A quoi ça sert ?
Interrogation récurrente: pourquoi écris-je en ligne ? Quel est l'intérêt de cette simili-communication ? Qu'est-ce que je cherche, qu'est-ce que je ressens en confiant ainsi mes états d'âme ? Cinq ans que je me pose ce genre de questions, et toujours pas de réponse définitive.
Est-ce important d'en avoir une ? Peut-être...
Qu'est-ce qui pousse tant de gens à diffuser leurs pensées ? Et qu'est-ce que je trouve, moi, en lisant les pensées des autres ? Ben... des réponses à mes questions existentielles. Parfois. Rarement, à vrai dire... Je crois que c'est la recherche de ce genre de pépites qui stimule mon intérêt. Mais c'est leur rareté qui fait que je me dis que je perds du temps de vie à passer autant de temps dans ce monde internet.
Alors quoi ? Que formons-nous, lecteurs-écrivants ? Des micro-communautés, des bulles d'affinités qui se recoupent plus ou moins. Nous nous retrouvons généralement chez les mêmes, probablement dans des tranches d'âges assez proches, de milieux socio-culturels similaires, et tous de pays hyperdéveloppés. Illusion de disparités, seulement une relative diversité. Je ne sais pas ce qu'on cherche...
Des ressemblances ? Des différences ? Du relationnel ?
Je crois que ce que je cherche, c'est à "avancer". A comprendre mieux les autres, et ainsi moi-même, ou mon rapport à eux. Dans les questionnements, joies, ou difficultés d'autrui, c'est une part de moi que je trouve, et une part de l'humain qui nous compose. J'ai la faiblesse de croire que, parce que le pseudonymat nous permet de ne créer des liens que par affinités choisies, il y a quelque chose du meilleur de ce que nous voudrions être qui s'exprime. Peut-être dû à un désir de ne pas déplaire et d'offrir la meilleure image de soi. Peut-être pour "exister" autrement que dans nos sphères habituelles du monde sensoriel. Mais il y a aussi la sincérité, parfois sans concessions, et le regard critique sur soi. Et puis les doutes, les révoltes, les moments de découragements et les joies. Bref, de l'émotion. Du soi. Du vivant.
Du vivant... virtuel. Ce fameux vieux débat sur la "vraie vie" qui serait ailleurs. Et pourtant, dans la "vraie vie" telle que je la pratique il y a généralement beaucoup moins de cette sincérité, et bien peu d'émotions. La plupart des rapports sont distanciés, superficiels, convenus, sans consistance. Alors que ce que je trouve sur internet c'est du vivant à volonté. Quelques clics judicieusement choisis et je touche à l'émotion d'autrui, qui parfois me touche. Je le sais parce que je suis frustré lorsque je ne trouve rien de nouveau chez mes écrivants favoris, ou rien qui me touche vraiment. J'aime avoir ma dose de réflexions-émotions...
A l'inverse, lorsque la vraie vie me fait ce cadeau qu'est une belle rencontre, ou d'un échange riche en émotions ou découvertes, je me dis que le monde internet est bien pâle en comparaison. Je m'en sens lointain, et je le trouve si lointain, si artificiel. Ce qui ne m'empêche pas d'y retourner assez rapidement et de me laisser de nouveau happer.
Bon... est-ce que tout cela est fondamentalement différent des émissions télé qui étalent la vie privé des gens ? Probablement pas vraiment, si ce n'est que la durée permet d'aller beaucoup plus en profondeur, de trouver l'épaisseur que n'offrent pas quelques dizaines de minutes de parole sous les feux des projecteurs (dont on peut aussi se demander s'ils ne modifient pas quelque peu l'authenticité...).
Car s'il y a bien quelque chose qui va au delà de la simple mise en ligne de pensées plus ou moins originales, ce sont les liens qui se créent dans la durée et permettent de dépasser l'anonymat virtuel. Ces liens qui s'établissent par concordance de pensées dans une période de vie. Ces liens qui deviennent suffisamment prégnants pour dépasser la barrière et entrer dans un mode de communication "à l'ancienne".
