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Alter et ego (Carnet)
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22 novembre 2005

Don et abandon

Je continue mes réflexions sur la confiance...
Un des commentaires du billet précédent me dit: « L'abandon total "en confiance" à un autre, est un comportement infantile ». Je le crois volontiers. L'abandon "total" est un idéal (?) inatteignable, tendant à l'impossible retour à la fusion originelle. D'un autre côté le refus d'abandonner la moindre part de soi à l'autre équivaudrait à une vie repliée sur soi, érémitique, et pour tout dire totalement égoïste: ne donnant rien de soi. C'est donc entre ces deux extrêmes que se situe le chemin.

Si je veux entrer en relation avec l'autre, je dois forcément donner de moi. Des paroles, une écoute, des attentions. Voire des confidences, et une part de mon intimité si je me sens "en confiance". Plus je peux donner de mon intimité, abandonner ainsi une part de ce que je ressens dans ma solitarité, plus je crée du lien. Je ne suis plus seul. Je partage une partie de moi avec l'autre. Et réciproquement, cela va de soi, dans une relation équilibrée. Recevoir ce don de l'intime de l'autre, ce cadeau de la confiance offerte, est, pour moi, une des plus touchantes satisfactions qui soit. Personnellement, il m'arrive de le ressentir avec une émotion qui confine à la jouissance érotique. Les plus grands bonheurs que j'ai ressentis étaient dans ces instants-là.

La recherche du partage est inhérente à la nature humaine. L'humain, animal social, n'est pas un solitaire, par nature. Et pourtant... dans son intériorié il reste fondamentalement seul. Et seul il vivra ses angoisses, jusqu'à l'ultime, qu'il sera résolument seul à "vivre".

La question est donc de savoir jusqu'où on peu abandonner une part de soi sans "s'abandonner" excessivement. Jusqu'où peut-on s'autoriser ce comportement "infantile" de la vulnérabilité, tellement agréable à partager ? Il faut connaître ses limites, savoir ce qu'on peut "abandonner" de soi sans malaise. Savoir aussi ce qu'on peut recevoir sans que cela devienne pesant. La confiance, c'est peut-être cette adéquation entre le donneur et le receveur...

Le piège se tend dès je veux faire durer cet abandon réciproque. La confiance offerte et reçue en partage n'est qu'un échange temporaire. Une éphémère symbiose. Toute la logique des relations amicales, et a fortiori amoureuses, est au contraire de tenter de rendre renouvelables aisément ces moments de symbiose temporaire. Ne pas avoir besoin de rebâtir de la confiance à chaque rencontre, mais bénéficier d'un capital confiance qui se cumule. Ainsi se construit une confiance mutuelle faite d'abandons partiels réitérés. Tout en sachant qu'à chaque fois la rencontre est une chance... pas forcément acquise indéfiniment. C'est de cette possible rupture du lien que naît la crainte de retourner à un état de solitude. Car chaque lien est unique, et d'autant plus qu'il est intense, réjouissant, et durable. Perdre un lien de confiance, c'est perdre tout un pan de soi qui n'existe que grâce à l'autre, et perdre tout ce que l'autre offre dans la réciprocité. Et parce que l'enfant est toujours en nous, je ne crois pas, quelque soit la façon dont on peut l'anticiper, qu'on puisse éviter un certain traumatisme consécutivement à cette perte du partage.

Car la perte n'est pas que du lien, mais aussi de cette altérité unique qui me nourrit et m'enrichit. Contrairement à ce qui est souvent dit, perdre l'autre n'est pas perdre un miroir bienfaisant, mais perdre une porte ouverte sur un autre monde. Et cette perte là est irremplaçable.

