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Alter et ego (Carnet)
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2 novembre 2005

La souffrance du bourreau

Sommes-nous tous des égos souffrants ? Qu'est-ce qui fait que l'attaque, aussi minime soit-elle, l'emporte sur l'autre possibilité: la main tendue ?
Coup sur coup deux faits sont venus confirmer mon texte "Griffes et crocs".

- Une lectrice, que j'estime et avec qui j'aime échanger, s'est servi précisément du texte cité en surlignant certains passage pour m'envoyer dans la figure un égocentrisme qu'elle m'attribue de façon assez violente. Par chance j'ai non seulement un bouclier de protection, mais surtout je n'avais rien à voir avec les griefs qu'elle me formulait. Ce qui m'interpelle c'est la raison pour laquelle, au lieu de me demander pourquoi j'aurais effacé son commentaire, et pourquoi je ne répondais pas à ses mails, elle s'est exprimée par affirmations accusatrices: « tu as supprimé un commentaire pourtant tout gentil » (pourquoi l'aurais-je fait ?), et« tu ignores mes mails » en sous-entendant qu'ils me dérangeraient. Ainsi, sans y être pour rien, me voici considéré comme un individu qui ne correspond pas à ce qu'il écrit. Et ça, c'est plutôt désagréable. D'autant plus que ladite lectrice a suivi mon histoire depuis très longtemps et que je me sentais en confiance avec elle.

Je ne m'arrêterai pas à cette erreur de jugement et j'espère que le malentendu sera rapidement dissipé, mais je cite ce cas particulier comme exemple de réaction "négative". Elle aurait tout aussi bien pu opter pour l'attitude d'ouverture en cherchant à comprendre cette incohérence dans mon comportement. Si elle ne l'a pas fait, si elle s'est sentie bafouée ou négligée... c'est probablement que mon attitude supposée réveillait quelque chose qui lui appartient. Elle s'est "défendue". Le plus surprenant... c'est qu'elle a une formation de thérapeute !!!

- Une autre lectrice semble vouloir sanctionner l'impudeur (?) de ce carnet en ne revenant plus le lire (j'avoue être assez insensible à cette menace...), suite aux commentaires générés par le texte pré-cité. Il semble que là encore il y ait eu malentendu, et là encore coups de griffe plutôt que tentative d'explication.

Cela me fait entrevoir l'ampleur des difficultés de compréhension, puisque même autour d'un texte qui évoque le problème celui-ci apparaît ! Et de la part de personnes qui semblaient apprécier mes écrits...

Qu'ai-je voulu dire en évoquant la nécessité pour les victimes de s'interroger sur leur sort dont elles se plaignent ? Tout simplement rappeller qu'une relation est un fil tendu entre deux personnes (Jacques Salomé parle "d'écharpe relationnelle"), et donc que chacun, en tenant une extrêmité, a sa part de responsabilité. Dans une relation libre, c'est à dire sans autorité prépondérante de l'un sur l'autre, chacun est responsable de sa moitié de relation. Et que si l'un se soumet à ce qu'il considère comme des abus de la part de l'autre... il devrait s'interroger sur les raisons qui le poussent à cette soumission. Quel "confort" trouve t'il dans cette situation dont il souffre ? Pourquoi accepte t-il la violence verbale, l'humiliation ? Pourquoi y est-il aussi sensible ?

En exprimant cela c'est à moi que je pose les questions puisque je me sens facilement "victime". Mais j'ai compris que c'était bel et bien un choix de ma part. C'est bien moi qui donne à l'autre le pouvoir de me faire mal. Ses mots ne sont rien que des mots, et c'est moi qui accepte ou non leur pouvoir blessant. Je parle là de relations librement consenties, et pas de liens d'ascendence tels que parent-enfant puisque là ce genre de paroles à un effet redoutablement destructurant. Et c'est évidemment en souvenir de ces maltraitance enfantines que l'on réagit encore à l'âge adulte.

Ainsi, si des gens agressent les autres, c'est une façon d'exprimer un mal-être. Dans les cas que je cite le préjudice est infime. Dans d'autres cas plus sérieux la souffrance de l'agresseur peut être importante. Toute la difficulté est de rester à distance de cette souffrance (généralement inconsciente et insoupçonnée) pour demeurer hors de portée des crocs. Tous nos rapports à l'autre sont donc sous-tendus par ces blessures secrètes et enfouies. Et plutôt que de les laisser se réactiver, la solution "idéale" serait de se mettre à l'écoute de l'agresseur. Pas facile, hein ? Tenter de l'aider, lorsque c'est possible, d'exprimer ce qui le fait souffrir plutôt que de répondre par une agression contraire ou une soumission craintive. Toute l'histoire de l'humanité est construite autour de cette violence de domination...

Et je suis convaincu que la seule façon de ne pas se laisser entraîner dans la spirale de l'agression ou de la victimisation est de chercher à se connaître. A prendre la responsabilité de soigner nos blessures personnelles pour ne pas en faire porter la douleur sur les autres. Cela consiste donc à se "regarder le nombril", sans complaisance. Cette thérapie permanente, sans cesse confrontée à l'autre et à sa différence, est le travail de toute la vie.

