Canalblog Tous les blogs Top blogs Environnement & Bio
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Alter et ego (Carnet)
Alter et ego (Carnet)
Derniers commentaires
Archives
Newsletter
44 abonnés
10 juillet 2026

Tirer le fil de la queue

 

« Je tente d’écrire, aussi, mais c’est plus compliqué », ai-je subrepticement glissé en fin de mon précédent billet, il y a déjà deux semaine.

 

À cause de la 3eme canicule de l’été et des incendies ? Non.
Parce que j’utilise mon temps libre à autre chose ? Non plus.

 

Bien sûr j’observe l’état du monde et ce qu’en fait (ou pas) l’humanité ; une part de mon attention en est absorbée, mais sans que cela ne m’ait jamais empêché d’écrire.

 

Quoique...

 

Ne pas me sentir légitime à évoquer autre chose que ce qui me préoccupe « à grande échelle » est peut-être la cause de certaines périodes de mutisme. Surtout si le « autre chose » en question se réduit à mes cogitations autocentrées. Comme s’il y avait trop de décalage. Une sorte d’indécence à parler de soi. De fait, depuis deux semaines, mes préoccupations égotiques sont passée au second, voire au troisième plan. Mais peut-être que cela m’a convenu, aussi, se sortir de mon microcosme réflexif ? Bref : je me suis tu !

 

Pour autant, n’avais-je rien à dire ? Certainement pas.
Vu sous un autre angle, est-ce important de consigner ce que je suis tenté d’exprimer ? Rien n’est moins sûr. Pour qui cherche à vivre l’instant, "le récit de soi" n’est probablement pas le meilleur moyen, sauf pour ce qui est du plaisir instantané de transcrire pensées, émotions, sensations. Le plaisir d’écrire en tant qu’acte créatif. Or, si ce plaisir existe bien chez moi, il se double d’intentions qui, elles, ne sont pas dans le champ du présent. Intention de comprendre, de décrire, d’analyser, d’établir des ponts entre l’expérience vécue et je ne sais quel futur. Comme si je m’adressais à des destinataires hypothétiques, que je charge de représentations : vous lecteurs, dans un futur quasi-immédiat ; moi-même, dans une large latitude de temporalité puisqu’elle va du futur instantané - quelques secondes de décalage entre la pensée qui précède le mot déposé et sa transmutation en voyant les mots décrire cette pensée en mouvement – et le futur, aussi lointain qu’incertain, de celui que je cherche à devenir. C’est un peu vertigineux. Et puis il y a « les autres », que j’imagine : mes enfants, un jour peut-être, à échéance totalement aléatoire ; mais aussi un lectorat inconnu (qui ne s’exprime pas) et un probable lectorat semi-connu… lorsque je déposerai mes écrits à l’Association pour l’Autobiographie. Cette perspective a toujours existé dans mon esprit mais, jusque-là, restait très lointaine, abstraite. Depuis que j’ai entrepris d’imprimer le contenu de ce blog avec l’objectif du dépôt (et la conservation d’exemplaires chez moi à destination de ma descendance), je ressens la charge que représente l’expression de soi dans le « vrai monde ». Il ne s’agit plus d’écrits immatériels mais de mots imprimés sur du papier.

 

Qu’est-ce que ça change ? Peut-être pas « tout », mais quand même pas mal de choses, sans que je sache en évaluer l'ampleur ni par quel biais. C’est comme si je « lâchais » mes écrits, avec l’impossibilité de revenir en arrière. Un blog, ça peut être supprimé d’un seul clic, mais des écrits papiers en plusieurs exemplaires, c’est fait pour rester. C’est d’ailleurs précisément pour servir cet objectif que je les imprime.

