Homme émotionnel
Coumarine a écrit quelque chose qui m'a beaucoup intéressé, au sujet des ateliers d'écriture et des différences entre les hommes et les femmes dans leur façon d'y participer. Cela m'a inspiré le commentaire suivant:
«Je suis un homme et j'écris beaucoup. Je raconte, mais n'invente pas. Je suis aussi souvent dans le registre émotionnel... et pourtant je sens bien que cela me demande un effort: ça n'est pas "naturel". Ou plutôt: ce qui est devenu "spontané", pour l'homme que je suis, ce serait de tout contrôler. Raisonner, anticiper les conséquences de mes mots, comprendre ou cela me mène... Tout cela bride l'émotion directe et brute, qui peut alors de venir gauche et un peu brutale. Pof... un gros paquet d'émotions brouillonnes.
Mais là où je te rejoins encore plus, Coumarine, c'est dans le domaine de l'imagination. Alors là, c'est quasiment zéro. Je ne peux que laisser s'exprimer ce que je ressens (observation), mais il m'est très difficile de "laisser venir", de "lacher prise". Et pourtant, je suis convaincu que je pourrais beaucoup apprendre de ce genre d'écriture... ».
Oui, ça m'est difficile d'écrire "avec le ventre". Chez moi ça reste très cérébral. Mais je me demande même si toute ma vie n'est pas ainsi intellectualisée. Même dans l'émotion brute que j'exprime dans mon journal (lorsque je ne me censure pas trop...), je ne fais que décrire ce que je ressens. Je n'invente pas, je ne crée pas. Et dans la part spontanée que je cherche à mettre à jour, dans le désir "d'exister", je sais bien que je suis loin du lâcher-prise. J'aurais envie de crier, de faire sortir de moi la profondeur de l'être. En fait j'ai l'impression de livrer un combat intérieur contre toute cette armure qui me pèse, mais avec laquelle j'ai grandi. J'aimerai me libérer vraiment, et cesser de tant penser et intellectualiser. Toujours à chercher le pourquoi du comment, à avoir besoin d'explications ou à me justifier.
C'est difficile pour l'homme que je suis de sortir de son conditionnement, parce que la façon même que j'ai d'en sortir passe par un mode de pensée issu de ce conditionnement. C'est par l'intellect que je veux sortir de l'intellectualisation... Un peu absurde, non ?
Heureusement que la part émotive trouve peu à peu son chemin depuis que j'ai choisi de l'écouter avec attention. Je sais maintenant qu'il y a des choses qui se passent ailleurs que dans le cerveau (intellect) et que ces choses là ont beaucoup de sens. J'apprends à écouter davantage mes émotions, et les mettre à égalité des raisonnements. Et ce n'est probablement pas un hasard si cela me fait vivre plus intensément, tout en me donnant une meilleure emprise sur moi-même.
En fait, j'ai l'impression que cette re-naissance se fait malgré moi. C'est une force de vie qui me pousse à garder le cap que je sens intimemement être le bon. Et peu à peu l'intellect froid cède du terrain face à l'émotionnel si vivant.
Peut-être que les femmes ne se rendent pas compte comme c'est difficile d'accéder à cela pour un homme ?