En décrivant cela je n'invente assurément rien (ceci prévenant la critique de mes "lieux communs"), mais je reformule à ma façon ce que j'intègre en profondeur. Ne reste plus qu'à le mettre en pratique...

Commentaires
L
Océane, être honnête c'est déjà une forme de courage. Parce que parfois il semble plus facile de fuir devant ses responsabilités.<br /> Pour toi il semble que ce soit une valeur "naturelle", et tu en fais une conduite de vie, mais ce n'est pas le cas de tout le monde. C'est ce que j'ai voulu exprimer en te disant à quel point j'appréciais ton attitude. <br /> <br /> Je me rends compte que c'est un trait de personnalité qui compte beaucoup dans les relations que je peux établir.<br /> Honneteté, excuses, pardon... tout cela m'inspire. J'y reviendrai certainement.
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O
Honnête, courageuse….<br /> Pour honnête, je suis d’accords, et je pense qu’il est normal de l’etre, en tout cas pour moi c’est fondamentalement important de reconnaître mes erreurs et de présenter mes excuses.<br /> Courageuse, et bien je ne vois pas cela comme du courage, je pense que c’est une attitude normale et respectueuse vis-à-vis de l’autre. <br /> De plus, il et vrai que l'Idéaliste ne m’avait pas cité, j’aurai pu lui faire des excuses ici, sans dire qui j’étais, mais pour moi il est important de me présenter telle que je suis, et vous qui me lisez peut etre dans mon blog, vous avez le droit de savoir ce qu’il y a dans la tête de celle que vous lisez. Je me serai sentie hypocrite et lâche de ne pas le faire. Je n’y vois pas de mérite, c’est pour moi une conduite de vie.<br /> Je ne vais pas m’étendre ici sur le sujet mais je vais faire un billet dans mon blog.<br /> Merci à vous deux.
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L
Océane... j'apprécie beaucoup ton honnêteté. D'autant plus que je m'étais abstenu de te citer et que personne ne l'aurait su. Vraiment, j'aime beaucoup cette franchise qui consiste à reconnaître ses "erreurs". Tu es d'autant plus courageuse que ta formation laisse penser que tu as un certain recul sur toi... et effectivement certains traumatismes sont peut-être indépassables. C'est bon à savoir... Il est important de se connaître sur ce genre de "points faibles", de façon à comprendre rapidement ce qui se passe lorsqu'ils sont réveillés.<br /> Je suis très touché par cette humilité dont tu fais preuve, et mon "pardon" (le mot est presque trop fort...) t'es bien sûr acquis.<br /> <br /> Coumarine, j'aime bien ce que tu dis sur cette autre façon de se poser des questions dans un rapport de domination/soumission (je préfère à "dominant/dominé"). Cela est tout à fait en correspondance avec mes préoccupations du moment.<br /> <br /> Merci à vous deux
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C
Océane, je trouve ton attitude courageuse<br /> c'est rare de reconnaître ses "erreurs", et surtout en public<br /> Mais on en sort grandi!<br /> (c'est vrai ce que dit Epsilon, parois Canalblog déblogue complètement...et des commentaires n'apparaissent pas<br /> Faut juste faire confiance et ne pas croire pour autant que le comm en question a été suppprimé!<br /> Pour le reste, Idéaliste, je reconnais cette attitude de dominé/dominant, et la nécessité de se poser la bonne question qd on est en realtion avec un dominant<br /> Non pas: mais POURQOUI il me fait ça?<br /> Mais...qu'est-ce qui en moi, accepte ça?
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O
je viens ici faire mon méa-culpa en public. Il est vrai que j'ai été sèche avec l'idéaliste, et je cite ici une phrase de son dernier billet :<br /> <br /> "c'est probablement que mon attitude supposée réveillait quelque chose qui lui appartient." <br /> <br /> Il a vu juste, son attitude, involontaire, puisque en fait il répondait mais je ne recevais rien, à réveillé quelque chose en moi. Le trauma du rejet, que j'ai trop vécu dans ma vie.<br /> <br /> Bien que je sois thérapeute, je ne suis malheureusement pas à l'abri de frustration, de déception, ou encore d'imagination galopante... <br /> <br /> Ne vous découragez donc pas en avançant sur le chemin de la compréhension de l'espece humaine, et surtout ne croyez pas que l'on arrive à effacer complêtement nos traumas, il en restera toujours des traces qui créerons à un moment ou un autre une réaction "trop" vive.<br /> Je sais que j'ai des points faibles et l'important pour moi est de reconnaître mes erreurs et d'en faire part à la personne qui a subit mon attitude en espérant qu'elle me comprenne et me pardonne. Sinon aïe! aïe! aïe!, je culpabilise de ne pas avoir pu, su, freiner mon impulsion.<br /> Bien à toi l'Idéaliste.
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