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Alter et ego (Carnet)
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7 novembre 2005

Mondes parallèles

Dans un certain monde ça brûle, ça caillasse et ça s'invective. Violence et affrontements. Les médias en parlent beaucoup et ça deviendrait presque préoccupant. D'autant plus qu'on en est éloigné et qu'on se fie justement à ce qu'en disent les médias. Il paraît que vu de l'étranger ce qui se passe en France ferait penser à une guerre civile... Vision déformée par une présentation partielle et partiale, effet de loupe: l'info semble représenter la réalité. Ce n'est qu'une part de celle-ci.

Que je coupe le robinet à info et tout cela n'existe plus dans mon monde. Pas davantage que les milliards d'évènements qui se produisent dans le quotidien de milliards de gens. Aujourd'hui, dans le monde, il se passe quantité de choses plus importantes que des voitures brûlées, et je n'en sais rien. L'info spectacle envahit tout, et se nourrit d'elle-même. Ce qui se passe en ce moment en France n'existe à cette échelle que parce que les médias en parlent. Le problème est ailleurs, bien plus ancien et profond que cette éruption superficielle. Juste un furoncle qui devient visible tout à coup alors que l'nfection est connue, grandissante, mais négligée. Cette infection s'appelle indifférence, si ce n'est mépris.

Mais que dire qui n'est pas dit ailleurs ? Je n'ai rien à apporter à ce genre d'évènement. Ça me préoccupe, mais le problème est tellement complexe que d'en parler me semble vain. Je n'en ai pas les compétences.

Dans mon monde à moi, sans infos... il se passe des choses beaucoup plus terre à terre: ce matin la gelée blanche a cristallisé sur l'herbe encore drue et verte. Première gel, cet accompagnant de l'hiver qui, comme une vieille connaissance reviendrait avec presque un peu de retard. Pour un peu il se serait fait attendre...

Autrefois, dans les campagnes, c'était l'évènement du moment. Premier signe des rigueurs à venir. Le monde se limitait alors à quelques kilomètres alentour. Au delà... il fallait des évènements vraiment majeurs pour qu'il soient retransmis, et avec beaucoup de délai. C'était un filtre efficace pour comprendre ce qui était "important". Aujourd'hui ce mode de fonctionnement est encore celui de milliards de gens. Mais l'info en continu et imédiate déforme notre perception du monde. Le  «village mondial» rend artificiellement important ce qui ne l'est pas et occulte ce qui l'est.

C'est peut-être pour ça que je n'écoute pas trop les infos. Surtout celles de la télé. Elles me plongent dans un monde virtuel qui n'est pas le mien. Qui n'est pas la réalité. Ici tout est calme, il fait beau, les forêts ont viré à l'ocre. Aucune voiture brûlée en vue, aucun gendarme. Un jour comme un autre, plutôt agréable. Pourtant des gens meurent un peu partout sur la planète. De faim, de maladies, de guerres. C'est la réalité. Je ne la connais que de façon abstraite. Ce n'est pas mon monde... et pourtant c'est le monde duquel je fais partie. Il est important que je le sache, mais la télé ou la radio me parlent d'autre chose, plus spectaculaire, plus proche, plus inquiétant. L'info inquiétante dans l'immédiat, celle qui fait peur sans recul, l'émotion brute. Oui, c'est ça: l'info-émotion. Celle qui suscite les passions, déchaine les commentaires vains, donne la parole à ceux qui ne savent pas.

Voila pourquoi je me tais face à ce monde-là. Je m'y intéresse, mais je préfère le recul et le filtre du temps. Celui qui sera pris par des gens compétents qui analyseront en détail les raisons, implications et conséquences des évènements, hors de l'immédiat. Mais à ce moment-là les médias seront ailleurs, en train de traquer de nouvelles émotions immédiatement inquiétantes, rapidement évoquées, artificiellement gonflées, et usurpant un titre d'évènement.

Je n'aime pas cette fausse réalité.

