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Alter et ego (Carnet)
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15 mai 2026

Les confidences de Juliette

 

À 37 ans, Juliette est confrontée aux désillusions de la vie en couple. L'homme pour lequel elle a eu un "coup de foudre" dans sa jeunesse, qu'elle aime toujours, s'avère ne plus correspondre à ses besoins de femme adulte, devenue avide de ce qu'il ne saurait lui apporter. Parce qu'il n'est pas construit ainsi et parce qu'il n'a pas envie d'évoluer, ni même de se poser des questions sur lui-même. Non, ce qu'il veut, lui, c'est que rien ne change. Mais Juliette se connaît bien maintenant et sait ce dont elle a besoin pour se sentir épanouie. Alors, après une énième dispute, l'été dernier, elle a annoncé à son compagnon qu'elle ne voulait plus vivre avec lui. Il n'a pas supporté. Rattrapé par les souvenirs d'une enfance abusée, dont il n'avait jamais parlé à Juliette, il a d'abord sombré, avec un risque suicidaire, avant de se ressaisir et promettre qu'il allait changer. Mais sans vouloir passer par la case accompagnement thérapeutique, ni en individuel ni en couple. Non, lui il n'a pas besoin de ça. Il refuse catégoriquement. Les belles intentions et les promesses lui semblent suffisantes. Juliette n'est pas dupe. Malgré l'affection profonde qu'elle a pour lui, malgré l'attachement, elle persiste dans son idée de séparation. Ce n'est pas facile pour elle, tiraillée entre des sentiments ambivalents, mais elle tient bon. Alors un jour son compagnon, hors de lui, s'est mal comporté. Il l'a menacée violemment, devant leurs enfants. Ce qui a déterminé Juliette a porter plainte auprès des autorités compétentes. La machine judiciaire s'est rapidement mise en route et décide désormais des mesures d'éloignement. Ce n'est plus entre Juliette et son compagnon, mais aux mains de la justice, qui tranche et impose.

 

Résolument positive et optimiste, Juliette, pleine de ressources et d'énergie, continue son investissement dans le rôle de maman, s'implique dans son travail, voit des amies, à des activités. Bref, elle vit ! Heureuse autant qu'elle le peut. Redoutant l'avenir incertain qui s'ouvre devant elle, désireuse de moments paisibles, elle s'est laissée séduire par les attentions d'un autre homme qu'elle côtoie souvent. Elle ne veut rien brusquer, ne cueillant que des moments de douceur et de discussions. Elle ne fait « rien de mal », selon son expression. À cet autre homme, prévenant et délicat, avec qui elle se sent bien, elle ne promet rien. Elle temporise, ne se sentant pas prête, pas libre. Lui, bien que frustré, patiente.

 

De l'autre côté le compagnon indélicat s'impatiente. Depuis qu'il a appris, de la bouche de Juliette, qu'elle voyait désormais un autre homme, il considère que tout leur malheur vient de là. Juliette a beau lui rappeler que la séparation était antérieure et résultait d'une inadéquation devenue pérenne, il n'entend pas. Il refuse et l'accable continuellement. Pour lui, tout est de la faute de Juliette.

 

Juliette c'est ma collègue de bureau. C'est elle qui m'a raconté son histoire, par bribes de confidences lâchées à petites doses depuis plus d'un an. Peu à peu elle m'a confié ses doutes, ses hésitations, sa détermination. Je l'écoute avec attention, avec compassion, sans la brusquer. Elle me voit réagir face aux attitudes inacceptables de son compagnon. Parfois, lorsque je sens que cela peut faire écho chez elle, je partage des éléments de mon propre parcours conjugal. Je lui ai ainsi décrit ma difficulté d'autrefois dans le lent processus de séparation. Et parce qu'elle m'accorde sa confiance, je lui ai livré en retour des éléments de ma vie amoureuse "secrète", lorsque moi aussi j'aimais, dans leur singularité, deux femmes simultanément. Je sens que cela rassure Juliette de n'être pas jugée, mais comprise. Nos confidences respectives nous rendent complices et cela me ravit.

 

J'en viendrais presque à regretter de n'aller travailler qu'un jour par semaine !

 

Trio d'Orchis bouffon, en avril

Commentaires
J
Belle transcription d'une histoire presque banale. Dans son grand malheur, Juliette (joli prénom) 😀 a de la chance de t'avoir comme ami et collègue de travail, même à temps partiel.<br /> Juliette doit rapidement quitter son toxique compagnon. On dira qu'elle a eu le courage de le quitter. Moi, Julie de rien, affirme qu'il est davantage courageux de rester... Je me comprends 😀<br /> Revenons à nos boutons : qu'est-ce-que t'empêche d'ouvrir un cabinet d'aide psychologique privé ?<br /> Bonjour, Pierre 😊
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C
Histoire presque (trop) banale, en effet. Et complexe. Parce que même si Juliette "doit" (devrait ?) quitter rapidement son compagnon toxique, il lui est difficile de renoncer à ce qu'ils avaient construit ensemble. Visiblement il lui faut tout ce temps pour se délier de lui. Pour réinterroger ses choix et les re-confirmer face aux évidences. C'est une période délicate, qui demande un important travail sur soi. Une période de vulnérabilité, aussi, que certaines personnes manipulatrices peuvent utiliser à leur avantage. D'où l'importance d'en parler à diverses personnes de confiance. J'ai la grande chance et le privilège d'en faire partie :)<br /> <br /> Pour ce qui est du courage je crois que l'on ne sait jamais où il se situe quand une décision "coûte", quelle que soit l'orientation que l'on prenne, entre partir ou rester. Et en l'occurence, rester peut-être courageux... mais suicidaire (ne serait-ce que psychiquement).<br /> <br /> Ouvrir un cabinet d'aide psychologique ? C'est amusant que tu évoques cela, parce que je l'ai sérieusement envisagé, il y a une quinzaine d'année, dans le cadre de l'accompagnement relationnel des couples. Je m'y suis formé...et au final j'ai fait un autre choix professionnel, que je ne regrette pas.<br /> <br /> Bonne journée !
J
PS J'aime bien le trio de bouffons, belle photo 😊