Tirer le fil de la queue
« Je tente d’écrire, aussi, mais c’est plus compliqué », ai-je subrepticement glissé en fin de mon précédent billet, il y a déjà deux semaine.
À cause de la 3eme canicule de l’été et des incendies ? Non.
Parce que j’utilise mon temps libre à autre chose ? Non plus.
Bien sûr j’observe l’état du monde et ce qu’en fait (ou pas) l’humanité ; une part de mon attention en est absorbée, mais sans que cela ne m’ait jamais empêché d’écrire.
Quoique...
Ne pas me sentir légitime à évoquer autre chose que ce qui me préoccupe « à grande échelle » est peut-être la cause de certaines périodes de mutisme. Surtout si le « autre chose » en question se réduit à mes cogitations autocentrées. Comme s’il y avait trop de décalage. Une sorte d’indécence à parler de soi. De fait, depuis deux semaines, mes préoccupations égotiques sont passée au second, voire au troisième plan. Mais peut-être que cela m’a convenu, aussi, se sortir de mon microcosme réflexif ? Bref : je me suis tu !
Pour autant, n’avais-je rien à dire ? Certainement pas.
Vu sous un autre angle, est-ce important de consigner ce que je suis tenté d’exprimer ? Rien n’est moins sûr. Pour qui cherche à vivre l’instant, "le récit de soi" n’est probablement pas le meilleur moyen, sauf pour ce qui est du plaisir instantané de transcrire pensées, émotions, sensations. Le plaisir d’écrire en tant qu’acte créatif. Or, si ce plaisir existe bien chez moi, il se double d’intentions qui, elles, ne sont pas dans le champ du présent. Intention de comprendre, de décrire, d’analyser, d’établir des ponts entre l’expérience vécue et je ne sais quel futur. Comme si je m’adressais à des destinataires hypothétiques, que je charge de représentations : vous lecteurs, dans un futur quasi-immédiat ; moi-même, dans une large latitude de temporalité puisqu’elle va du futur instantané - quelques secondes de décalage entre la pensée qui précède le mot déposé et sa transmutation en voyant les mots décrire cette pensée en mouvement – et le futur, aussi lointain qu’incertain, de celui que je cherche à devenir. C’est un peu vertigineux. Et puis il y a « les autres », que j’imagine : mes enfants, un jour peut-être, à échéance totalement aléatoire ; mais aussi un lectorat inconnu (qui ne s’exprime pas) et un probable lectorat semi-connu… lorsque je déposerai mes écrits à l’Association pour l’Autobiographie. Cette perspective a toujours existé dans mon esprit mais, jusque-là, restait très lointaine, abstraite. Depuis que j’ai entrepris d’imprimer le contenu de ce blog avec l’objectif du dépôt (et la conservation d’exemplaires chez moi à destination de ma descendance), je ressens la charge que représente l’expression de soi dans le « vrai monde ». Il ne s’agit plus d’écrits immatériels mais de mots imprimés sur du papier.
Qu’est-ce que ça change ? Peut-être pas « tout », mais quand même pas mal de choses, sans que je sache en évaluer l'ampleur ni par quel biais. C’est comme si je « lâchais » mes écrits, avec l’impossibilité de revenir en arrière. Un blog, ça peut être supprimé d’un seul clic, mais des écrits papiers en plusieurs exemplaires, c’est fait pour rester. C’est d’ailleurs précisément pour servir cet objectif que je les imprime.
Actuellement je travaille sur la mise en page de mes textes des années 2006 à 2009. Calibrer pour adapter textes et photos au format du livre, c’est assez long et fastidieux. Forcément je relis certains passages… et le doute m’étreint quant à ce que je m’apprête à « lâcher ». Je pense en particulier à ce qui concerne d’autres que moi, avec qui j’ai été en interaction. En analysant mes propres réactions j’ai très souvent contextualisé les situations, décrivant ainsi ce que je percevais des attitudes, réactions et comportements d’autrui. Naturellement c’est subjectif, partiel et partial. Bien souvent ces personnes ignorent ce que j’ai rapporté à leur propos, ignorent que d’autres en ont lu la description et l’interprétation que j’en faisais. Tant que j’en restais à des présentations garantissant leur anonymat « dans le vrai monde », j’ai considéré qu’il n’y avait pas d’enjeu. Mais la microdiffusion de mes écrits en version papier peut changer la donne. En particulier envers mes enfants, pour qui certains des pseudonymes que j’ai utilisés seront d’une totale transparence. Or j’ai abondamment donné ma version des faits lorsque nous nous sommes séparés, avec leur mère. Bon, ils en ont aussi été les témoins directs, mais sans doute ne connaissent-ils pas les raisons exactes de ma démarche d’émancipation. Ils connaissent aussi mon entourage familial, dont il m’est arrivé d’évoquer la perception que j’en avais. Et puis il y a celle que j’ai nommé Artémis, qui n’aimerait certainement pas que je diffuse ce que j’ai dit d’elle… et qu’elle-même n’aimerait sans doute pas lire.
J’ai déjà beaucoup réfléchi, antérieurement, aux conséquences de l’expression personnelle quand elle concerne d’autres que soi. Mon lectorat le plus ancien se souvient peut-être de la mésaventure en cinémascope dans laquelle je me suis laissé emporter par rapport à une autre écrivante du net, avec qui j'étais lié. À l’époque j’avais opté pour une grande transparence par rapport à ma perception de la situation. Je pensais, avec force, que cette clarté pouvait être bénéfique ; elle s’est révélée être profondément délétère. D’où ma prudence, depuis… qui se trouve re-questionnée avec la publication sur papier. Pour le moment je me réserve le droit de caviarder, éventuellement, certains passages potentiellement gênants.
Bon… je suppose que ces considérations sur la publication de l’intime n’intéresseront pas outre mesure. Mais c’est le pacte tacite entre-nous : j’écris selon mon inspiration. Si elle ne suscite rien de votre côté, vous zapperez sans vergogne et je n’en saurai rien.
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Tout ce qui précède se voulait être introductif de ce que j’avais prévu d’évoquer, à savoir tirer le fil de ce que signifiait ce petit bout de phrase, queue du texte précédent : « Je tente d’écrire, aussi, mais c’est plus compliqué ». Manifestement, la complication avait des tiroirs à double-fond. Toutefois, au vu de la longueur déjà écrite, je reporte le décorticage de ladite phrase à une date ultérieure.