Commentaires
L
Véronique, en fait je ne suis pas détaché du tout. P'têt ben que c'est parce que tout cela me touche fort que je l'occulte...<br /> <br /> Je me sens impuissant et mon malaise vient de cette observation passive. Je regarde, je jouis du plaisir du spectacle et du confort de la rebellion ou de la tristesse dans mon fauteuil... et puis quoi? Rien.<br /> <br /> C'est ce cynisme qui me dérange et qui me fait préférer la franchise du "c'est pas mon monde" puisque, de toutes façons, que ça me désole ou pas je n'ai aucun pouvoir de changement à ma portée.<br /> <br /> Il n'empêche que je n'assume pas et que ça me titille gravement. Pour ça que j'en parle pour dire que j'en parlerai pas...<br /> Cherchez l'erreur.
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V
Là, je suis nettement plus d'accord avec toi ! ;-)<br /> Les médias audio-visuels sont ce qu'ils sont, à nous de faire la part des choses dans cette courses au voyeurisme. Quant au vrai problème de fond, celui qui est en amont, les origines et les raisons de tout cela, a-t-on vraiment besoin des médias pour en avoir conscience ? Je pense que non. Ni pour avoir le désir et la volonté de faire que les choses changent.<br /> Merci de ton commentaire en forme d'édit. Je me disais bien que tu ne pouvais pas être aussi détaché que cela :)
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L
Mxxxxx moi aussi je me suis fait piéger par mon propre texte. Depuis que je l'ai écrit ça me trotte dans la tête. Ben non, je ne suis pas aussi détaché que je le dis. Tout ça me touche quand même pas mal.<br /> <br /> J'y repensais de la même façon que tu me le dis: au moins on sait. Même s'il faut tenter de garder un recul, mettre des gros filtres pour ramener les choses à leur juste dimension. C'est peut-être ça qui m'irrite: j'attends que les médias de masse fassent un boulot qui n'est pas le leur. Et ce bombardement d'images ou de mots-choc me dérange, perturbe ma capacité de discernement. Je suis avide d'informations, dont il est tellement complexe de tirer un semblant de "vérité" sans verser dans la caricature.<br /> <br /> Oui, il vaut mieux cette réalité, même déformée, plutôt que rien. Ce rien qui justement est révoltant par son silence.<br /> <br /> <br /> PS. j'ai l'impression que tu me connais... mais je donne ma langue au chat.
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M
Comment ne pas répondre. J’ai l’impression de me faire piéger… bah tant pis ! <br /> « Yallah » <br /> <br /> Ce matin, je suis partie travailler, inquiète. Cela faisait plusieurs jours que j’étais sans nouvelles d’un ami qui vit aux Emirats. Toujours cette petite peur dans le ventre… On imagine toujours le pire… il y a eu Sharm El Sheik – Doha – Beyrouth …. mais aussi Londres – Barcelone.<br /> Et à chaque fois qu’on entend qu’il y a eu un nouvel attentat ; il y a cette question qui revient inéluctablement. Ai-je perdu quelqu’un cette fois ?<br /> L’autre jour, tu disais avoir peur du monde des hommes. Moi, j’ai surtout peur de les perdre… ces hommes. <br /> <br /> D’ordinaire, il me donne de ses news par internet. Cette fois, il a appelé car il était inquiet… pour moi. Le monde à l’envers. J’ai vite fait de le rassurer. Dans ma petite province, il n’y a non plus ni voitures ni écoles qui brûlent… Il me répond « 6 pages – recto / verso dans la feuille de chou locale. Dans le journal, vous êtes en guerre. »<br /> <br /> Nous rions – 2 secondes … <br /> A la troisième, nous commençons à peser toutes les conséquences de ce qui est en train de se passer. <br /> Une nouvelle fois, la part belle qui s’offre à l’extrémisme… A tous les extrémismes… Jusqu’alors, la France avait été épargnée. Combien de temps le sera-t-elle encore ? <br /> Le coup médiatique loupé de Sarko qui se transforme en coup médiatique international… la revanche de Big Brother ! <br /> Stratégie médiatique <br /> <br /> Moi non plus, je ne regarde pas beaucoup la télé – n’écoute pas beaucoup la radio. Mon petit village monde à moi m’offre déjà suffisamment d’informations difficiles à ingurgiter. Elles sont dures à avaler mais bien réelles... pourquoi irais-je m’aveugler avec de la poudre aux yeux et des informations déformées – outrancières – erronées qui ne correspondent pas aux infos qui proviennent directement de mon village ? <br /> Pourtant, de temps à autres, j’apprécie recevoir les news des villages mondes voisins. Même si je sais qu’elles ne reflètent qu’une partie de la réalité, et surtout la partie qu’on veut bien nous montrer, elle me permette quand même de savoir que cette « ça » existe. <br /> Une partie de réalité vaut mieux que pas de réalité du tout et nous permet quand même de nous construire notre propre vision.