feuille

Commentaires
I
Ouaip Alainx, je comprends pour le temps et le courage d'écrire... Moi c'est parce que je me sens vachement concerné par le sujet que j'écris. Alors tant mieux si d'autres le sont en même temps que moi :o)<br /> <br /> J'apprécie aussi beaucoup cette "ouverture" que ça donne à mes réflexions, forcément étriquées. Et puis tu sais, être consensuel envers la diversité, ça me semble être du bon consensus !<br /> <br /> Don de soi et effort coûteux... je n'insiste pas autant sur la pénibilité de l'effort, mais juste sur le fait qu'il en faut un minimum. Il faut que ça reste un plaisir, pas que ce soit une souffrance. Mais donner 15 euros à une oeuvre charitable si tu es millionnaire, ça a moins de valeur que si tu es érémiste, non ? (la métaphore par l'argent, c'est juste pour la métaphore...).<br /> Le don "naturel", oui, il va de soi quand tout va bien. Mais il y a les moments où c'est plus difficile, parce que ça demande un effort sur soi, et là le don "coûte" plus. Mais il n'en a que plus de valeur. Enfin... c'est comme ça que je le ressens.
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A
J'aurais bien des choses à dire aussi.... !<br /> Mais.... le temps... le courage d'écrire.... :)<br /> <br /> Ce que j'apprécie, c'est la qualité des échanges, et la diversité des approches personnelles, toutes intéressantes et respectable (voila que je verse dans le consensuel maintenant !!!...)<br /> <br /> juste une chose : pourquoi forcément associer don de soi et effort couteux ?<br /> Il y a une capacité à nous donner "naturellement" à l'être aimé... heureusement d'ailleurs !!
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I
je suis pour ce don de soi, en toute confiance et trouve que quand l'autre se donne il n'en devient pas un meuble. Bien au contraire. Mais c'est vrai que ces dons de soi sont des moments privilégiés... et qu'il ne faut surtout pas qu'ils fassent l'objet de trahisons..
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I
Coumarine, j'essaie de l'explorer un peu, mais il me semble tentaculaire. Déjà, si je le réécrivais, je ne dirais pas la même chose qu'hier...<br /> Il faudrait affiner encore et encore. Je vais voir ce que je peux faire ;o)
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C
cela me plairait de participer à la conversation, car le sujet (comme toujours m'intéresse)<br /> Mais je n'ai que très peu de temps pour le moment, cher Idéaliste<br /> Je viens lire...en silence
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G
Hum ! Helène je ne partage pas ce que tu dis dans ton premier paragraphe, le deuxieme oui, et le troisième j'aimerais le "travailler" un peu.<br /> Idéaliste, je ne partage pas les deux dernières phrases de ton premier paragraphe. le second, j'y adhère mais à débatre aussi.<br /> je n'ai pas de temps en ce moment, mais j'y reviendrai plus tard.<br /> Merci pour ce bon sujet. A +
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I
Hélène, ton commentaire me plaît. Il est tout à fait clair et offre une autre vision que ce que je défends avec ma logique personnelle. Je t'en remercie.<br /> <br /> C'est sûr que ma réflexion part dans un sens qui m'est propre. Et la boite à commentaires et là pour m'élargir l'esprit.<br /> <br /> Personnellement je ne crois pas qu'on puisse tout savoir de quelqu'un. Pour la simple raison qu'on ne sait déjà jamais tout de soi. Même si on voulait être 100% transparent on n'y parviendrait pas. Par contre, on peut parvenir au bout de ce qu'on veut bien dire de soi... Et là, effectivement, il n'y a plus grand chose à dire. Oui, on devient peut-être un "meuble".<br /> Donc garder volontairement une part de mystère, oui, c'est un moyen de capter la curiosité, et "trop" donner de soi l'éteint. <br /> Intéressant, ça !<br /> <br /> <br /> Pour ce qui est de donner sans y penser... s'agit-il encore d'un don ? Un don est quelque chose qui "coûte" un minimum, sinon il n'a que peu de valeur. Et il est parfois plus facile d'ouvrir son intimité hors des relations de confiance. On n'est alors pas forcément dans le don, mais dans le soulagement, non? Parfois on ne donne pas à l'autre: on se sert de l'oreille qu'il prête. Enfin je sais pas... j'élucubre librement là...<br /> <br /> Ton dernier paragraphe m'intéresse beaucoup, parce que je crois que ce n'est pas du tout mon système de fonctionnement.<br /> Mais... te sens-tu prête au partage de l'intimité émotionnelle ? (euh... réponse possible par mail, si tu préfères).<br /> J'ai l'impression que refuser l'abandon de ses fragilités, c'est une façon de se rendre "invulnérable"... mais en même temps fondamentalement seul(e).<br /> <br /> Tout ça me laisse songeur...<br /> Merci.
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H
Et merci pour la photo.<br /> J'aime beaucoup cet ilot de lumière entouré de feuilles d'ombre.
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H
Excuse-moi, mais j’ai l’impression que la réflexion ne part pas dans le bon sens. OK pour l’abandon total, je ne crois pas qu’on puisse ni qu’il soit souhaitable de se donner ou s’abandonner totalement. J’aime les personnalités sibyllines qui donnent la sensation de toujours avoir un mystère à offrir. Saurais-je encore aimer qqn qui m’a tout donné, tout laissé découvrir ? Si tel était le cas, n’aurais-je pas l’impression d’avoir un meuble pour partenaire et le sentiment qu’il ne nous reste plus que « des trucs à faire ensemble » mais qu’il n’y aurait plus de magie à partager des têtes à têtes d’idées sur le canapé ? <br /> <br /> « D'un autre côté le refus d'abandonner la moindre part de soi à l'autre équivaudrait à une vie repliée sur soi » <br /> Une nouvelle fois, je crois que le problème est pris à l’envers. Heureusement pour nous, nous ne sommes pas tous autistes. Je pense donner la plus grande partie de moi sans même y penser – sans réticence et sans gène. Que je me sente en confiance ou non, je ne me pose même pas la question. <br /> J’ai donné des petits (et même gros) bouts de mon intimité à des gens en qui je n’ai pas une confiance illimitée. Je ne me suis pas mis en situation de vulnérabilité pour autant. Ils ont d’ailleurs certainement accepté ce bout de moi sans même y faire attention. <br /> <br /> En fait, la seule partie de moi que je refuse / ne parviens pas à abandonner, c’est la partie de moi que je n’accepte pas. Et oui, là, il s’agirait vraiment d’un don mais je plains le récipiendaire car je ne suis pas sûre que j’accepterais son regard sur mes morceaux d’instabilité. Et ce serait dangereux d’accepter ce rôle, car bien sûr, c’est en nous de vouloir exorciser le mal de l’autre, l’aider à être mieux. Ca va sans doute paraître masochiste, mais je ne suis pas convaincue d’avoir envie d’éclaircir tous mes points d’ombre. Quelqu’un qui m’aiderait à le faire malgré moi prendrait évidemment le risque de me perdre.<br /> Je n’ai pas dû être très claire. Mais le temps me manque pour aller au bout. Désolée.
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