 

Actuellement je travaille sur la mise en page de mes textes des années 2006 à 2009. Calibrer pour adapter textes et photos au format du livre, c’est assez long et fastidieux. Forcément je relis certains passages… et le doute m’étreint quant à ce que je m’apprête à « lâcher ». Je pense en particulier à ce qui concerne d’autres que moi, avec qui j’ai été en interaction. En analysant mes propres réactions j’ai très souvent contextualisé les situations, décrivant ainsi ce que je percevais des attitudes, réactions et comportements d’autrui. Naturellement c’est subjectif, partiel et partial. Bien souvent ces personnes ignorent ce que j’ai rapporté à leur propos, ignorent que d’autres en ont lu la description et l’interprétation que j’en faisais. Tant que j’en restais à des présentations garantissant leur anonymat « dans le vrai monde », j’ai considéré qu’il n’y avait pas d’enjeu. Mais la microdiffusion de mes écrits en version papier peut changer la donne. En particulier envers mes enfants, pour qui  certains des pseudonymes que j’ai utilisés seront d’une totale transparence. Or j’ai abondamment donné ma version des faits lorsque nous nous sommes séparés, avec leur mère. Bon, ils en ont aussi été les témoins directs, mais sans doute ne connaissent-ils pas les raisons exactes de ma démarche d’émancipation. Ils connaissent aussi mon entourage familial, dont il m’est arrivé d’évoquer la perception que j’en avais. Et puis il y a celle que j’ai nommé Artémis, qui n’aimerait certainement pas que je diffuse ce que j’ai dit d’elle… et qu’elle-même n’aimerait sans doute pas lire.

 

J’ai déjà beaucoup réfléchi, antérieurement, aux conséquences de l’expression personnelle quand elle concerne d’autres que soi. Mon lectorat le plus ancien se souvient peut-être de la mésaventure en cinémascope dans laquelle je me suis laissé emporter par rapport à une autre écrivante du net, avec qui j'étais lié. À l’époque j’avais opté pour une grande transparence par rapport à ma perception de la situation. Je pensais, avec force, que cette clarté pouvait être bénéfique ; elle s’est révélée être profondément délétère. D’où ma prudence, depuis… qui se trouve re-questionnée avec la publication sur papier. Pour le moment je me réserve le droit de caviarder, éventuellement, certains passages potentiellement gênants.

 

Bon… je suppose que ces considérations sur la publication de l’intime n’intéresseront pas outre mesure. Mais c’est le pacte tacite entre-nous : j’écris selon mon inspiration. Si elle ne suscite rien de votre côté, vous zapperez sans vergogne et je n’en saurai rien.

 

________

 

 

Tout ce qui précède se voulait être introductif de ce que j’avais prévu d’évoquer, à savoir tirer le fil de ce que signifiait ce petit bout de phrase, queue du texte précédent : « Je tente d’écrire, aussi, mais c’est plus compliqué ». Manifestement, la complication avait des tiroirs à double-fond. Toutefois, au vu de la longueur déjà écrite, je reporte le décorticage de ladite phrase à une date ultérieure.

