Seul avec moi-même
Je vais m'absenter quelques jours, en déplacement pour mon travail. De longs trajets qui vont me permettre de me retrouver seul avec moi-même. J'aime bien. Ces moments sont toujours propices à l'intériorité. Parfois pour des réflexions lourdes, mais souvent aussi comme temps de liberté de pensée. Au fil des paysages que je traverse j'observe, je contemple. Villages ou zones urbaines, monuments typiques, canal bordé d'arbres, forêts dorées ou grandes plaines. Je regarde ce qui a évolué depuis l'année précédente, à la même date.
Conduire seul c'est avoir le temps de ne "rien" faire, juste laisser aller. Ni lectures, ni travail, ni discussions, ni internet. C'est presque une sorte de promenade. Pas forcément celle que j'aurais librement choisie, mais bon...
Ensuite je vais alterner les moments de solitude et de foule. Sobres soirées dans une simple chambre impersonnelle, et journées ininterrompues face à des clients connus ou inconnus. Avec ceux qui sont fidèles, il y aura ébauche de discussion et une forme d'agréable sympathie. Et puis il y aura mes collègues, ceux que je revois toujours au même endroit et aux mêmes dates. Nous sommes tous là pour la même chose: vendre le fruit de notre passion. Essayer d'en vivre...
Même s'ils ne sont pas follements gais, j'apprécie ces déplacements. J'aime ce qui change... tout en n'étant pas trop inconnu. Depuis des années mes migrations temporaires sont devenues une sorte de rituel qui n'a plus rien de l'inquiétude des premières fois. Changement dans la continuité. Mais je sais aussi que ça ne durera peut-être plus très longtemps, puisque ma vie est en pleine évolution. D'ailleurs, cet état n'est pas désagréable: il réintroduit une forme d'incertitude qui me fait mieux apprécier chaque chose. Puisque je ne sais jamais si c'est la dernière fois que je le fais, j'en profite. D'un autre côté... je ne peux pas me projeter ni m'investir. Je vis beaucoup plus au jour le jour. C'est une façon différente de voir la vie.