due à la superficialité de ce que j'aurais pu évoquer. Ce que je vis actuellement, quoique notable pour moi, est en effet d'une importance toute relative. Forte réduction de mon activité professionnelle, fin de mes 18 années de mandat municipal... que vais-je faire de cet accroissement de mon temps libre ? J'en étais donc là, aux premiers jours d'avril, à me demander si j'allais narrer ce que ce petit bouleversement produisait dans mes représentations... Cela valait-il un billet ? Pour qui ? Pour quoi ?
Et puis il y a deux jours, presque subitement... mon père est mort. Seul. Bien plus rapidement que ce à quoi nous nous attendions. Nous qui redoutions de voir s'éterniser une fin que nous imaginions pénible, il nous a tous pris de court. Tristesse et soulagement mêlés : enfin il ne souffre plus ! Pour lui cette vie ne valait plus la peine, n'avait plus de sens. « Je suis foutu », avait-il dit dès ses premiers jours d'hospitalisation. Devenu incapable de se mouvoir, totalement dépendant, il en a vite eu marre de cette vie-là. De plus en plus "perdu", mais néanmoins suffisamment lucide, il a progressivement cessé de lutter, puis de s'alimenter et enfin, depuis quelques jours, de parler. C'est comme s'il s'était replié en lui-même et laissé glisser vers la mort.
Quatre mois auront suffi.