Commentaires
A
C'est un lecteur et commentateur ancien, désormais occasionnel et silencieux qui dépose un commentaire…<br /> Intéressant ce que tu envisages pour les milliers de pages déjà écrites… et celles à venir… tu as de la transcription et compilation sur la planche !<br /> <br /> Il y a le plaisir d'écrire pour soi sans rien publier.<br /> Par ailleurs nous tenons un blog, offert à la lecture de qui veut bien. Cela fait des relations occasionnelles ou durables<br /> <br /> Il y a le plaisir d'écrire pour être publié par une maison d'édition, ce que j'ai fait à plusieurs reprises, avec les conseils d'autres écrivains, proposé à la vente. J'ai même trouvé récemment un de mes livres revendu sur Internet… plusieurs fois fois le prix de vente d'origine… faut croire que le vendeur pense revendre un chef-d'œuvre ! ;-)<br /> <br /> Mon blog disparaîtra un jour sans laisser de traces. Soit par un acte volontaire de ma part, soit qu'il s'éteindra de lui-même puisque je ne serai plus, ou j'aurais perdu la tête genre Alzheimer.<br /> Le cimetière des blogs est abondant…<br /> <br /> Ce que je laisserai à mes héritiers comme écriture, c'est autre chose qui ne regarde que ma relation à mes enfants et petits-enfants aujourd'hui adultes et notamment la correspondance privée que je tiens avec eux. <br /> <br /> Bonne suite à toi… et peut-être à une prochaine fois.
Répondre
C
Merci pour ce témoignage, Alainx<br /> <br /> Pour ma part je ne connais plus le plaisir « d'écrire pour soi sans publier ». Il est très rare que j'écrive encore "pour moi seul". Ce que j'écris est toujours "adressé" à ce que j'imagine des personnes qui me liront, quel qu'en soit le cadre et la temporalité. Le blog en est une des versions. Et d'ailleurs la perspective d'ouvrir mes écrits anciens à d'autres personnes que les destinataires initiaux met mes pensées en mouvement. Je dois me représenter un nouveau champ de "publication" et cela n'a rien d'évident, j'en ai pris conscience.<br /> <br /> En effet, le blog induit diverses formes de "relations", comme tu l'écris. La publication papier, en différé et sans possibilité d'interaction immédiate (et publique !) change le rapport au lecteur-lectrice.<br /> <br /> Écrire pour être publié, comme tu l'as fait, renvoie vers cet autre imaginaire en assumant totalement ce rapport au lecteur dès l'origine.<br /> <br /> Tu dis que ton blog disparaîtra sans laisse de traces. J'ajouterai qu'il aura laissé des traces pour ceux qui t'auront lu pendant des années, du fait de la "relation" entre écrivant et lecteur. Pour ce qui est du support numérique tel qu'il existe actuellement, il en restera des traces tant qu'internet existe puisque tout est archivé (Way-back machine). Mais il est vrai que c'est moins facile d'accès et, surtout, la profusion est telle que la dilution dans l'ensemble est forte.<br /> <br /> Mon rapport aux témoignages, aux traces des cheminements de pensée, fait que je trouve dommage qu'ils ne soient pas conservés, puisqu'il y a une part de l'universel humain dans ce qui nous est personnel. Mais je sais bien qu'il y a infiniment trop de "matière" pour qu'elle soit exploitable. D'où l'intérêt de l'archivage effectué par l'APA, auquel je peux contribuer. <br /> <br /> Pour ma part, je me réjouis de retrouver dans des écrits anciens de ma famille les traces de vie, de relations, de moments banals ou significatifs. J'ai l'impression que cela m'ancre à quelque chose, dessine des trajectoires, éclaire l'origine de ce que je suis et transmets à ma descendance. Effectivement, cela appartient à chacun, selon ses projections et son imaginaire.<br /> <br /> Encore merci pour ton témoignage... et peut-être à une prochaine fois.<br /> (il y a quelques semaines j'avais tenté à plusieurs reprises de laisser un commentaire sur ton blog, sans succès).
C
C'est drôle, comme chaque chose peut être conçue, pensée, projetée différemment selon les êtres. Tu parles de "diffuser" tes écrits...Quand j'ai entrepris ce travail de réimpression sur papier, je n'avais pas l'intention que mes textes soient lus par un grand nombre de gens. Et sûrement pas de mon vivant. C'est en quelque sorte une simple trace, un miroir de mon temps, que je laisserai à ma postérité, mes enfants, mes petits-enfants, mes arrière-petits-enfants les liront peut-être, ou peut-être pas, mais je ne serai plus de ce monde et n'aurai plus aucun état d'âme. Pour ne pas dire plus trivialement que je n'en aurai plus rien à foutre. J'aurai écrit toute ma vie avec sincérité, coeur et recherche de vérité, cela les aidera peut-être à comprendre qui était leur aïeule, de qui ils viennent et autres questions existentielles qu'ils se poseront (je l'espère en tout cas).