<br /> <br /> Les pires des réalités restent quand même celles qu’on ne nous montre pas… les mondes de silence – les mondes oubliés. Ces réalités là sont odieuses car elles n’attendent pas que des gens compétents ou non les commentent pour être irréparables. Quand elles sont livrées au grand public, c’est souvent trop tard, quelque soit notre capacité ou volonté de réaction.<br /> <br /> Oui, je crois que je préfère encore une fausse réalité à pas de réalité du tout.<br /> <br /> <br /> <br /> PS : Merci au chat d’avoir forcé la petite souris à sortir de sa cachette. En même temps, je trouve que ça a été trop facile !
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L
Véronique, je ne sais pas si les médias sont répugnants ou si ce sont nous qui acceptont de suivre cette répugnance qui sont les plus à blâmer...<br /> Si des images-choc passent, c'est qu'elles sont regardées, et j'oserai dire "appréciées". Des voitures ou des bâtiments qui brûlent c'est spectaculaire et ça fait de l'audience. C'est ce coté morbide de l'info qui me déplaît fortement. Il flatte mes bas instincts (et je suppose celui de beaucoup de gens...). Cette course à l'audience/voyeurisme me répugne. Toujours le plus spectaculaire et le plus effrayant mis en avant. Où est passée la grippe aviaire qui envahissait les infos la semaine dernière ? C'était important où ça ne l'était pas ?<br /> <br /> Les médias-choc de l'info-émotion sont pour moitié responsable de cette dérive, l'autre moitié étant représentée par nous qui la suivons.<br /> <br /> Je n'ai pas voulu dire que le fait qu'il y ait pire dans le monde rendait l'info inutile, mais que l'info déforme et oriente dans le sens du spectacle. Que des voitures brûlent est un symptôme, mais il y a autre chose de bien plus important à comprendre. Et ça les télés n'en parleront que très très superficiellement... avant de zapper sur autre chose.<br /> <br /> Mon "égoïsme" consiste à tenter de me soustraire à ce simulacre d'information, ce remplissage qui occulte l'important au profit du spectacle.<br /> <br /> <br /> Alain, oui, je confirme, ce sera certainement soluble dans notre indifférence une fois que les évènements seront apaisés. Mais peut-être y aura t-il eu une prise de conscience suffisante pour enclencher un processus de l'injustice et des dangers de cette indifférence. Peut-être...
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A
Ce genre d'évènement est-il soluble dans notre indifférence ?<br /> Apparamment oui....pour certains...<br /> Hélas !
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V
Il est vrai que les médias sont une chose (race ?) bien spéciale et globalement devenue répugnante. Mais la réalité est là, et retranscrite ou pas par les médias elle est moche, très moche, et réelle, très réelle. Et préocupante.<br /> Jolie note cependant, même si je n'adhère pas forcément à son recul que je qualifierais presque d'assez égoïste... Mais je suis consciente que l'on ne peut pas non plus se soucier des problèmes du monde entier. Et c'est vrai qu'il y a pire qu'une voiture incendiée, ou une usine (et donc dans ce cas des centaines de nouveaux chômeurs), mais il y a et y aura toujours pire. Cependant, je crains qu'à force d'attendre pire pour s'investir on ne finisse par devenir terriblement indifférent à tout et à s'isoler dans un monde un peu trop parallèle...<br /> Je précise que je n'analyse rien, je n'ai pas les connaissances pour cela. Mais je constate, et je m'inquiète de la réalité.
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