Rencontres parisiennes
Je crois que je resterai toujours stupéfait devant l'extraordinaire vitalité du noctambulisme parisien. Déjà, à l'heure où dans ma campagne le silence et la nuit ont tout enveloppé, que les vaches sont traites depuis longtemps, les poules rentrées à l'abri des renards, et les télés allumées pour le sacrifice quotidien au prime time... à Paris le métro reste grouillant d'activité. Parfaitement: à 21 h, dans la chaleur moite des couloirs, il y a une foule de gens. Où vont-ils ? Que font-ils si nombreux à cette heure? Ma surprise et mon ravissement s'accrurent encore en arrivant place St Michel, totalement envahie, les terrasses de café remplies. Un langage cosmopolite animait les conversations. Pour un peu, la douceur de l'air aidant, je me serais volontiers senti en pleine saison touristique estivale.
C'est là que j'ai retrouvé ma vieille comparse A. à un de nos points de rendez-vous devenu habituel. La conversation a repris presque comme si nous l'avions arrêtée la veille, sans besoin d'un temps d'adaptation, bien que nos contacts soient assez espacés. Pas de chichis entre nous...
Après cette première ébauche de discussion autour d'une table de café, je me suis laissé guider à la recherche d'un restaurant. Emprunter un pont pour traverser la Seine, me mettre plein les yeux des monuments éclairés se reflétant dans l'eau, marcher dans ces rues toujours pleines de mouvement, douceur de l'air... Dépaysement total. J'aime beaucoup ces moments, tellement différents de mon quotidien.
Finalement nous avons opté pour le restaurant de notre première rencontre. Davantage pour le coté pratique et connu que pour le moindre désir de commémoration. A l'époque nous étions trois... Oh la la, jamais alors je n'aurais pu accepter une rencontre en tête à tête avec une femme.
Nous avons fait le point de nos pratiques d'internet, des espaces fréquentés autrefois ou actuellement, des relations effilochées ou disparues. De nos amours compliquées aussi... Quand le restaurant s'apprétait à fermer nous avons changé de lieu. Une terrasse de café sur la rue St Denis. A Paris la rue St Denis est celle des sex-shop... (à Montréal c'est une artère très commerçante qui m'a laissé pas mal de doux souvenirs). Bon... on ne s'est pas préoccupé des sex-shop et on a continué à discuter. Ce n'est que lorsque le café a fermé, vers trois heures du matin, que nous nous sommes séparés. Et bien figurez-vous que même à cette heure là il y a encore beaucoup de monde dans les rues ! Et une queue interminable pour attendre un taxi. Heureusement qu'on peut prendre le bus... Ben oui, il y a des lignes de bus en pleine nuit. Et je vous assure que je n'étais pas seul dans le véhicule ! Il était bondé, avec plein de gens debout. A trois heures du mat', ça me sidère...
Mais c'est assurément très pratique.
Le lendemain, après ma journée de travail, j'avais rendez-vous avec S., une autre amie. Directement à l'hôtel cette fois...
Euh... mais non, n'allez pas imaginer un plan scabreux: c'était juste le point le plus pratique pour se retrouver. Rencontre sans appréhension de ma part. Nous nous connaissions déjà par photo et voix, et nos contacts suivis ont fait que je me sentais très à l'aise. Le contact a été tout simple, un peu comme si on s'était déjà rencontrés.
La soirée au restaurant est passée très vite et là encore nous étions les derniers à la fermeture. Discussion approfondie et chaleureuse, confidences, émotions à parler de nos aventures et mésaventures conjugalo-amoureuses. Constat de certaines ressemblances dans nos histoires respectives. Nos conceptions de l'amour, de la fidélité, du respect. Et puis cette évidence: une fois qu'on commence à se poser des questions sur le couple on avance sans possibilité de retour en arrière. Impossible d'oublier ce qu'on découvre de caché, de refoulé, d'occulté, de non-dit. Travail de connaissance de soi et de l'autre dont on sort forcément différent. Plus lucide sur soi, plus authentique aussi, avec les répercussions inévitables sur le partenaire amoureux.
Ce qui est amusant c'est que nous avions eu il y a quelques mois des échanges assez vifs, avec avis contraires et prises de bec. Et c'est à l'issue du dernier de ceux-ci que nous nous sommes liés de façon bien plus proche. Parce qu'il y a eu reconnaissance de certains excès, et offre d'excuses. C'est aussi à ce moment-là que j'ai donné la clé d'accès à mon journal, qui, il me semblait, pouvait donner de moi une perception plus objective de ma sincérité...
Je garde d'ailleurs de cette expérience un enseignement: la colère et l'emportement face à ce que je considère comme injuste n'impliquent pas nécessairement une cassure. J'ai toujours eu peur de la colère, et pas forcément à bon escient. Je sais aussi que pour moi tout est pardonnable, totalement, pour peu que chacun ait l'humilité de reconnaître sa part de responsabilité et exprime des regrets.
Je crois que je ne me suis rendu compte de tout ça qu'un peu tard pour la relation amoureuse que je vivais...
Excellent long week-end de travail donc, très agréablement égayé par ces deux rencontres. Il y a aussi eu beaucoup de changements dans ma tête, mais ça j'en parlerai plus tard, ou ailleurs.