<br /> Je ne les ai édités, ces opuscules, qu'en un seul exemplaire de chaque, et surtout par sécurité : comme tu le dis si bien, un blog peut disparaître en un clic, ou un bug, et dix-sept ans de ma vie partiraient en fumée... Rien qu'à l'évocation de cette idée, je suis contente d'avoir mis mes écrits "à l'abri". Tu me diras que le papier peut brûler mais les risques me semblent quand même plus limités... Nombre d'écrits ont traversé les âges, ne serait-ce que dans ma famille...ou la tienne, si je me souviens bien....<br /> Pas une seule fois, donc, je ne me suis posé la question de qui lirait mes textes. Ils ne seront pas en librairie. Ils sont sur une étagère de ma bibliothèque, et cela me suffit.<br /> En revanche, je reste sur ma faim (fin ?) et j'ai hâte que tu élucides cette phrase si sibylline... « Je tente d'écrire mais c'est plus compliqué... » Décidément, ton blog est vraiment passionnant, mon cher Pierre. C'est ce qui fait que jamais je ne "zapperais sans vergogne" tes écrits sur l'intime. j'y trouve à chaque fois une source infinie de réflexion et d'inspiration, et en ce monde où la réflexion est devenue denrée rare, ça fait un bien fou.<br /> Merci d'être toi, cher Pierre.<br /> •.¸¸.•*`*•.¸¸☆
Répondre
C
Je pense que les différences de projection quant aux traces que l'on laisse de soi peuvent être encore plus vastes que ce que tu dis puisqu'elles peuvent évoluer dans le temps pour la même personne. Ou plutôt, passer de l'état de lointaine éventualité à celui de concrétisation. Si, en effet, j'ai toujours dans un coin de ma tête, l'idée que, peut-être, un jour, mes textes seraient accessibles à ma descendance, le fait de les imprimer change quelque chose. Et comme, pour des raisons pratiques, j'ai opté pour les mêmes modalités d'impression que ce que je vais "déposer" en archives à l'APA, je me trouve face à un double enjeu de "nouveau" lectorat potentiel. Il y avait déjà la diversité des personnes qui me lisaient en ligne, j'y ajoute celles qui vont me lire en vue de décrire la tonalité, les thématiques et l'ambiance du corpus de textes que constitue mon blog, mais aussi mes enfants. D'où la sensation de "surexposition", que j'ai récemment abordée.<br /> <br /> Ce que je veux dire par là c'est que passer d'une éventualité lointaine de lecture à la réalisation de ce qui la rend possible, pour moi, réinterroge tout le sens de ma démarche d'écriture, entreprise par "nécessité". Ou autrement dir, l'écriture est une nécessité tandis qu'en ouvrir l'accès à la lecture n'en est pas une. Il m'a fallu des années pour "accepter" de donner à lire mes écrits sur internet sans trop d'états d'âme (avec une sorte de dissociation, presque un déni de réalité) et la diffusion sur support papier, toute minimaliste qu'elle soit en nombre de lecteurs, relance nombre d'interrogations sur le sens de tout cela.<br /> <br /> Tu parles, pour tes écrits, de « simple trace » et je me sens bien en accord avec cela. Je ne prétends pas à autre chose. Notre différence dans le rapport au lecteur je la perçois dans ton affirmation claire : « je n'avais pas l'intention que mes textes soient lus par un grand nombre de gens. Et sûrement pas de mon vivant. ». Si je te rejoins sur la non-intention d'être lu par trop de gens, je me dissocie sur la contemporanéité. Probablement parce que j'ai eu la chance d'avoir accès aux écrits personnels de ma mère, mais la malchance que ce soit trop tard pour en parler avec elle. J'aurais aimé que l'on puisse échanger sur ce qui l'animait, ce qu'elle attendait de la vie. Et peut-être cela m'a-t-il conduit à penser qu'il pourrait être intéressant, pour mes enfants, d'avoir accès à mes écrits « de mon vivant ». Cette irruption de la contemporanéité est récente (ma mère est décédée il y a 4 ans) et, je crois, ne préexistait pas. J'avais demandé à mes enfants de ne pas me lire, si un jour ils découvraient mes écrits. Et là, c'est moi qui imprime mes textes en pensant les en informer... Tout un cheminement de pensée, qui se croise avec « l'intérêt » réel ou supposé de mon quart de siècle d'écrits personnels pour des personnes s'intéressant à l'autobiographie. Or la question de l'intérêt de mes écrits a constamment irrigué/accompagné ma réflexion (et mes doutes).<br /> <br /> Tu écris : « Pas une seule fois, donc, je ne me suis posé la question de qui lirait mes textes. » Différence majeure entre nous, donc. Et c'est précisément ce genre de différences qui intéresse :)<br /> <br /> Pour ma phrase sibylline, j'y reviendrai. Les temps de laisser maturer pour qu'émerge quelque chose de cohérent de mes pensées foisonnantes.<br /> <br /> Merci de me (re)dire que mes écrits sont "passionnants". Je n'ai jamais cessé d'en douter. Mais le doute n'est-il pas la source même de mes cogitations ?<br /> <br /> Bises indubitables
J
Trier le fil de la queue... mieux vaut celui de la patte 😀<br /> Au prochain billet, adorable Pierre. <br /> Toujours hâte de te lire.<br /> Bien à toi, bises.<br /> Julie