Confidences d'un fils
Je pensais que ma situation de quasi-retraité me laisserait beaucoup de temps libre. Il n'en est rien : ce temps libéré de la vie professionnelle a tôt fait d'être occupé par diverses activités. Si bien que je ne dispose pas de l'espace temporel que je pensais consacrer à l'écriture, par exemple, ou aux traitement des archives familiales. Entre le jardin qui, au printemps, m'accapare toujours et les circonstances particulières consécutives au décès de mon père (démarches de succession), auxquels s'ajoutent moult tâches domestiques indéfiniment reportées depuis des années (rangement, tri, aménagements nouveaux...), les jours défilent sans que je les voie passer. Je dois cependant reconnaître que je m'accorde aussi le temps de vivre : lecture, disponibilité relationnelle, promenades contemplatives, pensées méditatives, sieste...
Mais l'écriture, donc ! Je voulais revenir sur un échange approfondi qui a eu lieu avec le benjamin de mes enfants juste après avoir publié mon précédent billet, à propos du non-dialogue avec mon père. Il se trouve que mon fils, 37 ans, s'est ouvert en confiance de ce qui lui pose une question existentielle : après mûre réflexion sa compagne a décidé qu'elle ne voulait pas d'enfant. Or mon fils rêve de devenir père à son tour. Dilemme. D'autant plus grand qu'ils ont créé ensemble leur activité, que celle-ci se développe bien, qu'ils ont choisi leur métier par rapport à des valeurs communes et qu'ils s'entendent bien. Leur seule discordance est donc autour du désir d'enfant. En outre, longtemps resté célibataire faute d'avoir rencontré la bonne personne, mon fils n'aspire pas du tout à retrouver cet état, qui lui pesait.
Je l'ai écouté exprimer son désarroi, sans rien minimiser de ses ressentis. J'ai partagé avec lui quelques éléments de ma vie relationnelle, par rapport aux choix existentiels que j'ai dû faire, autrefois, me conduisant à vivre seul. Il m'a aussi questionné à propos des particularités neuro-atypiques, en jeu dans son couple. Notre échange s'est fait en confiance, les émotions affleurant parfois au bord des yeux. J'ai beaucoup aimé ce moment, qui a eu le temps de durer autant que nécessaire. Nous sommes ensuite allés ensemble effectuer la tâche pour laquelle il était venu me voir : planter les oignons dans le potager familial. Intérieurement j'ai savouré cette complicité père-fils, amusé de constater que je vivais avec lui précisément ce que je n'avais pas vécu avec mon père. Ainsi je vois se confirmer ce que je pressentais : j'ai réussi à "réparer" la chaîne des liens de confiance et de connivence. J'ai réussi la mission que je m'étais donnée il y a une trentaine d'année lorsque, jeune père, je me voyais commencer à reproduire l'autoritarisme piteux dont j'avais moi-même souffert.
Orchis mâle, une orchidée sauvage tout en délicatesse