Mais la question qui me tarabuste plus précisément, et que relancent à la fois Valclair et Eva, c'est le mode d'expression de cette écriture en ligne. Après bien des hésitations Valclair vient de passer au blog, tandis qu'Eva reste résolument fidèle au journal. Et moi... je garde les deux formes d'écriture ! (les mauvaises langues diront que c'est bien mon genre de ne pas choisir...).
Il y a deux mois que j'ai ouvert ce carnet, en parallèle de mon journal. Probablement autant pour des raisons conjoncturelles (difficulté à poursuivre librement l'écriture sur mon journal) que pour introduire une interaction plus directe avec les lecteurs, via les commentaires. Ce mode d'intervention instantané me laisse encore circonspect. Je ne sais pas bien comment m'en accomoder. Tant qu'à faire, je crois que pour l'échange je préfère les forums spécifiques, qui permettent de prolonger sans limites autres que la lassitude. Le mode blog est celui du court et rapide. Pas le temps d'approfondir.
La particularité qu'offre le blog de laisser des commentaires a quelque chose de perturbant: de ne pas en recevoir me fait m'interroger sur l'intérêt de ce que je raconte; d'en avoir régulièrement de la part d'un cercle restreint me semble renforcer le côté micro-communauté. Par ailleurs je peux me sentir redevable de commentaires envers les personnes qui me font le plaisir d'en laisser sur le mien... alors que moi-même ne le fais pas forcément sur le leur. Echange de politesses que je voudrais éviter parce que pouvant parasiter la sincérité que je recherche. Pour ma part je m'efforce de n'écrire que par envie spontanée.
Ce qui me semble gênant, c'est que c'est la partie la plus visible qui conditionne tout cela: je peux vérifier la fréquentation de mon site et donc savoir si je suis lu (actuellement je m'en abstiens pour ne pas subir cette tyrannie du silence qui se prolonge...), mais je crois que seuls les commentaires m'influencent vraiment. Même si je sais que des personnes me lisent avec régularité sans jamais avoir posté un seul commentaire. Je le sais... mais j'en ai beaucoup moins conscience que lorsque le passage est marqué et signé.
Je sais aussi, et en cela il n'y a pas de différence avec le journal en ligne, que j'écris souvent en pensant à certaines personnes qui me liront. Généralement les plus proches, celles que je connais le mieux ou avec qui je suis en contact régulier. Plus je suis en interaction avec quelqu'un, plus cette personne est interlocutrice privilégiée (tiens, c'est marrant, en écrivant ça je pense à plusieurs personnes simultanément). A contrario je ne pense jamais à des personnes que je connais seulement par la lecture de leur blog, lorsque j'écris. Je dois préciser aussi que plus le contenu de ce que je dis est impliquant, intime, plus je sens cette "présence" derrière mon épaule. Tantôt comme un soutien, tantôt comme une critique possible. J'ai beau être physiquement seul devant mon clavier, je suis rarement seul dans ma tête. Le journal, et à moindre mesure le blog, tiennent pour moi davantage de la lettre que du billet post-it. La grosse différence entre journal et carnet, c'est le dégré d'intimité et d'implication. Je constate, avec quelques mois de recul, que la séparation est nette. Ici je me maintiens relativement à distance de ce qui m'est très personnel, tandis que le journal va en profondeur. Il est souvent impudique, je peux m'y montrer assez fragile... probablement plus humain, dans ce que j'ai de faible et de fort.
Généralement je n'hésite pas pour savoir lequel des deux sites sera le support de mes écrits du jour. Cependant, j'aimerais parfois avoir un autre site qui me permettrait une expression vraiment sincère, une totale liberté d'expression, où je puisse déverser sang, tripes et larmes, sans retenue aucune. Quelque chose de brut, si ce n'est brutal. L'écriture policée est agréable, et c'est même un exercice intéressant que de s'exprimer sous contrainte d'un lectorat connu, mais l'écriture totalement libre pourrait révéler des dimensions insoupçonnées... Totalement libre, donc sans établir aucun lien avec le lectorat.
Et là, en terminant, je me dis...
A quoi ça sert que j'ai écrit tout ça ?